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April 2008 - Messages
30 avril 2008, 1:14
La république des satisfaits
Le 24 juin prochain, Jean Charest fêtera ses 50 ans en arborant sûrement un très, très large sourire. Verre de champagne à la main, on l'imagine au bord du lac en train de méditer sagement sur ses 10 années de montagnes russes passées à la tête du Parti libéral. Et on le voit presque lever les yeux au ciel et crier un gros "YES!!!!".

Bref, comme une majorité de Québécois le sont maintenant envers son gouvernement, il se sentira satisfait. Très satisfait.

Que ce soit chez Léger Marketing ou CROP, la tendance s'accentue. Le PLQ poursuit sa remontée. Le miracle est tellement frappant qu'on croirait que Jean Charest a monté l'escalier de l'Oratoire à genoux. Fidèle à sa marque de commerce, Jean Charest est passé une fois de plus de mort-vivant à survivant!

Oui, il a changé son entourage pour le mieux en ramenant des valeurs sûres de l'école bourassienne. Oui, il a cessé de prendre le Québec à bras-le-corps avec sa "réingénierie" tout en maintenant le cap plus discrètement vers la droite. Oui, il consulte dorénavant ad nauseam tout en s'assurant de n'adopter aucune mesure controversée. C'est la stratégie préélectorale classique: ne rien brusquer, ne rien faire et ne rien défaire. Enfin, pas tout de suite.

C'est le ronron petit patapon, le petit train qui ira loin, etc. Et ça semble fonctionner très bien pour le PLQ, merci beaucoup. C'est comme si, avec les bruits sourds de récession, la déception face à l'ADQ et à un PQ n'en finissant plus de se défaire de sa raison d'être, de plus en plus d'électeurs optaient tout simplement pour le "changement dans la continuité".

Autre fleur au premier ministre: cette semaine, pour la première fois depuis l'élection et à peine quelques mois après que Jean Charest eut été voué à une disparition certaine, les libéraux hument le doux parfum d'un possible retour à un gouvernement majoritaire... Ça n'a rien de sûr, mais ça regarde quand même bien pour eux. Mais qui a dit que l'analyse politique était une science exacte?

GROS JEAN COMME DEVANT

Quant à l'ADQ, on aura beaucoup parlé de son équipe éternellement inexpérimentée, un plus gros problème pour Mario Dumont semble être son incapacité chronique à se définir une vision claire. Quelle qu'elle soit! Maintenant que le ballon adéquiste des accommodements raisonnables a été dégonflé par une commission Bouchard-Taylor longue et fastidieuse (voir l'essai éclairant et intelligent de mes collègues Jeff Heinrich et Valérie Dufour, Circus quebecus), Mario Dumont se retrouve gros Jean comme devant.

Et ce n'est pas en s'accrochant de manière aussi irréfléchie à la question de l'immigration qu'il marquera des points. Cela étant dit, M. Dumont sait qu'il est dans le trouble. Espérant que le geste lui portera chance comme pour Jean Charest, voilà qu'il passe l'aspirateur dans son entourage, déplace des pions et recrute quelques joueurs. La suite aux prochains sondages...

LA BONNE ET LA MAUVAISE NOUVELLE

Pour ce qui est des péquistes, la bonne nouvelle pour eux est que leur parti est maintenant vu comme une opposition nettement plus efficace que l'ADQ. La mauvaise nouvelle est que l'"effet" Marois s'estompe à mesure que les souverainistes réalisent l'ampleur du virage qu'elle a fait prendre à des militants désarçonnés par le désastreux petit 28 % obtenu à l'élection. Pourtant, aujourd'hui, le PQ fait à peine mieux que sous André Boisclair. Matière à réflexion.

Après la résurrection du PLQ, l'autre tendance marquante est donc cette incapacité du PQ à profiter de la descente aux enfers de l'ADQ. Le vote adéquiste a beau être nationaliste en grande partie, les votes que Mario Dumont perd semblent se déverser un à un dans les petites mains reconnaissantes des libéraux. Pauline Marois aurait-elle sacrifié le référendum pour rien?

Cette décision ne pouvait qu'amorcer une lente démobilisation. Pourtant, satisfaite de son virage, Mme Marois ne semble pas voir que pour un seul divorce du PQ fracassant et hautement médiatisé comme celui de VLB, beaucoup d'autres, plus discrets, risquent de se concrétiser dans l'isoloir.

Mais avant, on aura pu voir si la suggestion de Mme Marois d'accoucher d'une "nouvelle loi 101" le jour où le PQ reprendrait le pouvoir fera office de substitut satisfaisant à la souveraineté. Sur cette question, le défi de Mme Marois est toutefois énorme. Elle devra convaincre les électeurs de sa sincérité. Grosse commande. Au fil du temps, les dirigeants de ce parti sont devenus plutôt perméables aux pressions des milieux d'affaires irrévocablement opposés à tout renforcement de la loi 101... et les électeurs l'ont bien vu. Mme Marois, qui ne fut jamais une pasionaria de la loi 101, serait-elle vraiment capable de livrer cette marchandise si elle devenait première ministre? Mystère et boule de gomme.

Il y a tout de même une bonne nouvelle pour les trois partis: du temps. Mais pas beaucoup. Si les appuis au PLQ montent encore, Jean Charest pourra-t-il résister cet automne à une élection au sortir du sommet de la francophonie? En attendant, pour reprendre le mot de John Kenneth Galbraith, auteur de la vraie République des satisfaits, nos "élites" font de plus en plus dans la "culture du contentement". Et on semble, faute de mieux, en être plutôt contents...


23 avril 2008, 4:12
Bonjour la police!

Je n'en reviens pas. On blâme les policiers pour ce qui s'est passé lundi soir après la victoire des Canadiens.

Pas assez présents, pas assez durs, pas assez ceci et pas assez cela. Et d'autres de nous servir dans les médias de longues théories sur ces pauvres-jeunes-délaissés-de-la-société-incapables-de-communiquer-avec-le-pouvoir-politique-alors-ils-mettent-le-feu-à-des-voitures-de-policiers. Pauvres petits piteux pitous..

Pourtant, on s'en doute - et on verra ce qu'on finira par apprendre plus précisément -, une partie de ces jeunes semblaient arriver des rues Peel et Crescent où certains jeunes débiles se saoulent comme des cochons avant de sortir pour gueuler sur la rue les soirs de week-end. En anglais, on appelle ça du monde «who can't hold their liquor». Ça se passe ici, ça se passe à Vancouver, et bien, bien ailleurs.

La différence est que certains de ces jeunes ivrognes finissent par devenir violents lorsque l'occasion facile se présente. Cette fois-ci, ils ont mis le feu à des voitures. C'est du matériel. Mais la prochaine fois, c'est du monde sur qui ils vont finir par fesser s'ils ne sont pas empêchés de récidiver.

Quant aux policiers de Montréal, ils ont sûrement fait avec ce qu'ils avaient: des ordres pas trop clairs, l'obligation de jouer aux tinamis des fêtards plutôt que d'agir comme une force de police et, surtout, une escouade d'Intervention (l'ancienne anti-émeute) dont on a coupé plusieurs effectifs l'an dernier.

Dans des cas comme celui de lundi, il n'aurait pas du y avoir autant de policiers-tinamis-de-quartiers non formés pour ce genre d'émeute. Ça prend une vraie escouade anti-émeute, une sérieuse, une professionnelle. Ne confondons pas ces jeunes sauvages avec des manifestants qui combattent pour des causes politiques. Les jeunes de lundi méritaient d'avoir dans leur face une vraie escouade anti-émeute. Ce n'est malheureusement pas ce qu'ils ont eu...

 


23 avril 2008, 1:34
L'ambition
Lorsqu'il a démissionné en 1995, Jacques Parizeau lançait, comme ça, que le temps était peut-être venu au Québec pour une femme premier ministre...

Tout le monde savait qu'il parlait de Pauline Marois. Mais tout le monde savait aussi que Monsieur exprimait moins un souhait réaliste à l'époque que sa profonde méfiance de voir Lucien Bouchard lui succéder.

Cette ambition de devenir première ministre, Mme Marois l'a depuis au moins 1985. À la surprise générale, cette jeune ministre à peine sortie d'une grossesse avait terminé deuxième derrière Pierre-Marc Johnson lors de la course à la direction du PQ! Une étoile était née.

Son autobiographie Québécoise!, parue chez Fides et rédigée en collaboration avec Pierre Graveline, est en fait le récit édulcoré de cette ambition - la chose ayant été longtemps vue comme un défaut chez les politiciennes, mais non chez les politiciens...

Pressée comme il se doit de se rapprocher de son but, elle a justement choisi de faire un livre "accessible", très grand public. Avec un peu d'analyse, mais pas trop. C'est un bon "get-to-know-Pauline", et non un ouvrage de réflexion politique.

Ce genre de livre est un outil classique d'une stratégie de communication classique visant à "humaniser" une personnalité politique vue comme trop éloignée de monsieur et madame Tout-le-monde. Fatiguée d'être perçue comme la "grande bourgeoise" - l'épisode de son chalet dans Charlevoix en était le premier signe -, Mme Marois y insiste beaucoup, beaucoup sur ses racines modestes.

Le tout participe aussi de ce besoin qu'ont certains politiciens d'être "aimés" ou appréciés, incluant pour ce qu'ils sont ou font dans leur vie privée - Sarko étant la version pathologique du phénomène! Pour contrer le cynisme des citoyens envers eux, certains cherchent à montrer leur petit côté givré...

Dans le cas de Québécoise!, l'exercice n'est pas perdu. Mme Marois y démontre qu'elle est une femme de clans (couple, enfants, parents, PQ et équipes de travail); qu'elle est fidèle, travaillante et pacifique de caractère.

Les coups de poing sur la table et les gros sacres machos, c'est pas son style. Son approche est plutôt civilisée et rares sont ceux à ne pas avoir aimé travailler avec elle. Quant à ces fameux règlements de comptes qu'elle dit ne pas vouloir faire, ceux qui la connaissent savent qu'elle les fait plutôt à mesure et en privé! C'est de bonne guerre, moins brutal et efficace. Petite exception: elle s'offre le cadeau de lancer quelques flèches à Bernard Landry, son rival de toujours qui ne s'est jamais gêné pour faire de même.

Sur une note plus analytique, elle a le mérite d'admettre que la fermeture de délégations générales par saint Lucien au nom de son déficit zéro fut une erreur, "car le peu d'argent économisé ne compensa pas les dommages causés au Québec dans sa promotion à l'étranger". Quand on voit à quel point la France s'est rapprochée d'Ottawa depuis Bouchard, Mme Marois met ici le doigt sur un gros bobo.

LA FAUTE DU PEUPLE

Là où ça se gâte, c'est lorsque Mme Marois donne l'impression d'adopter la même attitude hautaine envers le "peuple" qu'ont eue certains chefs du PQ. Pour mieux se déresponsabiliser, ils ont tous fini par se voir comme des victimes de ce pauvre peuple ingrat et indigne de ses propres élites si courageuses...

Commentant la démission de Bouchard en 2001, Mme Marois dit qu'il "ne savait plus par quel bout reprendre le combat pour la souveraineté" et que l'indifférence des Québécois le décourageait. Vraiment? C'est pourtant lui qui avait mis la souveraineté de côté pour se dévouer corps et âme à son déficit zéro.

Pis encore, elle dit: "(...) chaque fois que nous demandons au peuple québécois de faire le dernier pas pour que nous soyons enfin responsables de tout, il prend peur et recule. Le Québec est ainsi fait. "Schizophrène", disait le regretté Camille Laurin (...)". AINSI FAIT? Peureux? Si la chef du PQ pense vraiment que les Québécois souffrent de faiblesse collective chronique, on comprend mieux pourquoi elle ne veut plus parler d'échéancier référendaire.

Elle se contredit pourtant lorsqu'elle affirme que le référendum de 1995 "nous avait été littéralement volé!". Alors là, il faudrait choisir. Ou les Québécois sont des peureux, ou ils se sont fait "voler" leur Oui majoritaire par les maniganceux d'Ottawa. Lequel est-ce?

Qu'à cela ne tienne, vol ou peur bleue, le choix de Mme Marois est fait: bye-bye l'échéancier référendaire et de retour aux revendications traditionnelles à l'intérieur du Canada. Pourtant, elle écrit que l'approche similaire de Pierre-Marc Johnson ne lui avait inspiré "aucune envie de me battre". Comme l'histoire aime parfois se répéter, c'est précisément cette même réaction qu'ont eue VLB et plusieurs péquistes déçus face à sa conversation nationale sans horizon défini.

L'ironie finale est dans ce passage. Parlant de l'élection de 1994, elle se rappelle avec émotion que le programme du PQ étant "clairement établi et centré sur le projet souverainiste". Et d'ajouter qu'elle était "remplie d'adrénaline et farouchement déterminée: notre parti allait reprendre le pouvoir et réaliser enfin la souveraineté". C'est fou, l'effet mobilisateur que peut avoir un objectif clair.

Autres temps, autres mœurs, autres ambitions...


22 avril 2008, 4:35
Orange mécanique sur Youtube

 

Ai vu des sauvages sans conscience se défouler dans le centre-ville, supposément pour une «game» de hockey.

Ai vu ce type très particulier de violence - la violence narcissique. Ce je-suis-violent, je-veux-me-voir-être-violent-et-je-veux-aussi-que-le-monde-entier-me-voit-être-violent-sur-Youtube.

Ai vu aussi comme une hargne contre Montréal chez ce groupe qu'on dit «organisé», comme une espèce de malin plaisir à faire mal paraître cette ville par une soirée pourtant victorieuse.

En verrai sûrement un jour se filmer et s'admirer en train de tabasser des petits vieux sous un viaduc.

 


20 avril 2008, 2:50
Vive la corde à linge libre!

On ne peut pas être sérieux tous les jours... quoique derrière un sujet d'apparence frivole se cache une vraie problématique.

Je parle ici du retour glorieux de la corde à linge... en Ontario! Eh oui. Il sera dorénavant interdit d'interdire les cordes à linge. C'est qu'on semble redécouvrir ce que nos mères savaient déjà (je m'excuse, mais les pères ne faisaient pas la lessive «dans mon temps»): que la sécheuse est l'électroménager le plus énergivore. Et qu'à choisir, lorsque la température le permet, la bonne vieille corde à linge fait des merveilles en économisant de l'argent et de l'énergie.

Non seulement, elle sèche en effet les vêtements, mais on sait également aujourd'hui qu'une sécheuse utilisée régulièrement émet autant de gaz à effet de serre qu'une voiture dans une année. 

Pourtant, au fil du temps et de la gentrification, on a diabolisé la corde à linge : pas assez esthétique, ne cadre pas avec les développements de condos, fait trop «prolo»,  etc...

On verra si au Québec, on finira, nous aussi, par retourner à la corde à linge (lorsqu'on a la chance d'avoir un poteau disponible au bon endroit et à la bonne hauteur, bien entendu!).

Un autre avantage qu'avait la corde à linge était la socialisation. Les voisins (les voisines surtout à l'époque) se parlaient beaucoup plus par le biais de la corde à linge. Étendre son linge, le vérifier, le retirer - autant d'occasions de jaser avec celle (ou celui, de nos jours), qui faisait de même...

Pas mal pour un petit bout de corde.

 

 

 


19 avril 2008, 4:20
Le C-484

Sujet pas très sexy par un si beau samedi de printemps, mais sujet fondamental tout de même.

Une lectrice m'a envoyé un courriel me reprochant amicalement ce qu'elle appelle mon «silence» sur le projet de loi privé C-484 présenté par un député conservateur fédéral et déjà adopté en 2e lecture. Ce projet semble, quoiqu'il y ait désaccords maintenant chez certains juristes, ouvrir la porte à une recriminalisation possible de l'avortement en accordant la protection du code criminel à un foetus qui aurait péri suite à l'assassinat de la mère qui le portait.

Bon. Je crois pourtant l'avoir clairement mentionné dans ma chronique courante («Une chance que les libéraux sont là...») - un titre évidemment ironique. 

À ce chapitre, l'inaction et le silence de Stéphane Dion, lequel entend continuer à laisser ses députés voter sur ce projet de loi «selon leur conscience» sont plus que décevants. C'est carrément inacceptable. Quant à l'Assemblée nationale, saluons les députés qui, eux, ont eu le réflexe d'adopter une motion unanime contre ce projet de loi. À moins d'un accident de parcours, le C-484 semble bel et bien condamné. Et heureusement!

Très aimablement, cette lectrice me demande aussi d'user de mon rôle de journaliste pour éduquer, aider à faire réfléchir et éventuellement, à agir, surtout quant à la montée de la droite politique, économique et religieuse. C'est la marque d'une grande confiance, et je l'en remercie.

Mon rôle est toutefois celui de chroniqueure et d'analyste. Dans ce rôle, j'espère contribuer bien humblement à offrir un éclairage différent, le mien, de cette même réalité et de ses conséquences. Mais c'est aux lecteurs et aux lectrices d'en tirer leur propre analyse et leurs propres conclusions. Ma liberté de pensée a comme corollaire la vôtre!

Cela étant dit, puisque cette lectrice m'amène sur le sujet, j'ajouterai ceci pour lier les deux aspects de son courriel. Que le Pape et le président des États-Unis aient exprimé de concert, publiquement, leur opposition farouche à l'avortement, en 2008, et que cela n'ait provoqué aucune réaction, ou presque, dans les médias ou chez les politiques, en dit immensément long sur cette même montée de la droite...

Le tout me permettant de vous dire - et je m'excuse de faire ici un peu ma «téteuse» -, que je suis pas mal impressionnée par la qualité de vos courriels et de vos réflexions. Ce blogue est une tribune privilégiée, et je me sens bien gâtée de le partager avec des lecteurs partageant quant à eux cette même attitude.

Bon, Maintenant, allons jouer dehors! Il fait vachement beau!

  


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16 avril 2008, 1:06
Une chance que les libéraux sont là...
On le sait. Maxime Bernier n'a pas inventé les boutons à quatre trous. Mais que cet homme soit ministre des Affaires étrangères du Canada en dit beaucoup plus sur son patron Stephen Harper que sur ses capacités de toute évidence limitées.

Bernier a déclaré que le gouverneur de Kandahar, soupçonné d'alimenter la corruption locale, n'était peut-être pas "la bonne personne, à la bonne place, au bon moment". Même s'il a raison - une fois n'est pas coutume -, Bernier a commis ce qu'on appelle une bourde diplomatique en s'ingérant dans la politique interne d'un autre pays. Bref, l'ingérence diplomatique en Afghanistan est interdite, mais l'ingérence militaire, c'est une autre histoire...

L'incompétence de Bernier n'est pourtant qu'une goutte dans l'océan de celle de son gouvernement. Quant aux libéraux, tremblant de peur à l'idée de provoquer une élection, ils laissent tout passer. Résultat: les conservateurs minoritaires gouvernent en majoritaires absolus.

Mais les choses peuvent changer vite. Voilà que le chef de l'état-major, Rick Hillier, démissionne. Et voilà que Monsieur-Net-Harper voit la GRC débarquer dans les bureaux du Parti conservateur pour procéder à une perquisition, à la demande d'Élections Canada. Stéphane Dion se réveillera-t-il? Qui sait?

ENTRE L'ARBRE ET L'ÉCORCE

Même si les sondages montrent que les conservateurs demeurent incapables d'espérer une majorité, les libéraux branlent encore dans le manche. Le PLC manque d'argent, de candidats, et son chef éprouve, disons, une grave dysfonction quant à son leadership. Vrai. Mais je crois qu'il faut ajouter un autre facteur à ce qui explique la paralysie électorale du PLC.

La guerre des clans Ignatieff et Rae n'étant pas terminée, les libéraux anti-Dion sont coincés entre l'arbre et l'écorce. La vérité est qu'ils craignent deux choses plus que la peste s'ils vont en élection: que Harper obtienne une majorité, ou que Dion remporte un gouvernement minoritaire!

Mais vous me direz: Josée, c'est impossible que les libéraux aient peur de prendre le pouvoir comme minoritaires! Eh oui. C'est même ce qui les terrorise le plus, du moins, chez les anti-Dion. Certains d'entre eux ne l'admettent qu'en privé, mais un gouvernement minoritaire libéral est le PIRE des scénarios pour Michael Ignatieff, Bob Rae et leurs supporteurs. Pourquoi? Parce que ça voudrait dire que Dion serait premier ministre, et donc qu'il leur serait impossible de s'en débarrasser à court terme!

De fait, le meilleur scénario pour Ignatieff et Rae serait un autre gouvernement Harper minoritaire. Harper en sortirait déstabilisé et surtout, ça sonnerait la fin de la carrière politique de Stéphane Dion. Mais comme une campagne électorale n'est pas une science exacte, et encore moins ses résultats, même les anti-Dion devront se résigner à faire tomber ce gouvernement un jour!

En attendant, le jupon idéologique du gouvernement Harper dépasse de plus en plus. Leur dernière trouvaille: tenter de gruger par la bande le droit à l'avortement avec le projet de loi C-484 sur les enfants non encore nés victimes d'actes criminels. Tout juste adopté en deuxième lecture, si ce projet devenait loi, c'est que les lobbys religieux - trop influents auprès de ce gouvernement - auraient réussi à faire reconnaître le fœtus comme ayant droit à la protection du Code criminel.

CACHEZ CE MOT

Le vice-président de CBC a confirmé que le réseau a exclu tous les artistes québécois de l'émission tirée du Gala du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens parce qu'ils n'étaient "pas connus" de l'auditoire canadien-anglais. Même si Claude Dubois avait "chanté en anglais", dit-il, CBC l'aurait quand même fait disparaître de l'écran.

L'ineffable Denis Coderre a refusé d'y voir là une démonstration de "racisme". Pour le député libéral, ce serait user de mots "extrêmes", nous dit-il. M. Coderre se contente de parler de "condescendance" et d'"autosuffisance", mais surtout pas de "francophobie". Qu'il est vilain, ce mot!

Pourtant, il y a rarement de l'hésitation dans les médias anglophones, incluant les plus prestigieux, dans des groupes de pression, chez certains de leurs intellectuels ou politiciens, à discourir sur la "xénophobie" ou l'"anglophobie" des Québécois. Certains des plus admirés, tel Mordecai Richler, en ont même fait des best-sellers, qui ont ravi moult lecteurs du Canada anglais, des États-Unis et de la Grande-Bretagne. S'il existe évidemment une opinion nettement plus éclairée dans ces mêmes endroits, la vision d'un Québec xénophobe y attire tout de même encore du monde.

Mais les Québécois francophones, eux, n'ont JAMAIS le droit de parler de "francophobie". Même pas lorsque c'est gros comme un éléphant dans un magasin de porcelaine! Ce serait beaucoup trop "extrême", n'est-ce pas M. Coderre? Une chance qu'on l'a pour défendre la culture québécoise à Ottawa...

Mais, oh surprise! En pleine fièvre du hockey, des Anglo-Montréalais commencent à se plaindre dans les médias des préjugés anti-Montréal et anti-Canadiens qu'ânonne le grassement-payé-par-nos-impôts Don Cherry sur les ondes de la même CBC. S'ils prêtent attention, peut-être verront-ils aussi son petit côté francophobe? Oups. Désolée. Je voulais dire "condescendant"...


15 avril 2008, 10:47
VLB vs. PQ+ADQ = ?

 


J'ai toujours apprécié le goût du risque calculé chez Victor Lévy-Beaulieu.

L'an dernier, le souverainiste VLB tournait le dos à Boisclair - et qui ne l'a pas fait? - pour appuyer l'ADQ de Mario. Aujourd'hui, autant déçu de l'ADQ que du PQ post-Boisclair de Pauline Marois, VLB annonce qu'il tourne définitivement la page sur SON Parti québécois - prisonnier selon lui de sa bourgeoisitude devenue chronique au fil du temps. Dorénavant, VLB se dit du nouveau Parti indépendantiste(PI) créé par le jeune Éric Tremblay - un autre déçu du PQ.

Comme d'autres l'ont fait plus discrètement, VLB a terminé son deuil d'une indépendance à court ou moyen terme. À tort ou à raison, se réalisant pleinement «orphelin» d'un PQ passé à autre chose, VLB en aura sûrement pour son argent de remontrances des uns et de moqueries des autres.

Comme tous les orphelins endeuillés d'un rêve, VLB a cherché un nouveau chemin et s'est sûrement demandé, lorsqu'il a cru le trouver, s'il était le bon. Son nouveau chemin, c'est non seulement ce PI, mais tant qu'à y être, c'est de se présenter comme candidat pour ce même parti contre Mario Dumont lui-même dans Rivière-du-Loup. Mais ne vous y trompez pas, son adversaire sera double: ADQ + PQ.

Déçu aussi d'un Mario Dumont prêt à «recevoir sous la table 50 000$ par année de son parti» - selon ses mots - et ajoutant «que Mario Dumont s'entende avec Jean Charest sur le sujet comme s'ils étaient deux larrons en foire, c'est démontrer qu'on est en politique pour se servir d'abord en s'en mettant plein les poches. Je n'ai plus beaucoup de respect pour Mario Dumont : on ne peut pas en avoir pour quelqu'un qui laisse son être identitaire au vestiaire parce qu'il rêve de devenir un parvenu ! On a donné suffisamment avec Brian Mulroney, avec Jean Chrétien, on donne encore avec Pauline Marois sous la couverture de Claude Blanchet. Trop, c'est trop ! Et trop, c'est assez ! L'écrivain passionné et le citoyen indépendantiste que je suis repose donc la question : mais comment recommencer et avec qui ?»

Les mots de VLB sont durs, sûrement trop. Ils ne pardonnent pas et refusent surtout ce que VLB appelle cette «futile conversation nationale ou une nouvelle saison des idées ou la simple gérance d'un gouvernement provincial». VLB veut aussi entendre parler de «social-démocratie». Bonne chance!...

Son nouveau chemin sera-t-il le bon? Qui peut le savoir et qui peut vraiment en juger? L'important pour tout être libre d'esprit est de suivre son propre chemin. Pour le meilleur et pour le pire.




14 avril 2008, 12:47
Ceci n'est pas un casino

 

Toujours pas le début d'une première pelletée de terre pour les super-hôpitaux, mais voilà qu'on nous annonce la construction accélérée d'un quatrième casino au Québec. Traduction : contrairement à un hôpital, un casino coûte moins cher et rapporte pas mal plus de sous! Pour le nouveau casino de Mont-Tremblant, le coût projeté est de 61$ millions pour un profit annuel de 50$ millions. Le calcul est facile à faire!

Pendant que les gouvernements baissent les impôts pour des raisons essentiellement idéologiques, toutes les manières sont bonnes pour prendre les Québécois pour des valises d'argent. (voir aussi mon blogue «sortez vos portefeuilles»). La dernière fois que je suis passée par l'aéroport Trudeau de Montréal, on voyait d'ailleurs des pubs du casino partout, comme si ma ville n'était qu'un gros casino!

Faut dire qu'on l'aurait annoncé avant ce nouveau casino, s'il n'avait été du suicide quelque peu gênant d'un homme désespéré tout juste à côté du casino de Montréal le jour même où Loto-Québec entendait tenir sa première conférence de presse sur son nouveau casino...


Après Montréal, Gatineau et La Malbaie, on pourra donc descendre les pentes du Mont-Trembant et se vider les poches en même temps, si ça nous chante. Désolée, je voulais dire se «divertir sainement»...

Mont-Tremblant palliera sûrement en partie pour le non-déménagement et le non-agrandissement de celui de Montréal au Bassin Peel, qui était réclamé par les mêmes milieux d'affaires partisans des baisses d'impôts. À moins qu'on finisse aussi un jour par trouver un moyen de nous vendre à nouveau un casino plus grand, plus gros et situé dans le coeur de la ville de Montréal...

La meilleure, elle est tout de même venue du p.-d.g. de Loto-Québec concernant le problème pourtant bien réel de jeu pathologique. Alain Cousineau nous dit : «toutes les études réalisées jusqu'à présent au Québec n'ont trouvé aucun lien entre la présence d'un casino et l'apparition de ce genre de problème».

Bref, ceci n'est pas un casino, et ceci n'est pas un lieu privilégié pour développer ou alimenter ce «genre de problème».

Ça doit être pour ça que certains «joueurs pathologiques» en faillite personnelle finissent par être obligés de s'«auto-exclure» des casinos...

 


 


10 avril 2008, 5:35
Sortez vos portefeuilles

Le groupe de travail sur la tarification des services publics vient de déposer son rapport. Joseph Facal et Claude Montmarquette - également membres des «Lucides» de Lucien Bouchard - y vont loin.

Pour enseigner aux Québécois que les services publics ne «sont pas gratuits» - comme si on ne le savait pas, surtout en cette période des impôts! -,ils veulent nous rentrer ça dans la tête en augmentant les tarifs de plein de services publics comme l'électricité, les CPE, l'immatriculation ainsi que des péages pour les routes et tutti quanti.

C'est essentiellement un agenda de droite parce que cette «philosophie» est basée sur le principe très individualiste de l'«utilisateur-payeur». À ne pas confondre avec celui du pollueur-payeur»!

Et comme les Lucides, qu'ils sont bons ces messieurs pour noyer leur poisson dans un flot de mots faisant passer leur «vision» comme du gros bon sens, comme inévitable, comme salvatrice, etc....

De beaux et bons mots comme «transparence», «responsabilité», «rigueur», «franchise», «responsabilité sociale». Bla, bla, bla. Ils nous disent le contraire du résultat pourtant logique de leurs propositions, lesquelles visent surtout à gruger cette mentalité de «répartitition de la richesse» devenue si vieux jeu aux yeux des «Lucides» de ce monde.

«Lucides»? Tenez, un autre beau mot concocté sur mesure pour faire passer ceux qui pensent différemment comme des déconnectés de la réalité....

Le gouvernement dit qu'il ne le fera pas.... tout de suite. Quant à l'ADQ, c'est bonnet blanc, blanc bonnet. Pour ce qui est du PQ, la filiation avec Joseph Facal est ce qu'elle est.

Préparez vos portefeuilles. L'idéologie du «à chacun selon ses moyens financiers» s'impose de plus en plus.

.    


9 avril 2008, 2:30
Cherchez l'erreur
Bienvenue en Absurdistan! Après les cafouillages de l'Office québécois de la langue française et le recul du français à Montréal, Le Devoir rapportait que le gouvernement du Québec communique en anglais avec les trois quarts des immigrants allophones.

Le problème est que sous le PQ et le PLQ, le mot d'ordre dans les ministères ou organismes comme la Régie de l'assurance maladie est de servir le CLIENT dans la langue de son choix. Et comme les fonctionnaires sont obligés de respecter ledit choix... Cherchez l'erreur.

Voilà donc pour le vice de forme: le clientélisme érigé en vertu sur une question aussi vitale que la protection du français. Bref, nous ne sommes plus des CITOYENS ayant droits et obligations - comme celle de respecter la langue officielle de l'État dans lequel nous vivons. Nous sommes des CLIENTS habilités à dicter à l'État la langue dans laquelle on veut être servi. Le monde à l'envers, quoi!

Disons-le clairement: cette approche ressemble drôlement à celle de la loi fédérale sur les langues officielles. Et la bilinguisation de l'administration publique québécoise ne s'arrête pas là, ni aux "For English, press 9", ni aux affiches bilingues dans les bureaux. À Montréal et en Outaouais, on la constate dans la plupart des services publics. Clientélisme oblige...

LE CLIENT A TOUJOURS RAISON

Même le Directeur de l'état civil fait parvenir à ses "clients" une liste bilingue des mesures de sécurité entourant la délivrance de ses documents. Bref, on dit aux immigrants et aux allophones qu'au Québec, "ça se passe en français" pendant que l'administration publique leur envoie le message contraire. Méchante dissonance cognitive. Et après, on se surprendra que le français recule dès qu'il entre en concurrence avec l'anglais.

Je peux me tromper, mais à force d'étudier la question linguistique depuis 15 ans, j'en suis venue à cette constatation. Au-delà de la rhétorique ronflante sur l'IDENTITÉ et la VIGILANCE, et hormis la période de la loi 101 précédant son affaiblissement par les tribunaux et l'absence de volonté politique, nos gouvernants ont oublié un fait fondamental.

Ce fait est que le français est une langue TRÈS minoritaire en Amérique du Nord - un continent où, contrairement à l'Europe, une seule autre langue domine. Ici, le français doit même concurrencer l'anglais auprès des immigrants. David et Goliath, ça vous dit quelque chose? L'image semble ringarde, mais c'est la réalité objective, sans rectitude politique ni lunettes roses.

C'est à cause de ce statut très minoritaire qu'à l'exception des droits accordés à la communauté anglo-québécoise, les lois du Québec ne devraient JAMAIS être pensées ni appliquées de manière à favoriser l'usage d'une langue autre que le français. Compter sur la bonne volonté ne suffit pas...

LA TURPITUDE DES UNS

J'aurais préféré ne pas intervenir sur cet aspect de la question, mais comme c'est mon nom et celui de mon ancien collègue que l'on évoque depuis quelques semaines, je me résigne à le faire.

Lorsqu'elle est critiquée par l'opposition, la ministre responsable de la Loi 101, Christine St-Pierre, aime rappeler ce que le gouvernement Bouchard a fait en 1996 du rapport "Plourde-Legault" sur la situation du français - un rapport commandé par Jacques Parizeau en 1995. Ayant fait ma maîtrise sur le sujet, j'en étais la directrice de recherche. Michel Plourde, un expert renommé, en était le rédacteur officiel.

Comme le répète la Ministre, le gouvernement Bouchard a fait réécrire la version préliminaire du rapport par des fonctionnaires en mettant moins l'accent sur certains reculs du français que nous avions documentés. Le message de la Ministre au PQ est clair: vous aussi, vous avez politisé le dossier linguistique, alors laissez-nous tranquilles.

La Ministre est certes libre de se servir de cet épisode pour détourner la critique. Le jeu de tout ministre est partisan par définition et sa liberté d'expression est entière. Il reste toutefois un principe immuable, du moins en analyse politique: la turpitude des uns ne saurait justifier la turpitude des autres.

Mais la Ministre nous ayant fait l'honneur de nous citer, en toute humilité, je me permettrai de faire une première recommandation: que les citoyens et l'État soient tenus de communiquer ensemble en français. Une exception serait évidemment faite pour les membres de la communauté anglophone, c'est-à-dire ceux et celles ayant fréquenté l'école anglaise au pays ou ayant un certificat d'éligibilité pour le faire - une chose fort simple à vérifier. Tout autre citoyen désirant faire de même devrait présenter une demande par écrit, mais basée sur des critères objectifs édictés par le gouvernement - une demande soumise à renouvellement et réévaluation chaque année. Le message doit être clair: si des exceptions sont permises, la règle doit être la communication dans la langue officielle.


9 avril 2008, 9:10
Les trous de mémoire

Bon, bon, bon. D'accord. En réponse à un lecteur: non, je n'aimais pas le Manège militaire de Québec comme on aime une PERSONNE. Il me semble que c'était évident. Et si j'avais écrit que je l'aimais BIEN, ce serait mieux comme ça?

De retour sur le sujet, on parle déjà à Québec de le reconstruire, mais peut-être différemment... Comment ça?

On nous dit que c'est un monument historique important, magnifique et que la Capitale pleure sa perte, mais on voudrait le reconsruire AUTREMENT???

Si le Manège est en effet un édifice historique important, qu'on le respecte tel quel et qu'on le reconstruise tel quel. C'est ce qu'on fait en Europe lorsque des monuments historiques brûlent ou tombent en décrépitude.

Mais nous, au Québec, on aime donc ça changer pour changer. C'est comme ça qu'on accumule les trous de mémoire...

 

 


7 avril 2008, 2:47
Reconstruire le Manège

Lorsque j'ai entendu la nouvelle vendredi soir de l'incendie au Manège militaire de Québec, j'ai ressenti comme une grande tristesse. Je l'aimais, ce manège. Vraiment.

Lorsque je travaillais à Québec, le sourire me venait dès que je passais en avant du manège - et je passais devant plusieurs fois par jour!

Situé tout à côté de l'ancien bunker (cette laideur architecturale bâtie sous Robert Bourassa ayant abrité le bureau du premier ministre jusqu'en 2002 et mieux connu sous le nom de «calorifère»), le manège se tenait droit et fier.

Fier de son histoire remontant à 1887. Fier de sa beauté tranchant si radicalement avec le «look» bien particulier de l'ancien bunker...

Derrière le manège, les Plaines le saluaient de toute leur splendeur. Devant, un beau petit parc séparant le bunker des restos de la Grande-Allée dégageait la vue pour qu'on l'admire encore mieux. Il aura à peine aperçu les Fêtes du 400e... 

Reste à Stephen Harper à puiser dans ses surplus pour le reconstruire. Et la confirmation presse! 

 


4 avril 2008, 4:19
Plus ça change...

Si une image vaut mille mots, j'ose à peine tenter de décoder celle-là!

Aujourd'hui, à Memphis, le candidat à l'investiture républicaine, John Mc Cain, donne un discours marquant le «Martin Luther King Day».

Il est debout, derrière son lutrin. Il pleut. McCain porte un imper. Debout, à sa droite, se tient un homme qui, lui, tient le parapluie protégeant la tête de McCain de la pluie.

L'homme en question est noir et il porte une casquette - sa seule protection à lui contre la pluie.

Le jour honorant le grand leader noir du mouvement américain des «civil rights», cet homme noir porte silencieusement le parapluie du candidat blanc.

Plus ça change....

 


2 avril 2008, 2:07
La quadrature du cercle
Le Bloc québécois est-il au bord de la crise de nerfs? Est-il toujours pertinent à Ottawa? Si oui, pour faire quoi? Sinon, qu'attend-il pour se faire hara-kiri?

Vous le savez comme moi. À l'exception de la frénésie référendaire de 1995, on entend plus ou moins les mêmes questions depuis l'élection du premier député bloquiste en 1990 - un certain Gilles Duceppe...

C'est un peu l'ultime spécificité du Bloc d'être le seul parti au Canada dont on questionne l'existence dès que ses appuis fléchissent dans les sondages.

Il faut dire que le Bloc est une étrange bibitte politique, une espèce de créature hybride, carburant à moitié à la souveraineté dont il rêve et à moitié au fédéralisme au sein duquel il opère. Voilà un parti qui, au fil du temps et de la non-réalisation de son objectif, a pris racine au cœur même du parlement gouvernant le pays dont il voudrait se séparer! Pour le meilleur et pour le pire, le Bloc fait maintenant partie des "meubles" à Ottawa.

Mais depuis que le PQ a mis de côté son référendum, que l'appui à la souveraineté a chuté à un famélique 35 %, que le Bloc se retrouve nez à nez avec les conservateurs et que Gilles Duceppe semble être en mode préretraite, on entend dire que le Bloc doit maintenant se trouver une nouvelle mission. On se demande comment diable le Bloc résoudra la quadrature du cercle. Comment trouvera-t-il le moyen de défendre l'option souverainiste alors que le PQ se prépare à mettre l'accent sur la prise du pouvoir et une approche plus autonomiste visant à rapatrier certains pouvoirs d'Ottawa?

La réponse est que le Bloc a résolu cette énigme depuis plusieurs années déjà. Bon. C'est vrai que Pauline Marois est le premier chef du Parti québécois depuis 1996 à ne pas faire semblant de vouloir tenir un référendum. Mais le fait est que le Bloc fonctionnait déjà depuis belle lurette en supposant qu'aucun référendum ne se pointerait à l'horizon, ni sous Bouchard, ni sous Landry, ni sous Boisclair. Si un tel espoir perdurait dans le camp souverainiste, la direction du Bloc avait bien compris qu'elle était mieux d'apprendre à fonctionner autrement...

Ça fait donc des lunes que le Bloc a réajusté son tir et accouché d'une "nouvelle mission" sans horizon référendaire. Il l'a fait en s'intéressant à TOUS les aspects de la gouvernance du Canada dans leur dimension québécoise. Au fil du temps, ses plateformes électorales en sont même devenues aussi volumineuses et détaillées que celles du Parti libéral ou du Parti conservateur! Et parfois plus encore!

UN BLOC CANADIEN?

Certains disent que le Bloc tue ainsi sa propre option en aidant le Canada à mieux fonctionner. D'autres pensent que l'important est que les Québécois aient un choix autre que le PLC, le PC ou le NPD. Les plus philosophes concluent qu'en bout de piste, ce sont les électeurs qui, dans l'isoloir, décident de la pertinence du Bloc, et non pas nous, les chroniqueurs politiques!

Soit. N'empêche que plus le temps passe, plus le Bloc se fait gruger. À sa droite, par des conservateurs se faisant passer pour plus "ouverts" au Québec. Ironiquement, le Bloc paye le prix pour avoir obtenu ce qu'il demandait depuis des années: la reconnaissance de la "nation" québécoise, toute coquille vide qu'elle soit, et l'enterrement du déséquilibre fiscal par Stephen Harper en échange d'un plat de lentilles.

Le Bloc se fait aussi gruger à sa gauche, par un NPD porté par la victoire surprise de Thomas Mulcair dans Outremont-la-très-rouge. Le tout, sans compter l'impact à terme d'un départ possible de Gilles Duceppe après la prochaine élection.

Présenté il y a quelques années par Jacques Parizeau comme le "fer de lance" du mouvement souverainiste, le Bloc a quand même perdu les Michel Gauthier, Maka Kotto, Yvan Loubier, Richard Marceau, Caroline Saint-Hilaire et Stéphane Bergeron. Mais il a aussi attiré un homme de la trempe d'un Raymond Gravel.

PAS UN JARDIN DE ROSES

Si le Bloc n'est pas en crise existentielle, comme le titrait dramatiquement le Journal de Montréal, il ne traverse pas non plus un jardin de roses! Le Bloc a tout fait pour aider à sortir les libéraux grâce au scandale des commandites, mais il en a récolté un cadeau empoisonné nommé Harper. Deux ans plus tard, malgré des politiques pourtant impopulaires au Québec, les conservateurs sont nez à nez avec le Bloc. Pis encore, la faiblesse chronique des libéraux de Stéphane Dion au Québec empêche même le Bloc de compter sur une division du vote fédéraliste apte à le favoriser dans certains comtés serrés.

Bref, s'il est trop tôt pour acheter sa pierre tombale, le fait est que le Bloc a déjà eu meilleure santé. La question n'est donc pas de savoir si le Bloc s'ajustera à l'absence de référendum. Il le fait depuis plusieurs années et il a appris à fonctionner de manière plutôt autonome par rapport au PQ.

La vraie question existentielle pour le Bloc est plutôt de savoir combien d'électeurs continueront à le soutenir dans l'isoloir - pour reprendre l'expression consacrée - comme le parti le mieux habilité à "défendre les intérêts du Québec" à Ottawa. Réponse: à la prochaine élection fédérale...

P.S. Aux lecteurs qui auraient compris que je nie la pertinence du Bloc, tel n'est pas le cas. Ce que j'avance, c'est que c'est aux électeurs à en évaluer ladite pertinence à chaque élection - pour le Bloc, comme pour tout autre parti.


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