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Voix publique
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August 2007 - Messages
23 août 2007, 12:00
Vous nous le dites si on vous dérange...
Cette semaine, le sommet de Montebello sur le Partenariat sur la sécurité et la prospérité entre les États-Unis, le Canada et le Mexique mettait en lumière l'extrême déficit démocratique dont souffre tout ce processus.

On ne saura jamais ce qui se sera dit à huis clos entre Bush, Harper, Calderón et leur brochette d'hommes d'affaires invités. Mais ne le prenez pas personnel. Les parlementaires ne le sauront pas non plus. Que la société civile et les élus soient traités comme des spectateurs face à une entente appelée à modifier des aspects importants de la société canadienne en dit long sur l'idée que se fait Stephen Harper de la démocratie.

Au château de Montebello, on aura fait beaucoup de blabla sur la "libre circulation des biens, des services et des personnes", mais on aura freiné la libre circulation de l'information.

Harper: 1. Parlement et citoyens: 0.

Pendant ce temps, voilà venir un autre bel exemple d'absence de débat public. Les 23 et 24 août, Jean Charest et le ministre fédéral des Affaires indiennes se rendent à Kuujjuaq pour célébrer la future ratification d'une entente historique entre Québec, Ottawa et les dirigeants inuits.

Cette entente jettera les bases d'un gouvernement inuit régional - un précédent au Canada - avec une assemblée élue, un conseil exécutif, un chef de gouvernement et des pouvoirs éventuellement étendus en matière de santé, d'éducation et de gouvernance générale.

Son nom: le "gouvernement régional du Nunavik". Le premier ministre Charest dit pourtant que ce ne sera pas un nouvel ordre de gouvernement, qu'il sera soumis aux lois de l'Assemblée nationale et de la Chambre des communes, que ce sera comme une grosse municipalité. Mais il est prévu que dans une deuxième phase de négociation, on parlera de pouvoirs de taxation, de perception de redevances majeures sur les ressources naturelles, etc.

UN TIERS DU TERRITOIRE DU QUÉBEC

Avec une assemblée élue munie de vrais pouvoirs, ça ressemblera drôlement à un nouveau palier de gouvernement. On dit que le Nunavik serait d'ailleurs représenté sur les cartes officielles du Canada et du Québec.

Cette entente couvrira le tiers du territoire du Québec au nord du 55e parallèle. Sûrement la plus grosse municipalité du monde... Le tiers du territoire pour une population de 10 000 personnes.

Et pourtant, il n'y aura JAMAIS eu de débat public portant exclusivement sur le Nunavik. Une commission de l'Assemblée nationale a déjà examiné l'impact de la Paix des Braves. Mais elle ne touchait que les Cris et n'avait pas la portée que pourrait avoir la création d'un nouveau gouvernement sur le tiers du territoire.

S'il est vrai que les 10 000 Inuits ont des besoins sociaux et économiques criants et qu'une plus grande autonomie est plus que souhaitable, cette entente sur le Nunavik semble aller plus loin. Parce qu'elle modifiera la gouvernance d'un territoire plus grand que la plupart des pays européens, pourquoi songer à la ratifier sans débat public au Québec?

Pendant qu'on se regardera à satiété le nombril identitaire à la Commission Bouchard-Taylor, qui débattra de l'entente sur le Nunavik? Gros problème.

D'autant plus que selon le Globe and Mail, il manquerait un élément crucial à cette entente: avec le fédéral qui conserverait tous ses droits au Nunavik et l'élection d'un nouveau gouvernement inuit couvrant une immense superficie et ses ressources naturelles, qu'arriverait-il à ce territoire si le Québec venait à tenter de se séparer? Mystère et boule de gomme.

Le conseiller juridique des Inuits a déclaré qu'avec cette entente, "si le Québec voulait se séparer, je ne sais pas comment ça fonctionnerait". Ah, bon? C'est gentil de le dire.

Évidemment, parler ces temps-ci d'un référendum gagné est TRÈS hypothétique. Mais tout premier ministre se doit de ne poser aucun geste qui pourrait un jour mettre en danger l'intégrité territoriale du Québec. Et elle pourrait être mise en danger s'il s'avérait, comme le rapporte le Globe and Mail, que l'entente sur le Nunavik est muette sur le sujet.

En fait, on peut avancer l'hypothèse qu'avec le fédéral toujours très présent et une assemblée inuite élue et couvrant le tiers du territoire, ce gouvernement aurait une légitimité sur la scène internationale suffisante pour remettre en question l'intégrité territoriale du Québec.

Ceux qui ont une bonne mémoire se souviendront peut-être de Ted Moses, grand chef des Cris qui, en pleine commission parlementaire en 1999 sur un autre sujet, avait qualifié le peuple québécois de "fictif" ne pouvant jamais prétendre à cette intégrité après un Oui.

Fait intéressant: dans les courriels envoyés au Globe and Mail par des lecteurs canadiens-anglais en réaction à l'article de Bill Curry du 13 août dévoilant les grandes lignes de cette entente, on n'en revenait pas qu'une telle entente se fasse sans débat public.

Quelques-uns se félicitaient de voir apparaître un bel obstacle à la sécession possible du Québec, mais la plupart se questionnaient sur le manque de transparence du processus et les effets possibles d'un tel précédent dans d'autres provinces.


16 août 2007, 12:00
Le syndrome Le Pen
Ça s'était calmé. Mais voilà que ça recommence: tous les coups contre Mario Dumont sont permis, y compris, semble-t-il, de le faire passer pour un raciste.

Sous prétexte de parler d'"identité" - le nouveau thème à la mode depuis l'élection - on se lance de la boue au visage, sans trop réfléchir aux conséquences.

Ne sachant plus par quel angle attaquer le chef de l'ADQ, Jean Charest l'accuse maintenant de vouloir stopper l'immigration et d'avoir une vision "fermée" du Québec. Son ministre Benoît Pelletier y a ajouté son grain de sel, affirmant que Dumont pratiquerait un nationalisme "ethnique".

Quant à Pauline Marois, elle n'a pu se retenir elle aussi d'accuser Dumont de vouloir "stopper l'immigration". Et la nouvelle chef du PQ de se présenter sur cette question comme l'incarnation du "gros bon sens".

TRADUCTION: pour des raisons purement partisanes, sans le dire ouvertement, Charest et Marois laissent sous-entendre que l'ADQ et son chef auraient un petit, ou un gros fond xénophobe. Pourtant, s'il y a un parti qui devrait se tenir droit sur ce sujet, c'est bien le PQ, un parti qui s'est longtemps lui-même fait traiter à tort de xénophobe.

On aura beau souhaiter que tout ce beau monde respire par le nez, ça risque d'empirer. Avec le PLQ pris dans les limbes chez les francophones, et le PQ ne posant toujours aucune menace aux Libéraux, Dumont demeure l'homme à abattre. N'importe comment.

UN PETIT JEU DANGEREUX

Va pour l'évidence. Mais lorsque les chefs du PLQ et du PQ tombent dans ce que j'appelle le syndrome Le Pen - faire passer Dumont pour un intolérant en sous-entendant ceci ou cela -, ils jouent un petit jeu dangereux.

Qu'un candidat libéral à la dernière élection - Pierre Arcand - ait comparé Dumont à Jean-Marie Le Pen, le chef xénophobe du Front national en France, c'était déjà troublant. Mais que deux chefs de parti le laissent sous-entendre, les bras en tombent.

Il y a ici déjà suffisamment de petits lobbys politiques qui se font un plaisir à chercher des bibittes là où il n'y en a pas (voir Alliance Québec à une certaine époque ou B'Nai Brith, qui s'acharne depuis des semaines à discréditer la candidature de Jocelyn Coulon dans Outremont).

Il ne faudrait pas maintenant que des chefs de partis respectables commencent à patauger dans le même genre de démagogie. Monsieur Charest et madame Marois seraient sages à l'avenir de peser leurs mots.

La première raison pour ce faire tient de l'importance de la vérité. Sur la question de l'immigration et des "accommodements raisonnables", Dumont n'est quand même pas le Jean-Marie Le Pen de Rivière-du-Loup!

La seconde raison en est que plus Charest et Marois vont jouer à ce jeu, plus ils vont contribuer à faire dévier ce débat, à le vider de tout contenu minimalement intelligent et à alimenter cette fausse image du Québec où la xénophobie règne encore et toujours.

Ça crève pourtant les yeux: aucun chef de parti majeur au Québec ne souffre de xénophobie ni ne veut stopper l'immigration. Point à la ligne. Qu'on tente, pour gagner quelques votes, de faire croire que le troisième serait de la graine d'intolérance, c'est jouer un bien mauvais tour à la réputation du Québec. C'est aussi créer un climat malsain dans le débat démocratique. La modération dans les propos aurait bien meilleur goût.

RÉPARER LES POTS CASSÉS

Puisqu'ils semblent vouloir tant s'intéresser à la question "identitaire", les chefs du PLQ et du PQ pourraient reconnaître que leurs propres partis, chacun à son tour au pouvoir, auront présidé au recul des programmes de francisation des immigrants, à l'acceptation béate de l'affaiblissement continu de la loi 101 devant les tribunaux, au refus de se donner un système d'éducation véritablement public et laïque, etc. Qu'ils commencent par proposer des manières de réparer les pots qu'ils ont cassés.

En 1996, Lucien Bouchard s'est dit incapable de se "regarder dans le miroir" s'il devait renforcer la protection législative de la langue française - faisant passer la chose pour de l'"intolérance". Comment voulez-vous que le message de francisation soit clair pour les nouveaux arrivants s'il ne l'était même pas pour un premier ministre?

Les nouveaux arrivants peuvent apprivoiser l'identité québécoise de nombreuses manières, mais leur intégration passe avant tout par la francisation - à l'école pour les enfants, mais aussi au travail pour les 75 % d'immigrants qui arrivent ici déjà à l'âge adulte.

Que le Québec finisse un jour par obtenir la pleine responsabilité en immigration serait sûrement une bonne chose. Mais ce n'est pas demain la veille. Et ça ne changerait rien au fait que le maillon le plus faible de la loi 101 est justement son chapitre sur le français dans les milieux de travail.

La commission Bouchard-Taylor sur les accommodements dits raisonnables se penchera sûrement sur la question globale de l'identité.


9 août 2007, 12:00
La politique spectacle
Bon. Je sais que ça va sonner comme une pub, mais je n'y peux rien. Quand j'aime, j'aime. Et j'ai beaucoup, beaucoup aimé Théâtre Extrême.

Même si l'auteur de cette pièce jouissive sur la politique s'appelle bien Jean-Guy Legault, nous ne sommes malheureusement pas de la même famille - donc pas de conflit d'intérêts ici. Je dis malheureusement, parce que si nous l'étions, je lui dirais: "Bravo petit frère ou petit cousin, méchant beau coup! Puis, c'est pas grave si je suis un peu jalouse de ne pas l'avoir écrite moi-même!"

Maintenant, l'histoire. La pièce met en scène une course au leadership fictive dans un parti politique québécois fictif, le PPQ (le Parti populaire du Québec). Huit candidats, dont quatre femmes. Et ça, c'est "fictif", pas à peu près...

Chaque personnage est une combinaison de certains politiciens - et politiciennes - connus. Et d'une touche de Pauline par ici, un soupçon de Boisclair par là, un parfum de Belinda Stronach, un bon bout de pseudo grand conseiller politique obnubilé par sa très grande admiration pour lui-même, etc.

La course a beau être fictive, Jean-Guy Legault leur met en bouche des analyses savoureuses, tout aussi pertinentes que bien des éditoriaux de grands quotidiens, mais sans le cynisme de bon aloi.

Je ne veux pas trop vendre la mèche - les bonnes "lignes" sont trop nombreuses, et l'effet de surprise y est aussi pour quelque chose. Je vous donnerai seulement deux de mes préférées.

Une candidate au français torturé et immensément comique justifie la non tenue des promesses électorales en blâmant le budget du gouvernement précédent - un grand et pénible classique dans la VRAIE politique. "On sait bien que c'est toujours la faute de "la budgette de la gouvernementerie précédentaire. Parce que tout le monde sait que l'argent et la budgette, c'est deux choses bien différentes"... No kidding...

Reflétant aussi à merveille l'air du temps par ici, tous partis confondus, un seul candidat ose prononcer le mot "souveraineté", pour ajouter tout aussi rapidement: "O.K., on n'en parle pas!"

Et puis, il y a une certaine intelligence des choses et des émotions. L'auteur nous montre aussi la face cachée de la politique, celle de la solitude, des sentiments refoulés, de l'impression de ne pas servir à grand-chose par les temps qui courent.

ON A VOTÉ POUR ÇA

Dans son texte de présentation, Jean-Guy Legault explique pourquoi il en a fait une pièce "interactive". Le gentil public vote pour éliminer les candidats, un par un, jusqu'au gagnant ou gagnante ultime. (Ah, si seulement il y avait eu un auditoire à la course du PQ, plutôt que des votes sans visage par téléphone, Boisclair serait sûrement retourné à Toronto depuis longtemps.)

"Ce processus d'élimination a deux buts précis, dit Legault. Le premier étant de mettre en évidence les conséquences directes de la démocratie. C'est-à-dire de devoir vivre avec les choix d'autrui. On a une voix, mais concrètement, on subit la voix des autres. Deuxièmement, on ne vote pas "pour" un comédien-candidat, mais bien "contre" un comédien-candidat. C'est un vote cruel qui rend un vote moins anodin et qui responsabilise le spectateur. [...] Ici, c'est ce que vous obtiendrez... le moins pire."

Lorsqu'on regarde la brochette actuelle, qu'elle soit fédérale ou provinciale, l'observation met le doigt sur un gros bobo. Le "j'ai pas voté pour ça" est bien futile dans le fond. Car tout vote dépend en effet du vote de l'autre. Ce qu'on obtient comme résultat, collectivement, on a vraiment voté pour ça. Jean-Guy Legault a bien raison. Ça s'appelle la démocratie. Et parfois, faut se boucher le nez pour quelques années, ou quelques décennies, et attendre que le résultat soit plus inspirant. Enfin, du moins, l'espérer en gardant les yeux bien ouverts.

Pas qu'il n'y ait pas de politiciens honnêtes et intègres de nos jours. Il y en a plus qu'on le pense. Mais on a comme une impression de manufacturisation de la politique. On manufacture les programmes en série, de plus en plus interchangeables, et on se cherche de bons vendeurs pour un "produit" qui se ressemble d'un parti à l'autre.

La pièce de Legault parle aussi de ça, du contenant qui domine le contenu, des conseillers "ti-Joe connaissant", des candidats perdus dans l'espace, des grands parleurs et des p'tits faiseurs. Facile aussi de se faire prendre par le "jeu" de la politique. Et le jeu finit par devenir le but, et non un simple outil.

Avec l'objectif final et absolu: la victoire pour la victoire. Gagner la course, devenir premier ministre un jour... Ah... Le Bunker. Bunker, le cirque...

Et pour faire quoi? Ça, évidemment, ça dépend de plus en plus "de la budgette de la gouvernementerie précédentaire"... et de la photocopie du programme des autres qui tient lieu de vision pour le nouveau gouvernement du jour.

Au Théâtre d'Aujourd'hui, à Montréal, jusqu'au 18 août. Avec Marie-Lou Bujold, Delphine Bienvenu, Vincent Côté, Jean-Marc Dalphond, Nancy Gauthier, Lise Martin, Thomas Perreault, Raphaël Roussel, Antoine Vézina et Mariflore Verronneau.


2 août 2007, 12:00
C'est pas parce qu'on rit, que c'est drôle
Il y a des jours comme ça. Une nouvelle sort. Elle semble risible, sans importance. Des gens en rient, font de bonnes blagues.

Prenez, par exemple, ce sondage internet sur le "pire Canadien" de tous les temps. La très "sérieuse" revue canadienne-anglaise de la Société nationale d'histoire, The Beaver, donnait Pierre Trudeau bon gagnant.

Passée la minute de plaisir - qui n'aime pas ne pas aimer Trudeau dans ses temps libres? -, mon sang d'historienne et de politologue s'est figé en voyant la liste des 10 "gagnants". Des anciens premiers ministres y côtoyaient les tueurs en série Clifford Olson, Paul Bernardo et Karla Homolka.

Et là, ce n'est plus drôle. Vraiment plus drôle. Qu'une revue d'histoire - pas CROC - fasse une telle chose m'a jetée en bas de ma chaise. Mettre des premiers ministres et des tueurs en série dans une même liste tient d'un relativisme moral qui laisse pantois.

Et qu'on ne me dise pas que TOUS les premiers ministres ont du sang sur les mains because ceci ou because cela...

Le message envoyé est dévastateur: tout est relatif, tout est égal, tout est pareil. Brian Mulroney ou Homolka, c'est aussi "pire", non? On s'en tord les boyaux tellement que c'est drôle.

En fait, d'après la liste, Homolka serait même "moins pire" que Mulroney, puisque son nom vient APRÈS celui de l'ancien premier ministre! Même Céline Dion est dans le même sac que Homolka. Le tout, pour un grand total de 6 Québécois sur 10. Mais, au moins, tant qu'à faire dans l'absurde, pas de Québécois chez les tueurs en série. Mince consolation.

C'est vrai que ces premiers ministres ont tué quelques grandes idées au cours de leur carrière, mais ils n'ont achevé personne de sang-froid.

Je sais bien que l'histoire n'a plus la cote - même les savants fous du ministère de l'Éducation en ont massacré l'enseignement depuis belle lurette -, mais comment une revue sérieuse peut-elle participer au même mouvement?

De telles listes épicées d'amalgames outranciers ne peuvent que contribuer à la méconnaissance de l'histoire, des faits et des acteurs. Cette méconnaissance contribue à la désinformation. Et la désinformation contribue à la dépolitisation d'une société.

PARLONS D'HISTOIRE

Plutôt que de jeter le tout à la poubelle (mais comme disent les Anglais, "there's no bad publicity!"), les rédacteurs de la revue ont fait appel à 10 historiens et auteurs pour dresser une liste parallèle plus crédible pour encourager les Canadiens à discuter d'histoire...

Eh bien, parlons-en. Un des noms dans cette deuxième liste est celui d'Adrien Arcand: un fédéraliste et un loyaliste québécois d'obédience nazie, qui a sévi ici dans les années 30 et 40 et s'est associé à des mouvements pro-nazis d'Ontario et des provinces de l'Ouest. Un choix qui se défend.

Personnellement, je choisirais William Lyon MacKenzie King, premier ministre canadien pendant 22 ans, dont avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale. Comme Arcand, c'était un antisémite notoire et un sympathisant d'Adolf Hitler. Mais à la différence cruciale près que MacKenzie King, lui, était au pouvoir et il était premier ministre.

Avec la complicité de plusieurs élites du pays, au Québec et au Canada anglais, il ferma presque totalement les portes du Canada aux réfugiés juifs qui fuyaient l'Allemagne nazie. En voilà un premier ministre aux mains tachées de sang.

Aux Archives nationales du Canada, on peut lire son journal personnel sur sa visite officielle à Berlin en 1937 (faut voir les jolies photos de King à des événements publics entouré d'officiers allemands faisant le salut hitlérien...). Suggestion: en faire une lecture obligatoire pour TOUS les Canadiens.

Après un échange de cadeaux qui l'a beaucoup ému, King raconte comment Hitler lui a donné une photo dédicacée de lui-même dans un beau cadre argenté. King le remercie pour un "tel signe d'amitié" et lui dit: "Je chérirai toujours ce cadeau." Touchant, non?

King parle abondamment du "sourire" et de la "chaleur" d'Hitler. Il dit admirer son côté "autodidacte" et le décrit comme un homme "calme", "passif"(!) et "émotif". King écrit que Hitler lui fait penser à Jeanne d'Arc, qu'il est un "mystique". Pour King, même les discours d'Hitler sur la "race" sont inoffensifs, ne cherchant, pour citer ses mots, qu'à "préserver le sang pur du peuple"! Un détail...

Hitler, selon King, est aussi épris de beauté et aime les fleurs. Et voici le passage qui lève le plus le coeur: (Hitler) "m'a souri très gentiment et il y a en effet une sorte d'affection et d'attirance dans son regard. Mon évaluation de cet homme alors que j'étais assis et parlais avec lui est que c'est un homme qui aime vraiment son prochain et son pays, et qu'il ferait n'importe quel sacrifice pour eux. (...) C'est un homme d'une grande sincérité et un vrai patriote".

MacKenzie King: le VRAI candidat parfait pour le titre du pire Canadien de l'histoire. Dommage qu'au Canada, on ne se souvienne pas beaucoup de tout cela...