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Voix publique
Pour voir juste sur ce qu'il se passe dans les têtes de ceux et celles qui occupent les palais et les parlements du Québec, du Canada et du monde, suivez les analyses politiques percutantes de Josée legault sur son blogue.
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Les vendeurs d'eau
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Dans la catégorie «incroyable, mais vrai», on trouve le nouveau «concours de rédaction édition 2008» de mon think tank de droite préféré - l'Institut économique de Montréal.
Le concours en question est celui-ci : «Comment créer de la richesse en exportant de l'eau?». Je vous jure. Je ne l'invente pas. Allez voir sur le site pour tous les beaux détails (www.idem.org).
Je vous donnerai seulement l'eau à la bouche, si je puis dire, avec ce bref extrait : «Au Québec, il est interdit d'exporter de l'eau dans des contenants de plus de 20 litres. L'IEDM croit qu'il faut explorer la possibilité de permettre l'émergence d'une industrie axée sur l'exportation d'eau potable en vrac et ainsi susciter l'émergence d'une nouvelle industrie créatrice de richesse. Quel est le potentiel de cette industrie et quelles sont les conditions propices pour qu'elle se développe? Pour sa deuxième édition du Prix Idée entrepreneuriale George Petty, l'IEDM pose la question: « Comment créer de la richesse en exportant de l'eau? ».
On sait que l'argent n'a pas d'odeur, mais on oublie que l'eau n'a pas de goût...
Nous voilà donc passés de porteurs d'eau à vendeurs d'eau... mais au bénéfice de qui et de quoi ? Certainement pas pour le bien commun.
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Le deuil de VLB
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On entend un peu n'importe quoi ces jours-ci sur Victor-Lévy Beaulieu. Un grand écrivain, un artiste hors-pair et oui, un homme d'une vive intelligence, fait une sortie enragée contre l'état actuel des choses au Québec, et en voilà que certains dans les médias sous-entendent que l'homme aurait des problèmes psychologiques...
Fatigué, VLB? Oui. Il prend d'ailleurs un repos de deux mois. Mais que dit-il au juste? Il parle ouvertement de son désarroi, c'est tout : «près de cinquante ans après m'être mis par l'écriture à rêver et à agir, je constate que nous n'avons jamais été aussi loin de l'indépendance que nous le sommes actuellement : nos élites n'ont jamais été aussi veules, même dans les chartes qu'elles nous ont imposées et qui consacrent le seul droit que nous avons encore, celui d'être aliénés ou aliénables». Le constat est dur, mais vaut sûrement qu'on y porte attention.
Il se sent orphelin politiquement, et il n'est pas le seul : «Ce Québec français, pacifiste, soucieux des minorités souffrantes d'ailleurs, on est en train de nous l'enlever. Moi, je me sens orphelin ces jours-ci. Doublement orphelin. Orphelin sur ma terre natale, Trois-Pistoles, qui a refusé que je lui redonne ce qu'elle m'avait prêté à ma naissance : ce sens de la culture et son inscription dans la modernité. Orphelin aussi parce qu'à Montréal on dit de moi que je représente le Québec ancien dont on ne veut plus, que je suis une manière d'ayatollah, sinon de taliban arriéré (...)»
VLB saute pas mal les plombs depuis quelques temps. Parfois, il en tartine épais et fait usage d'insultes qui ne font qu'obscurcir son propos par ailleurs pertinent sur le fond.
En fait - et je peux me tromper -, ce que VLB semble vivre aussi publiquement, c'est un deuil, son deuil. Le deuil du PQ comme parti prêt à faire ce qu'il était supposé faire - l'indépendance. Et le deuil, encore plus dur, de l'indépendance elle-même. Du moins, de son vivant.
On ne saurait sous-estimer l'impact d'une telle pensée, qu'elle soit fondée ou non.
La colère est une étape normale du deuil. Elle vient après la négation, précède la culpabilité et la tristesse, le tout débouchant sur l'acceptation.
VLB est un endeuillé en colère. C'est tout.
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Les élections, qu'ossa donne?
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Le sondage d'opinion est une créature puissante. Il fait vendre des journaux, mobilise les analystes et sonde l'opinion autant qu'il l'oriente. Mais en démocratie, c'est un mal nécessaire.
Les chefs de parti refusent de le "commenter" en public pendant que leur machine sonde constamment et que les plateformes électorales en sont une copie presque conforme. Sans élections à date fixe, le premier ministre s'y fie presque entièrement pour en déclencher une. En situation minoritaire, les partis d'opposition vivent le nez collé sur les sondages, espérant voir LEUR fenêtre s'ouvrir pour faire tomber le gouvernement.
C'est ce que Stéphane Dion, chef du Parti libéral, attend désespérément pour faire tomber le gouvernement Harper. Malchanceux, les sondages contradictoires s'accumulent. Résultat: Dion multiplie lui-même les déclarations contradictoires, passe pour un chef indécis et ne fait rien.
Le sondage, censé être un élément parmi d'autres dans la prise de décision, commande de plus en plus. On sait pourtant qu'un sondage est surtout le reflet d'une opinion influencée par les circonstances d'un moment. L'opinion publique est changeante par définition.
Le but d'un parti qui défend des IDÉES est justement de la convaincre d'adopter les siennes, quoi qu'en disent les sondages. Le moment privilégié pour le faire s'appelle une campagne électorale. Politologue, Stéphane Dion le sait. Mais il semble l'avoir oublié depuis qu'il est politicien. Qu'il ait reculé cet automne pour éviter une catastrophe se comprend. Nul n'est tenu au suicide. Mais il faudra bien un jour qu'il passe le test électoral et nous montre ce qu'il a, ou non, dans le ventre. S'il attend LE sondage blindé, ça pourrait être long en bibitte... et un putsch pourrait le précéder. Qui sait ?
Les campagnes électorales des dernières années ont pourtant produit des revirements spectaculaires et des résultats contraires à ceux que les sondeurs avaient prédits lorsqu'un chef s'y est fié pour décider de sauter! La vie n'est pas une science exacte.
Quelques exemples. Élections québécoises de 2003: Landry se lance sûr de gagner, le PQ récolte son pire score en 30 ans. Élections fédérales de 2006: Harper entre en homme presque fini et sort premier ministre. Élections québécoises de 2007: Dumont traîne de la patte, mais prend l'opposition officielle pendant que le PQ prend le bord.
Parlant de sondages, prenons le plus récent, soit le CROP-La Presse du 26 février. Grosse nouvelle: 73 % des Québécois ne veulent pas d'élections hâtives au fédéral. Petit détail: on ne VEUT jamais d'élections. Mais si on suivait cette logique, il n'y aurait plus d'élections au Québec et l'Union nationale serait encore au pouvoir!
Et pourquoi parler d'élections "hâtives"? Le gouvernement Harper tient le coup depuis deux ans alors que la durée de vie moyenne d'un gouvernement minoritaire est de 18 mois. Comment ça, "hâtives"?
60 % prédisent que le prochain gouvernement fédéral sera minoritaire - un cas classique où une impression se transforme en prédiction. On pense que le prochain gouvernement sera minoritaire, libéral ou conservateur, alors qu'on ne le sait pas. On dit que comme il le sera (?), on n'a pas besoin d'élections. Comme si un gouvernement minoritaire libéral serait un clone du gouvernement conservateur...
Les sondeurs nous disent aussi que les électeurs aiment ça, des gouvernements minoritaires ! Ils croient qu'ils sont "mis sous surveillance" par les partis d'opposition. Une belle illusion d'optique. Les libéraux fédéraux ont tellement peur de faire tomber le gouvernement, parce qu'ils n'ont pas les "bons chiffres", que Harper gouverne en majoritaire. Exemple: grâce aux libéraux, Harper obtiendra un autre prolongement de deux ans de la mission de combat en Afghanistan. Sous surveillance ? Mon œil.
UN SUPPLÉMENT D'ÂME
Denis Lazure, cet homme hors de l'ordinaire, décédé à l'âge de 82 ans, se démarquait de bien des manières. L'une d'entre elles était son exceptionnelle jeunesse et ce, jusqu'à la fin. Pas en termes d'âge, mais d'attitude, d'audace, d'imagination, de besoin d'apprendre, de courage, de générosité de cœur et d'esprit. Je ne referai pas ici sa biographie. Lisez plutôt ses mémoires Médecin et citoyen (Boréal). Vous en ressortirez meilleurs.
Dans mes dossiers, j'ai retrouvé la lettre de démission qu'il adressait à René Lévesque le 3 décembre 1984. Aux côtés de plusieurs collègues ministres, Denis Lazure quittait pour des raisons de principe, s'opposant au "beau risque" fédéraliste de Lévesque.
Reprochant au premier ministre de répéter ce que les sondages ânonnaient et ânonnent toujours (les Québécois ne veulent plus entendre parler de souveraineté ou de référendum), le docteur Lazure souhaitait que la lutte soit au contraire "active, de tous les instants et greffée en permanence à nos efforts de développement économique et social". Cela, écrivait-il, n'avait rien à voir "avec un programme électoral qu'on peut modifier selon les sondages d'opinion". Sa suggestion? S'élever avec une "certaine audace et une certaine volonté de mobiliser". Autres temps, autres mœurs... pour Stéphane et les autres.
Parmi toutes les causes qu'il a portées, sa défense entêtée des personnes handicapées à une époque où on les ostracisait par honte et ignorance était marquée de cette même audace et générosité de cœur. Merci, docteur Lazure, pour votre supplément d'âme.
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Les boutons à quatre trous
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Avez-vous vu le président de l'Institut économique de Montréal défendre une expansion du privé en santé à l'émission «Il va y avoir du sport» sur les ondes de Télé-Québec ? Si non, assurez-vous d'attraper une reprise.
L'homme en question est un certain Paul Daniel Muller.
Je ne voudrais surtout pas manquer de charité chrétienne - si on peut encore dire ce genre de choses - mais si vous l'avez vu, vous aurez sûrement remarqué, que l'on soit ou non de son «école de pensée», qu'il n'a pas tout à fait inventé les boutons à quatre trous...
Avec le Conseil du patronat, l'Institut économique de Montréal est, je le répète, un des deux porte-parole les plus stridents de la droite au Québec. Si ça vous chante, vous pouvez visiter leur site internet au www.iedm.org.
Vous y verrez qui siège, ou plutôt, qui trône sur leur conseil d'administration, dont une certaine Hélène Desmarais, épouse de Paul Desmarais jr., lui-même fils de Paul Desmarais sr., grand patron de Power Corp. devant l'éternel. Oui, oui, le même Paul Desmarais sr., qui, accompagné de Jean Charest, recevait récemment des mains délicates de Sarko rien de moins que la GRANDE CROIX de la Légion d'honneur de France. Charest = rapport Castonguay = plus de privé en santé = ...
Hélène Desmarais, partisane de l'«industrie» et du «marché» de la santé, préside également le Conseil consultatif de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Maman, j'ai peur.
Dans la catégorie «incroyable, mais vrai», vous remarquerez aussi sur ce site que les«dons» faits à l'Institut économique de Montréal sont déductibles d'impôt. Comme si l'IDEM était une œuvre de charité.
Faut dire que si, en effet, charité bien ordonnée commence par soi-même, l'IDEM voit bien à ce que ses idées profitent à son propre clan d'affaires.
Son slogan est d'ailleurs - et je vous défie de ne pas rire - «des idées pour enrichir le Québec». Vous croyez vraiment que c'est le QUÉBEC que leurs idées visent à enrichir?
Si oui, j'ai un beau Stade Olympique, à peine usagé, à vous vendre...
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La déconstruction
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Vous me connaissez. Je suis plutôt de nature sceptique. Je sais que je devrais me sentir rassurée par le refus de Philippe Couillard de suivre les principales recommandations de Claude Castonguay. Mais on ne se refait pas. Un doute subsiste.
Récapitulons. Jean Charest et sa sympathique ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, ont mandaté Castonguay. Ils l'ont fait tout en connaissant son rêve de transformer le système de santé en vache à lait pour le privé. Et là, mardi, coup de théâtre! Le ministre Couillard jette aux orties les recommandations qui vont pourtant dans le sens recherché par le premier ministre lui-même. Mais l'a-t-il fait de manière aussi tranchée que ça?
Voyons ce qu'il en retourne. Le bon docteur Couillard semble refuser la "mixité" - c'est ce qui permettrait aux médecins de faire le va-et-vient entre le public et le privé. On sait qu'en pénurie de médecins, la mixité est un véritable cheval de Troie capable de sonner le glas du public plus vite que vous ne pouvez dire "MasterCard". Mais le ministre lui ouvre la porte sous "certaines" conditions. Bref, plus tard, on verra.
Le ministre refuse d'étendre le recours aux assurances privées. Mais ayant lui-même créé cette brèche avec sa loi 33, seul un discret changement de règlement est nécessaire pour permettre aux compagnies d'assurances de se faufiler ailleurs.
Il considère comme "difficilement applicable" la franchise modulée selon les revenus et l'utilisation des soins. Cette franchise serait une véritable contre-Révolution tranquille, car un des principes de base de notre système universel de soins est justement de ne PAS faire une telle modulation afin d'éviter toute discrimination. Mais le ministre souhaite un "dialogue" sur le sujet. Quant aux 100 $ "volontaires" pour voir un médecin de famille, le ministre répond avec raison que ça ne les fera pas apparaître par magie. Et là, ça semble heureusement final.
LA NOUVELLE BAGUETTE MAGIQUE
Comme Castonguay, le ministre se dit par contre ouvert à la création d'hôpitaux gérés par des intérêts privés, ajoutant que "ça pourrait être fait comme projet-pilote éventuellement". Quoi? Vous voulez dire qu'on pourrait se retrouver à l'hôpital Molson, Power Corp. ou Rio Tinto? Non, merci.
Le ministre rejette aussi la SEULE bonne idée quant au financement: augmenter la TVQ. Comme je l'ai déjà suggéré en ces pages, il faudrait même récupérer les deux points de TPS abandonnés par le fédéral, soit au moins 2,5 milliards $ par année, le tout avec un impact minuscule sur notre revenu disponible.
Alors, où prendra-t-on l'argent? M. Couillard fait sienne la recommandation de Castonguay: en faisant des gains de productivité et de performance. Wow! Fallait y penser. Voilà la nouvelle baguette magique pour renflouer le public. Le ministre promet même de changer la "culture" du système en favorisant plus d'autonomie. Mais l'expérience nous dit que de tels "gains" sont longs à apparaître. Il arrive même de ne jamais en voir la couleur.
Bref, en attendant ce miracle, le gouvernement lèvera le nez sur 2,5 milliards $, soit par pur électoralisme, soit par dogmatisme idéologique, soit les deux. Il refuse aussi de diminuer le coût astronomique des médicaments comme l'a pourtant fait la richissime Colombie-Britannique en créant son Pharmacare.
LA DECONSTRUCTION
Pour le moment, M. Couillard ne fait que refuser de prendre le TGV Castonguay vers le méga-privé. Mais la réalité est que son gouvernement et le précédent ont laissé la privatisation de plusieurs services se glisser par la porte d'en arrière depuis des années. En fait, c'est déjà bien parti ici pour le privé! Le Québec est la province où les dépenses privées de santé sont les plus élevées (30 % ou 9,5 milliards $ en 2007). Et l'appétit du milieu des affaires venant en mangeant...
En revanche, il y a une cohérence à ce vent de commercialisation des services publics, à haute ou basse vitesse, qui n'est pas propre au Québec: continuer à réduire le rôle de l'État. Et la nature abhorrant le vide, le privé occupe le terrain laissé vacant par le public.
Mais ce qui est propre au Québec, c'est ce mouvement sourd venant de certains milieux d'affaires et politiques visant à défaire des outils de développement économique et de solidarité que cette petite société partie de loin s'est donnée. Castonguay ne s'en cache même pas: "Le temps est venu de redéfinir ce contrat social qui date de la Révolution tranquille" et "de l'adapter pleinement aux réalités du 21e siècle en fonction de l'avenir et non des ACQUIS du PASSÉ."
C'est pourtant bon, des acquis. On a travaillé pour. Et ce passé, il est plutôt rapproché. Pourquoi jetterions-nous par-dessus bord les acquis d'une Révolution tranquille qui, dans les faits, est encore fort récente? Évoluer? Oui et toujours. Mais dilapider ce qu'on vient à peine de bâtir pour en priver les prochaines générations? Ça, non.
Que ce soit en santé, dans la vente des Alcan, Domtar et autres ou l'achat de la Bourse de Montréal par Toronto, on sent comme une lente déconstruction, une certaine fragilisation de ce que Jacques Parizeau appelle la perspective québécoise des choses. Ça doit sûrement faire l'affaire de quelqu'un, quelque part... À moins, bien sûr, que les citoyens ne s'en mêlent de plus en plus.
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L'État Tanguy
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(Désolée si ce blogue est un peu longuet, mais ce n'est pas un sujet qui se ramasse en deux ou trois paragraphes..)
En regardant le petit Kosovo de 2 millions d'habitants avec son taux de chômage de 45% déclarer unilatéralement son indépendance, une question m'est venue. Le Québec serait-il devenu un État Tanguy, un territoire ayant tout ce qu'il faut pour être indépendant, mais gouverné par des élites incapables de se détacher du confort de la grande maison canadienne ?
Je n'ai pas la réponse. Je pose la question, c'est tout.
Par une drôle de coïncidence, le Kosovo devient le 194e pays de la planète tout juste un mois avant que le PQ procède à l'enterrement de son référendum à son prochain conseil national. En échange, il parlera dorénavant du «projet» de pays. Et comment se fera ce «pays» si le PQ refuse de parler du «moyen» par lequel il voudrait le créer? Qui sait? Peut-être par l'Immaculée conception...
En réaction à la proclamation du Kosovo, le député péquiste Daniel Turp a même déclaré que le PQ allait continuer d'«accompagner ceux et celles qui veulent faire accéder la nation québécoise au statut de pays». ACCOMPAGNER? Est-ce là le peu que le PQ entend faire dorénavant?
Quant à Stéphane Dion, le père de la Loi dite sur la clarté, s'il a le mérite d'encourager le Canada à reconnaître le Kosovo, on a quand même vu poindre sa légendaire mauvaise foi dès qu'il s'agit du Québec.
Le Kosovo et le Québec, nous dit Dion, c'est pas pareil ! Il nous dit qu'il faut reconnaître le Kosovo parce que sa «population a été victime d'exactions graves qui ont nécessité une intervention armée». Ah bon? Si on le comprend bien, le Québec n'aurait pas droit à son indépendance s'il votait OUI - et la question est ici TRÈS hypothétique avec AUCUN référendum en vue - parce qu'aucun Québécois n'a été embroché ou coupé en petits morceaux par un quelconque «ennemi»?
Bref, Dion nous dit que pour avoir droit au divorce, il faut avoir été battu auparavant. Et battu beaucoup, souvent et très fort !
Le Kosovo qui, lui, se contente d'une déclaration d'indépendance unilatérale sans référendum, est tout de même un gargantuesque pied de nez au concept même d'une Loi sur la clarté, voir au concept même de référendum.
En fait, même si le Québec tenait un jour un autre référendum, la Loi de Stéphane Dion ne vaudrait même pas le prix du papier sur lequel elle est imprimée.
Tout juriste vous dira que la Loi sur la clarté, ce n'est que ça : une loi ORDINAIRE du Parlement fédéral. Elle n'est ni au-dessus des autres lois, ni constitutionnalisée. Une loi ORDINAIRE votée par un parlement ne peut contraindre un autre parlement ou, dans ce cas-ci, l'Assemblée nationale.
En d'autres termes, la Loi sur la clarté a beau dire qu'Ottawa déciderait s'il devait ou non reconnaître un référendum gagné par le OUI en jugeant, une fois le vote passé, de la «clarté» de la question et de la majorité, cette loi n'aurait aucun pouvoir de contraindre l'Assemblée nationale à lui obéir.
La Loi de Stéphane n'est donc rien de plus qu'un tigre de papier, un Bonhomme sept heures destiné à faire croire qu'un OUI mènerait au chaos. Le problème, c'est que Lucien Bouchard - PM du Québec au moment de l'adoption de cette loi et pourtant avocat - ne l'a jamais expliqué «clairement» aux Québécois.
Plutôt que d'expliquer calmement aux Québécois pourquoi ils n'avaient aucune raison d'avoir peur du Bonhomme sept heures, il a préféré jouer à la victime. Comme d'habitude.
Le Kosovo fait par ailleurs la démonstration de quelques points fondamentaux (appelons ça le très classique «gros bon sens»).
Primo : rien, et surtout pas une simple loi, ne peut arrêter l'indépendance d'un peuple le désirant vraiment et dirigé par des élites qui, elles aussi, le veulent vraiment.
Secundo : même si, comme la Serbie l'a fait, l'État dont on se sépare refuse de reconnaître la déclaration d'indépendance d'un de ses territoires constituants, l'important est que cette reconnaissance soit faite par d'autres pays. C'est ce que Jacques Parizeau avait préparé en 1995. Sachant qu'Ottawa tiendrait tête le lendemain d'un OUI, des années de travail diplomatique intense avait assuré que la France et la francophonie seraient les premiers à reconnaître ce nouveau pays.
Tertio : un référendum, c'est bien. Mais il existe aussi d'autres moyens démocratiques d'obtenir son indépendance.
Mais ce n'est pas au PQ qu'on débattra du «moyen», ses dirigeants refusant maintenant de parler de ce genre de choses. C'est vrai qu'il y a toujours l'Immaculée conception...
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Se garder une petite gêne
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Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais face à l'espèce d'obsession qu'ont les médias avec l'anglais de Pauline Marois, j'ai comme un malaise.
Que ce soit dimanche soir à Tout le monde en parle, ou à presque chacun de ses points de presse, l'anglais de la chef du PQ est devenu, si vous me passez justement l'expression anglaise, un «running gag».
On ne verrait pourtant JAMAIS les médias canadiens-anglais talonner un chef de parti anglophone en lui demandant de parler français, ou comment son français se porte... En fait, on s'y accommode parfaitement de politiciens unilingues anglophones et on ne se gêne surtout pas pour souligner à gros traits l'anglais supposément mauvais de Stéphane Dion.
Le malaise, je le ressens aussi de voir Madame Marois se prêter elle-même à ce petit jeu. Voilà une chef de parti, qui accepte de faire l'élève en se laissant tester son niveau d'anglais et qui semble trouver ça fort sympathique.
Combinée à toute la couverture que reçoit son idée de vouloir voir chaque Québécois apprendre l'anglais, le petit jeu de tester l'anglais de Madame envoie aussi un bien drôle de message : hors de la maîtrise de l'anglais, point de salut ou de réussite au Québec.
Pourtant, sans avoir vraiment parlé la langue de Shakespeare avant sa lancée actuelle, Madame a tout de même mené une longue carrière politique, se hissant jusqu'à la tête d'un parti majeur et humant aujourd'hui le parfum d'un retour possible au pouvoir. Pas mal pour une quasi-unilingue! D'ailleurs, la plupart des chefs d'État occidentaux le sont aussi.
Avant de me traiter de tous les noms, laissez-moi vous dire que mon malaise ne participe d'aucun rejet de l'anglais. Je le parle et l'écris très couramment depuis ma tendre enfance (et non, je ne l'ai PAS appris à l'école). Depuis dix ans, j'écris même avec plaisir pour The Gazette. Eh oui.
Je trouve seulement passablement déplacé que dans un État où le français est la langue officielle, et à un moment où il recule à Montréal, l'on face autant de cas de l'anglais de Madame. Et qu'elle se prête elle-même au jeu. Se garder une petite gêne sur cette question serait peut-être une bonne idée.
Bref, revenons-en.
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L'arnaque, prise deux
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En continuité avec ma chronique, notons que dans Le Devoir d'aujourd'hui, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, donne l'image d'un homme qui dit NON à la privatisation croissante de notre système de santé.
Mais les notes discordantes s'accumulent. Un autre exemple : dans The Gazette d'aujourd'hui, le journaliste Aaron Derfel nous apprend qu'en pleine pénurie de médecins au public, 158 d'entre eux se sont désengagés du système d'assurance-maladie. Tout juste avant l'arrivée de M. Couillard en 2003, il y en avait 57. En février 2008, 158 médecins avaient quitté le public pour le privé, soit 101 de plus. Québec, la grande «social-démocrate», est d'ailleurs la province où il y a le plus de médecins désengagés du public!
Ironie ultime: Derfel souligne que contrairement au Québec, depuis 2004, la riche Ontario, laquelle connaît pourtant une pénurie moins grande de médecins qu'ici, a carrément interdit à ses médecins de se désengager du système public.
En ouvrant la porte aux assurances privées pour certaines chirurgies avec sa Loi 33, le gouvernement crée lentement mais sûrement un beau, nouveau marché pour le privé.
Dans La Presse, le journaliste d'enquête André Noël avance aussi que le gouvernement Charest, dans ses règlements de la Loi 33, ouvrirait la porte à la création d'hôpitaux privés. Comment? En ajoutant encore aux types de chirurgies pouvant être sous-traitées au privé et en permettant à des cliniques complètement privées d'hospitaliser des patients. Basta!
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L'arnaque
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Comme c'est bizarre. On aura beau faire toutes les démonstrations rigoureuses sur les dangers du privé en santé, l'illusion de son efficacité perdure. C'est à y perdre son latin.
Voyant les effets négatifs des compressions passées sur le système public, sondage après sondage, une majorité de Québécois veulent plus de privé. Disons aussi que les "think tanks" de droite inondent les médias depuis des années avec des études biaisées idéologiquement et qui font miroiter le mirage d'une réduction magique des listes d'attente grâce au privé.
Face à une opinion publique conditionnée à n'y voir que du feu, les gouvernements ont donc laissé le privé gagner du terrain. Nouvelle étape: mardi prochain, le gouvernement Charest rendra public le rapport qu'il a commandé à Claude Castonguay, un ardent défenseur des assurances et des services privés en santé. Poussant jusqu'à l'absurde son préjugé favorable au privé, c'est devant la Chambre de commerce de Montréal que Castonguay ira "expliquer" son rapport le lendemain! Avec les GROS SOUS que le milieu des affaires entend faire avec ce qu'il appelle l'"industrie de la santé", voilà un choix qui a au moins le mérite de la cohérence...
UNE NOTE D'ESPOIR
Mais il y a une note d'espoir. Le rapport Castonguay arrive à un moment où de plus en plus de citoyens, médecins et infirmières s'opposent enfin et très publiquement à ce glissement vers le privé.
Cette semaine, on a même eu droit à une analyse fort différente de celle du Conseil du patronat et de l'Institut économique de Montréal - deux des haut-parleurs les plus stridents de la droite au Québec. Se basant en partie sur des études comparatives, deux chercheurs de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) avancent qu'en santé, le privé est moins efficace que le public, plus coûteux, et nettement plus inéquitable sur le plan de l'accès.
Traduction: les seuls à profiter du privé sont ceux pouvant se le payer directement ou grâce à des assurances privées coûteuses. Pour les autres, pendant que le privé siphonne et l'argent des patients capables de payer et l'argent public en sous-traitance, l'attente ne diminuera pas. Elle s'allongera.
L'an dernier, l'Association britannique des consultants du Service national de la santé, regroupant 650 médecins spécialistes, écrivait à l'Association médicale canadienne pour l'informer du côté moins rose de ce qu'ils vivent dans un système "mixte" privé-public. Avec Philippe Couillard qui encourage les hôpitaux à sous-traiter des chirurgies à des cliniques privées avec de l'argent public, leur lettre prend tout son sens. Elle disait: "La réalité est que cet argent (public) a été essentiellement consacré à la réduction des listes d'attente en chirurgies non urgentes particulièrement sensibles d'un point de vue politique et cela a été fait au moyen d'ententes dispendieuses et insoutenables avec le secteur privé."
La réalité crue est également que le Québec a une pénurie de 800 médecins de famille et 650 spécialistes. Plus il y aura de privé, plus nos médecins et infirmières, déjà insuffisants, y travailleront. On soupçonne d'ailleurs le gouvernement de se préparer à trouver des moyens pour faciliter le passage des médecins d'un système à l'autre. Bref, contrairement à ce qu'affirment faussement les lobbyistes du privé, rien de cela ne "soulagerait" le système public. Bien au contraire.
LE QUEBEC A CONTRE-COURANT
Cela explique pourquoi, dans certains États occidentaux où on a laissé le privé s'installer dans le financement et les services de santé, on cherche à reculer. Constatant les coûts élevés du privé et l'injustice sociale qu'il crée - sa logique étant le profit et non la santé publique -, certains États tentent maintenant de renforcer le public. Même les États-Unis! Du moins, chez les Démocrates.
Ça ne vous frappe pas, vous, qu'en même temps que Hillary Clinton et Barack Obama se creusent les méninges pour proposer des manières d'AUGMENTER la place du public dans le système de santé américain, ici, on fait le chemin inverse!
En décembre, les directeurs de la santé publique du Québec ont dit ceci au comité Castonguay: avec plus de privé, "on atteint un droit social du citoyen pour le transformer graduellement en bien de consommation". "Le peuple a choisi d'être solidaire et de partager, via une assurance collective, les risques reliés à la maladie. Il importe de réaffirmer ce contrat social."
En novembre, Henri Elbaz, directeur général de l'Hôpital général juif de Montréal, rappelait aussi que les bases du système public "sont solides et il faut les préserver". Et d'ajouter: "Quand il y a un retour sur capital à assurer ou quand le patient devient une source de revenus, ça cause des dérapages."
Malgré tout, on nous chante les vertus du privé, clamant que le public ne peut plus répondre aux besoins d'une population vieillissante. Et pourtant, le Québec est la province qui dépense le moins en santé par habitant. Comme un chien qui se mord la queue, moins on dépense aux bons endroits au public, plus on alimente le mirage du privé. Pendant qu'on croit bien faire en donnant de l'argent public au privé, on néglige aussi les soins à domicile et les aidants naturels. Quant aux super-hôpitaux pour Montréal, on les attend toujours...
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Ode à la douceur
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Henri Salvador est parti. J'ai aimé et aime encore ses chansons, sa musique.
Mais ce qui m'impressionnait surtout chez-lui était sa douceur, sa grande, son extrême douceur. La douceur m'impressionne toujours.
Un homme doux, un homme amoureux fou de sa femme, au sourire et au rire heureux, quitte à ce qu'ils camouflent les moments d'épreuves aux yeux du reste du monde.
Dans un monde où la dureté, la froideur ou l'indifférence dominent de plus en plus souvent, autant dans nos rapports collectifs qu'interpersonnels, sa douceur apaisait. La musique adoucit les moeurs...
À tort ou à raison, on ne pouvait pas l'imaginer pousser une vraie colère ou autrement qu'en train de dire à son épouse comment elle était belle, comment il l'aimait. Douceur, amour et rires - sûrement une bonne recette de longévité.
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Vertu et tarte aux pommes
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On a surtout parlé des ratés du voyage de Mario Dumont à Paris et moins du discours qu’il a donné à Barcelone devant le Collège des docteurs et des diplômés de Catalogne.
Il y avait beaucoup de mots-clé, d’apparence fort vertueuse, mais avec peu de contenu. Et comme le diable se trouve habituellement dans les détails...
Le chef de l’ADQ a donc parlé de changement, évidemment, de vision à long terme, d’une approche humaine, de valorisation de l’effort, du travail et de l’excellence (très bon message pour son propre caucus), d’accroître le soutien aux familles, de faire une place intelligente (?) au privé en santé, d’audace, de liberté, d’autonomie, de consensus (Lucien Bouchard, sortez de ce corps!), de mobiliser les forces vives (un de mes clichés préférés), du Cirque du soleil et de Robert Lepage (LE must de tout discours à l’étranger), etc… Le mot responsabilisation y était aussi. Un beau mot. Un très beau mot. Du moins, au premier degré. Le problème, c’est que pour les partis penchant vers la droite, c’est un mot qui, une fois décodé, veut surtout dire : «on réduira encore plus le rôle de l’État, alors préparez-vous à vous débrouiller!». Et là, on sort des clichés et on tombe dans le contenu... mais un contenu qui ne s'avoue toujours pas ouvertement.
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Le monde à l'envers
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Stephen Harper est venu faire son tour au Carnaval de Québec. Il a donc eu droit à son gros «photo-op» et un bain de foule très pré-électoral.
La veille, à la demande de Harper, il avait aussi rencontré Jean Charest (Charest avait accepté à la condition que ça se passe privément, loin des caméras et des micros...)
On sait que les relations sont tendues entre les deux hommes depuis que Harper est allé en décembre faire des «mamours» à Mario Dumont à Rivière-du-Loup. Mais on sait surtout que Jean Charest, lui-même en éternelle période pré-électorale, ne veut plus être vu par les francophones, chez qui le PLQ est encore en troisième position, comme le grand allié du PM fédéral.
Bon. Tout le monde sait ça. Ce qui m'a plutôt frappée, c'est que pendant que Stephen Harper refusait de parler de sa rencontre avec M. Charest aux médias, et donc, aux électeurs à travers eux, le Bonhomme Carnaval, lui, répondait aux journalistes! Il y en a même un qui lui a demandé s'il croyait que le PM se servait de lui pour se faire du «capital politique» ?
Bravo Bonhomme ! Bravo pour VOS bonnes manières.
On sait à quel point Harper est paranoïaque face aux médias. Mais avouons que c'est quand même particulier de vivre dans un pays où le premier ministre se terre dans son silence face aux journalistes pendant qu'une mascotte, elle, nous parle... C'est le monde à l'envers...
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Quand l'insulte tient lieu d'argument
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Je n'aime pas les guéguerres entre chroniqueurs. Mais il arrive des moments où, tout en respectant la liberté d'expression d'un collègue, ça mérite une petite réponse.
Dans La Presse de ce matin, Alain Dubuc parle de Mario Beaulieu, ancien président de Montréal-Centre au PQ, qu'il traite de «bastion du radicalisme». M. Beaulieu est vice-président de la Société Saint-Jean-Baptiste, que Dubuc baptise d'«intégriste», ainsi que porte-parole du Mouvement Montréal Français, que le chroniqueur qualifie de «troupes de choc de l'anglophobie». Ce sont là des mots lourds, très lourds.
Pour mieux le discréditer, M. Dubuc traite le pourtant très respecté démographe et scientifique Marc Termote de «chouchou des péquistes». Il parle aussi des «fous de la langue». Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage... Car qu'ont tous ces gens en commun? De faire une analyse différente de celle de M. Dubuc, à savoir que le français donne des signes inquiétants de fragilité et qu'il faudrait agir.
Il va sans dire que mon collègue a parfaitement le droit d'exprimer l'opinion contraire et que je n'entends pas faire ici, comme d'autres, du «Dubuc-bashing». Mais là où le bât blesse, c'est dans l'usage d'insultes, d'un vocabulaire n'apportant aucun argument en soi et qui, surtout, associe toute personne ou groupe de l'opinion contraire à la sienne à une espèce de secte de xénophobes et d'enragés dangereux. L'expression «fous de la langue» renvoie aussi à un vocable qu'on utilise ailleurs pour parler de certains intégristes musulmans, frange violente. Rien de cela ne nourrit le débat public.
Je suis par contre en accord total avec sa conclusion : «le véritable leadership exige de la retenue et une vision de long terme, le refus de faire de la politique avec la langue. La situation du français est un dossier émotif, complexe, qui exige des analyses nuancées, et qui ne se prête pas aux déclarations à l'emporte-pièce». De la «retenue», des analyses «nuancées», une «vision à long terme» et pas de «déclarations à l'emporte-pièce»? Et si on y ajoutait un brin de civilité et de rigueur dans l'argumentation, quelle belle idée ce serait là... même pour les chroniqueurs.
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Le dernier des Mohicans
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C'est vraiment dommage. Les sorties de certains kids Kodak notoires du PQ et les remontrances de Pauline Marois ont éclipsé des propos importants de Jacques Parizeau.
Pourtant, il a fait une déclaration spectaculaire: Québec inc. n'existe plus! (Québec inc. est ce groupe de grandes entreprises et institutions financières qui, grâce aux gouvernements québécois depuis 1960 et à des hommes comme Parizeau, était notre force de frappe économique.)
Que l'un des principaux géniteurs de Québec inc. en constate la mort clinique, ce n'est pas rien! Cette mort, c'est la fin d'un réflexe de solidarité de ces entreprises qui, au moins de temps en temps, prenaient en compte dans leurs choix les intérêts de l'économie québécoise. Pas seulement les leurs.
Inquiet de la vente à des intérêts étrangers des Alcan, Domtar et autres, M. Parizeau pointe aussi l'inaction de la Caisse de dépôt et placement - le fameux bas de laine des Québécois, qui gère plus de 250 milliards $.
Le mandat de la Caisse est double: chercher un rendement optimal du capital de ses déposants et contribuer au développement économique du Québec. Mais en investissant trop peu ici, la Caisse semble négliger la seconde partie au profit de rendements immédiats.
Un exemple: la Caisse détient des parts dans une cinquantaine de banques à travers le monde, mais aucune à la Banque Nationale! Cet automne, Mario Dumont notait aussi que "le Québec ne compterait que pour 15,7 % de l'actif total des déposants géré par la Caisse", dont seulement "8 % sont directement investis dans notre économie".
LA MORT DE QUEBEC INC.
Cette désolidarisation de Québec inc., M. Parizeau la voit aussi dans ce qui se passe à la Bourse de Montréal: "La Bourse de Toronto ACHÈTE la Bourse de Montréal. Toutes ces histoires de fusion, c'est de la poudre aux yeux. Là, on voit Québec inc. éclater!" Ouf...
M. Parizeau d'expliquer à Radio-Canada: "Il s'est passé quelque chose de curieux. Desjardins a vendu ses actions de la Bourse de Montréal et s'est mis à travailler pour la Bourse de Toronto comme conseiller financier. (La Banque Nationale conseillant la Bourse de Montréal.) Pour la première fois, on voyait un groupe de sociétés qui habituellement travaillaient ensemble, dans une optique québécoise, se déchirer."
Dans un texte paru dans le magazine de l'Université de Sherbrooke - Tout est-il à vendre? -, il notait que s'il est normal que des entreprises en achètent d'autres, les États doivent quand même agir pour conserver les grands centres de décision. C'est un problème qui se discute dans la plupart des grandes capitales, incluant Ottawa, beaucoup moins à Québec...
Quant à la Caisse de dépôt, se pourrait-il aussi que l'arrivée prochaine et massive à la retraite des baby-boomers exerce une pression telle sur la Caisse qu'elle cherche surtout des rendements maximaux à court terme ? Le problème, c'est qu'en oubliant d'investir plus ici, quitte à avoir parfois des rendements plus bas, on sacrifie une partie de notre sécurité économique à long terme, donc celle des générations suivantes.
Mais pour ce qui est de la mort de Québec inc., il faut aussi dire que de plus en plus, ici comme ailleurs, l'important est de faire du fric. Beaucoup de fric et rapidement. On perd Alcan? Pas grave, quelqu'un fait du fric. On veut faire Rabaska en détruisant une partie de notre patrimoine? Pas grave, quelqu'un fera du fric. L'argent n'a pas de frontières. Même plus chez Québec inc., et ce, même s'il fut nourri à notre mamelle collective! Mais ce fric, seulement quelques personnes en profiteront. Et notre économie ? Beaucoup moins.
QUI VA S'OCCUPER DE LA BOUTIQUE?
Et "qui va s'occuper de la boutique?" se demande Parizeau. "Qui va consolider ici des centres de décision aussi importants que la Banque Nationale" ou nos sièges sociaux? Sacrée bonne question...
Mais il garde quand même espoir: "peut-être qu'un jour il y aura un certain nombre de gens qui diront que le gouvernement a encore des responsabilités à l'égard de l'économie, qu'il doit travailler avec les gens d'affaires pour ORIENTER les choses. Mais il faut qu'à ce moment-là, on ait gardé les outils nécessaires. Il y a un proverbe polonais qui dit que le couvent dure plus longtemps que la supérieure!"
On a plusieurs instruments pour agir, mais, écrit-il, "il faut s'en servir avec précaution, sinon avec parcimonie, en envoyant des messages clairs aux milieux d'affaires quant à ce que l'intérêt public semble demander. Il ne faut surtout pas imaginer qu'en s'engageant dans cette voie, on manifeste une forme de protectionnisme attardé. On s'adapte plutôt au fonctionnement du capitalisme d'aujourd'hui, système dans lequel les États sont d'actifs participants. Ce n'est pas facile de jouer un vrai rôle sur la scène mondiale et de favoriser, en même temps, la prospérité du pays. Mais c'est un beau défi".
Au-delà des partis, Jacques Parizeau, c'est le dernier des Mohicans. Alors que le Québec flotte sans trop de direction, ni rêve collectif, son analyse est en fait un avertissement. On aurait tort de l'ignorer.
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