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Voix publique
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November 2007 - Messages
28 novembre 2007, 6:13
La saison des amours

La fidélité n'est pas LA première qualité en politique. Que ce soit la fidélité aux idées, aux partis ou aux personnes, le concept y est plutôt flexible...

Prenez Stephen Harper et Jean Charest. L'an dernier, ils formaient le «couple» politique numéro un au Canada. Le match était parfait, naturel. Harper dirigeait le Parti conservateur à Ottawa. Charest, lui-même un ancien chef du PC catapulté contre son gré à la tête du PLQ en 1998, demeurait dans l'âme un bon conservateur.

Dès sa victoire, en janvier 2006, Harper s'est rapproché de Charest, pourtant à l'époque le mal-aimé des Québécois. Le pattern est classique. Pour prouver son amour, Harper a inondé Charest de cadeaux: la reconnaissance de la nation québécoise, le «règlement» du déséquilibre fiscal et un bout de siège à l'UNESCO.

Nos deux tourtereaux filaient le parfait amour. On aurait dit des âmes sœurs. Puis paf! L'idylle s'est effritée. Après l'élection québécoise de 2007, Charest posa un geste d'ingratitude. Il a brisé le cœur de Harper en mille miettes et provoqué chez lui une colère mauve digne du Capitaine Bonhomme.

Je t'aime... moi non plus

Dans son premier budget de gouvernement minoritaire, Jean a jeté par les fenêtres 700 beaux millions de dollars envoyés par Stephen pour le déséquilibre fiscal. Plutôt que d'investir dans la santé, Charest a réduit les impôts contre la volonté d'une majorité de Québécois.

Stephen était en beau fusil! Il était humilié devant un Canada anglais sidéré. We gave all this money to Québec so that their income taxes can go down? No way! Depuis, le torchon brûle entre les deux, que ce soit sur Kyoto ou autre chose. Quand ça commence à aller mal...

Cette semaine, ce fut l'injure suprême. Remontant dans les sondages, Charest enclencha des négos pour renforcer l'espace économique avec l'Ontario. Il l'a fait avec Dalton McGuinty, le très libéral et très anti-Harper premier ministre de l'Ontario - cette province maudite où les Libéraux de Stéphane Dion tiennent bon au point de priver Harper de la possibilité de former un gouvernement majoritaire.

De toute façon, Harper avait déjà commencé à se magasiner un nouveau beau brummel. Politiquement parlant. Vêtu de son nouvel habit de chef de l'Opposition officielle, Mario Dumont, tel un paria transformé par un extrême make-over, devenait plus séduisant. Et puis, se dit Harper, plus Charest remonte, plus il devient rouge-libéral, se faisant même conseiller maintenant par de VRAIS libéraux!

Bleu, bleu, l'amour est bleu

Mario, lui, est un adéquiste, un conservateur bleu pâle, qui ne retournera jamais au PLQ. En plus, il est conseillé par un VRAI conservateur, Lucien-le-Lucide-Bouchard. Bien sûr, Harper ne peut brûler tous ses ponts avec Charest. On ne sait jamais. Mais on voit que, malgré les difficultés de l'ADQ, son cœur penche vers Mario.

Le nouveau couple politique fera d'ailleurs sa première sortie publique le 7 décembre. Ils s'étaient vus privément à Ottawa l'an dernier, mais comme le Prince Charles devant jadis cacher sa Camilla, Harper avait refusé les caméras.

Cette fois-ci, en parfait gentleman, c'est Harper qui se déplacera pour courtiser Mario. Il le fera devant l'auguste Chambre de commerce de Rivière-du-Loup, le patelin adoré de Mario. Sachant que ce discours jouira d'une grande couverture médiatique, on prend la pleine mesure de l'intensité de leurs fréquentations politiques.

Mais son retour soudain au Québec pour y faire des mamours donne aussi la pleine mesure du blocage que Harper subit en Ontario. De toute évidence, l'homme compte sur le Québec pour lui donner sa majorité et il compte sur l'ADQ pour l'aider en régions. Non, mais. C'est quand même beau l'amour...

La pointe de l'iceberg

Bravo à TVA pour ses reportages sur l'insalubrité de certains logements à Montréal. Ces blocs appartements infestés de coquerelles, de souris et de moisissures sont des cas extrêmes prouvant l'inaction des autorités dans des situations aussi dangereuses. Mais ils ne sont que la pointe de l'iceberg.

Il y a plusieurs autres cas moins extrêmes, mais importants, de propriétaires négligents et de locataires vivant dans des maisons ou des édifices peu ou pas entretenus. Eux aussi sont aux prises avec les effets sur leur santé d'infiltrations d'eau mal réparées ou pas du tout, ou d'un usage répété de pesticides maison contre la vermine.

Ce sont souvent des propriétaires ayant plusieurs propriétés, petites et grandes, dont ils tirent leurs principaux revenus. Pour maximiser leurs profits, ils négligent leurs propriétés. Mais les municipalités auront beau sévir, le problème perdurera aussi longtemps que le gouvernement du Québec n'augmentera pas SUBSTANTIELLEMENT les ressources à la Régie du logement. (Québec a embauché 8 régisseurs qui ne font que remplacer 8 autres partant à la retraite en 2010!)

Pour les cas moins extrêmes, une audition à la Régie peut prendre jusqu'à 17 mois! Trop souvent, les locataires doivent aussi faire faire eux-mêmes des tests de qualité d'air ou de moisissures qui, au privé, coûtent de 500 $ à 2000 $. Il est donc crucial que la Régie puisse aussi embaucher des inspecteurs capables de faire ces tests au public. Sans ces gestes concrets, le reste ne sera que du blabla...

 

 


21 novembre 2007, 4:42
Du bien bon monde

Les Québécois sont du bien bon monde. À l'extrême. Prenez la tournée de Jean Chrétien. Au Salon du livre, après que Brian Mulroney n'ait eu que quelques visiteurs, on se bousculait au portillon pour se faire dédicacer le deuxième tome des mémoires de Jean Chrétien.

Face à Mulroney, le pestiféré, Chrétien prenait du galon. Faisant figure de visite rare, les médias se l'arrachaient. On se surprenait à le trouver drôle, divertissant, presque sympathique. Mais à force de l'écouter et la mémoire des choses revenant, Chrétien redevenait ce qu'il a toujours été: le petit «Canadien français», ennemi des séparatisses et adorateur du plus meilleur pays du monde. Voici quelques perles tirées de ses entrevues.

Que voulez-vous?

Sur le scandale des commandites: «On a dit: on va vendre le Canada! Pis, si y a eu des voleurs, qu'on les mette en prison!» Sur la commission Gomery: «Pendant la grève du hockey, ça été le show à télévision à toué soirs. Vous avez augmenté votre cote d'écoute. Vous étiez bien contents à Radio-Canada!»

Sur les accommodements raisonnables: «Quand nos sœurs à cornette arrivaient en Chine, fallait que les Chinois s'accommodent!» Sur le niqab: «Moi, une femme qui veut se cacher le visage, je trouve ça dommage pour elle. Mais ça me dérange pas.» «Pis nous, on était catholiques à l'extrême. On l'est un peu moins aujourd'hui, MALHEUREUSEMENT.»

Puis, à la sauce Elvis Gratton: «Quand je me fais la barbe le matin, j'ai pas besoin d'essayer de savoir quel est mon personnage. Mon pays, c'est le Canada. Ma province, c'est le Québec. Ma langue, c'est la langue française. Ma religion, c'est la religion catholique. Ma région, c'est la Mauricie.» Alouette! Sur l'Afghanistan: «Quand y a une guerre, y a des morts!» Sur le Québec: «Le mot nation, c'est un mot qui veut tout dire, pis qui veut rien dire!»

Chrétien a su cultiver son personnage de paysan peu menaçant pour des Canadiens qui aimaient bien le «little guy from Shawinigan». Pourtant loin d'être inculte, il s'est fait un plaisir d'incarner l'antithèse de l'intellectuel pendant que Trudeau, son mentor, jouait le rôle contraire. Un genre de Laurel & Hardy de l'unité canadienne.

Mais au-delà de l'image, ils avaient en commun de s'identifier comme des «Canadiens français» prêts à se battre contre les séparatisses crûment, sans états d'âme ni hésitation à y mettre les sommes nécessaires. Surtout, ils se sont fait une fierté de combattre ce qu'on appelait un «statut particulier» pour le Québec. Être fédéraliste est tout à fait légitime. Mais l'être et combattre le renforcement de sa propre «province» au sein du Canada, c'est comme une femme qui se bat contre l'équité salariale et qui en serait fière!

Jean Chrétien dit que «la politique, c'est l'art de marcher le dos au mur, les coudes élevés et le sourire aux lèvres». Mais ça devait quand même faire mal aux articulations de l'avoir fait aussi longtemps les genoux cloués au sol.

Bonjour la police!

C'est fascinant de voir tout ce qui grouille autour de l'establishment à Ottawa, libéral ou conservateur, chercher maintenant à détourner l'attention de l'affaire Mulroney-Schreiber. De plus en plus, on demande que le mandat de l'enquête publique ordonnée par Stephen Harper soit limité dans le temps et ne touche que Mulroney. Quant à Karlheinz Schreiber, on souhaite qu'il retourne en Allemagne au plus vite (l'homme a dit que s'il était extradé, il ne dirait plus un mot sur ce qu'il a fait au Canada!).

Même Chrétien, traumatisé par Gomery et craignant peut-être que sortent aussi les amitiés «libérales» de Schreiber, demande à Harper de se contenter d'appeler la police! C'est que Schreiber a longtemps frayé autant dans les cercles libéraux que conservateurs, à Ottawa et dans des capitales provinciales. (Schreiber est ce lobbyiste influent qui distribuait des «commissions» en échange de contrats gouvernementaux lucratifs pour des compagnies, dont Airbus. En 1993-1994, Mulroney aurait reçu de lui 3 enveloppes de 100,000 $ en argent comptant pour des raisons qui demeurent contentieuses.)

Schreiber semble en savoir beaucoup sur beaucoup de monde. Mais en tant que lobbyiste, il en sait aussi beaucoup sur les moyens que prennent de puissantes compagnies pour obtenir de gros contrats gouvernementaux un peu partout dans le monde. Pas sûr que dans le plus meilleur pays du monde, on veuille entendre parler de telles choses en public.

Bref, vous pouvez gager un petit deux que l'establishment aura ce qu'il veut: une enquête au mandat TRÈS, TRÈS, TRÈS limité.

Jeunes adéquistes Inc.

Les jeunes adéquistes veulent couper les vivres aux assistés sociaux «aptes au travail» après quatre ans. Mais pourquoi s'arrêter là? Pourquoi ne pas les condamner à filtrer les appels dans les «lignes ouvertes» où ceux qui ont le temps de téléphoner se plaignent des «maudits BS paresseux»?

Et pourquoi ne pas appliquer la même formule aux députés qui servent toujours à rien après quatre ans? Ah oui. C'est vrai. Ça existe déjà. Ça s'appelle une élection. Heureusement pour les jeunes adéquistes, bien au chaud dans leurs préjugés, c'est un test qu'ils n'auront pas à subir...


15 novembre 2007, 12:00
Une autre planète
Loin de la commission Bouchard-Taylor et des protagonistes surmédiatisés du NOUS, se trouve une tout autre réalité. Une autre planète nommée Parc-Extension.

Parc-Extension n'est ni Hérouxville, ni le Plateau Mont-Royal, ni Outremont, ni Sillery. C'est un quartier pauvre et multiethnique du Nord-Ouest de Montréal - 75 pays d'origine, 30 langues maternelles et une tonne de religions. Ce quartier ne représente pas LA réalité immigrante au Québec. Il y en a plusieurs. Mais il est un de ses visages les plus troublants, oublié des grands décideurs, comme le sont souvent les divers visages de la pauvreté, qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs.

Je connais Parc-Extension et je l'ai bien retrouvé dans le documentaire Un coin du ciel de Karina Goma. Ce quartier, c'est l'immigration à la dure, non pas l'arrivée cotonneuse en région ou dans des quartiers mieux nantis de la grande ville.

Parc-Extension, c'est souvent l'isolement social qui découle de la pauvreté et de la non-francisation de plusieurs. Car si Karina Goma nous montre la vie de ces gens avec respect et lucidité, elle le fait aussi - et ce fut son choix - sans analyse politique. Les images parlent néanmoins d'elles-mêmes.

On y voit ces femmes et ces hommes, arrivés depuis 10, 15 ou 20 ans, parlant bien sûr leur langue maternelle, baragouinant l'anglais, mais connaissant à peine quelques mots de français. Parfois plus isolées encore que leurs maris, restant à la maison ou piégées dans des jobines de manufacture où la langue de travail est l'anglais, combien de ces femmes n'apprendront jamais le français?

Ces gens vivent certes dans un quartier et une ville où il est toujours possible de fonctionner en anglais seulement. Mais l'isolement et la pauvreté y sont aussi pour quelque chose. Nos grands penseurs de l'intégration devraient visiter ce quartier plus souvent... Ils verraient que pour ces gens, qu'ils soient arrivés sous Robert Bourassa, Lucien Bouchard ou Jean Charest, les ressources n'ont pas été au rendez-vous.

COQUERELLES, SOURIS ET INTÉGRATION?

Sans verser dans le misérabilisme, il reste qu'il n'y a rien de joyeux à voir cette jeune mère immigrante garder sa dignité dans son appartement infesté de coquerelles et de souris jusque dans la couchette du bébé! Vous vous demanderez sûrement pourquoi on laisse des gens vivre dans de telles conditions à Montréal et des propriétaires exploiter des locataires aussi vulnérables? D'autant plus que la situation de cette jeune femme n'a rien d'exceptionnel dans des quartiers comme Parc-Extension. "Coquerelle" est d'ailleurs un des rares mots de français qu'elle connaît...

Mais vous vous direz peut-être aussi que l'"intégration" se passerait mieux dans des conditions de vie plus dignes. En fait, ces gens vivent dans une réalité qui n'a rien à voir avec ce NOUS que certains tentent désespérément de définir par opportunisme électoraliste.

Les gens de Parc-Extension viennent souvent de pays où ils étaient encore plus pauvres et où les libertés sont limitées. Donc, ils se plaignent peu ou pas. Mais la rareté des ressources pour les soutenir, c'est essentiellement l'échec de nos gouvernements qui, de toute façon, se tiennent de plus en plus loin de la pauvreté, point à la ligne, quelle que soit sa langue ou son origine.

ACCUEILLIR EN ANGLAIS

Mais l'échec, comme on le constate dans ce documentaire, c'est aussi ce réflexe de parler anglais avec ceux qui sont d'une autre origine. Comme dans tant d'institutions publiques, cette fois-ci, c'est au CLSC de Parc-Extension que des employés tendent à communiquer en anglais avec plusieurs de leurs clients immigrants.

Dans ce cas-ci, ce sont des travailleuses sociales, des bourreaux de travail, dévouées et admirables, qui le font. Elles le font avec les meilleures intentions du monde, probablement par souci de ne pas ajouter aux difficultés que vit déjà cette clientèle. Mais comment "accueillir" pleinement si on ne le fait pas aussi, lentement et gentiment, dans la langue de ladite société d'accueil?

Dans le cas de Parc-Extension, le véritable accommodement raisonnable commencerait par de meilleures conditions de vie et de salubrité - ce qui suppose l'ajout de ressources à la Régie du logement -, des cours de français gratuits et rapides, de l'aide pour se trouver un boulot en français, ainsi que l'abandon du réflexe d'accueillir en anglais. Cela n'a rien de grandiose. C'est moins controversé et flamboyant que la citoyenneté imaginaire du PQ, mais c'est du terre-à-terre, du concret

Lorsque la commission Bouchard-Taylor débarquera à Montréal, on verra à quel point sa réalité multiethnique est variée, remonte à très loin dans le temps, se déclinant aussi selon les quartiers et les classes sociales. La situation de Parc-Extension n'est évidemment pas celle de la cossue Ville Mont-Royal!

Cette réalité montréalaise n'est pas "supérieure" à celle des régions. Elle est tout simplement différente. Elle ne constitue pas LA réalité québécoise. Mais elle en est une partie importante. Parc-Extension fait aussi partie de ce NOUS montréalais, et donc québécois. Il faudrait peut-être s'en rendre compte.


8 novembre 2007, 12:00
L'industrie de la santé
Derrière les deux sommets "secrets" sur le privé dans la santé et le comité de Claude Castonguay se cache le sacrifice qu'on s'apprête à faire du bien-être des générations à venir.

Lorsque nos élites financières et politiques mangeront paisiblement les pissenlits par la racine après nous avoir laissé le cadeau empoisonné d'un système de santé à vitesses multiples, ce seront les moins de 40 à 50 ans d'aujourd'hui et leurs descendants qui, dès qu'ils seront malades, en subiront les conséquences.

Ils paieront le gros prix pour le silence complice des élus et la cupidité des milieux d'affaires voulant faire de la santé une INDUSTRIE, une business, une formidable manne à profits.

On parle d'un État prêt à dépenser dans des cliniques privées "affiliées" à but lucratif plutôt que dans des cliniques publiques ou dans l'ajout de temps de chirurgie pour les hôpitaux. On parle d'un État disant ne pas voir la multiplication des médecins-actionnaires-gérants de cliniques privées spécialisées en tests de tous genres ou leurs collègues pressant leurs patients de passer par ces mêmes cliniques.

Et de nous répéter leur mensonge pour justifier le tout: il n'y a pas assez d'argent pour le système public. Le gouvernement Charest lève pourtant le nez sur 2,5 milliards de dollars par année en refusant de récupérer les deux points de TPS libérés par Ottawa. C'est 25 milliards en dix ans! De quoi tenir le système public dans une santé resplendissante.

On parle aussi d'un recours accru aux assurances privées - un miroir aux alouettes qui, tel Moïse devant la mer Rouge, séparera les patients entre l'assuré et le non-assuré. Le premier verra un médecin plus vite. Mais dès qu'on lui diagnostiquera une bibitte exigeant des soins coûteux, le piège à cons se refermera sur lui. Pour protéger ses profits, la compagnie deviendra séraphine, dictera quel médecin il peut voir, combien de fois et à quelle procédure il aura droit ou non! S'il vieillit, plus à risque, ses primes grimperont. S'il vient à coûter trop cher à la compagnie, il sera désassuré.

Ceux qui pensent que les assurances privées leur donneront un accès privilégié aux soins tomberont de haut. Dans un système public, les médecins décident des soins à prodiguer sans égard aux revenus du patient. Avec des assurances privées, la compagnie tranche.

Et n'oublions ni la cannibalisation du personnel public par le privé, ni les services sociaux où il y aura aussi de l'argent à faire. Il y aura le GROS privé - les compagnies gérant des centres d'hébergement et des soins à domicile. Mais il y aura aussi les "parqués" dans le PETIT privé - des personnes âgées ou handicapées physiques ou intellectuelles envoyées en résidences et "familles d'accueil" privées qui, se multipliant comme le souhaite l'État, seront peu ou mal supervisées. Pour maximiser leurs profits, combien rogneront sur les soins, la nourriture et l'hygiène?

Vous croyez que c'est de la propagande de gau-gauche? Si oui, prenez garde. Vous avez peut-être acheté la manipulation de ceux qui encouragent cette désolidarisation et ont court-circuité le débat en imposant un vocabulaire qui les favorise.

Ces mêmes auto-étiquetés "lucides" et "pragmatiques" aiment aussi discréditer leurs opposants en les traitant d'apôtres de l'immobilisme, de syndicaleux ou de gau-gauche du Plateau. Des "lucides" refusant pourtant de reconnaître leur propre idéologie néoconservatrice...

DE QUELLE "IDENTITE" PARLE-T-ON?

Mais qui contrôle les mots finit par conditionner l'opinion. Face à un discours omniprésent montrant le privé comme inévitable et bienfaisant, comment s'étonner que tant de Québécois s'y disent favorables?

Le PLQ, le PQ et l'ADQ se disputent le hochet de l'IDENTITÉ et des VALEURS. Mais il en restera quoi si la santé redevient un privilège et non plus un droit?

Alors que des millions d'États-Uniens nous envient notre système de santé, quelle ironie de voir nos élites aussi empressées de l'américaniser! Mais il n'est pas trop tard. Suffit de refuser les étiquettes, de défendre le système public et d'en exiger autant des partis traditionnels - Québec solidaire ayant pris position.

La question est claire: veut-on vraiment d'une industrie de la santé? Une expression antinomique, s'il en est une...

ALLEZ VOUS FAIRE VOIR

Alors, vous aimez ça les gouvernements minoritaires ? Vous croyez qu'ils gouvernent mieux? Vous voulez la proportionnelle, laquelle reproduirait ce pattern à satiété? Nenni. Les deux parlements sont réduits à l'état de joujou pour partis cherchant à se "faire voir". À Québec, que ce soit le PQ avec son projet de loi sur l'identité et ses t-shirts, ou l'ADQ avec sa motion de censure, c'est le même combat: occuper l'espace médiatique. Qu'on parle d'eux en bien ou en mal, que le manque de sérieux généralisé discrédite le rôle d'élu, l'important est qu'on parle d'eux. Misère...

En situation minoritaire, on gouverne peu et les électeurs sont condamnés à vivre en étant perpétuel de pré-campagne électorale. C'est plate à dire et c'est politiquement incorrect, mais un gouvernement a besoin de la stabilité d'une majorité pour faire sa job, bien ou mal.


1 novembre 2007, 12:00
Dialogue de sourds
Depuis un an, les trois chefs de parti se comportent d'une bien drôle de manière sur la question de l'identité. Mario Dumont a lancé la balle l'hiver dernier sans proposer la moindre solution. Jean Charest, refusant de prendre position, l'a refilée illico à la Commission Bouchard-Taylor. Puis, Pauline Marois a présenté un projet de loi qui, s'il était adopté un jour tel quel, pourrait limiter certains droits démocratiques fondamentaux.

Il faut dire que les médias d'ici n'ont rien aidé en braquant constamment leurs projecteurs sur le conseiller municipal d'Hérouxville. Quant aux médias anglophones, honte aux commentateurs s'en servant pour dépeindre les Québécois comme de dangereux nazis qui s'ignorent. Mais what else is new?

Face à une telle cacophonie, une chatte y perdrait ses petits. L'identité est pourtant une question délicate. Mais force est de constater qu'elle est devenue de la vulgaire chair à canon dans une lutte préélectorale particulièrement serrée. Les chefs et leurs conseillers, yeux rivés sur les sondages, surveillent pour voir si leur dernière manigance aurait enfin fait grimper leurs appuis chez les francophones.

C'est rendu fou. L'identité occulte presque tout l'"agenda" politique du Québec. C'est à se demander s'il existe encore d'autres sujets de gouvernance! Mais prenez garde. Pendant que le spectacle de l'identité monopolise votre attention, vous risquez de vous en faire passer des petites vites sur d'autres questions...

LE PROJET DE LOI MAROIS

Mais puisque le projet de loi du PQ sur l'identité est au centre de tout, comme le désiraient les conseillers en marketing politique de Pauline Marois, eh bien, parlons-en.

Certains y voient à tort de la xénophobie. Ça ressemble plutôt à de la petite "stratégite" électoraliste, à un substitut à l'option du PQ et à un projet de loi déconnecté de la réalité. Car le Québec, qu'on aime ça ou non, aussi "nation" soit-il, demeure une province.

Surtout, le diable, comme on dit, est dans les détails. Dans ce cas-ci, il se trouve dans les modalités de la citoyenneté prévues par le projet de loi Marois. Si ce projet devenait loi, une fois qu'un immigrant résidant au Québec obtenait sa citoyenneté canadienne et tous les droits démocratiques qui s'ensuivent - droit de voter, de se présenter à une élection, etc. -, il aurait ensuite le choix de présenter une demande au ministre de la Justice pour obtenir sa citoyenneté québécoise.

S'il répondait aux critères prévus, dont avoir une connaissance appropriée du français, du Québec et des responsabilités et avantages conférés par cette citoyenneté ainsi que prêter serment de loyauté au peuple et à la constitution du Québec, il obtiendrait sa carte de citoyenneté. Cette citoyenneté québécoise lui donnerait le droit de se présenter à une élection, de financer un parti et d'adresser une pétition à l'Assemblée nationale.

Mais si cette personne choisissait plutôt, pour ses propres raisons, et ce serait son droit, de se "contenter" de sa citoyenneté canadienne sans demander la québécoise, elle se retrouverait dans une situation inacceptable. Elle aurait le droit de vote en vertu de sa citoyenneté canadienne, mais ne pourrait se présenter ici à une élection, financer un parti ou s'adresser à l'Assemblée nationale parce qu'elle n'aurait pas sa citoyenneté québécoise. Cette personne se verrait ainsi privée d'une part importante de ses droits démocratiques.

La semaine dernière, à l'émission de Christiane Charette, le député Pierre Curzi a confirmé que tel serait en effet le cas. S'il se trompe, il serait important que madame Marois en informe les Québécois.

LE VRAI PROBLEME

On voit donc que le problème ne réside pas en soi dans les critères exigés pour obtenir cette citoyenneté québécoise, dont une connaissance appropriée du français. Le VRAI problème est que tant et aussi longtemps que le Québec sera une province, il ne pourra, ni ne DEVRA priver un immigrant devenu citoyen canadien d'une partie de ses droits démocratiques sous prétexte qu'il ne voudrait pas prendre sa citoyenneté québécoise.

S'il devient souverain, le Québec, comme les autres pays, imposera alors ses critères de citoyenneté et personne n'en sera lésé. Mais tant qu'il est une province, on ne peut accepter l'imposition de droits démocratiques à géométrie variable pour certains futurs immigrants. Si on le faisait, ce serait pratiquer le contraire de l'intégration en excluant de la vie démocratique tout nouveau citoyen canadien résidant ici mais refusant la citoyenneté québécoise.

Si madame Marois tient à une meilleure intégration des futurs immigrants ainsi qu'au respect de leurs droits démocratiques, elle devrait accepter de retirer cette sous-section de son projet de loi. En conservant le reste, dont la promesse tout à fait pertinente de présenter des dispositions législatives pour assurer une meilleure francisation et intégration des immigrants, elle poserait un geste responsable. Ce qui l'aiderait sûrement à faire étudier son projet de loi par l'Assemblée nationale.

Si, par contre, elle s'entête dans la voie tracée par ses conseillers, on comprendra que le calcul électoral, comme chez les deux autres partis, aura pris le dessus sur le reste.