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Voix publique
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Pour voir juste sur ce qu'il se passe dans les têtes de ceux et celles qui occupent les palais et les parlements du Québec, du Canada et du monde, suivez les analyses politiques percutantes de Josée legault sur son blogue.
June 2007 - Messages
28 juin 2007, 12:00
La business du déménagement
En cette divine année 2007, et au jour béni du 1er juillet, je marquerai la douzième année où je n'aurai PAS eu à endurer la torture d'un déménagement. Ouf...

C'est une journée de bonheur suprême, que j'ai célébrée à chacune des 12 dernières années, pendant que je regardais, le coeur rempli de compassion, mes pauvres voisins plus malchanceux que moi devoir se taper le leur.

Ce n'est pas que je n'aime pas déménager. Je HAIS déménager. Je crois que je souffre d'une espèce de stress post-traumatique hérité de l'enfance. J'ai grandi dans une famille plutôt pauvre, où mon père, ne serait-ce que pour économiser un maigrichon 5 $ par mois sur un loyer, nous obligeait à déménager tous les ans. TOUS LES ANS, ou presque. Nous étions beaucoup dans cette même situation.

J'en ai développé un dédain, que dis-je, une phobie des déménagements. Dans le temps de la "déménagite" aiguë de mon père - évidemment, c'était ma mère qui se tapait tout le boulot et tout le stress -, le Québec était déjà une société distincte en imposant les déménagements le 1er mai.

On n'a jamais trop su d'où venait ce diktat, intégré parfaitement par les Québécois dans la plus totale obéissance, mais on savait que le diktat existait. Et comme c'était beaucoup les ouvriers qui changeaient de pénates régulièrement, c'était eux aussi qui écopaient des coûts supplémentaires qui venaient avec la "business" qui s'est inévitablement créée autour du rituel du déménagement à date fixe.

Avec la business du déménagement viennent les coûts astronomiques des compagnies de déménagement, because la demande est si forte à date fixe, sans oublier les coûts élevés de simple location d'un camion, because l'inévitable pénurie.

LE KLONDIKE

Suivent aussi le Klondike pour les compagnies de téléphone, de câblodistribution, les frais de changement d'adresse pour ceci et cela, les frais de suivi de courrier, et Dieu seul sait quoi d'autre encore. Et c'est sans parler des propriétaires eux-mêmes qui, dès que le 1er juillet approche, augmentent leur loyer en conséquence...

C'est encore plus ou moins la réalité aujourd'hui. Avec la petite différence que le 1er mai est devenu le 1er juillet - un peu pour faire un pied de nez à la fête du Canada, mais surtout pour éviter que les enfants soient obligés de changer d'école avant la fin de leur année scolaire.

Bref, le Québec est la seule juridiction en Amérique du Nord où l'on exploite les gens à date fixe! Ailleurs, les dates de déménagement sont plus flexibles, donc les compagnies de ceci et de cela le sont aussi puisqu'on évite ainsi la montée fulgurante des prix du moment où la demande dépasse l'offre. Ce qui arrive inévitablement lorsque les choses se font à date fixe.

DES PETITS DÉBROUILLARDS

Heureusement que les Québécois, de bons petits débrouillards, ont tout de même développé au fil du temps des manières de contourner le diktat du déménagement à date fixe. La première est de déménager moins souvent. Le "peuple de locataires" que les francophones formaient devient de plus en plus propriétaire - un plus grand gage de stabilité.

Les locataires qui sont face à des propriétaires voraces portés sur des augmentations annuelles coriaces optent aussi de plus en plus pour des "cessions de bail". Avant que le bail n'expire, ils le cèdent à quelqu'un d'autre au loyer du moment et s'évitent ainsi la folie, le stress, la chaleur et les dépenses exagérées du 1er juillet.

Mais il n'y a pas que des inconvénients au diktat du 1er juillet - surtout lorsqu'on n'a pas à déménager soi-même! Il y a le fun de parcourir les ventes de garage et d'y dénicher de vraies aubaines... lorsqu'on est chanceux. Ceux qui fréquentent les ventes de garage "upper scale" de Westmount et d'Outremont trouveront peut-être moins d'aubaines, mais ils se rinceront au moins l'oeil...

Et il y a ce nouveau geste de partage que de plus en plus de gens posent lorsqu'ils déménagent. Ils laissent à l'extérieur des articles en très bon état, mais dont ils ne veulent plus, en affichant qu'ils sont gratuits pour ceux qui veulent les prendre. Comme un troc informel qui favorise le recyclage plutôt que le gaspillage. Bravo!

N'ABANDONNEZ PAS VOS ANIMAUX!

Mais il y a aussi un côté sombre aux déménagements à date fixe, qui me met dans une colère mauve à chaque année. Je ne veux pas faire ici ma Brigitte Bardot, mais cette question me tient vraiment beaucoup à coeur. Je parle ici de l'abandon d'animaux, la plupart du temps de chats.

Si cela vous passe par la tête, s'il vous plaît, ne le faites pas. C'est un sort très dur qui les attend: la faim, les autos, le froid l'hiver, les maladies, la vulnérabilité face aux autres animaux errants ou aux humains cruels, et j'en passe.

Trouvez plutôt quelqu'un pour les adopter. Prenez le temps, c'est important. Ils vous ont aimés lorsque vous les avez pris avec vous, alors rendez-leur au moins du respect en ne les abandonnant pas. Une vie, c'est une vie.

Quant aux propriétaires, pensez-y à deux fois aussi avant d'annoncer "pas d'animaux". Retenez-vous de le faire. Ce sont des animaux que vous sauverez de l'abandon.


21 juin 2007, 12:00
Et vous, qu'en pensez-vous?
Il y a un drôle de discours qui prend forme dans le merveilleux monde de la politique québécoise. Drôle, inquiétant et déconnecté de la nature même du leadership et de l'action politique.

C'est le "discours de l'écoute", du genre "et vous, chers Québécois, qu'en pensez-vous?" Comme si les partis se prenaient pour une émission de ligne ouverte. L'arrivée de Mario Dumont à la tête de l'Opposition officielle a convaincu libéraux et péquistes que LA raison de leur recul serait un manque d'écoute envers les citoyens. Un problème que l'ADQ, croient-ils, n'aurait pas.

Le diagnostic est simpliste. La solution l'est donc aussi: ÉCOUTER. Jean Charest et ses ministres poivrent chaque discours du même mantra. Pauline Marois l'a écrit dans son petit manifeste: "Pourquoi notre parti a-t-il perdu la confiance de bon nombre de Québécois? Parce que nous n'avons pas su ÉCOUTER ce qu'ils nous disaient." Et vlan! C'est magique. Écoutez, et vous recevrez!

Elle dit même avoir entendu LA population lui dire des choses qui constitueraient, dit-elle, "les changements nécessaires qu'ELLE nous propose". Vous saviez ça, vous, que vous aviez proposé des changements?

Dans ce texte, il paraît donc que vous ne voulez pas parler "maintenant" de souveraineté ou de référendum, la dette vous pompe l'air, "certains dogmes" de la Révolution tranquille vous énervent, vous voulez plus de "collaboration" avec le privé, vous voulez vous occuper de votre famille, sauver la planète, etc.

Bon. Vous direz que ce sont là des généralités. Mais vous direz peut-être aussi: "Un instant! Ce n'est pas ce que JE pense. Pourquoi ne m'a-t-on pas ÉCOUTÉ, moi?".

Tout cela pour dire que dans la réalité, le discours de l'écoute a très peu à voir avec l'écoute. Pourquoi? Parce qu'il est impossible d'écouter et de refléter les positions de LA population qui, par définition, n'est pas un monolithe.

Dans toute société hétéroclite, il y a une multitude de points de vue, parfois même contradictoires. Aucun chef ne peut donc prétendre refléter LA vision du peuple sur une kyrielle de sujets. Si vous ÉCOUTEZ vraiment, Dieu merci, vous entendrez des divergences la plupart du temps, et non un discours unique facile à refléter.

QUI M'AIME, ME SUIVE

Alors, que se cache-t-il réellement derrière cette nouvelle obsession de l'"écoute"? Depuis la gifle du 26 mars, au PLQ et au PQ, on sent une difficulté à exercer un leadership clair et à visière levée. On se cherche. On veut ÉCOUTER, qu'on dit. Mais surtout, on cherche à calquer l'ADQ dans l'espoir d'y piquer le plus de votes possible. On veut la recette secrète de Mario pour l'apprêter à la sauce libérale ou péquiste.

Pourtant, sans nier la nécessité d'écouter lorsqu'il le faut, être chef de parti, c'est quoi? C'est assumer l'action de conduire, d'inspirer, de persuader, d'imprimer un sens et de l'incarner dans des politiques précises. C'est risquer de prendre position et refuser d'embrasser des opinions contradictoires pour plaire. C'est choisir.

C'est travailler à ce que suffisamment de citoyens partagent la vision d'un parti et de son chef pour qu'ils leur permettent de l'appliquer en leur donnant le pouvoir. C'est aussi accepter que le pouvoir pourrait ne pas arriver cette fois-ci. C'est ce qu'un premier ministre nommait le principe du "qui m'aime, me suive".

C'est pour cela qu'il y a des partis politiques et des chefs: pour offrir un choix, des visions différentes, comme on en trouve dans la population. Si certains chefs avaient préféré le supposé "discours de l'écoute" à des choix peu populaires à l'époque, on aurait manqué le bateau souvent.

Le PQ n'aurait jamais adopté la souveraineté au moment où à peine 20 % des Québécois l'appuyaient. Pierre Trudeau n'aurait pas sorti l'État des chambres à coucher. Il n'y aurait ni assurance maladie, ni loi 101, ni assurance automobile. La peine de mort n'aurait pas été abolie, l'avortement serait clandestin, l'hydro-électricité ne serait pas nationalisée, et j'en passe.

Remarquez que dans le cas de Madame Marois, il y a peut-être aussi un brin d'autre chose dans ce grand besoin d'écoute. De réputation social-démocrate, se pourrait-il qu'au fil des ans, elle en soit tout simplement venue à pencher vers le centre-droit et à se fatiguer de son "boulet" référendaire.

Ça fait sûrement mieux de dire que c'est le fruit d'une grande ÉCOUTE que d'avouer que c'est le reflet d'une vision, disons, plus conservatrice.

LA VIE A FOND DE COEUR

Georges Thurston est parti. J'aimais quand il parlait du cancer avec intelligence, humour, coeur et pédagogie. Ayant déjà combattu le cancer, je me demandais s'il savait toute l'étendue du bien qu'il faisait dans ces moments.

Boule Noire a compris, comme beaucoup qui ont cette maladie, que la vie est dans l'amour et l'action, quel qu'en soit le dénouement. Il aura aussi sûrement convaincu plusieurs d'aller pour leur maudite colonoscopie. Pas une sinécure, mais pas la fin du monde.

Et quelle belle histoire d'amour avec Loraine. Lorsqu'on lui a demandé pourquoi se marier, la réponse était simple et profonde: "Pour concrétiser le fait qu'on est voué l'un à l'autre". Loraine avait déjà été mariée mais, disait-il, c'était son "premier mariage à fond de coeur". Oui. Un mariage, un fils, des amitiés, de la musique et toute une vie à fond de coeur.

14 juin 2007, 12:00
Les valises
Est-ce qu'il vous arrive de penser qu'on vous prend pour des valises, des valises remplies d'argent? Ou qu'au Québec, ce sont souvent les mêmes qui se servent dans l'"assiette au beurre" collective?

Cette fois-ci, on se scandalisera, avec raison, des caprices princiers de l'ancienne lieutenant-gouverneur, des cadeaux, des voyages luxueux, des repas gastronomiques, etc.

On réclamera, avec raison, l'abolition de ce bibelot dispendieux. On condamnera l'absence patente à Québec de directives quant aux dépenses de la madame. On y sentira la même odeur nauséabonde du scandale des commandites où ceux qui plongent la main dans le pot de biscuits des fonds publics ne se gardent même pas une petite gêne.

On se tournera vers Ottawa pour se demander si la gouverneure générale n'en mène pas aussi trop large sur le bras des contribuables. S'il nous reste du temps, on s'indignera du gouvernement Harper qui passe 17 milliards de dollars dans le militaire, dont 41 % des contrats octroyés en 2006-2007 sans appels d'offres.

L'ARGENT DES AUTRES

Le syndrome du contribuable "valise d'argent" ne s'arrête pas là. Pensons aux comités de ceci et de cela qu'on confie souvent, à gros prix, aux mêmes anciens premiers ministres ou "mandarins de l'État".

Et ces présidences d'offices, de secrétariats et de conseils publics qu'on donne trop souvent aux amis du régime en place. Il faut dire que c'est bien difficile de refuser un poste à plus de 100 000 $ par année, un contrat blindé de cinq ans, compte de dépenses, allocation de logement et généreuse prime de séparation en cas de changement de régime...

(Entre autres histoires, je n'oublierai jamais cette ancienne présidente d'un organisme du gouvernement du Québec qui m'avait raconté, avec une émouvante candeur, qu'elle avait eu ce poste pour l'unique raison que son "ex" avait croisé le PM, dont il était un proche, et lui avait confié que cette personne se cherchait une bonne job.)

Quant à l'état pitoyable de plusieurs de nos routes, combien ont été construites dans les années 60 et 70 par des firmes dont la seule "qualité" était d'être dirigées par un proche du régime, généreux envers la caisse du parti?

Vous me direz que c'est comme ça partout. Ça reste à voir. Mais ça ne rend pas la chose plus acceptable. Le problème, c'est que dans une petite société comme le Québec, avec une petite élite, il y a des effets particulièrement pervers à cette tendance à la "cooptation" - où les membres de l'"élite" se nomment entre eux.

Ça multiplie les privilèges pour un petit nombre et ça concentre les pouvoirs décisionnels en trop peu de mains. Par crainte de perdre leurs privilèges, les "nommés" ont aussi peur de brasser la cage. Bonjour le conservatisme et bye-bye l'audace.

Dans nos réseaux cooptés, les milieux d'affaires, influents depuis toujours, le sont quand même de plus en plus. Un exemple: le privé se pourlèche déjà les babines face au futur méga-CHUM.

Selon Le Devoir, Ottawa, Québec et Montréal verseraient 1,3 million de dollars à un organisme privé, Technopôle Ville-Marie, afin de monter un plan d'affaires avec une compagnie américaine "pour donner de l'élan à des activités commerciales" dans le domaine de la santé. (Le Devoir rapporte aussi que Technopôle Ville-Marie est présidé par Pierre-Marc Johnson, un autre ancien PM pas mal occupé.)

Pas grave si les urgences craquent toujours, que Québec ouvre de plus en plus au privé ou qu'on vendrait notre âme pour un médecin de famille! Voilà qu'on veut que le futur CHUM de près de 2 milliards de dollars ait une "dimension internationale", un "réseau international" et que le privé puisse y "définir son marché".

Est-ce fou, irresponsable, ou les deux? Comme dans certaines universités, on s'apprête ainsi à couler des fortunes dans le béton (les contracteurs, au moins, seront heureux) tout en créant un environnement propice aux affaires.

Mais la pire conséquence de cette culture de la cooptation est qu'elle mine la confiance des citoyens envers leurs institutions. Et plus la confiance vacille, plus on se sent impuissants, cyniques, et plus on se berce de l'illusion que le privé ferait mieux.

UN PHÉNOMÈNE

Sur une note plus légère, j'ai assisté au spectacle de Patrick Bruel au Saint-Denis. Un phénomène! Une salle comble où le public chantait plus fort que son idole plutôt que de l'écouter - j'en ai encore le tympan droit à moitié défoncé!

J'avais eu le privilège d'avoir des billets de Patrick Bruel lui-même, un homme charmant et chaleureux, qui a eu la générosité de nous inviter après que nous ayons partagé un segment de l'émission de Christiane Charette.

J'aurais aimé l'entendre, mais pas moyen avec les cris et les chants de ses fans. Pourquoi les gens vont à un concert pour enterrer le son de celui qu'ils sont venus voir est un mystère pour moi bien plus grand encore que celui de la Caramilk.

J'aurais nettement préféré le son de la voix de Bruel à celui de mes voisines qui, debout et tapant des mains, m'ont chanté à tue-tête CHACUNE des chansons de leur Patrick adoré. Une chance qu'il reste les CD...


7 juin 2007, 12:00
Soins privés ou privés de soins?
(Cet échange se passe quelque part en 2017. Les noms sont fictifs).

Dr Massé: "M. Grégoire, j'ai une mauvaise nouvelle. Votre fils, Jonathan, a un cancer très agressif. À 7 ans, il faut bouger rapidement."

Luc Grégoire: "Je suis prêt à tout pour le sauver!"

Dr Massé: "Avez-vous des assurances privées?"

L. Grégoire: "Non. Ma femme et moi, on a deux jeunes enfants, une petite maison à payer, des REER à cotiser - on est travailleurs autonomes, on n'a pas de fonds de pension. On n'a pas eu les moyens de prendre une assurance privée. Pourquoi vous demandez ça? Vous pouvez pas traiter Jonathan?"

Dr Massé: "Oui, mais ça vous prendrait des assurances privées. Ma liste d'attente pour les patients sans assurance déborde! Depuis que le gouvernement a suivi les recommandations du comité de Claude Castonguay et du Sommet sur la santé en 2008, sans que l'ADQ ou le PQ s'y opposent, les choses ont changé. Pour le pire."

L. Grégoire: "Comment ça?"

Dr Massé: "Depuis qu'on a ouvert la porte aux compagnies d'assurances et permis aux médecins de travailler dans le privé et dans le public - on appelle ça le "décloisonnement" -, beaucoup de médecins passent du temps au privé. C'est plus payant. Résultat: les listes d'attente ont explosé au public. Bref, même au public, sans assurance, vous allez attendre longtemps. À moins que vous vouliez payer de votre poche?".

L. Grégoire: "Quoi? On nous avait promis qu'avec plus de privé, ça "soulagerait" le système public, comme en France et en Allemagne?"

Dr Massé: "Vous avez cru ça? La grosse différence est qu'en France et en Allemagne, il n'y avait PAS de pénurie de médecins et d'infirmières comme au Québec. Ici, dès qu'on a ouvert les vannes au privé, comme on ne peut pas clôner les médecins, plus ils travaillent au privé, moins ils sont au public. C'est mathématique!"

L. Grégoire: "Oui, mais nos élites "pragmatiques, modérées et lucides" trouvaient ça bon plus de privé. Les fédérations de médecins et ceux qui voulaient "moderniser la social-démocratie" étaient pour. Ceux qui étaient contre, c'était des "dogmatiques, de la go-gauche du Plateau Mont-Royal! Pas vrai?"

Dr Massé: "Pauvre vous! Faut jamais se fier aux étiquettes. C'est trompeur. Mais on aime ça, au Québec, les guerres d'étiquettes. Comment voulez-vous gagner contre ceux qui se présentent comme les "modérés"? Faut dire qu'il y avait aussi beaucoup de boomers qui voulaient plus de privé. Ils pouvaient se le payer. Et les plus jeunes, qui croyaient dur comme fer que le système public était aussi fucké que dans Les Invasions barbares et qui n'avaient jamais connu ce que c'était AVANT."

"Et on ne vous a pas dit que les compagnies d'assurances privées feraient payer le gros prix pour leurs primes, qu'elles décideraient quel médecin vous pouvez voir et combien de fois, à quelles chirurgies vous avez droit et quels médicaments vous aurez. Et si vous avez été malade AVANT de pouvoir vous payer une assurance, vous devenez un "risque" élevé qu'elles vous feront payer encore plus cher. À moins qu'elles vous refusent complètement. Pour ce qui est des protocoles expérimentaux contre le cancer, oubliez-ça aussi! Pas une compagnie d'assurances veut payer pour ça! Ça coûte trop cher. Un système public universel, même imparfait, vise l'équité. Le privé vise le profit."

L. Grégoire: "Mais pourquoi on n'a pas des mutuelles d'assurances santé coopératives, comme en France, qui ont des taux très bas?"

Dr Massé: "Parce qu'ici, l'objectif réel était de rentrer le privé dans le système, dont les grosses compagnies d'assurances. En France, l'État couvre déjà beaucoup de choses, sans pénurie de médecins. Les mutuelles couvrent ce qui manque et elles ont une plus grosse base de population pour cotiser. Je vous dis que si, en 2008, chaque patient avait reçu un relevé des coûts réels des soins qu'il avait eus au public, personne au cerveau le moindrement fonctionnel n'aurait voulu plus de privé. Quand vous voyez qu'on vous a sauvé la vie pour 100 000 $, si vous n'êtes pas riche, vous comprenez trois choses très vite: vous n'auriez pas pu vous payer ça; même une compagnie d'assurances aurait imposé des limites; seul un système public peut vous couvrir. Demandez-le aux Américains."

L. Grégoire: "Alors, qu'est-ce que je fais pour Jonathan?"

Dr Massé: "Ce qu'on faisait AVANT le public: vous endetter! Et comptez-vous parmi les chanceux. Vous avez une maison que vous pouvez vendre et des REER à liquider. Vous aurez votre "liberté" à 75 ans plutôt qu'à 55, c'est tout! Vous pouvez aussi sortir votre autre enfant de son école privée. Avez-vous de la famille à qui vous pouvez emprunter?".

L. Grégoire: "Non. Tout le monde est serré, comme nous."

Dr Massé: "Dans ce cas-là, il vous reste les marches de l'Oratoire Saint-Joseph. Et n'oubliez pas que même si Jonathan s'en sort, quand il sera adulte, ayant été très malade, ses assurances vont lui coûter la peau des fesses!"