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Reine et Rênes s'étaient dételés du traîneau pour mieux ruer sur la roue et tenter d'arracher l'infâme sabot de Denver. Des phares rouges et bleus clignotaient joyeusement au début du stationnement et s'approchaient du traîneau à vive allure. Pour Reine, ses sirènes signifiaient le retour dans l'antre maudit du Victoria's Secret et sonnaient le glas de son autonomie intellectuelle. Elle prit son pouls, il était rapide. Rênes eut l'idée de génie de se servir de ses bois comme un levier et tasser le sabot. L'idée était géniale non qu'elle porta fruit mais Rênes força si fort que ses bois se brisèrent et qui dit bois brisés dit :
-Ho! Ho! Ho!
-Père-Noël?, tomba pile Reine, pour une fois.
-Ho! Ho! Ho!, répondit le Père-Noël, appelé et téléporté par tout craquement de panache de ses précieux chauffeurs.
Ho? Ho? Ho? , demanda-t-il aux rennes pour vérifier s'ils étaient en santé.
Reine lui montra le dispositif qui bloquait la roue du traîneau.
-Ho! Ho! Ho! , fit-il, embêté. Il donna quelques coups de bottes sur le sabot pour se sentir utile mais se trompa de sabot et Rênes gémit de douleur. Puis,
-Ho! Ho! Ho!, clama-t-il en agitant son gant.
Le fameux cric magique du Pôle Nord apparut et souleva le traîneau. Ne lui restait qu'à changer les roues pour des patins, tâche facile pour ce cric fameux. Mais voilà que.
-Plus un geste!, criait un homme sorti du véhicule girophardant en pointant un fusil à feu sur le Père-Noël.
L'agent de police tenait fermement son arme en tremblant sous la brise presque hivernale. Le Père-Noël se promit de lui apporter, cette année, une toque de poil et deux lapins pour se faire des gants. Reine et Rênes n'osaient plus respirer et commençaient à voir des picots gris. Reine les voyait plutôt noirs car cette teinte les amincissait. Le cric magique achevait de poser le deuxième patin. Le policier ne prévoyait pas les laisser partir si facilement. D'une main, il tenait le fusil, de l'autre, il appelait des renforts qui prenaient leur temps.
- Je tiens le Père-Noël en joug avec les rennes débiles. Venez faire la file on va prendre des photos. J'ai besoin de renforts, je suis trop excité. Le Père-Noël, viarge! 10-4.
-Ho! Ho! Ho! , fit le Père-Noël, profitant de son prestige.
- Riez encore s'il vous plaît. ou je vous tue., menaça gaiement l'individu en uniforme.
-Ho! Ho! Ho!, rit le Père-Noël et Ho! Ho! Ho!, re-rit-il de bon coeur.
-Ha! Ha! C'est bon! , rigola l'agent en se tapant le gun sur les cuisses, Ha! Ça fait tellement de bien!
- Ho! Ho! Ho!, l'encouragea le Père-Noël.
- Haaa! Ha! Ha! C'est bien vrai ça Père-Noël. Ha! Ha! Vous le dites, hein! Ha!
- Ho! Ho! Ho!
- Ha! Ha! Ha! , s'esclaffait le policier qui réalisait combien sa profession était exigeante émotionnellement et combien il avait toujours voulu être un artiste pour pouvoir faire son numéro et que ça ne valait pas la peine ne laisser ceux qu'on aime pour aller faire tourner des gens de dos et leur mettre des menottes.
-Ha! Ha! Merci Père-Noël, remercia-t-il. J'espère que vous allez me gâter cette année. J'ai été gentil à part la fois où j'ai tabassé la. En tout cas, je vous aime fort, fort!, lança-t-il en soufflant des becs et en embarquant dans sa voiture.
Les patins étaient installés. Le cric, épuisé, dormait dans le fond du traîneau. Le Père-Noël attendit que toutes ses chairs molles aient cessé de soubresauter de rire et s'installa aux commandes.
- Allez les rennes! Direction Pôle Nord!
Reine et Rênes étaient heureux d'être à nouveau sous les ordres de l'homme à la barbe blanche. C'était si bon de voler, cette fois dans le sens honnête du terme, de voler vers l'oubli, vers des jours meilleurs, vers la fête et le bonheur. de voler vers Noël!
La narratrice, ayant prédit leur mort au premier épisode s'était finalement attachée et plus aucune épée de Damoclès ne pendait au-dessus de leurs panaches. Elle avait décidé de leur offrir la vie en cadeau, d'autant plus qu'elle s'imaginait que Reine était enceinte et que Rênes voudrait peut-être fiancer Reine au Jour de l'An devant tous les lutins et un buffet bien froid.
Fin.
Mais si vous voulez vraiment qu'ils meurent, maudits sans coeurs, lisez ce qui suit.
Reine et Rênes étaient heureux d'être à nouveau sous les ordres de l'homme à la barbe blanche. C'était si bon de voler, cette fois dans le sens honnête du terme, de voler vers l'oubli, vers des jours meilleurs, vers la fête et le bonheur. de voler vers Noël!
C'est aussi ce que se disaient les passagers du vol 560-2 en direction d'Acapulco lorsqu'ils sentirent une poche d'air. Cette poche d'air était en fait deux rennes et un traîneau. Reine et Rênes périrent sur le coup et le Père-Noël, sain et sauf mais dévasté de remords rentra au Pôle Nord. Il ne fut plus jamais le même. Les rennes s'enfuirent manger leur peine dans les landes. Les lutins pleurèrent toutes les larmes de leurs corps et moururent tous secs et frêles comme du papier de soie. Mère Noël, désormais patronne d'un atelier vide s'enfuit en ski-doo pour sauver la couche d'ozone. Le Père-Noël mourut donc de faim car il n'avait jamais apprit à se faire un oeuf et ce n'est pas à 60 ans qu'il allait l'apprendre.
Fin.
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