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Voix publique
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March 2007 - Messages
29 mars 2007, 12:00
Boisclair n'est pas le problème
André Boisclair n'a pas l'étoffe d'un chef. L'homme n'est tout simplement pas à sa place. Sous sa gouverne, le Parti Québécois a fait une chute vertigineuse, passant de 50 % à 28 % d'appuis. Mais Boisclair n'est pas LE problème. Il n'en est que la manifestation. Un effet, et non la cause.

LE problème au PQ remonte à très loin. Le problème, c'est celui d'une base militante qui veut l'indépendance, mais qui se donne des chefs qui finissent par vouloir se contenter d'autre chose. D'où la collision frontale qui a opposé chacun des chefs du PQ à ses militants, incluant ce qui attend Boisclair. L'unique exception à cette règle: Jacques Parizeau, le seul à avoir toujours visé le même objectif que sa base, soit l'indépendance pure et simple.

Bref, le PQ "mange ses chefs", comme le veut le cliché, lorsque les militants finissent par constater que le patron veut passer à autre chose. René Lévesque l'a fait avec son "beau risque". Pierre-Marc Johnson, avec l'"affirmation nationale". Lucien Bouchard avait ses "conditions gagnantes" et Bernard Landry préférait le déséquilibre fiscal.

Et maintenant, Boisclair s'empresse de se servir de sa cuisante défaite pour remettre la souveraineté, et non seulement le référendum, aux calendes grecques. Alors, comment se surprendre que, hormis Bouchard, qui s'est sauvé avant que son parti ne l'empale, chacun de ces chefs ait été congédié par sa base?

Si Jean Charest avait mis son fédéralisme en veilleuse après sa défaite électorale de 1998, je vous passe un papier que les libéraux, eux aussi, se seraient servi leur chef en escalope bordelaise...

En d'autres termes, méfiez-vous des clichés sur les "méchants purs et durs" "tueurs de chefs", ces ingrats qui ne méritent même pas leurs chefs! Et méfiez-vous de ceux qui disent vouloir "changer" le PQ, alors qu'ils n'aimeraient rien de mieux que d'échanger son option pour un nationalisme plus traditionnel.

La question à 20 millions $!

Mais, vous me demanderez, comment se fait-il qu'un parti de militants indépendantistes se soit presque toujours retrouvé avec des chefs qui finissaient par vouloir autre chose? La question à 20 millions $!

On arrive enfin au VRAI problème, soit le gigantesque malentendu qui s'est installé entre René Lévesque et ses militants dès le début, et qui perdure toujours.

En 1968, le PQ s'est présenté comme le véhicule de l'indépendance. Il n'y avait même pas de référendum de prévu. L'élection d'un gouvernement péquiste devait mener à l'indépendance. Le malentendu, le vice de fabrication au départ, c'est que Lévesque lui-même visait plutôt une nouvelle entente négociée d'"égal à égal" avec le Canada, une nouvelle confédération entre ce qu'on appelait les "deux peuples fondateurs".

C'est d'ailleurs ce qui fut soumis au référendum de 1980. C'était du SUPER autonomisme. Lévesque fut un premier ministre exceptionnel. Mais contrairement à un Pierre Bourgault ou un Parizeau, il n'était pas indépendantiste. Ce qui fut aussi le cas pour Pierre-Marc Johnson, Lucien Bouchard, Bernard Landry (qui, en 2003, prônait une "union confédérale"), et Boisclair.

La plupart de ces chefs ont été de grands nationalistes, de grands défenseurs du Québec. Mais face aux obstacles, ils ont tous eu le réflexe de chercher à diluer l'option de leur parti ou de s'occuper à autre chose.

Je sais qu'il fait chic dans les beaux salons de caricaturer les militants d'un parti qui se prétend pourtant être le seul vrai "parti de base" en Amérique. Mais que l'on épouse ou non l'option indépendantiste, pourrait-on, au moins, avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaître que si ces chefs viennent à voir l'option du PQ comme un boulet, ou à considérer leurs propres militants comme de dangereux radicaux bons pour l'asile, ce sont peut-être ces mêmes chefs qui devraient se choisir un autre parti?

Et ça tombe bien. Il y a justement un parti nationaliste, non indépendantiste, pas radical du tout, propre de sa personne et en pleine montée qui recrute en ce moment. Ça s'appelle l'Action démocratique.

Et maintenant?

Alors, que reste-t-il pour les indépendantistes? Plutôt que de chercher un "sauveur", un charismatique illuminé ou un jeune pour faire jeune, choisir un chef qui veut VRAIMENT travailler à l'indépendance.

Refaire le pont entre la souveraineté et ce qu'on appelait le "projet de société". Bref, retrouver son âme sociale-démocrate. Renouer avec la défense de l'identité québécoise. Le silence assourdissant du PQ sur les accommodements raisonnables a envoyé bien des souverainistes à l'ADQ.

Avec l'ADQ, le centre-droit et le terrain de l'affirmation nationale sont en de très bonnes mains. Mais si le PQ, comme l'annonce Boisclair, retourne jouer sur ce même terrain, il finira un jour dans le grand cimetière des partis politiques.

Face à l'ADQ de Mario Dumont, il deviendra tout simplement inutile.


22 mars 2007, 12:00
Le révélateur
Que le prochain gouvernement soit minoritaire ou majoritaire, qu'il soit libéral ou péquiste, nos problèmes resteront entiers. Et ce n'est pas l'argent du budget Harper qui va régler quoi que ce soit.

La campagne électorale aura eu cela de bon qu'elle aura été un puissant révélateur de certains de nos problèmes les plus importants, dont celui de la fragmentation de la société québécoise et de la multiplication des points de conflit. C'est comme si, dénués de projet national pour le moment, et à défaut de nous battre avec Ottawa qui calme de plus en plus le jeu, nous commencions à nous retourner les uns contre les autres.

À travers cette campagne de cour d'école où les chefs se sont traités de menteur, de coquille vide, de catastrophe, et j'en passe, des clivages bien plus réels sont apparus.

Le pseudo-débat sur les accommodements raisonnables a fait surgir celui qui éloigne de plus en plus le Montréal multiculturel des régions. Plutôt que de se mettre à l'écoute l'un de l'autre, on sent monter une animosité mutuelle.

Chez plusieurs Montréalais, il y a ce brin troublant de condescendance envers les régions, incluant celle de Québec. On leur donne l'impression qu'il serait devenu ringard de vivre dans un environnement essentiellement francophone. Ça tient de l'inconscience la plus totale de l'importance des régions dans la préservation du français, et de bien plus encore.

Dans les régions, un écoeurement certain envers Montréal s'exprime par la caricature, dont celle de la "gau-gauche du Plateau Mont-Royal". Comme si de vivre sur le Plateau était devenu un crime contre l'humanité, ou qu'on perdait de vue la nécessité évidente d'avoir une métropole forte et diversifiée.

Et les chefs d'encourager ce clivage. Dans cette élection, Montréal n'est même plus un enjeu. On n'en a que pour les régions, là où ces fameuses luttes à trois vont décider du vainqueur.

Quant aux analystes surpris par la montée de l'ADQ, certains auront aussi préféré qualifier ces appuis d'adolescents ou d'immatures, plutôt que de tenter de comprendre ce que ça pouvait cacher.

Ce qui nous amène aux clivages économiques. Ici comme ailleurs, ils se creusent de plus en plus. C'est vrai que beaucoup de monde en arrache. Mais la classe moyenne en arrache aussi. D'où sa réceptivité à Mario Dumont, le seul chef donnant l'impression de s'en préoccuper.

LES GIROUETTES

La campagne aura aussi révélé des chefs politiques aux convictions flexibles et changeantes. Dumont n'aura pas été la seule "girouette" à virer de bord pour des raisons électoralistes.

Jean Charest, pourtant premier ministre, n'aura pas hésité une seconde à jouer avec la question explosive de la partition du Québec. Une vraie honte. Quant à André Boisclair, il aura été de droite une semaine, du centre la suivante, pour finir à gauche avec son appel aux "progressistes, féministes et altermondialistes"!

Du débat des chefs au passage obligé au spectacle de la grand-messe de Tout le monde en parle, aucun ne se sera démarqué par la force ou la constance de ses convictions. Le "clientélisme" aura dominé cette campagne comme aucune auparavant. Nos chefs ne font plus dans le "qui m'aime me suive", mais dans le "je suivrai qui voudra m'aimer".

Quant à la "gauche", elle demeure surtout divisée entre Québec solidaire, le Parti vert et le SPQ Libre du PQ. Les trois principaux partis peuvent donc dormir tranquilles.

UN QUÉBEC DOMESTIQUE?

La campagne aura aussi montré la confusion des genres qui perdure dans le mouvement souverainiste - une confusion qui s'accentue depuis le dernier référendum.

On aurait pu croire qu'après avoir vu Stephen Harper leur confisquer leurs combats pour l'UNESCO, la "nation" et le déséquilibre fiscal, les chefs souverainistes auraient appris leur leçon: qu'ils se concentreraient sur leur option et cesseraient de jouer sur le terrain des fédéralistes. Pas tout à fait.

Si, le lendemain du budget Harper, le chef du PQ ramenait la souveraineté dans le décor, dans les heures qui l'ont suivi, c'est le réflexe provincialiste qui a pris le dessus. Et voilà qu'on ouvrait un nouveau front avec Ottawa: récupérer des points d'impôt ou la TPS. Encore ce réflexe d'améliorer le fonctionnement de la fédération. Le "rendez-nous notre butin", ça sent pas mal l'autonomisme.

Non, non, disent-ils, plus le butin revient, plus ça aidera à faire l'indépendance! Vraiment? Si l'indépendance se faisait par points d'impôt interposés ou par chèques d'Ottawa, ça se saurait. Et l'on ne verrait pas Jean Charest, Mario Dumont et Stephen Harper mener le même combat.

En 1962, Hubert Aquin, un de nos penseurs les plus "lucides" - dans le vrai sens du mot -, craignait ce qu'il appelait la "domestication" du Québec. À voir les trois chefs remercier Harper en choeur pour son budget, il y a de quoi s'en inquiéter.

Sur un plan, disons, plus optimiste, il reste qu'en révélant des problèmes et des clivages importants, cette campagne nous aura rendu un très grand service. À condition, bien sûr, de ne pas les oublier le 27 mars au matin.

Et à condition de vouloir les regarder avec lucidité. Pas celle de Lucien Bouchard... Celle d'Hubert Aquin.


15 mars 2007, 12:00
Stopper l'hémorragie?
Avant le débat des chefs, André Boisclair a dû se sentir comme ces pauvres astronautes d'Apollo 13 à qui un contrôleur de la NASA avait dit: "L'échec n'est pas une option!"

Les prochains sondages nous diront s'il aura réussi sa propre mission de mi-campagne: stopper l'hémorragie au Parti Québécois. Car à moins de 30 % dans les intentions de vote avant le débat, voilà bien où en est le chef du PQ.

Ayant vu leur chef "performer" plutôt bien au débat, c'est sûr que les péquistes qui ne demandaient qu'à espérer pouvoir éviter le désastre - voir le PQ relégué au rang de 3e parti - doivent respirer un peu mieux.

Devant le péril appréhendé, on peut s'attendre aussi à ce qu'un certain nombre de souverainistes se bouchent le nez, sans enthousiasme délirant, et votent pour le PQ. (M'est avis qu'avec Jean Charest, bien des libéraux s'astreindront aussi à la délicate discipline du "bouchage de nez" le jour du vote...)

LA MOINDRE DES CHOSES

Comment dire? Qu'André Boisclair fasse des efforts pour au moins sauver les meubles, c'est bien la moindre des choses. Mes humbles excuses à certains coeurs péquistes sensibles, mais si Boisclair doit aujourd'hui travailler à "ramener au bercail" ses brebis égarées et déçues, c'est que c'est sous sa gouverne qu'elles sont allées brouter ailleurs.

L'hémorragie qu'il tente de stopper, c'est son leadership problématique qui l'a provoquée. À son élection comme chef en novembre 2005, le PQ dominait nettement chez les francophones - un avantage qui s'est depuis effrité lentement, mais sûrement.

Aujourd'hui, selon les derniers sondages - on verra pour les prochains -, le PQ a non seulement chuté sous la barre des 30 %, mais il s'est retrouvé en début de campagne dans une lutte à trois. Et ce, doit-on le rappeler, malgré un taux élevé d'insatisfaction envers le gouvernement Charest, qui ne s'est pas démenti depuis quatre ans.

Bref, quand on a brisé un vase précieux, c'est la moindre des choses d'au moins tenter d'en recoller quelques morceaux.

Si le chef du PQ est entré dans cette campagne affaibli, c'est parce qu'il s'était entêté à suivre son fameux "plan de match": attendre l'élection pour exposer ses idées et sa plateforme. Si tant d'électeurs ont fini par croire qu'il était sans contenu, en voilà la raison. Si les Québécois connaissent si peu Boisclair, c'est qu'il les a trop fait languir avant de se dévoiler. Avant de demander une population en mariage, si l'on peut dire, il est préférable de la fréquenter, et d'échanger avec elle un peu plus assidûment avant de se pointer avec une bague de fiançailles...

Cette longue attente fait aussi que dès qu'il fait un bon coup, lance une belle attaque ou un bon mot - ce qui devrait aller de soi pour un chef qui aspire à gouverner un État et à le rendre indépendant -, les gens en sont surpris.

Et ces observations que l'on réserve habituellement plus à un élève qu'à un professeur: il "s'améliore", il "performe mieux qu'on le pensait", il est en "mode apprentissage", etc.: pas tout à fait ce qu'on dit d'un grand leader.

Et sur la question centrale de la souveraineté, lorsqu'il répète la formule obligée du "référendum le plus tôt possible", on cherche en vain la passion, l'émotion, le coffre - le vrai coffre, pas le coffre à outils!

Si les Québécois croyaient Boisclair sur la souveraineté, la campagne aurait été nettement plus polarisée sur cette question et Mario Dumont aurait eu plus de difficulté à se faufiler entre les deux.

Vous croyez que le constat est trop dur? Le jour même du débat, dans un cégep, Gilles Duceppe s'est fait demander à plusieurs reprises pourquoi il n'était pas le chef du PQ. Et d'un étudiant de poser LA question qui tue: si Boisclair était vraiment l'homme de la situation, comment expliquer la baisse des intentions de vote pour le PQ depuis son arrivée?

PAS LES GROS CHARS

À la décharge de Boisclair, il faut avouer que ses faiblesses sont un peu dans l'air du temps. Sans trop verser dans la nostalgie, et au-delà de la campagne, du débat des chefs ou de la couleur des cravates, il flotte l'impression généralisée d'un leadership faiblard. Au PQ et ailleurs.

Côté leadership, on ne peut pas dire que l'année 2007 aura été un grand cru. Comment alors s'étonner de cette possibilité d'un gouvernement minoritaire, quel qu'il soit?

Jusqu'à maintenant, le message des électeurs aux trois chefs est assez dévastateur: "Messieurs, aucun de vous ne mérite un gouvernement majoritaire!"

On verra le 26 mars si l'électorat le pense toujours.


8 mars 2007, 12:00
La chasse est ouverte
La chasse est ouverte. Le chevreuil s'appelle Mario Dumont et le chasseur en chef est Jean Charest. C'est que si l'Action démocratique ne chute pas, Charest pourrait voir un gouvernement majoritaire lui échapper.

Et si les appuis à l'ADQ venaient à dépasser les 25 %, Dumont pourrait même livrer un gouvernement minoritaire... péquiste! Pour les libéraux, c'est simple, Dumont est l'homme à abattre.

Si vous vous demandiez pourquoi Charest concentrait son tir sur Dumont et ignorait André Boisclair, vous avez votre réponse. Mais si Charest refait une autre bourde comme déterrer le fantôme de la partition, il pourrait la perdre à lui seul, sa majorité.

Charest a d'abord tenté de coincer Dumont sur sa position constitutionnelle "autonomiste" en le traitant de crypto-séparatiste. Mais le tir a raté. Si la chose intéresse quelques éditorialistes, on sent que dans l'électorat, le débat est plutôt ésotérique, et ce, pour deux raisons.

Premièrement, s'il y a des électeurs qui appuient l'ADQ par conviction, il est clair que sa montée traduit autre chose. Pour le moment, on ne choisit pas tant l'ADQ, incluant son "autonomisme", qu'on dit NON aux autres.

Vous croyez vraiment que dans les chaumières, l'"autonomisme" de Dumont est un gros sujet de conversation au souper? La raison principale de la montée actuelle de Dumont, c'est qu'il n'est ni André Boisclair, ni Jean Charest! Dans le Québec réel, l'exégèse de l'autonomisme, ça passe 300 pieds par-dessus la tête des électeurs.

Deuxièmement, le débat même sur la "question nationale" - autonomisme, mode d'accession à la souveraineté ou "fédéralisme d'ouverture à la sauce Harper" - a de la difficulté à lever. C'est que la majorité des électeurs, à tort ou à raison, ne croient pas que le PQ puisse gagner. Et même s'il gagnait, combien croient vraiment qu'il ferait un référendum?

2007 n'est pas 1994. La question nationale était alors un enjeu central parce que le PLQ était en fin de deuxième mandat, que le PQ s'en allait vers le pouvoir et que les Québécois croyaient que s'il était élu, Jacques Parizeau ferait rapidement son référendum, tel que promis.

MON CANDIDAT EST MOINS FOU QUE LE TIEN

Donc, après avoir manqué son coup, du moins pour le moment, en attaquant Dumont sur son autonomisme, son manque d'équipe et son cadre financier inexistant, voilà que le chasseur Charest dégaine à nouveau. Incapable d'atteindre le chef adéquiste, il s'en prend à ses candidats.

L'objectif: faire en sorte que Dumont arrive affaibli au débat des chefs. Parce que s'il arrive au débat aussi fort qu'il l'est maintenant, les libéraux craignent qu'il sera trop tard pour l'arrêter, qu'il continuera son petit bonhomme de chemin jusqu'au 26 mars. Et qui sait ce qui arriverait alors?

Dans une campagne où la lutte est serrée et où les résultats sont imprévisibles, les coups peuvent porter bas. La tactique de Charest est classique: pour tenter de faire déraper la campagne d'un adversaire menaçant, on déterre les déclarations embarrassantes de candidats tout aussi embarrassants.

De nos jours, elles doivent préférablement être de type sexiste ou xénophobe. Ça passe mieux sur YouTube et ça se repère plus vite sur Google... Ça distrait et ça fait plus Entertainment Tonight.

Le problème, c'est que si ça fonctionne parfois, ça dégénère la plupart du temps en séance généralisée de "garrochage" de boue. Parce que des loose cannons, il y en a dans TOUS les partis.

Pour un adéquiste qui semble banaliser la violence contre les femmes, mais qui a très peu de chances d'être élu, on rappellera ce candidat libéral vedette qui, sans s'être excusé après coup, a comparé Dumont à Jean-Marie Le Pen - pourtant une banalisation de la xénophobie.

On rappellera que Charest a traité une jeune députée péquiste de "chienne", dans ce cas-ci, avec excuses. On radotera que Thomas Mulcair avait qualifié un éminent péquiste de "vieille plotte", qu'il avait hâte de voir en prison. D'autres vont se scandaliser de ce candidat péquiste qui s'est moqué des facultés intellectuelles de sa rivale libérale ou de cette candidate libérale qui pense qu'on n'a pas tous besoin d'un médecin.

LA PRIME AUX IDÉES, C'EST POUR QUAND?

Vous l'aurez deviné, pendant ce temps, on dirige l'attention des électeurs sur des vétilles, des éléments accessoires d'une campagne, plutôt que sur les plateformes et sur le leadership.

On savait que cette campagne, cette lutte à trois, allait être féroce. Mais on espérait qu'elle le soit sur le plan des idées...

Alors, messieurs, si vous ne voulez pas alimenter le cynisme déjà solide des électeurs et voir le taux de participation continuer de baisser d'élection en élection, vous feriez mieux de remiser votre boue et de proposer aux Québécois de vraies raisons de voter pour vous.

On parle de la "prime à l'urne" des libéraux et de la "prime à la victime" d'André Boisclair. Et la "prime aux idées", c'est pour quand?


1 mars 2007, 12:00
Le terminator
Quel privilège pour moi de me retrouver dans un espace d'expression aussi totalement libre que le journal Voir. Vous me connaissez pour ma franchise et, j'espère aussi, pour ma rigueur. Je n'ai jamais cru que les deux devaient s'exclure. Au contraire. Je crois qu'elles se complètent à merveille.

Comment remercier Pierre Paquet et Christophe Bergeron pour leur immense confiance, leur gentillesse - oui, ça compte encore de nos jours - et la carte blanche qu'ils m'ont remise pour cette chronique.

J'ai débuté ma carrière de chroniqueure au Devoir en 1995. Mes lecteurs, me disent-ils encore, en gardent de bons souvenirs. Je la poursuis avec plaisir à The Gazette où ma liberté de parole est absolue.

Aujourd'hui, cette entrée à Voir, c'est comme la bouteille de champagne que j'ouvre en récompense! J'y parlerai de politique, bien sûr. Mais je pourrai aussi, enfin, m'aventurer ailleurs, avec vous, dans tout ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes. Chanceuse, la fille.

Surtout, merci à vous, lecteurs de Voir, de vivre ce nouveau changement. Je pense qu'on va avoir beaucoup de fun ensemble...

* * *

Regardez bien votre bulletin de vote le 26 mars parce qu'il va y manquer un nom très important - celui de Stephen Harper. En fait, jamais un premier ministre canadien n'aura autant contrôlé l'agenda politique du Québec.

L'ADN de Harper est partout. Le "fédéralisme d'ouverture", la voix du Québec à l'UNESCO et la motion sur la nation québécoise, c'est lui. Les deux gros milliards de dollars que le Québec pourrait recevoir lors du budget fédéral du 19 mars, l'argent pour le Plan Vert de Charest, c'est encore lui.

La campagne, c'est une salle d'attente pour le budget d'un autre gouvernement! En attendant, Jean Charest s'est mis sur le pilote automatique. André Boisclair dit qu'il ajustera son cadre financier en conséquence. Mario Dumont l'attend pour pouvoir dévoiler le sien. Harper, c'est le Banquier. Le vrai.

Bref, Charest n'est pas le seul à "accrocher sa charrette à l'arrière de Stephen Harper", pour reprendre l'image de Dumont. Avertissement: de voir les trois chefs se mettre ainsi à la remorque d'un autre premier ministre risque de finir par déconsidérer les leaders québécois aux yeux des électeurs.

Boisclair dénonce l'ingérence d'Ottawa dans la campagne, c'est vrai, mais il se trompe de cible. Il s'arrête à la question des transferts fédéraux après un Oui au référendum. Y en aurait-il ou pas? Un faux débat. Plutôt, un débat de campagne référendaire, pas d'élection.

C'est le principe même d'un budget fédéral déposé à une semaine du vote, et taillé sur mesure pour le gouvernement sortant, qui constitue la véritable ingérence. C'EST GROS COMME UN ÉLÉPHANT DANS UN MAGASIN DE PORCELAINE. Qui explique cela aux électeurs? Les trois chefs semblent trop occupés à saliver devant la manne promise et à se chicaner sur qui saurait mieux la dépenser. C'est le syndrome Séraphin Poudrier: qui oserait dénoncer du bel argent de même, viande à chien?

Pendant ce temps, Boisclair accuse Charest de ne pas avoir de position constitutionnelle. Ah, non? Pourtant, il en a une. C'est celle que Harper lui a donnée. Si Charest avait été face aux libéraux fédéraux, vous croyez que le Québec serait à l'UNESCO ou qu'il pourrait marteler que la nation québécoise est reconnue?

Savez-vous où Harper a pris sa position constitutionnelle? Dans la besace du PQ et du Bloc, qui s'époumonent depuis des lunes sur l'UNESCO, la nation et le déséquilibre fiscal.

Et qu'est-ce qu'il a fait, Harper, pour neutraliser tout ce beau monde? Vlan, dans les dents, il a piqué l'agenda du PQ pour le refiler à Charest. Ne reste plus au Parti québécois que la souveraineté. Une belle ironie. Lucien Bouchard était si populaire qu'il pouvait l'enterrer sous ses conditions gagnantes. Boisclair l'est si peu qu'il l'appelle au secours comme bouée de sauvetage.

Un sauvetage possible, mais risqué. De moins en moins d'électeurs, péquistes ou non, croient que le chef du PQ a ce qu'il faut pour la faire. Ça s'appelle un déficit de crédibilité.

Mais beaucoup dans le camp souverainiste ont beau ne pas aimer Boisclair, l'odeur d'un désastre possible provoquera quelques appels à l'unité. La FTQ est censée le faire. D'autres suivront. Le temps dira si ce sera trop peu, trop tard.

Car leur adversaire, leur vrai, Harper, est costaud. C'est un Terminator politique. Il veut léguer à l'histoire la déconfiture du PQ, la montée de son siamois adéquiste, le tout couronné plus tard d'une gifle au Bloc et du renvoi de Stéphane Dion à sa classe d'université. Rien de moins.

Vous me direz que le Terminator aurait eu la partie moins facile si le chef péquiste s'était montré capable de canaliser l'insatisfaction envers Charest? C'est vrai. Vous me direz aussi que la campagne est jeune et que tout peut arriver. Vous avez encore raison.

Mais quoi qu'il arrive le 26 mars, dites-vous bien que le Terminator n'est pas près de s'arrêter.