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October 2007 - Messages
25 octobre 2007, 12:00
Pauline au pays des merveilles
Dans la mesure où le passé est souvent garant de l'avenir, on est en droit de s'interroger sur la passion soudaine de Pauline Marois pour les questions identitaire et linguistique.

Va pour une constitution provinciale. L'idée flotte depuis longtemps. Mais pourquoi maintenant? Bien sûr, parce que l'ADQ a remis l'idée à la mode. Ce que j'appelais ce printemps l'"adéquisation" du Québec poursuit son oeuvre. La tactique est évidente: gruger des votes à l'ADQ et aider Mme Marois à consolider son autorité sur son parti. À première vue, c'est de bonne guerre.

L'os est plutôt dans le projet sur l'identité et la citoyenneté. En fait, il ne nécessite aucunement la création d'une nouvelle citoyenneté puisqu'il se résume surtout à un renforcement d'une simple loi, la loi 101, pour mieux franciser les nouveaux arrivants.

Le véritable phénomène ici est le retour du PQ à la question linguistique, alors qu'il y a onze ans, il l'avait lui-même jetée aux poubelles comme un vulgaire sac de linge sale. Petit problème: la chef actuelle en était, d'où l'ironie de la voir découvrir les vertus d'une loi 101 plus musclée.

Les âmes charitables diront qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. C'est vrai. Mais celles qui ont aussi un brin de mémoire se souviennent que c'est le gouvernement Bouchard qui, dès 1996, transformait la question linguistique en un véritable tabou.

LE CONGRÈS DU "MIROIR"

Appuyé par plusieurs commentateurs, ce gouvernement, dont faisait partie Mme Marois et certains de ses conseillers, menait aussi la chasse à ce qu'il appelait les "ayatollahs", les "radicaux" et les "vieux démons" - ceux qui osaient dire que la francisation commençait à piétiner et s'inquiétaient d'une loi 101 affaiblie par les tribunaux. L'époque a été douloureuse pour ceux qui différaient d'opinion avec Saint-Lucien.

Au congrès du PQ en novembre 1996, face à des militants s'apprêtant quand même à voter le renforcement de la loi 101, Lucien Bouchard s'exclamait qu'il ne pourrait jamais se "regarder dans le miroir" si cela arrivait! Cette petite phrase a défini la politique linguistique du gouvernement: NE RIEN FAIRE. Le signal aux nouveaux arrivants et aux lobbys anglophones était puissant: même le PQ avait peur de la loi 101, voyant son renforcement comme une atteinte aux droits fondamentaux!

Pour se justifier, le gouvernement a accouché d'une thèse non fondée selon laquelle le Québec avait atteint un "équilibre linguistique" auquel il ne fallait surtout pas toucher. Montréal et l'Outaouais vivent aujourd'hui les effets d'un tel jovialisme linguistique.

On se scandalise, avec raison, de voir le gouvernement Charest couper dans le budget du ministère de l'Immigration. Mais si on se rend compte aujourd'hui de la nécessité de renforcer la loi 101 en milieux de travail et de mieux assurer la francisation, c'est que dix ans de laisser-faire ont fait mal.

LE BEURRE ET L'ARGENT DU BEURRE

André Pratte pense qu'une citoyenneté québécoise au sein du Canada paverait la voie à la souveraineté. Mais il y a une possibilité moins rose pour les péquistes : qu'elle en devienne le substitut.

Dans ses États généraux sur la langue, Gérald Larose, nommé par Bouchard, l'avait proposée. Dans Sortie de secours, Jean-François Lisée, qui a contribué au projet de Mme Marois, l'assortissait d'un référendum portant sur l'autonomie du Québec au sein du Canada. En 2004, l'ADQ la souhaitait aussi pour un Québec autonome dans le Canada. Dans ces trois cas, la citoyenneté interne était un substitut à la souveraineté.

Aujourd'hui, en parlant de citoyenneté interne tout en disant opter pour la souveraineté, Mme Marois fait croire aux Québécois qu'ils peuvent avoir le beurre et l'argent du beurre, soit demeurer dans une province tout en ayant les attributs d'un pays. C'est Pauline au pays des merveilles. En réalité, toute citoyenneté québécoise serait soumise à la Charte canadienne des droits.

Quant aux exemples de citoyennetés internes pour les 27 000 habitants de l'archipel d'Aland en Finlande, les 230 000 de la Nouvelle-Calédonie de concert avec la France, les États américains ou les 6000 Nisga'a du Canada, ils ne peuvent servir d'argument pour le PQ.

Elles ont été créées pour de petites unités de population qui n'ont aucune ambition de faire sécession du pays dont elles font partie (la France et les États-Unis étant même "indivisibles" !). Elles sont, si l'on peut dire, des gestes d'accommodement raisonnable.

D'où l'incongruité d'un parti souverainiste proposant une citoyenneté INTERNE au Canada plutôt que de mettre toutes ses énergies à convaincre les Québécois de s'en donner une vraie, pleine et entière, pas celle d'une poupée russe imbriquée dans la canadienne.

Mme Marois croit sûrement dur comme fer qu'une citoyenneté interne donnerait plus le goût aux Québécois d'être indépendants, que l'appétit viendrait en mangeant, etc. Le problème est que la plupart des exemples de citoyenneté interne en font la démonstration contraire. Dans la vraie vie, on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

18 octobre 2007, 12:00
On achève bien les girouettes
Pauvre Jean Charest. Dès la première période de questions, le président de l'Assemblée nationale lui a confisqué sa principale stratégie de communication contre Mario Dumont: le traiter de girouette dans l'espoir que ça prenne dans l'opinion publique.

Eh oui! À la fin d'une période de questions où le premier ministre et ses ministres ont répété ad nauseam le mot "girouette" - le tout culminant sur une envolée peu édifiante où M. Charest a traité le chef de l'ADQ de "girouette nationale du Québec" -, le président a exigé que le PM retire ses propos "anti-parlementaires et blessants"!

Estomaqué, M. Charest a tout d'abord refusé de le faire, puis a tenté de ridiculiser l'ordre du président en badinant. Puis Jean-Marc Fournier s'est obstiné, disant que le mot "girouette" était dans le dictionnaire, mais pas dans la liste des expressions anti-parlementaires, etc. Ça n'en finissait plus de finir.

Disons que le moment ne faisait rien pour enlever à la période de questions son petit côté "cour d'école".

Les libéraux trouveront évidemment bien d'autres manières de dire que Dumont change d'idée comme il change de chemise. Mais il fallait quand même voir M. Charest, penaud comme un élève qui vient de manger un coup de règle sur les doigts, réaliser tout à coup qu'il ne pourrait plus traiter Mario de girouette.

C'est qu'en le discréditant personnellement, les libéraux cherchent à refaire à Dumont le même coup qu'ils avaient fait à André Boisclair lorsqu'ils martelaient que le chef du PQ était "immature" et "manquait de jugement".

Leur mantra avait bien fonctionné parce qu'il était vrai. Boisclair manquait VRAIMENT de maturité et de jugement. Par contre, face à Mario Dumont, la stratégie est plus risquée. Sa popularité est plus solide et combien d'électeurs verront Dumont comme étant nécessairement plus girouette ou opportuniste que les deux autres chefs?

LE RETOUR DE PAULINE

En voyant un PM "picosser" son adversaire de manière aussi superficielle depuis des mois plutôt que d'y aller sur le fond des choses, on se prend à rêver que l'arrivée de la première femme chef de parti apportera un peu plus de sérieux aux débats en Chambre. Mais ce n'est qu'un rêve...

N'empêche que sur ce même fond des choses, Mme Marois devra maintenant livrer un contenu. Il faudra aussi voir comment elle s'y prendra pour ramener les souverainistes au PQ alors que l'outil de mobilisation qu'est le référendum a été écarté. Faisable mais compliqué et nettement moins enthousiasmant.

Jacques Parizeau pense qu'elle ramènera "la paix et la stabilité" dans un parti malmené depuis des lunes. Ce serait déjà beaucoup. Mais son unique offrande d'un "bon gouvernement" ne sera bien reçue que si les politiques qu'elle proposera seront autre chose qu'une copie carbone du programme adéquiste.

Dans son premier discours en Chambre comme chef, elle affectionnait particulièrement les mots "solidarité" et "société juste". Mais le couplet suivra-t-il le refrain? Par exemple, le PQ passera-t-il le test de la "solidarité" en proposant des moyens concrets pour stopper la privatisation croissante du système de santé ou suivra-t-il la parade derrière le PLQ et l'ADQ?

Quant à la fameuse question identitaire, le PQ aura beau disputer ce terrain à Dumont, sans souveraineté dans sa besace, le risque est qu'il se condamne à un certain repli nationaliste pour mieux compenser ce vide.

L'HERITAGE BOISCLAIR

J'y pense et je vous reviens là-dessus...

L'ENFER, C'EST LES AUTRES

Parce que je vous aime, je vais vous sauver beaucoup de temps et d'argent. Je vous offre, gratos, un résumé des autobiographies actuelles et futures d'anciens chefs de parti.

Jean Chrétien: C'est pas ma faute, c'est celle de Paul Martin et de la commission Gomery.

Paul Martin: C'est pas ma faute, c'est celle de Jean Chrétien et de la commission Gomery.

Brian Mulroney: C'est pas ma faute, c'est celle de Lucien Bouchard et de Pierre Trudeau.

Lucien Bouchard: C'est pas ma faute, c'est celle de Brian Mulroney, des "purs et durs" et de Jacques Parizeau.

Bernard Landry: C'est pas ma faute, c'est celle de Pauline Marois, de mes conseillers et des méchants journalistes.

André Boisclair: C'est pas ma faute, c'est celle de Bernard Landry, des Justiciers masqués, du programme du PQ, des "purs et durs", des syndicats et des méchants journalistes.

Bref, tous d'éternels incompris, immaculés et innocents comme une première neige virginale! À ce petit jeu de blâme, Brian Mulroney a tout de même été le seul à s'en prendre aux chefs d'AUTRES partis, plutôt qu'à ses propres prédécesseurs ou successeurs. Alors qu'au PQ et au PLC, c'est toujours "en famille" qu'on pratique le tir d'élite.

Comme quoi, en politique, les adversaires sont toujours en face, mais les ennemis sont souvent derrière...

11 octobre 2007, 12:00
Y a-t-il un démocrate dans la salle?
J'adore mon métier de journaliste politique. Vraiment. Sauf pour son petit côté "commentateur sportif" - cette tendance à voir la politique comme une "game" qu'on dissèque en termes de jeu et de stratégies, sans toujours en analyser les motivations et les conséquences.

Prenons le cas de Stephen Harper et de son fameux ultimatum: ou les libéraux votent contre son discours du trône et on part en élection, ou ils votent pour et Harper obtiendra ce qu'il appelle un "mandat clair" pour gouverner.

Pour mieux piéger Stéphane Dion, Harper a sorti un gros lapin de son chapeau. Même si son discours est adopté, chaque vote subséquent sur un projet de loi majeur sera transformé en vote de confiance. Bref, si les libéraux OSENT voter contre une loi harpérienne, il y aura élection. Et vlan, dans les dents de Stéphane!

Dans les médias, on ne se pouvait plus d'admirer le "grand stratège" à l'oeuvre. "Bon coup!", "Harper contrôle le jeu", "les libéraux sont coincés", "Harper vient de rendre l'élection inévitable". Le sang va couler dans l'arène électorale, Stéphane va souffrir, et on aime ça!

Bon. Mais au-delà des "oh!" et des "ah!", le problème est que la "méthode" Harper a ceci de particulier qu'elle est anti-démocratique. Même en termes "sportifs" - pour ceux qui les préfèrent -, ce que Harper fait est l'équivalent au hockey de frapper un joueur dans le dos avec son bâton - un des pires coups bas possibles. Pas un arbitre ne laisserait passer ça. Pas un commentateur sportif n'admirerait un tel geste. Sauf peut-être Don Cherry, si c'est un joueur québécois qui reçoit le coup en question!

Mais en politique, allez savoir pourquoi, les coups les plus bas sont souvent vus comme de bons coups.

On connaissait déjà le côté "control freak" de Harper avec les médias. Mais ce qu'il propose maintenant est de prendre le Parlement en otage. Harper veut le beurre et l'argent du beurre: soit une élection qu'il n'a pas le courage de déclencher, soit une opposition castrée, réduite à voter pour ses projets de loi pour ne pas aller en élection.

MON PARLEMENT A MOI

C'est quand même inouï qu'un premier ministre décide de jouer avec la démocratie parlementaire comme si c'était sa petite chose à lui, et qu'on trouve ça brillant comme stratégie. Imaginez qu'un matin, George Bush décide qu'il change la manière dont fonctionne le Congrès. Vous croyez que le New York Times ou le Washington Post trouveraient ça génial? Non.

C'est pourtant ce que fait Harper. Il veut modifier unilatéralement l'usage du vote de confiance qui, normalement, est réservé au budget, au discours du trône, à une motion de censure de l'opposition ou un projet de loi ou une motion que le PM identifie EXCEPTIONNELLEMENT comme un vote de confiance. Ce n'est pas un fusil qu'on place à répétition sur la tempe de l'opposition pour la museler. Dans un contexte minoritaire, le vote de confiance est l'arme nucléaire qui fait tomber le gouvernement. Mais ce n'est pas un outil pour forcer l'opposition à "rubber stamper" toutes ses lois comme s'il était majoritaire.

Le simple fait que Harper ait brandi cette menace en dit long sur ce qu'il pense du Parlement et des électeurs qui lui ont refusé sa majorité.

LE CLAN CHRETIEN S'EN MELE

Pris par son engagement à tenir des élections à date fixe en octobre 2009, Harper s'amuse à pousser Dion dans les câbles. Certains y voient la marque d'un grand et brillant stratège face à des chefs d'opposition dont il joue comme des violons.

Mais qui a dit que les libéraux sont obligés d'aller se jeter en bas du pont en votant contre le discours du trône pour la simple raison que Stephen 1er leur a ordonné de le faire? Qui a dit que Dion ne pouvait pas laisser passer ce discours pour se donner un peu de temps? Et qui a dit que les libéraux ne pourraient pas ensuite boycotter la montagne de votes de confiance ou s'en servir eux-mêmes pour faire tomber le gouvernement à un meilleur moment pour eux ? À cynique, cynique et demi. Si le PM veut gouverner comme s'il était majoritaire, ce sera à lui de tenter de l'obtenir dans une élection. Seuls les électeurs peuvent lui donner un "mandat clair", pas l'opposition. Pour le moment, le PLC n'est pas obligé de se suicider sur commande.

Avant de quitter son lit d'hôpital, j'ai aussi l'impression que Jean Chrétien a sonné la fin de la récréation et a décidé de s'en mêler pour éviter l'iceberg.

Fallait voir son éminence grise, Eddie Goldenberg, sortir pour dire que jamais un gouvernement n'était tombé sur un discours du trône. Ou Céline Hervieux-Payette, pas pressée non plus d'aller en élection et rappelant à l'ordre le clan Ignatieff, soupçonné de magouiller contre Dion.

Mardi, Stéphane Dion est sorti de sa torpeur pour refuser de jouer le jeu de Harper. On verra ce qu'il fera au vote. Mais en attendant, au-delà de la "game" des uns et des autres, les penchants autoritaires du PM mériteraient plus d'attention et d'analyse. Surtout lorsqu'il traite le Parlement comme son joujou personnel.

4 octobre 2007, 12:00
Le futur club des "ex"
Gilles Duceppe a un sens de l'humour impressionnant. En entrevue, le matin où la une de La Presse titrait "Duceppe prépare sa sortie", il en a raconté une bonne.

Le chef du Bloc a déclaré, pince-sans-rire: "imaginez qu'on aurait une belle victoire du Bloc à la prochaine élection, qu'il y en a une belle du PQ, qu'on s'en aille vers un référendum, et moi, je dirais que je me retire? Ça n'a aucune logique!"

La semaine dernière, j'écrivais que Pauline Marois avait la pensée positive contagieuse. De toute évidence, il en a attrapé toute une dose! Les chefs ont beau ne jamais avouer qu'ils sont dans le pétrin, ça prend quand même toute une imagination pour voir venir un référendum.

Évidemment, M. Duceppe ne pouvait que démentir. Il y a quand même des limites à jouer les canards boiteux. Mais comment ne pas avancer l'hypothèse qu'après la prochaine élection, si le Bloc perd encore du terrain face aux conservateurs et même au NPD, il est peu probable que M. Duceppe reste?

ÇA SENT LA PRE-RETRAITE

Veut, veut pas, même s'il sera là pour la prochaine élection, ça sent la pré-retraite pour M. Duceppe. L'année de ses 60 ans, 2007 marque aussi sa dixième année à la tête du Bloc. Dix ans dans l'opposition, ça use son homme, quel qu'il soit.

Cette semaine, le Bloc a paniqué parce qu'il craint qu'à cause de La Presse, les électeurs pensent que leur chef quittera après l'élection. Pourtant, si Gilles Duceppe croyait ce printemps qu'il pouvait se permettre de quitter pour prendre la direction du PQ, pourquoi paniquer dans l'éventualité d'un départ remis à plus tard encore?

De fait, sa tentative de prendre Pauline Marois de court avait déjà envoyé le message qu'il préférait diriger le PQ et qu'il était, d'une certaine façon, rendu ailleurs. Qu'il ait fait ensuite son acte de contrition et accepté de faire la prochaine élection fédérale, c'est déjà ça de pris pour les bloquistes.

Mais s'il se fait aujourd'hui les muscles en menaçant de voter contre le discours du trône de Stephen Harper après avoir passé la dernière année à empêcher les conservateurs de tomber, c'est aussi pour montrer à son caucus, qu'il n'avait pas consulté avant de tenter de faire le saut au PQ, qu'il ne fera plus la carpette devant Harper. Les députés du Bloc l'ont compris, mais peut-être trop tard: plus ils baissent les bras, plus ils perdent du terrain.

Cela étant dit, Gilles Duceppe demeure malgré tout un chef respecté, même par ses adversaires - un cas rare par les temps qui courent. Mais comme tout le monde, il voit sûrement que depuis la fin de l'âge d'or du scandale des commandites, le Bloc perd des plumes. Aux élections partielles, Roberval lui a échappé, sa majorité dans Saint-Hyacinthe-Bagot a fondu plus vite que le caramel dans la Caramilk et dans Outremont, il est passé de 29 % à un tout petit 10 %.

Il y a aussi de ces indices qui ne mentent pas. Michel Gauthier, pilier du Bloc, a quitté le bateau pendant qu'il flottait encore. Même sans boule de cristal, il est également clair que sans référendum du côté du PQ, le Bloc est condamné à errer dans les corridors du parlement fédéral, réduit à mener les combats pour les fédéralistes québécois contre le déséquilibre fiscal ou le pouvoir fédéral de dépenser. Pas très sexy.

Pendant ce temps, à Québec, Mario Dumont a le vent dans les voiles. Les éditorialistes ont beau souligner à gros traits la moindre de ses contradictions, cela n'a aucune prise sur les électeurs qui l'aiment, ni sur ceux qui, déçus du PQ et du PLQ, risquent de voter pour l'ADQ ou de se joindre à elle par défaut.

LE BAROMETRE "GARON"

Un de ces "déçus" est Jean Garon. Son passage à l'ADQ, lors du conseil général du week-end dernier, en dit long. C'est que Garon, un ancien ministre péquiste qui, il faut le dire, a toujours porté à droite sur les questions économiques, est surtout un indépendantiste pur et dur. D'où son expulsion du conseil des ministres sous Lucien Bouchard.

Lorsqu'un indépendantiste comme M. Garon compare Mario Dumont à René Lévesque et le voit comme le seul chef apte à "rassembler" les Québécois, cela veut surtout dire qu'il ne croit plus que le PQ réalisera l'indépendance de son vivant. Et donc, qu'il préfère mettre son énergie ailleurs. M. Garon est loin d'être le seul au Québec à penser de cette façon.

Et pendant ce temps, à Ottawa, Stephen Harper est encore, et de plus en plus, mort de rire. Dion et Duceppe sont dans la tourmente, déstabilisés par leurs adversaires, intérieurs ou extérieurs, de même que par leurs propres erreurs de jugement. Et encore, le cas de Dion semble plus dramatique que celui de Duceppe.

Les plaques tectoniques bougent, autant à Ottawa qu'à Québec. À terme, elles risquent fort d'entraîner avec elles les Duceppe, Charest et Dion. Quel beau futur club des "ex" en perspective.