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Voix publique
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May 2008 - Messages
28 mai 2008, 12:51
Une question de leadership
On dirait bien que la question du "leadership" dont les conservateurs voulaient faire leur thème principal lors de la prochaine campagne électorale vient de prendre le bord.

Face à Stéphane Dion, Stephen Harper entendait se présenter la prochaine fois comme l'incarnation même d'un leadership fort. Avec l'affaire Couillard-Bernier, on oublie ça.

Voilà que le premier ministre le plus contrôlant de l'histoire du Canada n'a pas levé le petit doigt avant qu'il n'y soit forcé. Le problème était pourtant sérieux: un ministre des Affaires étrangères entretenant une relation amoureuse avec une femme ayant eu des liens intimes avec des membres du crime organisé. La chose était bien plus troublante que la danse loufoque des Joe Louis en Afghanistan!

L'absence de leadership se mesure aussi à l'entêtement de Harper à vouloir réduire la relation de Julie Couillard et de Maxime Bernier à une question de vie privée. Quelques heures à peine avant que Bernier ne soit enfin "démissionné", le PM poussait même la désinvolture jusqu'à déclarer: "Ce n'est pas un sujet que je prends au sérieux." Et maintenant, monsieur Harper?

En fait, si TVA n'avait pas diffusé cette entrevue surréaliste où Couillard révélait que Bernier avait "oublié" chez elle, vers la mi-avril, des documents hautement confidentiels comme si c'était un simple menu de chez St-Hubert, le PM attendait l'été pour tasser son ministre irresponsable. C'est pourquoi cette histoire dépasse le "manque de jugement" de la part du PM. Il y a eu ici un manquement quant au leadership et la gestion d'une situation qui aurait exigé transparence et diligence de sa part. Ironie du sort: dans la catégorie de "l'arroseur arrosé", Harper, l'obsédé du droit et de l'ordre, n'aura pas agi à temps pour stopper ce qui pouvait constituer une menace à la sécurité nationale.

On ne sait toujours pas d'ailleurs quand le PM a appris les liens de Couillard avec le milieu criminalisé. Mais on sait que les médias ont rapporté le tout il y a quelques semaines et que le résultat fut ZÉRO action. Y a-t-il même eu enquête? À CBC, Couillard a même affirmé avoir été approchée comme candidate pour le Parti conservateur! Est-ce vrai ou de la fabulation? Comment se fait-il qu'avec un passé récent aussi chargé, on l'ait laissée accompagner Bernier à l'étranger, où le ministre était exposé à des informations stratégiques, qu'elle ait pu rencontrer George W. Bush et souper avec le PM et le ministre de la Sécurité publique, un ministère à la vocation tout aussi sensible que celui de Bernier?

Si Couillard a eu en sa possession depuis la mi-avril des documents destinés au sommet de l'OTAN, pourquoi le ministre ne les a-t-il pas récupérés? Pourquoi Couillard a-t-elle attendu cinq semaines avant de les rendre? Que s'est-il passé pendant tout ce temps? Ont-ils été reproduits ou vendus à d'autres intérêts?

UN WATERGATE CANADIEN?

Puis il y a cette histoire à la Watergate du microphone installé sous le lit de Couillard. La prudence dicte évidemment de prendre son témoignage avec une pincée de sel. Mais si sa version tenait, l'important serait de savoir pour qui ce micro travaillait? Pour la GRC? Pour le crime organisé? Pour des intérêts étrangers? Pour le bureau du PM? Sa sortie est-elle celle d'une femme se sentant trahie, ou comme l'ont soulevé certains experts en renseignement, celle d'une taupe? Si oui, pour qui? Ce n'est quand même pas anodin qu'une personne ayant fréquenté d'aussi près le crime organisé et s'étant intéressée à la sécurité dans les aéroports se soit retrouvée en relation intime avec le chef de la diplomatie canadienne et qu'elle ait eu en sa possession des documents confidentiels et stratégiques. Et si l'on a placé indirectement Bernier sous écoute électronique, l'a-t-on fait pour d'autres ministres?

Bref, non seulement le thème du leadership vient de sauter pour les conservateurs, mais celui de l'intégrité vient de voler en éclats. Son attentisme dans le dossier Couillard-Bernier fera qu'Harper ne pourra plus prétendre laver plus blanc que les libéraux.

Reste maintenant à voir si cette histoire suffira à lui coûter le pouvoir. Mais une chose est certaine: les piliers du temple conservateur viennent d'être sérieusement ébranlés. Pour Stéphane Dion, c'est un cadeau inespéré apte à le venger des moqueries pour son refus de provoquer des élections trop tôt. Elizabeth May, la chef du Parti vert, lui donne d'ailleurs raison là-dessus. Pour May, l'important étant de se débarrasser de la droite, toute stratégie se doit d'être soumise au principe du "Anybody but Harper". "Dion protège Harper", notait May en entrevue, mais c'est pour mieux "lui faire une campagne plus forte et le faire tomber".

Qui sait quelles plaques tectoniques l'affaire Couillard-Bernier finira par faire bouger?


27 mai 2008, 5:31
Le VRAI problème

Et si le VRAI problème n'était pas Maxime Bernier. Après tout, ce n'est pas le premier à souffrir du syndrome de Peter et à se retrouver dans un poste qu'il est incapable d'assumer.

Et si le VRAI problème était le premier ministre? Pas parce qu'il a nommé Bernier aux Affaires étrangères. Peut-on vraiment lui en vouloir considérant la faiblesse évidente de son caucus? Avouons que le choix était tout de même limité...

Le VRAI problème est l'inaction de Stephen Harper dans une situation qui n'avait AUCUN bon sens et posait un danger potentiel à la sécurité nationale du Canada. Sans l'entrevue explosive de Julie Couillard, Bernier serait sûrement encore ministre...

Pour un ministre, fréquenter intimement une personne ayant eu des liens aussi étroits et récents avec le milieu du crime organisé aurait dû être vu comme une affaire d'État - une affaire nécessitant sa terminaison rapide et chirurgicale. Si on ne peut pas empêcher un coeur d'aimer, un premier ministre peut et doit empêcher un ministre de placer son gouvernement en situation possiblement dangereuse. Stephen Harper ne l'a pas fait lorsqu'il était temps de le faire.

La suite dans ma chronique de cette semaine.

 

 


26 mai 2008, 4:53
Crime de lèse-majesté

 

Voilà que la controverse émerge à nouveau des neurones amplement pamphlétaires de Victor-Lévy Beaulieu. Cette fois-ci, c'est Michaëlle Jean, la GG, qui en prend pour son rhume.

Dans les suites de l'absence marquée de Jean Charest au lancement du 400e de Québec en France et de l'omniprésence presque déifiée d'une GG enjoignant Sarko de regarder «au-delà du Québec» pour mieux clamer son amour du Canada, VLB qualifie la GG de «reine-nègre» dans le dernier numéro de l'Aut'journal.

VLB faisait évidemment référence à la théorie classique du Roi nègre - ces chefs et exécutants, nationaux ou provinciaux, entretenus et protégés par le pouvoir colonial pour mieux vendre à la populace «locale», dont ces chefs proviennent eux-mêmes, des politiques qui vont à l'encontre des intérêts des «colonisés», mais qui rencontrent ceux des «colonisateurs». Le mot «nègre» n'ayant, bien sûr, rien à voir avec la couleur de la peau de l'exécutant, mais tout à voir avec son état de soumission typique d'un esclave d'un autre genre, soit l'esclave métaphorique grassement rémunéré pour ses services.

VLB a aussi repris l'évidence, soit que la nomination de Michaëlle Jean fut de nature stratégique pour Paul Martin, et que celle-ci s'est avérée être une fort bonne prise pour Ottawa! Et VLB d'ajouter qu'elle «était noire, jeune, jolie, ambitieuse et, à cause de son mari, sûrement nationaliste aussi - mais nationaliste, qui ne l'est pas au Québec?». Et VLB de conclure que la GG fut ainsi mise «au service d'un régime cherchant à tout prix à faire du multiculturalisme la pierre d'assise du pays.».

Certaines voix au Bloc ont condamné le propos. L'auteur Dany Laferrière y a vu une «insulte» découlant du fait que la GG soit bel et bien noire. VLB aurait donc surtout eu le désir de blesser. Ce faisant, «on poignarde sans couteau», écrit-il dans La Presse d'aujourd'hui, «enlevant ainsi à la victime son premier droit, celui de se plaindre». La GG est bien des choses, mais sûrement pas une victime.

Je peux toutefois comprendre que le terme «nègre» puisse blesser jusqu'à l'os, quel qu'en soit son usage. Et ce même si le contexte fait foi d'une référence uniquement politique. Cruellement politique peut-être, mais non raciale. Le fait est que ses déclarations sont fortement politiques, qu'elles servent le discours officiel d'Ottawa et minimisent l'importance du Québec, le tout ayant été livré dans le cadre d'un événement aussi sensible politiquement que le 400e et touchant la question encore plus sensible de la voix internationale de plus en plus vacillante du Québec.

Tout cela, la GG est assez intelligente pour le savoir.

Il reste que si ce qu'elle fait et dit est d'une efficacité redoutable et rend un service considérable aux intérêts canadiens, c'est surtout parce qu'elle est Québécoise et francophone. Elle a beau être très jolie, articulée et faire vachement multiculturelle, le fait que cette communicatrice professionnelle soit du Québec et francophone est ce qui confère la plus grande efficacité à son discours manufacturé par Ottawa. 

Pourtant, malgré la controverse actuelle, on connait nos classiques sur le sujet. En 1958, même le grand André Laurendeau, écrivant sur nul autre que Maurice Duplessis et la complaisance de la presse anglophone à son égard, avait consacré une série de trois éditoriaux brillants dans Le Devoir à la «théorie du Roi nègre»...

Mais s'il faut dorénavant purger l'expression consacrée, incluant sa récente féminisation, dès que la personne concernée est noire, alors, essayons-en d'autres.

Dans le cas de la GG, je suggère «la voix de son maître», ou «celle qui en donne toujours plus que son client fédéral en demande».

Par contre, je ne sais pas si Dany, que j'aime beaucoup, sera aussi d'accord avec moi pour dire que dans certains cas - disons, celui dont on parle ici -, la soumission volontaire n'a pas plus de couleur que l'argent et le confort offerts en échange n'ont d'odeur...

Qu'on parle ici, entre autres, d'un Jean Chrétien ou d'un Trudeau, on voit bien qu'un roi-nègre n'a pas de couleur - aussi «coloré» puisse-t-il être ou avoir été.

Si la communauté haïtienne a le droit le plus absolu d'être fière de voir une «chef d'État» venant d'Haïti et ce, même si elle est une non-élue et représente un anachronisme politique de plus en plus évident, il est à espérer que la critique envers ce qu'elle fait au niveau POLITIQUE ne sera pas interdite pour cause de lèse-majesté découlant de la couleur de sa peau.




21 mai 2008, 12:21
La tarte aux pommes
J'ai la fâcheuse habitude de ne pas commenter des rapports que je n'ai pas lus. Lorsque vous lirez ces lignes, chanceux que vous êtes, vous aurez eu accès au VRAI rapport Bouchard-Taylor. Mais j'avoue que les longs extraits de l'ébauche finale qu'on retrouve sur le site de The Gazette, s'ils sont véridiques et reflètent le rapport final, ont de quoi à inquiéter.

La première crainte est qu'une fois toutes les nuances comptées, le rapport nous serve une grosse pointe de tarte aux pommes sur les vertus du pluralisme à tout crin, le tout nappé d'un généreux coulis de bonne vieille culpabilisation à peine voilée des francophones en les appelant à une "ouverture" qu'ils pratiquent pourtant déjà amplement. Pas besoin de vous dire à quel point j'espère me tromper là-dessus! Tout comme je souhaite ne pas y voir cette espèce de relativisme mièvre qu'on lit dans l'ébauche voulant que les "inquiétudes" des uns valent celles des autres ou que tout est de la faute de l'"insécurité" atavique des francophones face à l'"Autre".

Voilà donc plutôt ce que j'espère y voir en échange des 5 millions $ de fonds publics qu'aura coûté cette commission, dont près de 400 000 $ versés à chaque coprésident. 1) Une absence de blâme sur les francophones pour leur présumée fermeture envers les minorités. 2) L'urgence de renforcer la francisation des nouveaux arrivants et des lieux de travail plutôt que d'encourager tout le monde à apprendre l'anglais pour s'"ouvrir" au monde. 3) L'affirmation claire que la question du religieux dans l'espace public est un débat transfrontière n'ayant rien de spécifique au Québec. 4) Des balises nouvelles quant à cette place du religieux dans l'espace public. 5) Un refus de banaliser la question de l'égalité des femmes dans l'expression plus orthodoxe de certaines religions chrétiennes ou non chrétiennes. 6) La reconnaissance de l'impact du statut du Québec dans sa capacité ou non de provoquer l'adhésion des immigrants de toutes origines à une véritable identité nationale de langue française. Bref, qu'on refuse d'esquiver le politique. Que l'on reconnaisse que politiquement, la "majorité" francophone, toutes origines confondues, est celle d'une province, ce qui l'oblige à protéger aussi ses propres droits parce qu'elle est en fait la minorité d'un pays gouverné par le bilinguisme et le multiculturalisme officiels. Pas besoin d'être Einstein pour comprendre ça. Mais en ces temps où l'on tente d'enterrer la question nationale pour de bon, il serait peut-être important qu'on se redise certaines choses.

PAS DE NOUVEAU CATECHISME, S'IL VOUS PLAIT!

Espérons aussi que Gérard Bouchard et Charles Taylor nous épargneront leur nouveau "catéchisme" qu'on lit dans l'ébauche. Surtout cette référence répétée aux Québécois "canadiens-français" réduits dans ce texte à un groupe ETHNIQUE, mais majoritaire. Non, merci. Don Cherry peut attendre. Je ne redeviendrai jamais une French Canadian.

J'avoue, à tort ou à raison, que mes attentes face à cette commission sont plutôt limitées. Étant donné la manière dont l'exercice a été lancé, il est aussi possible que le rapport finisse par dire tout et son contraire. Prenons le mandat tel que compris par les coprésidents: "(...) voir dans le débat sur les accommodements raisonnables le symptôme d'un problème plus fondamental concernant le modèle d'intégration socioculturelle institué au Québec depuis les années 1970. Cette perspective invite à revenir sur l'interculturalisme, l'immigration, la laïcité et la thématique de l'identité québécoise." Grosse commande. Trop grosse peut-être.

Rappelons aussi la motivation surtout partisane de Jean Charest, qui a créé la commission B&T pour court-circuiter Mario Dumont. Sachant où loge M. Charest sur les questions d'intégration - du genre "il est urgent de ne rien faire" -, il a certes nommé deux coprésidents respectés, mais aussi connus pour leur penchant vers un pluralisme vertueux.

Ratoureux, il a réuni un souverainiste et un fédéraliste admiratif du modèle canadien. L'espoir étant qu'ils se neutralisent l'un l'autre et finissent par évacuer la question du statut politique du Québec et de la compétition ouverte que livre auprès des immigrants une identité canadienne majoritairement anglophone.

Bref, lorsqu'on combine les ingrédients d'une sauce à spaghetti, ce n'est pas pour servir du couscous! Il n'y a rien comme un tandem souverainiste-fédéraliste pour dire que tout est faisable, que le Québec soit une province, un pays ou qu'il ait un statut particulier...

À LA DÉCHIQUETEUSE?

Souhaitons aussi que le rapport n'enverra pas le message qu'on lit dans l'ébauche à l'effet qu'il est de mise de soupçonner les francophones d'ignorance face aux minorités et qu'on aurait besoin de mieux les "éduquer" à la diversité. Un tel message provenant de deux intellectuels respectés aurait sans contredit un impact négatif sur les relations interculturelles.

Je vous avouerai aussi qu'en voyant la plupart des audiences publiques, mes craintes demeurent. Prenez ce moment, à Montréal. Un homme ayant immigré ici il y a plus de 30 ans s'est levé pour se plaindre, en anglais, qu'il avait parfois eu des difficultés à trouver du travail parce qu'il ne parlait pas français. M. Taylor est resté muet. Quant à M. Bouchard, j'aurais cru qu'après avoir sermonné plusieurs francophones et accusé certains de racisme ou d'antisémitisme, il aurait au moins posé une question. Du genre: "Pourriez-vous nous éclairer quant aux raisons qui ont fait qu'en plus de 30 ans, vous avez appris l'anglais mais pas le français? Était-ce par manque de ressources, de volonté ou les deux?" Mais non. M. Bouchard l'a écouté patiemment et l'a remercié sans dire un mot.

Franchement, il est à souhaiter que le rapport final ne reprenne pas cette espèce de culpabilisation constante des francophones qu'on lit dans l'ébauche quant aux relations interculturelles au Québec, ni leur réduction surréaliste et inacceptable à un groupe ethnique canadien-français! Car si tel était le cas, ce rapport n'aurait d'autre vie que celle qu'il mériterait dans les lames d'une déchiqueteuse.


15 mai 2008, 5:00
Rabaska for ever!

 

Appelons-ça le cadeau empoisonné à la ville de Québec pour son 400e.

Le plus grand producteur de gaz naturel au monde, Gazprom, vient d'embarquer dans le projet du terminal méthanier de Rabaska, à Lévis. Tout ce beau monde signera une entente définitive d'ici la fin de l'année. Rabaska se fera.

Merde.

500 millions de pieds cubes de gaz naturel liquide par jour dès 2014.

À côté de ça, le Mont-Orford, c'était de la très, très, très petite bière.

Les très gros intérêts en jeu étant ce qu'ils sont, Rabaska sera donc terminé bien avant le CHUM.

À chaque gouvernement ses priorités...

 



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15 mai 2008, 4:37
Le baiser de la mort?

On savait que George W. Bush est un salaud. Mais ce qu'il a fait aujourd'hui en Israël pourrait presque briser son propre record dans le département des coups bas.

En accusant Barack Obama de vouloir alimenter le terrorisme - l'homme n'adoptant point la rhétorique guerrière primaire de W. -, on se demande bien quel en sera le prix à payer par Obama à la prochaine présidentielle?

Depuis le 11 septembre 2001, le «terrorisme» ayant remplacé l'URSS comme bête noire nourissant l'industrie militaire, le pauvre politicien américain qui s'y ferait associé de quelque manière que ce soit risque de payer cher. Dans l'hystérie fondamentaliste bushienne, porter une telle accusation est l'équivalent pour un cardinal catholique de se faire dire qu'il ne croit pas en l'immaculée conception. Pauvre cardinal. Il ne deviendrait jamais Pape. 

McCain For President, ça vous dit quelque chose?  

Veux pas croire que les Américains vont avaler une aussi grosse couleuvre... 

 

 


14 mai 2008, 2:45
La girouette blessée
Jacques Parizeau aimait dire que la politique est un sport extrême. En effet. Mais il savait aussi qu'elle peut être particulièrement cruelle.

À voir Mario Dumont le soir des élections partielles, l'homme paraissait plus blessé et plus fatigué qu'au lendemain des élections générales de 2003. Le choc avait été énorme. Après avoir touché le sommet des sondages l'automne d'avant, l'ADQ s'écrasait en bout de piste avec un maigrelet 18 %.

Cette fois-ci, M. Dumont tombe de plus haut encore. En 2002, les sondages lui faisaient miroiter une prise possible du pouvoir. Le 26 mars 2007, ce sont les électeurs eux-mêmes qui lui ont passé le témoin en lui remettant l'opposition officielle. Les sondages passent, mais des électeurs déçus peuvent avoir la main lourde.

MONSIEUR DUMONT

Replaçons-nous au printemps dernier. Les péquistes étaient anéantis, les libéraux tenaient par un fil et l'ADQ avait le vent dans les voiles. Le petit Mario devenait enfin "monsieur Dumont". La prochaine fois, ce serait SON tour. L'homme était devenu "premier ministrable". Plusieurs espéraient aussi que l'ADQ serait autre chose. Que si elle prenait le pouvoir, contrairement aux deux "vieux partis", elle en profiterait moins pour distribuer postes et nominations chèrement payés aux tinamis. Branché sur les régions et les accommodements raisonnables, on prêtait à M. Dumont une faculté d'ÉCOUTE devenue tout à coup exceptionnelle. Des commentateurs y voyaient même une virage à droite soudain des Québécois. Pris de panique, le PQ et le PLQ plagiaient la plateforme de l'ADQ dans l'espoir d'y trouver la potion magique qui les ramènerait à la vie.

On connaît la suite: équipe faible, idées confuses, absences remarquées, arrivée de Pauline Marois, résurrection de Jean Charest, etc. Puis vint cette étiquette dévastatrice de "girouette" collée sur le front de Dumont par les libéraux avec de la Crazy Glue! À 17 % dans les sondages et sonné par les mauvais résultats des partielles parce qu'ils reflètent l'état de son parti dans l'opinion publique, Dumont voit 5 années de reconstruction lui glisser entre les doigts.

Évidemment, les choses peuvent changer. Dumont a modifié son entourage et remaniera son cabinet fantôme. Mais il y a des limites à tenter de rafistoler du matériel défectueux. Son caucus n'est pas à la hauteur. Un point, c'est tout. Prochain appel. L'an dernier, Dumont a tiré son parti vers le haut. Aujourd'hui, son parti menace de l'engouffrer.

Dans les prochains jours, Dumont sera inondé de conseils. On lui dira d'avoir un programme clair, d'avoir plus de substance, de recruter plus de femmes, etc. Mais on a peine à voir comment, pour le moment, il réussira à attirer de bons candidats pour monter sur une chaloupe prenant de plus en plus l'eau.

UN BIEN GRAND MYSTERE

Et pourtant, jusqu'à la pointe conjoncturelle de 31 % en mars 2007 (due en partie à André Boisclair), l'ADQ était le SEUL des trois partis principaux dont les appuis progressaient à chaque élection. L'ADQ partait de 6,5 %, en 1994, pour monter à 12 %, en 1998, et à 18 % en 2003. Mais aujourd'hui, avec la performance respectable du Parti vert et de Québec solidaire, la remontée du PLQ et un PQ carburant à la question linguistique, s'il fallait que l'ADQ chute de plus belle dans les prochains sondages, Mario Dumont ne vaudrait plus cher la livre. Ni chez des candidats potentiels, ni auprès de son ami Stephen Harper, ni dans les milieux d'affaires prêts, l'an dernier, à le financer généreusement.

La chute de l'ADQ participe aussi d'un mystère bien plus grand encore que celui de la Caramilk: celui d'un Jean Charest devenu pour ainsi dire intouchable. Misant sur l'économie de manière pourtant générique, le PLQ ne souffre plus de rien. Ni de la non-construction du CHUM, ni de son inaction quant au recul du français, ni de son acceptation béate de la prise de contrôle par Ottawa des fêtes du 400e, ni de quoi que ce soit d'autre. Dumont aura beau avoir dénoncé avec raison la "canadianisation" des relations internationales du Québec, il en retire zéro bénéfice. Quant à Mme Marois, débarrassée de son référendum, elle lui a subtilisé sa carte identitaire et sa vision autonomiste à la vitesse de l'éclair. Quand ça va mal, ça va mal.

Jean Charest espère surtout que le tout revienne lentement à une lutte à deux entre libéraux et péquistes. Il sait que plus les appuis à l'ADQ glissent au PLQ, et non au PQ, plus grandes sont ses chances d'obtenir une majorité la prochaine fois. Si la tendance se maintient, bien sûr.

Le côté cruel de la politique se trouve aussi dans l'oubli. Dumont passant un sacré mauvais quart d'heure, certains l'enterrent presque, oubliant que malgré ses nouveaux cheveux gris, il n'aura que 38 ans, ce 19 mai. On oubliera aussi qu'en 1991-1992, par principe, il quittait et le PLQ et son mentor, Robert Bourassa. On oubliera qu'incapable d'approuver les reculs du PLQ après l'échec de Meech, à l'âge impossible de 24 ans, il s'est retrouvé chef d'un nouveau parti, lequel allait faire damner autant les libéraux que les péquistes! On oubliera que sa présence dans le camp du Oui aura contribué à sa quasi victoire en 95. Un vieux de la vieille du PLQ me disait d'ailleurs qu'il a compris que Jean Charest était enfin devenu un VRAI libéral le jour où il l'a vu détester Dumont autant que les Bourassiens le haïssaient depuis son départ!

Mais aujourd'hui, quatorze ans plus tard, après une ou deux bonnes résurrections, force est de constater que Dumont a plus qu'une simple côte à remonter. C'est presque l'Everest... À moins, bien entendu, que le fameux "instinct" Dumont ne revienne.


12 mai 2008, 2:27
Perdre sa place

 

Ce week-end, Le Soleil rapportait que dans le cadre des festivités controversées du 400e de Québec en France, Philippe Couillard aurait été traité avec peu de respect.

Citons l'article: «Le ministre responsable de la région de la capitale, Philippe Couillard, a quitté en coup de vent la réception offerte par la ville de La Rochelle au terme du spectacle de la Grande traversée, jeudi soir, en présence de la gouverneure générale du Canada. Michaëlle Jean a été invitée à prendre la parole et son mari faisait aussi partie des personnes présentées à l'avant-scène. La présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, Ségolène Royal, était à l'avant, tout comme les maires Régis Labeaume et Maxime Bono, qui ont tous deux pris la parole. Mais le ministre Couillard a dû regarder la scène avec le reste des convives et est parti dès la fin des discours. Hier, il ne s'est pas présenté au brunch réunissant à nouveau la gouverneure générale, les maires Labeaume et Bono, ainsi que les artisans de la Grande traversée.»

Et après, on nous dira que le gouvernement fédéral n'a pas pris le contrôle politique du 400e et ce, évidemment, avec l'entière approbation du gouvernement québécois.

Comme quoi, lorsqu'on cède volontairement sa place, il ne faut pas s'attendre à ce qu'on nous la redonne.

 


 



11 mai 2008, 1:32
Bonne fête des mères!!!

 

Incontournable fête des mères.

J'ai perdu la mienne, précieuse, il y a de cela déjà 13 ans.

Ma mère, Micheline, était née un «13», comme sa mère avant elle et ma soeur, sa fille cadette, Manon.

J'y pense à tous les jours, mais à la fête des mères, ce qui me saute aux yeux et au coeur, c'est toujours avec quel amour inconditionnel, et au prix de sa propre personne, elle a entouré, aimé et éduqué ma soeur Manon. Encore et toujours «ma petite soeur», malgré ses 45 ans bien sonnés.

Je ne vous ai pas dit. Manon est née avec un handicap intellectuel à l'époque où il y avait zéro service, ou presque. Ma mère, sans trop d'aide de son mari, a tout fait pour «garder» Manon, alors que les médecins l'encourageait à la «placer». Comme on disait...

On lui avait dit que Manon ne marcherait jamais, qu'elle ne parlerait pas, qu'elle ne serait jamais «propre». Et bla, bla, bla...

Micheline s'est entêtée. Avec sa «cinquième année» de primaire, mais avec une intelligence et un coeur gros comme la terre, ma mère a réussi: Manon a marché, a appris à parler (elle est aussi volubile que sa soeur...), et elle fut propre au même âge, ou presque, que les autres enfants.

Ma mère, vous me pardonnerez le cliché, sera toujours mon héroïne. Elle me manque.

Malheureusement, je n'ai pas eu d'enfant. Mais aujourd'hui, étant la seule «survivante» de la famille à part ma soeur, je deviens, lentement mais sûrement, un peu la maman de ma soeur, une femme formidable, douce, persévérante et avec un sens de l'humour pas possible!

L'an dernier, pour la première fois, Manon m'a donné une carte qu'elle avait faite elle-même, à moi, pour la fête des mères. Imaginez ça! Un moment d'émotion qui ne se décrit pas.

Je vais la rejoindre à l'instant. On va faire du «shopping» de filles, on va rigoler et on va finir le tout dans un resto à rire et à se raconter nos histoires sur notre maman.

Bonne fête des mères à toutes celles qui maternent à leur manière!




7 mai 2008, 2:26
Le vent tourne
Jean Charest est sur une lancée. Le vent tournant pour son gouvernement dans les sondages, le voilà qui verse dans l'énergie éolienne.

Fort de sa nouvelle stratégie de communication garantie anti-controverse, le premier ministre en a fait l'annonce d'une manière qui n'avait rien des gaffes du Suroît ou du Mont-Orford. Il parle maintenant d'"acceptabilité sociale". Le gouvernement libéral se veut "vert". Alléluia.

Mais là où ça ne change pas, c'est dans sa décision de se tourner vers le privé. Dans ce cas-ci, on s'en remet à lui pour le développement d'une ressource pourtant stratégique pour le Québec. Si l'hydro-électricité l'était suffisamment pour valoir sa nationalisation, on se demande pourquoi l'énergie éolienne et une bonne part de ses profits seraient remises à des méga-consortiums, qu'ils soient allemands, français ou d'ici.

Le privé profitera d'un prix garanti pour vingt ans - 8,7 cents du kWh, plus le transport. Une belle machine à imprimer de l'argent. Mais une machine dont Hydro-Québec, donc nous, profitera nettement moins que s'il s'était chargé lui-même de la production.

Sans rire, Claude Béchard, le ministre des Ressources naturelles, annonce qu'"on verra en 2015" si le rôle du privé demeurera aussi important. Comme si, après avoir goûté aux profits et s'être érigé en gardien de cette expertise, le privé se retirerait un jour, comme ça, juste pour être gentil avec nous... Mais comme on ne peut que se réjouir de voir le Québec diversifier ses sources d'énergie propre, on finira bien par avaler cette nouvelle pilule.

De fait, s'il y a un vent qui souffle, ici comme ailleurs, c'est celui provenant du milieu des affaires. Veinard, il s'installe aussi de plus en plus confortablement dans la production d'énergie au Québec, que ce soit par l'éolienne ou Rabaska. On dirait qu'en échange de ne pas privatiser Hydro-Québec, nos dirigeants ont choisi de donner au privé le plus de nouveaux développements possible. Que ce soit en santé ou dans la production d'énergie, leur message au secteur privé est clair: "Vous n'aurez pas le gâteau au complet, mais on va vous en donner de bien beaux morceaux." Le problème, c'est qu'avec le privé, l'appétit vient en mangeant.

LA PRESQUE NATION

Vous ne trouvez pas ça bizarre, vous? À chaque fois qu'on entend parler du 400e, c'est que quelque chose cloche. Cette fois-ci, c'est la gouverneure générale du Canada qu'on invite en France pour inaugurer les festivités du 400e de Québec. Pas le premier ministre du Québec, mais la représentante de la reine d'Angleterre et de tout le Commonwealth! On aurait voulu avoir l'air colon, vraiment colon, qu'on ne s'y serait pas pris autrement.

(Aujourd'hui, le 7 mai, on apprend que Monsieur Charest se rendra finalement à Bordeaux et à Paris du 17 au 19 mai. On nous dit que le voyage était prévu depuis un bout de temps. Soit (quoique les journalistes n'en avaient pas été informés auparavant). Mais cela ne change rien au fait que le PM du Québec ne sera PAS du lancement des célébrations du 400e en sol français, que c'est plutôt Michaëlle Jean qui l'est et qu'elle ne se gêne pas pour vanter la francophonie canadienne plutôt que le Québec. Une vraie honte.)

L'attachée de presse de Philippe Couillard, ministre responsable de la Capitale-Nationale, en a sorti une bonne: "Il n'y a pas de CHICANE de visibilité" entre Ottawa et Québec. Sans blague? Il n'y a pas de CHICANE parce que Québec laisse Ottawa récupérer le 400e à ses propres fins. Pour reprendre l'observation de deux étudiants au doctorat en linguistique cités dans Le Devoir, Ottawa fait dans la "réappropriation des faits historiques pour servir l'idéologie de la nation canadienne". L'art de dire les choses clairement. Québec laissant faire, le 400e devient insidieusement le 400e du Canada.

Michaëlle Jean, celle que Le Monde a baptisée la "presque reine du Canada", jasera donc 400e et histoire canadienne à Paris avec Sarko et une brochette de politiciens français. Parions qu'ils jaseront aussi de cet autre vent qui tourne, celui du rapprochement accéléré entre la France et Ottawa. Parions que plus discrètement, ils jaseront également de l'abandon possible de la politique française de "non-ingérence et de non-indifférence" envers le Québec. Bien sûr, rien ne se fera tout de suite. Ça risquerait d'embarrasser le gouvernement minoritaire de M. Charest.

Mais si M. Charest devait récolter une majorité à la prochaine élection, Sarko s'empresserait sûrement de faire cette ultime fleur à son grand ami et mentor Paul Desmarais sr., ze-big-boss de Power Corp. À l'émission de Christiane Charette, Claude Charron a résumé le phénomène Sarko-Desmarais mieux que quiconque. Sarko, a-t-il dit, voudrait adopter "la politique de Power Corporation envers le Canada". Traduction: exit la question nationale, et bon débarras.

Bref, à bien y penser, peut-être qu'une presque reine est tout indiquée pour représenter en France un Québec dont les dirigeants se comportent comme ceux d'une presque nation. Pourtant pas un méchant séparatisse, Mario Dumont dénonçait récemment la "canadianisation" des relations Québec-France. Que dire d'autre lorsque le Québec semble incapable de fêter le 400e de SA capitale sans l'argent ou la tutelle d'Ottawa, ni sans sa jolie et charmante presque reine.

Tant qu'à y être, soyons cohérents jusqu'au bout et changeons aussi l'appellation de Québec pour celle de "capitale presque nationale".

VIANDE À CHIEN!

Sur une autre note, Statistique Canada nous apprenait que les travailleurs du plus meilleur pays du monde n'avaient gagné que 53 $ en pouvoir d'achat réel depuis 25 ans. Même Séraphin Poudrier trouverait ça pingre! Seuls ceux faisant partie d'un couple où les deux travaillent ont vu leur sort s'améliorer un peu.

Message aux Facal, Montmarquette et aux autres "lucides" de ce monde: voilà une autre raison de ne pas augmenter les tarifs comme des fous. La classe moyenne n'a pas une capacité infinie de payer. À preuve. Quant à la génération X et aux suivantes, Stats Can confirme aussi la multiplication des travailleurs contractuels et précaires. Condamnés à la mission impossible de tout couvrir eux-mêmes (REÉR, maladie, vacances, etc.), ils seront encore moins capables de payer pour la privatisation accrue des services publics ou des tarifs plus élevés.

La seule protection restante selon Stats Can: les syndicats. N'en déplaise aux "lucides". Mais comble de malchance, les plus jeunes auront aussi de moins en moins accès à un poste syndiqué... Là aussi, le vent tourne.


7 mai 2008, 2:11
Le chantage

 

La Presse rapporte ce matin que les gens d'affaires FRANCOPHONES de Montréal «boudent» la Fondation du futur CHUM (ça, c'est le gros, super, méga hôpital francophone dont on ne voit toujours pas la première pelletée de terre)...

Le fond de l'histoire est qu'ils refuseraient de donner des gros sous à la Fondation pour mieux punir le gouvernement Charest (et surtout Philippe Couillard), pour avoir choisi le site de St-Luc plutôt que la gare de triage d'Outremont.

Rappelons que le site d'Outremont était le préféré des puissants parce qu'il aurait été situé précisément où le milieu des affaires veut construire une «cité de la santé», c'est-à-dire un mini village de services de santé et de cliniques PRIVÉS. Un Klondike pour le milieu des affaires, dont les compagnies d'assurance, qui aurait résulté en une accélération à vitesse grand V vers une privatisation toujours plus grande du système de santé.

Parmi ces puissants, on retrouvait la filière Desmarais de Power Corp. au complet, les Jean Coutu, etc... Sans leur Klondike et les profits dont ils rêvaient, ils sont fâchés, fâchés, fâchés. TRÈS fâchés.

Aujourd'hui, ces hommes d'affaires francophones poussent leur outrecuidance jusqu'à punir non pas P. Couillard, mais les francophones dans leur ensemble, nous, les dindons de la farce qui attendons toujours la Mecque du CHUM.

Avec un tel chantage, ce n'est pas demain matin la veille que nous, les dindons, y mettrons les pieds.



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7 mai 2008, 1:44
Adhésion bleue poudre

Et d'un autre.

L'auteur et comédien Ghislain Taschereau vient de rejoindre VLB au nouveau Parti indépendantiste (PI).

Sur le site Vigile d'aujourd'hui, il annonce : «J'ai le plaisir de m'apprendre que je viens d'adhérer au Parti Indépendantiste. Je m'en félicite, d'ailleurs, et je me sers chaleureusement la main. Je me suis parlé (je parle ma propre langue, le français) et je me suis convaincu que j'avais raison. Et je n'ai pas eu à m'entretenir pendant des heures.»

Et d'ajouter: «Il n'y a que le Parti Indépendantiste qui affiche des couleurs qui correspondent totalement aux miennes et dont le but premier est de faire l'indépendance du Québec.»

Un autre de perdu pour la «conversation nationale».


3 mai 2008, 5:45
Voulez-vous coucher dans le couloir?

 

Samedi, 3 mai 2008, Parc Lafontaine, Montréal - départ d'une grosse manif contre la privatisation croissante de notre système de santé.

Je reviendrai plus tard sur le fond du sujet.

Pour le moment, notons seulement que les centrales syndicales - lesquelles ont organisé cette manif en bonne partie - semblent enfin redécouvrir leur rôle de trouble-fête. Cette fois-ci, c'est contre le consensus artificiel qu'on nous sert sur toutes les tribunes à l'effet que le «privé» va sauver le «public»!

Notons aussi la présence de médecins d'ici et du Canada anglais, d'infirmières, de patients, de familles, de jeunes, de vieux, etc.. L'enjeu est gros. Très gros. Qu'on se le dise: un système de santé public et universel est un des outils privilégiés de redistribution de la richesse collective et pour un minimum d'équité sociale. Ceux qui s'y attaquent et le grugent de plus en plus impatiemment, incluant nos gouvernements et les milieux d'affaires, le savent trop bien!

Notons également l'imagination de l'organisation, dont ces pastiches de chansons québécoises connues jouant pendant la manif.

Ma préférée cet après-midi: ce refrain pastiché de «Lady Marmelade», devenu pour les circonstances «Voulez-vous coucher dans le couloir, ce soir? Voulez-vous coucher dans le couloir?».

Belle illustration parmi d'autres d'un problème au public que le sacro-saint privé, qui augmente sans cesse au Québec, n'a pas contribué à résoudre. Bien au contraire! Il l'alimente.


 


1 mai 2008, 11:18
La toile d'araignée

 

(Désolée si ce billet est un peu long, mais l'histoire n'est pas simple non plus...)

Alors qu'on entend que ça n'a aucun intérêt, vous vous êtes sûrement demandé pourquoi vous devriez vous intéresser à l'«affaire Bruno Fortier», cet ex-délégué général du Québec à New-York congédié pour «insubordination»?

Il y a évidemment son côté exceptionnel, qu'on semble déjà oublier. C'est la première fois qu'un délégué général se fait virer aussi brutalement; que son passage n'aura duré que huit mois; que c'est un ami d'enfance du premier ministre; qu'il a été l'objet d'une plainte pour harcèlement psychologique; et que la ministre responsable pour laquelle il a pourtant fait du travail partisan bénévole ainsi que son sous-ministre justifient ce congédiement en traitant un ami du PM d'instable et d'insubordonné; la plupart des témoins entendus à la commission parlementaire ont donné des versions contradictoires de ce qui s'est passé, etc..

On rédige des romans avec moins que ça...

La tentation est pourtant forte de banaliser toute cette histoire justement pour cause de nébulosité avancée.

Et il y a cette autre tentation. Celle d'en rester au premier degré, celui du favoritisme. Parce que tous les gouvernements, ici comme ailleurs, récompensent des tinamis avec des postes prestigieux et bien rémunérés, il est facile de réduire l'affaire Fortier au syndrome classique de l'assiette au beurre. On sait qu'il faut revoir le mode de nomination hautement partisan de plusieurs postes de hauts-fonctionnaires - je l'écris depuis des années. Mais il y a autre chose...

Le fait que ce PM, comme d'autres avant lui, considère le poste de délégué général en partie comme un bonbon partisan en dit particulièrement long sur le lent déclin de la politique internationale du Québec qui, à toute fin pratique, n'existe plus qu'à peine.

Mélangez le tout à des délégations souffrant encore des compressions budgétaires du gouvernement Bouchard et une ministre actuelle aussi invisible qu'incolore - Monique Gagnon-Tremblay - voilà l'illustration parfaite d'un autre pan de notre vie collective qu'on laisse aller sans dire un mot.

Pour ce qui est de l'affaire Fortier en soi, elle est d'intérêt public. Pourquoi? Parce que Fortier, ami ou pas du PM, était un délégué général payé par les fonds publics, qu'il a été l'objet d'une plainte pour harcèlement psychologique et que les témoins entendus cette semaine en commission parlementaire se sont contredits sur des éléments cruciaux de cette histoire au point de la transformer en véritable toile d'araignée.

Surtout, il y a LA question cruciale. Quel était le type de harcèlement contenu dans la plainte faite contre Fortier par une employée de la délégation de New-York? (Mardi, grâce aux questions serrées des députés, on finissait aussi par apprendre de la bouche d'une haute-fonctionnaire du ministère que la plaignante viserait aussi une DEUXIÈME personne à part Fortier, celle-là étant encore à l'emploi de la délégation. Ouf!) Et maintenant, on parle de «campagne de salissage» contre Fortier émanant peut-être de la délégation. C'est n'importe quoi. Demain, ce sera sûrement autre chose...

Terre à Monique Gagnon-Tremblay: qui s'occupe de ce qui se passe à la délégation de New-York ???

Alors que le sous-ministre aux Affaires internationales avait déclaré que la plainte contre Fortier avait été rendue caduque par son congédiement, une haute-fonctionnaire dit plutôt que cette double plainte serait encore examinée par une «ressource externe» devant en faire éventuellement rapport au même sous-ministre. Mais, en passant, il n'existerait aucun «rapport écrit» de la situation... Aucun rapport écrit? Vraiment?

Et que dire du malaise entourant le refus du gouvernement d'entendre une ancienne employée de la délégation, Mira Clément, à la commission parlementaire? Congédiée par Fortier alors qu'il y était directeur des affaires économiques, elle a pourtant demandé à témoigner pour donner la version des employés.

Et là, on revient au coeur du problème : cette plainte portée contre un délégué général, un poste très public et pas n'importe lequel. Le mystère qui demeure est dommageable pour tout le monde - y compris pour Fortier lui-même s'il s'avérait qu'il en était innocent - parce que la notion de harcèlement psychologique contenue dans la Loi sur les normes du travail couvre en fait tout un éventail de situations allant de moyennement à très graves, lesquelles peuvent être de nature psychologique et/ou physique.

Lorsqu'on lit attentivement la Loi, on voit bien que laisser le mystère planer sur des possibilités aussi troublantes ne peut qu'alimenter les pires rumeurs, qu'elles soient fondées ou non. Pourquoi ne pas simplement donner les faits en respect des personnes concernées et de la confidentialité de la plaignante? Et si tout cela n'est que ragots, qu'on le démontre, mais qu'on nous dise alors d'où vient vraiment ce congédiement spectaculaire et exceptionnel? Bref, ce ne sont pas les questions qui manquent. Ce sont les réponses, la transparence et d'imputabilité. Mais ne retenez pas votre souffle...