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Impertinences
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25 juin 2008, 1:32
Bonne Saint-Jean nationale!
Le 24 juin aura été encore une fois l'occasion de faire le point sur la question du Québec, de son avenir social et politique et de ses aspirations. Avec tout le débat autour de l'identité québécoise et l'échauffourée entourant la parution du rapport Bouchard-Taylor et ses conclusions, en plus de la récupération historique des célébrations du 400e anniversaire de la fondation de Québec par le gouvernement fédéral, le moins qu'on puisse dire est que le dossier était chargé cette année. Or, symboliquement, toutes ces questions sont reliées au conflit de dénomination qui frappe cette fête quand on en parle. Saint-Jean ou Fête nationale?

Toutes ces considérations étaient présentes à l'esprit de René Lévesque au moment où il a pris la décision, il y a plus de 30 ans, de faire du 24 juin la fête nationale des Québécois. Fête nationale, comme dans Assemblée nationale, comme dans "Les Québécois forment une Nation au sein d'un Canada uni"... C'est civique, inclusif, multiethnique. C'est la fête d'une identité territoriale et non ethnique. Avant ce coup de baguette magique législatif, la Saint-Jean était la célébration d'une "race", au sens ancien du terme - on dirait sans doute "communauté ethno-culturelle" aujourd'hui -, celle des Canadiens français, l'équivalent de la Saint-Patrick pour les descendants d'Irlandais. Rien de mal à ça.

Sauf que l'identification à l'Irlande est ancestrale. Les descendants d'Irlandais célèbrent à l'occasion de cette traditionnelle beuverie du printemps leur appartenance à l'Irlande partout à travers le monde. Ayant moi-même quelques poils roux dans ma barbe, je me joins d'ailleurs volontiers aux festivités. Mais qui fêtait la Saint-Jean avant ne célébrait pas l'appartenance à la France mais à une société francophone enracinée au Bas-Canada. On l'avait d'ailleurs d'abord appelée canadienne, cette identité. Et son symbole était la feuille d'érable.

J'avoue même (sacrilège pour un indépendantiste!) que la feuille d'érable me semble beaucoup plus représentative du peuple québécois. La fleur de lys installée sur le drapeau par Duplessis nous ramenait aux origines françaises (et la croix à la religion catholique), alors que la feuille d'érable représentait notre lien avec ce nouveau territoire (d'une certaine façon même une coupure face à la France) et même notre lien avec les Amérindiens. Ces symboles ont par la suite eu leur propre évolution dans les perceptions et sont désormais indissociables des concepts qu'ils représentent. Mais il me semble que si on avait pu mettre un copyright sur la feuille d'érable à l'époque, elle nous aurait mieux représentés.

Stephen Harper a donc raison quand il dit que le Canada en entier est né en français. Sauf que ce Canada-là, le premier, celui de la gang qui n'était plus des Français mais qui n'étaient pas des Anglais non plus, et tous ceux qui s'y sont intégrés, s'il n'a pas encore jugé opportun ou nécessaire de se construire un État indépendant pour le représenter, il n'en a jamais pour autant complètement intégré l'identité "canadian" venue phagocyter celle naissante que nous nous étions créée. Nous sommes encore dans le ventre de la bête (pas si méchante d'ailleurs, après tout, quand on compare). Mais nous sommes toujours indigérés.

C'est ce motton-là qui s'appelle le Québec. Et c'est ce qu'on fête le 24 juin. N'est-ce qu'un repas difficile à digérer, un parasite bénin ou s'agit-il de l'embryon viable de quelque chose d'autre? Ce n'est pas un pays, mais c'est déjà plus qu'une communauté socioculturelle. Est-ce que ça mérite une fête nationale? Personnellement, j'avoue que pour la musicalité des mots, j'aime mieux dire "la Saint-Jean". Je trouve aussi plus festif qu'une fête ait un nom bien à elle, comme le Carnaval ou l'Halloween. Quand il faut ajouter "Fête" avant, ça fait forcé. Et puis, ce "national" que les souverainistes plaquent partout où ils peuvent finit par laisser un drôle d'arrière-goût d'inachevé. On méritera une vraie fête nationale le jour où on aura un vrai pays.

Et le plus beau, c'est qu'on pourra alors ramener la vieille Saint-Jean pour tous ceux qui veulent célébrer leurs ancêtres canadiens-français en s'habillant en bûcheron avec des ceintures fléchées. Y'a pas plus de mal à ça que pour tous les O'Reilly de la planète de se peinturer la face en vert ou de se couvrir le corps de trèfles le 17 mars.

Mais le Québec est désormais beaucoup plus que ça. Alors d'ici à ce qu'on ait les deux fêtes, nous avons tout intérêt à considérer cette fête des Québécois comme étant nationale. Ne serait-ce que parce que c'est une bonne pratique...

...ET BON ETE

Comme la Fête nationale sonne habituellement le début de la saison des slow news et du remplissage médiatique à coups de pandas qui font de l'unicycle, de scandales autour d'un cul-de-jatte se voyant refuser l'accès au Palais des nains et d'effets secondaires de la festivalite aiguë qui nous frappe chaque été, c'est le moment idéal pour moi de prendre mes vacances de cette chronique. Je vous souhaite donc bon été! On se retrouve au mois d'août.

À la prochaine fois!


18 juin 2008, 8:42
Le complot anti-voiture électrique
N'importe quel fait de société qui nuit particulièrement à un groupe précis fait naître dans les esprits de ceux qui s'en estiment lésés toutes sortes de théories qui visent généralement à faire porter le blâme sur une puissance étrangère. Plusieurs musulmans voient encore dans les attentats du 11 septembre l'œuvre du Mossad. Dans la communauté noire des États-Unis, nombreux sont ceux qui croient que le virus du sida a été élaboré dans les laboratoires de la CIA.

Au Québec, notre plus ancienne théorie du complot locale consiste à suspecter qu'Hydro-Québec était sur le point d'accoucher d'un moteur-roue révolutionnaire qui aurait donné naissance à l'ère de la voiture électrique et propulsé le Québec au sommet de cette nouvelle économie il y a déjà quelques décennies, n'eussent été de tractations qui ont mené à l'abandon du programme, et dont on soupçonne qu'elles aient été le fait du puissant conglomérat automobile et pétrolier des États-Unis.

Que ces croyances soient fondées ou non importe peu. Si les thèses sont souvent farfelues et plus nourries par l'imaginaire de ceux qui en parlent que par les faits, il n'en demeure pas moins que des complots ont déjà existé à travers l'histoire (notamment terroristes). Sauf que, quand on pense à des complots, les films de James Bond ont pollué notre esprit. On imagine toujours un méchant suprême caressant un furet sur un fauteuil capitonné. La réalité est toujours plus complexe.

D'abord, rarement les puissants se disent qu'ils veulent devenir les maîtres du monde. L'esprit humain est ainsi fait qu'il doit trouver un prétexte moral à ses quêtes hégémoniques. Bush croit sans doute vraiment qu'il veut étendre la démocratie au Moyen-Orient. Comme Wal-Mart veut nous faire économiser et Bell favoriser la communication...

Et puis un vrai complot pur, c'est difficile à mener, ne serait-ce que pour garder le secret. C'est comme un vrai triple au baseball: ça n'existe pratiquement pas; il y a presque toujours une erreur défensive de cachée derrière qui a permis au coureur de se rendre au troisième.

Ici, il doit y avoir quelqu'un quelque part qui a évalué que face aux forces du marché et à la puissance de l'économie américaine, il était vain de dépenser de l'argent public pour tenter de développer, au Québec, une technologie concurrente et qu'il valait mieux bien s'entendre avec nos voisins pour qu'ils fassent affaire avec nous. Un genre de "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", et que cette perception a sapé les énergies consacrées à ce beau projet.

Ce serait beaucoup plus simple s'il y avait eu un complot, si une enquête menée par un hardi journaliste révélait que tel gars qui travaillait à Hydro-Québec a subi des menaces ou a été acheté par GM pour faire foirer l'affaire. On peut rêver qu'en révélant cette sombre histoire, on permettrait automatiquement de créer enfin au Québec une florissante industrie de l'automobile électrique, dont nous deviendrions les leaders mondiaux, avec des usines en Gaspésie toutes prêtes à embarquer leurs véhicules sur des bateaux pour aller conquérir l'Europe, et même pourquoi pas une équipe de F1 électrique toute québécoise, moteur par Hydro-Québec, châssis par Bombardier, avec Jacques Villeneuve et Patrick Carpentier comme pilotes, et qu'ils feraient la barbe aux pauvres fossiles qui roulent au gaz pour la plus grande gloire du Québec. Ce serait si simple si notre dynamisme avait été étouffé par quelques sombres vilains qui voulaient entraver ces pauvres frogs d'Amérique que nous sommes et nous contraindre à ne fournir au monde que des chanteuses à voix et des goalers de la Ligue nationale.

Mais c'est un fantasme (et mes excuses aux politiciens qui lisent cette chronique et qui viennent de venir dans leurs shorts...). Même s'il y a sans doute eu des forces à l'œuvre pour entraver le développement de la voiture électrique, ce n'est pas comme s'il n'y avait qu'un simple verrou à faire sauter pour réaliser enfin notre plein potentiel industriel. C'est toute une mentalité qu'il faut changer.

En choisissant d'accepter le projet de port méthanier Rabaska, dont on apprenait récemment qu'il pourrait bien servir d'instrument à la puissance énergétique des Russes, le Québec fait la preuve qu'il a une mentalité de succursale. C'est moins compliqué de se greffer en parasite aux succès des autres que de partir notre propre affaire. Et ça pèse plus lourd que n'importe quel complot.

ERRATUM

Il semble que j'ai fait une erreur la semaine dernière. Je proposais, en me disant que c'était très rigolo, que le Grand Prix du Canada soit à impact de carbone neutre. Or il paraît qu'il l'est déjà! Depuis 1997, la FIA fait affaire avec une entreprise qui plante des arbres et protège des forêts de façon à compenser les émissions de carbone non seulement des voitures de course, mais de tous les déplacements du personnel. Bravo. Je me demande seulement si, en appliquant cette recette à toutes les sauces, il ne viendra pas un moment où on manquera de place pour planter tous ces arbres...


11 juin 2008, 7:02
Le Grand Prix du bling
Le Grand Cirque de la Formule 1 est venu et il est reparti. Soixante-dix tours et puis s'en vont, non sans avoir entraîné dans leur sillage le festival habituel de pipole et de bling. En général, on adore ou on déteste. Il paraît que Jean Charest en est friand, et qu'il a même tenté de justifier d'avance sa passion en s'extasiant devant les efforts d'économie d'essence des écuries. Vincent Marissal rapportait dans La Presse que M. Charest s'était exclamé: "C'est la preuve que l'on peut modérer notre impact sur l'environnement, même en course automobile", ce qui nous donne une idée de l'opportunisme avec lequel Charest embrasse la cause écologique et nous abreuve de "développement durable". Pourquoi pas un Grand Prix à impact de carbone neutre, tant qu'à y être? (Ce serait un peu comme une brouette de course ou des mines antipersonnel biodégradables...) En tenant compte de tout le gaz qui se dépense, on pourrait sans doute reboiser l'Amazonie en deux ans...

Naturellement, le Grand Prix n'est pas ma tasse de thé. Ni mon dry martini. Trop de hype par rapport à la qualité du spectacle offert. Trop branchouille. Sauf que je serais quand même désolé de voir Montréal perdre son Grand Prix de Grand Prix  au profit d'une monarchie pétrolière ou de quelque autre tigre asiatique qui permet encore d'annoncer des cigarettes.

Chaque festival, chaque événement sportif d'envergure nous relie avec l'univers qui l'entoure. Culturellement, c'est moins tranché, le Jazz, les Films du monde et le Juste Riage ratissant assez large, mais l'envergure des FrancoFolies marque bien sûr notre appartenance à cette belle bibitte difforme qu'est la francophonie. Côté sport, le hockey est le symbole de notre nordicité. Le football, celui de notre nord-américanité/section Canada (LCF oblige). Le fait qu'on n'ait pas d'équipe de basketball majeure trahit la moindre importance que l'on donne à la culture black à Montréal. L'engouement pour le soccer pourrait nous relier à l'international mais il passe trop encore par les communautés culturelles (que je suggère d'appeler "Québécois de bouture" par rapport aux "de souche"), et l'Impact n'a pas encore été à la hauteur de son nom (à Montréal, on aime les équipes qui marquent des buts). De ce côté-là, ça passe plus par les Internationaux de tennis, quoique l'atmosphère feutrée entourant le tennis se prête moins à faire une grosse fiesta autour du tournoi. La ville ne sera jamais "tennis"...

Le Grand Prix du Canada (c'est son nom officiel...) représente quant à lui notre besoin un peu pathétique de faire partie du jet-set. C'est d'ailleurs le seul événement qui nous en fournisse encore l'occasion et qui permette à Guy Laliberté de faire ses mythiques partys. Pendant quelques jours, Montréal brille de mille et une commandites clinquantes et rutile de carrosseries spectaculaires. Et il y a des beaux chars, en plus... Ce n'est pas mon monde mais j'aime bien le visiter une fois de temps en temps. Et puis, aussi superficiel que ce festival du vroum-vroum de luxe puisse être, ça a quand même un impact (au moins sur les bars de danseuses). Montréal, c'est aussi ça. Aussi bien le célébrer.

LES PILOTES SONT "BITCH"!

Quand on compare les commentaires des pilotes de Formule 1 avec ce qu'on entend des joueurs de hockey, baseball, tennis, etc., une chose saute aux yeux (enfin, aux oreilles): ce sont des "bitchs" finies! En tout cas, c'est très différent des hommages à leurs adversaires que livrent régulièrement les joueurs de hockey. Et ça m'a rassuré sur le fait que ce n'est pas seulement Jacques Villeneuve, ça vient avec le Cirque...

Je veux bien admettre que l'état de la piste était désolant mais il y a la manière de le dire. Bourdais a dit dédaigneusement que c'était comme faire du moto-cross, avec l'air de s'être trouvé là une formidable excuse (la piste était mauvaise pour tout le monde!). J'en ai vu un autre à RDS faire une allusion fielleuse à la mauvaise décision de Hamilton à la sortie des puits, comme quoi ce n'était pas digne d'un professionnel, et un autre d'en rajouter avec une petite moue pleine de sous-entendus. Un peu plus et je me serais cru devant un épisode de Cover Girl...

L'INTROUVABLE RECETTE DE LA "BELLE 'SPHALTE" AU QUEBEC...

Devant la piste du circuit Gilles-Villeneuve qui se désagrégeait à vue d'œil, avez-vous pensé comme moi: "Coudon, si même pour la F1 on n'arrive pas à faire de l'asphalte qui tienne, y a un problème quelque part!" Nos pluies sont-elles plus acides qu'ailleurs? L'air est-il chargé au Québec d'une bactérie mangeuse de goudron? Ou bien y a-t-il un fournisseur, quelque part, qui a le monopole de tout l'asphalte qui se distribue au Québec et qui le dilue avec du lait en poudre pour étirer ses profits? À moins que ce ne soient les marmottes? Allez, M. Charest, me semble qu'on serait dus pour une commission d'enquête là-dessus... A-t-on trop accommodé les marmottes?


4 juin 2008, 1:38
Le tribunal des mots
De toutes les tempêtes dans un verre d'eau médiatiques qui viennent régulièrement nous éclabousser, il en est un type qui revient de plus en plus souvent et qui devient rapidement surréaliste. C'est lorsque le débat porte autour d'un mot, dont certains voudraient proscrire l'usage parce qu'il blesse alors que d'autres voudraient, au contraire, le réhabiliter pour regagner un peu du terrain de liberté d'expression perdu par l'œuvre de la rectitude politique. Du "bitter" d'Obama parlant des électeurs cols bleus qui se rabattent sur la religion pendant les périodes difficiles en passant par le "Reine-Nègre" de VLB pour parler de Michaëlle Jean, on débat à gauche et à droite du sens des mots et de l'opportunité ou non de les utiliser.

Récemment dans La Presse, Marie-Claude Lortie analysait cette tendance réductrice alors que, de Dany Laferrière en passant par Yves Boisvert et Pierre Foglia, d'autres ont participé au procès du "Reine-Nègre". Cette méprise qui cherche dans les mots des failles dans un personnage que les faits ne permettraient pas d'étayer fait déraper tous les débats publics. Et puisque c'est bien de procès qu'il s'agit, je me permets de vous présenter un texte en vers que je me suis amusé à faire, il y a quelques années, où j'ai imaginé justement qu'on faisait un procès à tous ces vilains mots...

Narrateur: Un jour, devant un tribunal,

Parurent, en lignes, des accusés

Dont on fit un procès(-verbal):

Juge: "Insultes, veuillez vous lever!"

Narrateur: Tous les gros mots étaient debout

On les avait appréhendés

Ils étaient capables de tout

Il fallait bien les arrêter

Il y avait fif, tapette, moumoune

Spagat, jap, youppin, frog, bloke et nèg

Grosse torche, agace, plotte et pitoune

Mongol, nain, sourd, aveugle et bègue...

Procureur: "Contre eux: une mine patibulaire

Et des actes répréhensibles

Tireurs fous du vocabulaire

Ils atteignent souvent leur cible

Dans leur lourd passé de mots durs

Ils ont fait de nombreux blessés

Ils sont méchants de par nature

Et bien connus des policiers"

Narrateur: Tel était le réquisitoire

Qu'un procureur avait dressé

Il fit d'eux un portrait très noir

Ou "sombre", si vous préférez...

Procureur: "Et qui donc prendra leur défense?

Le diable même n'oserait pas!"

Narrateur: C'est vrai que pour pareille audience

Le diable envoie... son avocat

Avocat: "Mesdames et messieurs les jurés

Mes clients sont tous innocents

Et utiles à la société

Je vous le démontre à l'instant:

Si dans un village de pygmées

Je me faisais appeler "le grand"

Dans une foule de grands bronzés

Ne m'appellerait-on pas "le blanc"?

Et si je crois faite la preuve

Que ces mots servent la clarté

J'admets aussi le fait qu'ils peuvent

Être très mal utilisés

Mais s'ils ont eu par le passé

De mauvaises fréquentations

Ces mots eux-mêmes doivent-ils payer

Pour les excès de leurs patrons?

Ils ne sont guère plus dangereux

Que ceux qui veulent les remplacer

Ces hypocrites termes pompeux

Qui sont toujours si compliqués

Les malades sont "bénéficiaires"

De quoi? On peut se le demander

Les malentendants sont-ils fiers

De ne pas s'entendre ainsi appeler?

Et le terme "de forte taille"

N'en est pas moins lourd à porter

Et pour quelqu'un d'aveugle, en braille,

"Non-voyant" c'est long à tâter

On peut dire nègre de son ami

"De couleur" en accusation

Et trisomique avec mépris

Et mongol avec affection

Et si tout est dans l'intention

Les bonnes, souvent, à leur insu

Sont à la voirie du Démon

Et travaillent à paver les rues

C'est triste, oui, mais c'est comme ça

Tout est dans la voix et le ton

Et il est interdit en Droit

De faire un procès d'intention"

Juge: "Pour circonstances atténuantes

Autant que vice de procédure

Ces paroles sont innocentes

Dans le parler comme l'écriture

À tous les nègres de la terre

Je souhaite la prospérité

À tous les vieux: pas d'Alzheimer

Et à tous les fifs la santé."

PARLANT DE MOTS

Je tenais à souligner mon appréciation des commentaires de lecteurs parus à la suite de ma chronique de la semaine dernière, Avec une brique et un crucifix, dans lequel je parlais du rapport de la commission Bouchard-Taylor. Des réflexions nourries, un langage dénué de vaines attaques personnelles... j'invite les lecteurs à aller y refaire un tour; ce débat complète à merveille la chronique. Une mention spéciale à Jean-Hubert Beaulieu qui n'était pas d'accord avec la majorité, mais qui a su expliquer son propos avec des exemples et des références historiques. Yves Saint Laurent a beau être décédé, l'élégance survivra...


28 mai 2008, 12:58
Avec une brique et un crucifix
Je n'ai pas encore lu le rapport de la Commission Bouchard-Taylor mais d'emblée, j'ai l'impression que tout est de travers. Crise ou pas crise, des principes fondamentaux qui structurent l'avenir d'une société ont été débattus. J'espérais que les commissaires en viennent à suggérer une ligne claire qui aurait calmé l'atmosphère. J'ai plutôt l'impression que le débat est loin d'être fini.

Tout n'est pas à jeter, cependant. Prenez la recommandation d'éliminer le crucifix de l'Assemblée nationale. Mais on dirait presque que les commissaires l'ont incluse dans leur rapport pour permettre à Jean Charest de la refuser et de ne pas passer pour une moumoune identitaire à l'heure où l'ADQ et le PQ font leurs choux gras de ce thème.

Pourtant, voilà une recommandation sensée. On insiste ailleurs sur l'importance d'empêcher le port de signes religieux pour les représentants de l'autorité de l'État (comme les policiers, par exemple). S'il y a un endroit où tout signe religieux devrait être interdit, c'est bien le lieu même de l'exercice du pouvoir politique. Or, tous les partis s'entendent pour garder le crucifix qui trône au-dessus de l'Assemblée nationale. Beau message de laïcité...

Il me semble, au contraire, que de le retirer aurait envoyé un message clair à toutes les communautés religieuses (immigrantes ou pas): nous tenons à la laïcité des institutions publiques et nous vous le prouvons en commençant par éliminer même les signes de la religion historiquement majoritaire au Québec. C'est plus compliqué ensuite d'exiger un local de prière dans une école. Me semble qu'on pourrait mettre un drapeau du Québec, à la place. En plus, il y a déjà une croix dessus...

C'est différent pour la croix du mont Royal, les croix de chemin, les noms de saints qui criblent la carte géographique du Québec, les congés le dimanche. Tout ça fait partie du patrimoine historique, du tissu social sécularisé, et doit être protégé.

Puis, il y a cette recommandation de ne pas empêcher les professeurs ou les médecins et infirmières de porter des vêtements religieux. Selon les commissaires, il faudrait habituer les jeunes dans les écoles à se familiariser avec une femme voilée ou un monsieur à turban. C'est là que le rapport fait dans l'angélisme. Et on aura beau nous faire croire le contraire, c'est précisément de multiculturalisme qu'il s'agit ici.

Ce n'est pas du racisme que d'être troublé par une femme voilée. Qu'on le veuille ou non, notre époque est marquée par la montée des intégrismes religieux dans le monde. Il faut quand même en tenir compte. Soit que cette femme ne porterait pas le voile si elle avait vraiment le choix mais s'y voit soumise par la pression religieuse de sa communauté ou de son mari, et dans ce cas ce sont les valeurs d'égalité entre les hommes et les femmes qui sont heurtées, soit, si ce n'est pas le cas et que cette femme fait ce choix en toute liberté, par ses propres convictions, à la limite, c'est encore plus déstabilisant: elle choisit l'affirmation de ses croyances religieuses avant son intégration à une société qui fait de la laïcité un principe de base. Dans un cas, c'est une victime d'un ghetto; dans l'autre, une militante à l'encontre de principes fondamentaux. Si on avait au moins la preuve qu'elle peut l'enlever là où la loi l'exige, on saurait au moins qu'elle fait un bout de chemin.

Et puis, le fait que la directive vienne du gouvernement aurait au moins l'avantage de délester les citoyens de ce choix. Aucun mari ne pourrait forcer sa femme à contrevenir à la loi. Et rien n'empêcherait une femme musulmane de remettre son voile à la sortie des classes, comme un fervent catholique de remettre sa croix autour de son cou. Au Québec, on laisse ses convictions religieuses dans le vestiaire des institutions publiques. Ça, ç'aurait été une ligne claire et juste.

Bien sûr, interdire le port de tout signe religieux n'importe où en public serait absurde et totalitaire. Tout comme il serait absurde d'exiger que tous se parlent en français tout le temps. La liberté de religion est aussi importante que la laïcité des institutions. Mais que les institutions exigent la neutralité religieuse de ses représentants dans l'exercice de leurs fonctions me semble être la moindre des choses. Comme d'exiger le français.

Nous aurions pu collectivement en venir à cette entente: balisons rigoureusement les signes de religion dans toutes les institutions de l'État et examinons toute demande d'accommodement raisonnable par la grille de nos valeurs fondamentales, en retour de quoi la population devra faire preuve d'ouverture, les corporations professionnelles en premier lieu, afin d'aider à l'intégration de ces immigrants qui sont déjà tenus à respecter nos valeurs. Un espèce de donnant-donnant qui aurait calmé tout le monde.

Nous avons plutôt dit: laissez-nous nos vieux symboles catholiques à l'Assemblée nationale, et on va se forcer pour accepter vos voiles et vos kirpans dans nos écoles. Tout le contraire d'une solution unificatrice. Des ghettos bien lubrifiés... Est-ce bien la voie de l'avenir?


21 mai 2008, 12:39
La fin du ni-ni
Dans un revirement de la politique étrangère française face au Québec-Canada, voilà que le président Sarkozy, le "pote à Desmarais" (qui semble lui avoir soufflé quelques idées à l'oreille), annonce la fin de la "non-ingérence, non-indifférence" qui était la marque des rapports privilégiés entre la France et le Québec en quête de son indépendance. Désormais, la France sera aussi amie avec le Canada, et la tournée de séduction de la mascotte fédérale Michaëlle Jean est venue illustrer cette nouvelle donne sur les tapis rouges français.

Chez les souverainistes, on s'insurge, on s'indigne et on se décourage de ce recul sur le plan international. Mais qu'est-ce que c'était que cette politique du "ni-ni"? Une pirouette diplomatique à la française qui ne voulait pas dire grand-chose: "On ne s'en mêle pas mais on ne s'en sacre pas non plus." Ça ne dit même pas s'ils sont en faveur ou non de l'indépendance, juste qu'ils ne sont pas indifférents. Wow! Quel guts! Et dire que depuis des décennies, les péquistes se pâment d'un tel slogan comme étant la preuve d'au moins un appui international à leur cause...

On ne peut pas demander éternellement à un grand pays comme la France de bouder un autre grand pays comme le Canada pour soutenir un projet dont l'issue est loin d'être imminente. Qui plus est, les pays qui doivent le plus impérativement reconnaître la légitimité d'un Québec indépendant, ce sont le Canada et les États-Unis. Le fait que la France les devance en appuyant la démarche pourrait alors nuire. Il ne faut pas oublier que, tout stimulant pour la société québécoise le "Vive le Québec libre!" du général de Gaulle a-t-il pu être, il n'en était pas moins entaché de cette vision paternaliste qui lui faisait voir devant lui non pas des Québécois mais des Français au Québec... On pourrait trouver que la France joue là un bien drôle de jeu.

Je ne dis pas que le gouvernement français ne peut pas jouer un rôle le jour où le Québec décidera de son indépendance. Mais il est inutile de lui demander quoi que ce soit avant, en tout cas publiquement, surtout quand le parti au pouvoir au Québec est fédéraliste! On s'oppose, avec raison, à ce que les États-Unis interviennent dans ce dossier, ça devrait être la même chose pour la France. Tout le reste n'était que triviales intrigues de cour et bitcheries protocolaires.

De toute façon, les premiers à convaincre de la légitimité de l'indépendance du Québec, ce sont les Québécois. Ailleurs, on ne peut appuyer cette idée que si elle se tient déjà debout toute seule...

PLOGUE DE BLOGUE

Au hasard de mes pérégrinations sur le Net, quand j'ai découvert que j'étais dépeint sur certains forums anglophones de Montréal comme un anti-bloke forcené, je suis tombé sur un site fort intéressant. C'est le blogue de l'AngryFrenchGuy (www.angryfrenchguy.com), mais le titre induit en erreur. On pourrait croire qu'il s'agit là d'un francophone enragé qui lance des invectives aux anglos dans l'anonymat d'Internet. Or, ce site, où l'auteur tente d'expliquer la perspective francophone et souverainiste en anglais aux anglophones, est exceptionnellement bien écrit et fouillé, le ton y est modéré, souvent sourire en coin. Inspirant.

En plus, l'AngryFrenchGuy en question est d'une sainte patience, évitant de s'emporter face aux posts parfois truffés d'insultes ou d'erreurs de faits qu'il peut recevoir. Et il est assez réjouissant de découvrir que plusieurs anglophones rabrouent eux-mêmes les plus à-côté-de-la-plaque. Un baume sur les inflammations semant la discorde qu'on voit si souvent dans les médias.

Parmi les sujets abordés, on trouve entre autres une analyse de l'histoire du bilinguisme à Montréal. En effet, la plupart des anglos ont tendance à oublier que c'est la loi 101 qui a fait de Montréal la ville bilingue qu'ils disent défendre aujourd'hui. Avant, dans son affichage comme dans les bureaux, tout se passait en anglais. Un commentaire récent faisait aussi remarquer qu'il n'y avait pas de mot en anglais pour traduire "indépendantiste", qui ne veut pas dire "nationaliste" et qui n'a pas la même connotation que "séparatiste". Il notait au passage que l'expression "pure laine" et tout ce qui est péjoratif se retrouvent par contre rapidement en usage dans la langue de Leonard Cohen pour parler des "separatists"... Et tout ça sur un ton exceptionnellement civilisé pour ce genre de plateforme et pour un sujet si délicat.

Paraîtrait cependant que plusieurs francophones ont reproché à cet apôtre de la compréhension (Georges Boulanger, un francophone, qui est aussi camionneur!) d'écrire en anglais (qu'il semble maîtriser parfaitement), et que ça en ferait de facto un traître à la cause... Bien sûr, il s'agit là d'une position stupide et à courte vue. Mais comme le faisait remarquer l'auteur d'AngryFrenchGuy, s'il choque les plus bornés des deux bords du canyon séparant les deux solitudes au Québec, c'est qu'il doit faire quelque chose de bon...

Ça vaut déjà mieux que tous les "ni-ni" de la France...


14 mai 2008, 3:59
Réécrire l'histoire
En cette année du 400e anniversaire de la ville de Québec, on entend beaucoup parler d'histoire. Et on finit par ne plus savoir à quelle version se vouer. L'histoire n'est jamais neutre. Il y a toujours une intention derrière la main qui l'écrit. Et ultimement, la "vérité" historique importe peu. Ce qui frappe les imaginaires et marque les identités finira par triompher. D'où que l'enseignement de l'histoire reste un champ de bataille idéologique permanent.

Il était donc évident que la célébration d'une capitale nationale qui n'en est pas vraiment une (ou pas encore) allait être une véritable foire d'empoigne protocolaire. Le gouvernement Charest y a tenu son rôle habituel de paillasson et Stephen Harper en a profité pour vendre sa nouvelle version de l'histoire du Canada, où la conquête britannique sur les plaines d'Abraham n'est qu'une petite échauffourée sans conséquence.

Jean Chrétien, au moins, dans un rare moment de franchise identitaire, a déjà avoué à Stéphan Bureau (il me semble) en entrevue que "que voulez-vous, on a perdu", et qu'il fallait vivre avec. Mais Stephen Harper va encore plus loin en gommant même l'idée d'un vainqueur et d'un vaincu. Selon sa version, les Français ont commencé à fonder un pays, les Anglais ont pris le relais pour finir la job et on se retrouve avec un beau grand pays bilingue. Selon sa phrase fétiche, le Canada est né en français, comme si les Anglais avaient scoré un pays sur une passe des Français (à l'époque: les Canadiens) et que tous se réjouissaient ensemble. Une fabrication totale, mais qui le sert bien, et qui peut même avoir l'air vraie si on la répète assez souvent. C'est un mensonge taillé sur mesure, comme une housse, et déposé ensuite sur les aspérités historiques qui pourraient blesser. Ce n'est pas vrai mais ça "fitte". Une Histoire en trompe-l'œil.

Je comprends qu'on ait voulu éviter de faire du 400e anniversaire de Québec une grosse manif indépendantiste. De toute façon, ça n'aurait pas collé. Mais que l'entreprise devienne un festival de propagande fédéraliste et une occasion de noyer l'identité québécoise dans le nationalisme canadian me pue carrément au nez. Au moins, les Acadiens ont pu fêter tranquilles, eux. Pourquoi, au Québec, on ne peut jamais être autre chose qu'un sympathique sous-ensemble à la gloire du Canada? Si on tient tant à nous le répéter, c'est sans doute que ce n'est pas vrai. Pas encore. Mais si on ne veut pas que ça le devienne, il nous faudra bien une victoire un jour, qu'on puisse enfin célébrer ensemble quelque chose que personne ne pourra nous voler... Il n'y aura jamais d'autre façon. Et on pourra se rattraper au 500e...

ON REECRIT AUSSI L'HISTOIRE RECENTE: LE CAS DE L'ETHANOL

La flambée des prix des denrées alimentaires vient de réveiller la planète sur le fait que l'éthanol, qui utilise les terres cultivables pour produire de l'essence au lieu de nourriture, est un crime contre l'humanité. Même les grands médias en conviennent. Mais la plupart des analystes mainstream profitent de cette crise pour salir au passage les environnementalistes, les désignant comme responsables de ce dérapage. Ce serait les verts qui auraient poussé sur l'éthanol, c'est donc à cause de leur discours alarmiste qu'on se retrouve dans la merde aujourd'hui...

C'est n'importe quoi. L'éthanol n'est pas, et n'a jamais été, une cause des écologistes. Du moins, pas de ceux qui ont un minimum de sérieux. D'abord, l'éthanol ne règle rien en ce qui concerne le réchauffement climatique. Quand on tient compte de tout ce qu'il faut pour le produire, il pourrait même être plus nocif que le bon vieux pétrole! Pourquoi alors les gouvernements occidentaux ont-ils tous, un jour ou l'autre, plongé dans ce mirage? Récapitulons un peu.

Les écolos ont été les premiers à tirer la sonnette d'alarme: le climat se réchauffe, c'est en grande partie dû à l'activité humaine et il faut faire quelque chose. Dans les différents "quelque chose" à faire, il y avait plusieurs pistes. D'abord réduire les gaz à effet de serre en limitant les transports, notamment. On parlait aussi de "décroissance", une hérésie pour les capitalistes qui n'y voyaient rien d'autre qu'un retour à l'âge de pierre. On a donc d'abord ignoré les écolos en les faisant passer pour des dégénérés.

Mais voilà, les preuves que les écolos avaient raison sont peu à peu devenues irréfutables. Le monde industriel se trouvant fort dépourvu quand la bise fut venue, il se rabattit alors sur le seul bout de "faire quelque chose" dont il pouvait tirer profit: les nouvelles technologies. La liposuccion et les pilules amaigrissantes plutôt que le régime santé. La chirurgie esthétique plutôt que l'exercice. L'éthanol a été son échappatoire, sa diversion, en plus de plaire aux lobbys agricoles et nationalistes. Encore une housse jetée sur une réalité qu'on ne voulait pas voir.

Sauf que, l'histoire le prouve, ce genre de trompe-l'œil ne tient jamais très longtemps...


7 mai 2008, 2:39
À la prochaine fois...
La saison de rêve des Canadiens s'est terminée en queue de poisson (au son de la dernière sirène - c'est quasiment poétique...). Champions de l'Est avant de s'écrouler contre les méchants Flyers du "traître" Brière... C'est un peu "agace", finalement. Ils auraient peut-être été mieux servis s'ils avaient fini quatrièmes ou cinquièmes de la division et avaient senti qu'ils avaient des choses à prouver en séries. La pression n'aurait pas été la même. Contre Philadelphie (et même un peu contre Boston malgré la victoire), on aurait dit que tout ce que les Canadiens avaient accompli durant la saison régulière non seulement ne comptait plus mais semblait même leur peser. Au moins, on sait maintenant qu'il y a plein d'éléments positifs dans cette équipe et que ce sera excitant de les voir se développer. Il ne manque plus que deux ou trois pièces au puzzle, de quoi alimenter les discussions pendant tout l'été.

Évidemment, comme l'an prochain marquera le centenaire des Canadiens, la pression sera forte. Le scénario idéal se terminerait en apothéose avec une coupe Stanley qui défile dans les rues de Montréal. Le public a faim. Mais il faudra aussi que ce public soit à la hauteur de la situation.

Au cours du dernier match au Centre Bell, bien des choses ont joué en faveur des Flyers, que, il faut bien l'avouer, tout le monde avait sous-estimés. On leur reconnaissait bien du talent mais on les disait moins organisés, indisciplinés et inconstants. Peut-être que c'était vrai en saison régulière mais ce sont là des défauts qui s'atténuent considérablement quand vient "la vraie saison". Les Canadiens ont fait face à une équipe plus libre, à des joueurs plus capables de suivre leur instinct, et donc forcément plus opportunistes. Avant tout ajout de joueur-vedette, c'est là que se situe le défi des Canadiens l'an prochain.

Mais il n'y a pas que sur la glace qu'il y a une adaptation à faire. Bien sûr, lors des derniers matchs, Price a semblé chancelant, Kovalev en a moins donné et on peut se poser des questions sur la cohabitation entre lui et Koivu. Latendresse semblait trop mêlé pour que sa bonne volonté prenne le dessus. Markov était l'ombre de lui-même.

Mais le public non plus n'était pas prêt. Pas celui présent au Centre Bell, en tout cas. À Montréal, on aime bien se flatter la bedaine en se vantant que les Canadiens ont les meilleurs fans. Les plus passionnés, les plus viscéralement touchés par les résultats de l'équipe, sans aucun doute. Mais les meilleurs? Quand les Flyers ont fait 3-3, samedi dernier, la foule en entier a semblé saisie par cette fameuse "douche froide". C'était tellement tranquille qu'on sentait bien que le doute s'était installé. Que même ceux dont le seul rôle est d'y croire n'y croyaient plus.

Pourtant, c'est à ce moment-là qu'il fallait faire le plus de bruit, faire péter le record de décibels. Mais non. Il a fallu qu'Andrei Kostitsyn égalise la marque en début de troisième pour que la foule retrouve son entrain mais tout s'est dissipé dès que les Flyers ont repris les devants.

Trop souvent, la foule montréalaise n'encourage pas ses équipes. Elle les félicite. Elle le fait plus chaleureusement que n'importe où ailleurs, bien sûr, mais il faut que l'équipe mérite ces ovations. Si les joueurs se cherchent un peu, ce ne sera pas long que des huées se feront entendre. En saison régulière, ça peut aller, le public peut même jouer là un rôle pédagogique. Mais en séries, c'est le temps d'être inconditionnel. Faut dire qu'avec les résultats des dernières années, les fans avaient peut-être perdu l'habitude. Disons-nous que la dernière saison était un camp d'entraînement et qu'on reviendra plus fort la saison prochaine...

UN PEU DE MEDISANCE, JUSTE POUR LE FUN...

En passant, juste pour "bitcher" (c'est aussi à ça que ça sert, suivre le sport...), question de jouer à Don Cherry, je vais picosser dans un tabou, ici. Après l'élimination des Canadiens, on a vu plusieurs de leurs joueurs européens se précipiter pour rejoindre les rangs de leur équipe nationale dans le cadre du championnat mondial qui a lieu présentement à Québec et Halifax.

Se pourrait-il que cette perspective ait joué psychologiquement dans l'effort consenti par certains joueurs? Les Canadiens commencent à connaître des difficultés en séries. L'atmosphère n'est plus aussi bonne. Votre gardien de but, censé être le sauveur, semble craquer. Les équipes déjà qualifiées sont épeurantes. Et, juste à côté, il y a tous vos compatriotes qui jouent ensemble pour l'honneur de la patrie. Si vous étirez la série contre Philadelphie, vous risquez de manquer le bateau. Si vous vous blessez aussi. Il me semble naturel que cette perspective vous traverse l'esprit une milliseconde, le temps que R.J. Umberger saute sur la puck dans l'enclave...

Ce n'est pas très grave, honnêtement, je trouverais ça tout à fait normal. Mais il faudra voir notamment comment Andrei Markov se comportera sur la glace pour la Russie. Tout au long de ces trop courtes séries, on aurait dit qu'il était blessé. Et voilà qu'il se porte volontaire pour le championnat mondial. Tiens, tiens...


30 avril 2008, 1:07
Pauvres non-partisans
La ville est hockey. Indéniablement, le slogan est bien choisi. On dirait en fait que le Québec en entier est suspendu aux faits et gestes du Canadien. Mais l'engouement n'est pas unanime pour autant. D'abord, il y a ceux qui vivent ces séries avec un certain détachement, par vrais fans interposés. Ils sont bien contents mais tout de même un peu perplexes devant tant d'enthousiasme. Ils n'ont pas cette fibre qui permet de s'identifier à l'équipe mais ils aiment bien l'atmosphère qui se dégage de la ville. Un peu comme pendant la Coupe du monde de soccer, où bien des "de souche" n'ayant que peu de connaissances en "foot" se greffent à un groupe de fans lié à une communauté, juste pour pouvoir goûter un peu à cette passion, ce que je fais d'ailleurs allègrement avec mon chandail du Brésil tous les quatre ans.

Côté hockey, je dois avouer que je suis un fan plutôt récent du Canadien. À la maison, quand j'étais petit, je n'ai pas baigné dans une atmosphère d'adulation des Glorieux. Comme famille, nous étions plutôt "base-ball", en fait, et j'ai plus de souvenirs reliés aux Expos qu'au Canadien. Mais à l'adolescence, les Nordiques sont entrés dans la Ligue nationale et il a fallu que je choisisse. Je ne pouvais pas rester neutre. À l'époque, le côté nationaliste des Nordiques, avec les fleurs de lys sur le chandail et l'hymne national juste en français au Colisée de Québec, en plus des spectaculaires frères Stastny, les Goulet, Marois, Rochefort, Alain Côté (dont le but était bon...) et compagnie, me rejoignait infiniment plus que la gang de piochons du Canadien de l'époque, tout comme quelques-uns de mes meilleurs amis. J'ai donc été un fan des Nordiques, une allégeance lourde à porter en région montréalaise.

Lors du déménagement de l'équipe vers le Colorado, j'ai donc vécu tout un deuil. Je ne pouvais pas prendre automatiquement pour le Canadien. Pas après des années d'hostilité, de vacheries, et après la furie collective d'un certain Vendredi saint. J'ai donc été orphelin et je n'ai plus tellement suivi le hockey. C'était d'autant plus facile que le Canadien a connu depuis des années de misère.

Mais voilà, je n'avais pas envie de me priver plus longtemps de ce bonheur primaire mais pourtant si savoureux qui permet à toute une ville de s'unir derrière le destin d'une équipe de sport. Je m'ennuyais trop de cette complicité instantanée qui permet d'être l'ami de n'importe qui juste parce qu'on est ensemble derrière le Canadien. Du chauffeur d'autobus au cuistot du greasy spoon, en passant par la dame latino qui cherche son chemin et qui en profite pour s'informer du score, ça fait du bien, une fois de temps en temps, d'être tous du même bord.

Je me suis donc converti. Ce n'est pas un exercice facile. Je me suis d'abord senti un peu traître à la cause Nordiques mais l'équipe n'existe plus et je les ai soutenus jusqu'à la fin. Sauf qu'il me semblait néfaste de baigner dans le ressentiment et de ne pouvoir me réjouir que des insuccès du Canadien, par seul esprit de vengeance. L'exercice a aussi des vertus pédagogiques: si j'espère contribuer à convertir des gens à quelque chose un jour, il faut peut-être que je sache par où il faut passer... Et puis, avouons qu'on a maintenant de la qualité sous les yeux avec Kovalev, Price et les Kostitsyn, avec le courageux Saku, l'inspirant Komisarek, les vaillants Bégin, Bouillon, Smolinski et Kostopoulos... Ça aide grandement à la conversion...

Mais peu importe, il en restera toujours pour voir cette fièvre des séries d'un œil inquiet, ne comprenant rien à l'hystérie collective qui frappe la plupart de leurs concitoyens et ne pouvant y voir autre chose qu'une régression désolante, les émeutes suivant la victoire décisive contre les Bruins en étant la représentation ultime. Ce n'est pas tant le Canadien comme équipe qu'ils n'appuient pas, c'est le principe même de cette grande tentative de victoire par procuration qui ne les rejoint pas. Pour eux, triper sur le sport, c'est faire de l'activité physique, pas le fait de hurler, bière à la main, dans une foule, et encore moins devant un téléviseur puisque les joueurs n'entendent même pas. D'ailleurs, le principe même de croire que le soutien psychologique d'une foule puisse faire la différence est hautement discutable, sinon le Canadien remporterait la coupe Stanley tous les ans.

M'étant souvent senti isolé à ne pas comprendre la montée en popularité d'un phénomène qui me laissait indifférent (Les Cowboys Fringants) ou qui me désolait carrément (Le Banquier), je compatis. Je les remercie aussi. L'unanimité est rarement souhaitable, et en inscrivant leur dissidence au grand procès-verbal de l'air du temps, ils balisent un peu cette fièvre, la nuancent. Après tout, ce n'est que du sport...

Mais qu'est-ce que je les plains! Avez-vous déjà assisté à l'éclosion tardive d'un fan de sport? Avez-vous déjà vu quelqu'un qui était absolument indifférent se sentir soudain vibrer au diapason des fans? C'est un moment magnifique, comme si on venait de pogner un point G quelque part... Et c'est la grâce que je souhaite à tous les non-partisans du Canadien.

Mais dépêchez-vous, on a plus que jamais besoin de votre appui...


23 avril 2008, 1:43
De la crainte comme commencement de la sagesse
Au gré des sondages, ils perdent un peu de terrain au Québec, puis en regagnent. Ils semblent maintenant solidement enracinés dans la région de Québec, en grande partie à cause du "manège militaire" de Harper, qui a su si habilement réveiller la fibre militariste de cette ancienne ville de garnison, et à qui l'incendie du Manège militaire vient offrir une magnifique occasion d'en rajouter en se pointant comme sauveur du patrimoine de Québec en cette année de 400e anniversaire. Et au gré de quelques gestes qui, pour purement symboliques et motivés par l'opportunisme politique qu'ils étaient, n'en étaient pas moins un vent de printemps après des années d'obstination libérale à nier toute forme de nation québécoise, les conservateurs, qui étaient il n'y a pas si longtemps des crocodiles hors de l'eau au Québec, font maintenant partie du paysage politique. Ajoutez à cela la gaffe des libéraux d'avoir choisi Stéphane Dion comme chef et ils y figurent même avantageusement.

Plusieurs s'en amusent, comme s'il s'agissait d'une bonne blague vengeresse au détriment des libéraux fédéraux. D'autres n'en font pas de cas, rassurés sur le fait qu'ils ne pourront pas aller trop loin dans l'imposition de leurs vues les plus conservatrices étant donné qu'ils sont minoritaires et qu'on a l'impression qu'ils le resteront. Harper entretient bien cette presque indifférence avec son ton doucereux.

Et pourtant, il avance ses pions. La vaste étude sur la perception des Forces armées canadiennes au Québec est une preuve de plus qu'il a toujours en tête l'idée de tranquillement façonner les esprits des Québécois pour en faire de parfaits petits conservateurs proguerre. En fait, Harper semble avoir fait le pari de donner du "lousse" au Québec du côté de l'identité pour mieux y faire avancer son idéologie. Il se fout bien que les Québécois soient une nation, en autant qu'ils deviennent une nation conservatrice. Canaliser la fierté spécifique au Québec en appui à ses thèses.

Prenons ce livre d'information sur les drogues commandé par le gouvernement libéral, préfacé par Philippe Couillard, que les conservateurs ont mis au rancart parce qu'il ne dit pas clairement "NE PRENEZ JAMAIS DE DROGUE". C'est un exemple frappant du fossé qui sépare la mentalité conservatrice de Stephen Harper de l'approche qui fait largement consensus au Québec. Dans sa préface, Philippe Couillard avance que si, autrefois, on disait que la crainte était le commencement de la sagesse, on sait maintenant que l'information et la connaissance font encore beaucoup mieux la job. Même des conservateurs modérés comme Pierre-Claude Nolin sont d'accord là-dessus.

Les experts et intervenants dans le domaine le savent bien: un jeune qui fume un jour un joint de pot et demeure encore capable de mettre un pied devant l'autre malgré le buzz en vient à considérer toute information gouvernementale exagérée comme un écran de fumée, comme un bonhomme Sept-Heures. Il n'y prête dès lors plus aucune attention. Et le fait est que les jeunes en fument du pot et qu'ils survivent. Continuer dans la voie du faire-peur et des ordres péremptoires ne sert qu'à rendre l'autorité gouvernementale complètement ridicule.

C'est pourtant la voie que les conservateurs nous forcent à prendre, même minoritaires! De là, on peut supposer que s'ils en avaient le moindrement la chance, ils informeraient nos jeunes que la masturbation rend sourd, que le sexe en dehors des liens sacrés du mariage leur fera pousser du poil sur la langue avant des les précipiter en enfer, et que c'est l'avortement qui est responsable du réchauffement climatique. On aurait du fun!

Que de tels idéologues continuent de récolter tant d'appuis au Québec m'apparaît comme absurde. Je ne peux pas croire que c'est là ce que veulent les Québécois. Quelques-uns, sûrement, mais autant que ça? Il fut un temps où on pouvait encore croire que Harper donnait quelques bonbons à son aile droite question de ne pas perdre son appui, mais que lui-même était un modéré, et que nous étions entre bonnes mains. Son entêtement face à l'Afghanistan, ses nombreux gestes militaristes, la loi sur la censure, la tentative sournoise de rouvrir le débat sur l'avortement et, maintenant, ce clash sur la lutte contre la toxicomanie nous prouvent qu'il n'en est rien. Ils nous prouvent, en fait, que Stephen Harper est un idéologue de droite d'autant plus dangereux qu'il est habile. Et en plus, il profite d'une configuration politique qui le favorise. L'eau monte, et le crocodile est maintenant dans son élément...

Peut-être qu'au fond, c'est vrai que la crainte est le commencement de la sagesse. Et si on commençait par recommencer à craindre les conservateurs?...


16 avril 2008, 1:17
La démocratie est out
La démocratie commence à avoir de plus en plus mauvaise presse et c'est une pente dangereuse. Selon certains, par son obsession du court terme et son hypersensibilité aux enjeux électoralistes locaux, elle serait inapte à répondre à l'urgence environnementale mondiale. Une bonne dictature éclairée à l'ampoule twistée ferait mieux l'affaire et pourrait remettre les lobbys industriels à leur place.

Il y a aussi qu'elle sert trop souvent de prétexte à des invasions perpétrées pour de bien moins nobles motifs et que bien des peuples du monde commencent à se méfier de cette magnifique démocratie que l'Occident vient leur apporter à coups de bombes.

Et puis, c'est vrai, la démocratie, c'est souvent le bordel. Pour chaque décision qui réjouit un groupe de citoyens, vous avez un autre groupe qui descend dans la rue avec des pancartes remplies de choses pas gentilles et qui fait parfois des dégâts. Ça ne fait pas propre. Et ça dérange. Le citoyen moyen, surtout s'il a l'avantage d'être un peu confortable, a surtout envie qu'on le laisse tranquille, qu'on ne lui demande pas de voter à tout bout de champ et que des hurluberlus ne bloquent pas le pont pour lui faire rater Virginie.

Restent les compromis, qui seraient le fruit naturel de la démocratie, et qui devraient, à défaut de combler tout le monde, au moins calmer les esprits. Sauf qu'à la longue, ça finit par frustrer tous les camps et ce sont les radicaux de chaque côté qui en profitent. Il faut aussi reconnaître que le compromis n'est pas toujours la meilleure décision. Il y a des moments où il faut donner un sérieux coup de barre, sinon on court à la catastrophe. Comme si, à tergiverser entre contourner l'iceberg par la gauche ou par la droite, un capitaine en venait au compromis de foncer direct dedans en espérant qu'il casse...

C'est dans cette atmosphère que le désir de personnages forts ou de femmes fortes en politique se fait sentir. Dans le cliché qui veut que la dictature soit le règne du "Ferme ta gueule!" et la démocratie, celui du "Cause toujours...", cette phase est caractérisée par la popularité de personnages qui seraient élus démocratiquement pour dire "Ferme ta gueule" une fois de temps en temps.

LE GRAND RETOUR DE LA CENSURE

Le recours à la censure est le premier symptôme d'une fragilité de la démocratie, et si on se fie aux dernières nouvelles, ses manifestations sont à la hausse. Quand tout va bien et que tout le monde est content, ça va, on peut dire n'importe quoi, ça met de la vie. Mais dès que le pouvoir se sent menacé, couic...

Regardez en Chine, censée être dans un processus de démocratisation. Quand ça commence à brasser au Tibet et que Beijing a peur que les Jeux olympiques soient transformés en grande foire contestataire, elle serre la vis jusqu'à bloquer l'accès au site Internet de Radio-Canada. Pourtant, Radio-Canada n'a rien de subversif et prend bien soin de n'émettre aucune opinion, tant dans l'information que dans le divertissement, comme j'ai pu l'apprendre à mes dépens, et je compatis avec Alain Saulnier, victime de ce mauvais moment à passer...

Mais il n'y a pas qu'en Chine. Au Venezuela, on vient de retirer Les Simpson de l'antenne. Les Simpson! Apparemment, pour le CONATEL, le CRTC vénézuélien, la famille d'Homer et Marge représenterait un déplorable exemple américain à donner aux enfants. C'est au moins la preuve qu'au CONATEL, on n'a rien compris à l'œuvre télévisuelle la plus critique de l'Amérique jamais diffusée, mais peut-être surtout qu'après ses tentatives infructueuses de gagner plus de pouvoir, le gouvernement Chavez commence à paniquer.

Mais ce n'est pas que dans les pays de gauche. Chez nous, la loi C-10 représente une inquiétante incursion de la morale conservatrice dans la production culturelle. Mais de toute façon, cette mainmise culturelle indue existe déjà, le controversé cinéaste américain Nick Zedd s'étant fait refuser l'accès au Canada par les douanes en mars dernier, sous prétexte que ses films subversifs, qui devaient être vus par des fans au cours d'un festival, étaient "borderline criminal activities". On l'a arrêté dans le train pour le reconduire à la frontière, ses bobines sous le bras, sans autre forme de procès, et sans billet de retour. Et comme ça ne dérange que quelques fuckés friands d'une culture trash marginale, personne ne s'en offusque. Mais où ça va s'arrêter?

Et il n'y a pas que les gouvernements, loin de là! Les forces économiques peuvent avoir recours à des opérations d'intimidation légale pour faire fermer la gueule à quiconque pourrait leur nuire. C'est le cas, entre autres, du livre Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique, publié aux Éditions Écosociété, qui détaille les méfaits de compagnies minières canadiennes en Afrique. Une menace de SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation) a été lancée par une de ces compagnies (Barrick Gold) pour en interdire la distribution. Un autre pas contre cette liberté d'expression qui dérange tant...

Avec tout ce monde qu'on tente de faire taire à gauche et à droite, la démocratie fait face à son plus gros défi: celui d'être un bordel fonctionnel et de servir le bien commun. Sinon, il faudra vraisemblablement apprendre à fermer nos gueules de plus en plus souvent.


9 avril 2008, 2:41
Une saison instructive
Wow! Le Canadien premier de la conférence de l'Est! Qui l'eût cru? Et l'esprit d'équipe qui semble à son meilleur, tout le monde qui contribue, tous les moves de la direction qui portent fruit, il y a de quoi se réjouir. Et puis, snif, snif... Mais qu'est-ce donc que cette étrange odeur?... Ça me rappelle quelque chose du passé.... C'est métallique mais chaud en même temps... Ma parole, ça sent la coupe!

Le feeling d'unité derrière l'équipe du Canadien, les commentaires élogieux à l'égard du coach et des joueurs et les petits drapeaux du CH tellement présents partout qu'ils justifieraient à eux seuls que les partisans de la Flanelle aient leur siège à l'ONU font presque oublier qu'en début de saison, aux yeux d'une grande majorité, tout était à refaire dans cette équipe. Mea culpa, j'étais de ceux qui croyaient un grand ménage nécessaire et qui ne voyaient pas tout le potentiel des jeunes.

Mais au-delà de qui avait raison et qui avait tort, la saison du Canadien est riche d'enseignements dans cette usine à métaphores qu'est le sport. De grands enjeux philosophiques et politiques se cachent derrière les débats de gérants d'estrade.

LA COMPETITION ENTRE LES JOUEURS

Au début de la saison, Carbonneau a clairement établi qu'il avait l'intention de faire jouer la compétition entre ses joueurs, et qu'il faudrait mériter son "temps de glace". C'est sur cette approche que j'étais principalement sceptique. N'était-ce pas là le meilleur moyen d'attiser les guerres de clans dans une équipe déjà divisée? Peut-être, mais il est maintenant clair que c'était aussi le moyen de tirer le meilleur du groupe de joueurs actuel du Canadien en valorisant le travail.

On peut voir là un combat entre une approche de gauche, où chacun a une place assurée, et une approche de droite, qui fait jouer la menace de sanctions. Il y a de ça mais c'est en fait surtout une position anti-monopole qui a triomphé. Par le passé, Koivu était le centre numéro 1 et tout le reste des trios s'ordonnait d'après cette prémisse. Aujourd'hui, le Canadien ressemble plus à un gouvernement minoritaire, avec une équipe où la contribution de chacun peut évoluer et Koivu dans le rôle d'un Charest moins "fort" mais plus apprécié.

KOVALEV

C'est lui, le grand responsable du renouveau du Canadien. Je faisais partie de ceux qui voulaient échanger ce gros ego, question d'assainir l'atmosphère dans le vestiaire. Mais force est de constater que ceux qui prônaient la patience avec l'Artiste avaient raison.

En fait, Kovalev a fait mentir tellement de monde qu'il fait ressortir une stratégie des amateurs de sport pour sauver la face quand ils se plantent dans leurs analyses: expliquer pourquoi. Chacun fait ses prédictions en partant d'un paradigme donné. Et si on réussit à identifier le changement de paradigme ayant conduit à l'effondrement de nos pronostics, la faute est à moitié pardonnée. Comme pour les économistes, finalement.

Dans le cas de Kovalev, certains accordent le crédit à Bob Gainey, qui aurait eu une franche conversation avec le vétéran russe. D'autres croient que l'émergence des Kostitsyn impressionnés par leur idole Kovy a créé l'atmosphère pour que celui-ci s'épanouisse. D'autres enfin feront allusion à un mythique chemin de Damas, en Gaspésie, où Kovalev a eu un accident avec une moto empruntée à un partisan qu'il visitait, question de se rapprocher du vrai monde d'ici. C'est là qu'il aurait compris l'importance du Canadien et qu'il aurait vu la lumière. Quoi qu'il en soit, le paradigme avait changé. Faque, hein, ça ne compte pas si on s'est trompés...

PRICE

L'expérience ou la jeunesse? Huet ou Price? C'est presque un miroir parfait du duel chez les démocrates américains. Huet étant un Hillary Clinton et Price un Barack Obama. Or, avant d'échanger Huet, le Canadien avait un "ticket" de deux gardiens numéro 1 avec Clinton-Obama, ou l'inverse.

Comme il n'y a qu'un poste de gardien, celui-ci est un monopole par définition et les règles de compétition ne jouent pas de la même façon. Si on a Clinton numéro 1 et Obama pour la seconder, la popularité du backup porte ombrage à la chef et l'empêche d'assumer pleinement son leadership. À l'inverse, avec Clinton vice-gardienne, on donne l'impression qu'on doute des instincts d'Obama et lui-même peut en venir à douter aussi. La direction du Canadien a voté Obama, qui a plus d'avenir. Comme quoi, des fois, il faut savoir faire un acte de foi pour arriver à l'inspirer.

L'UNITE DANS LA DIVERSITE

Enfin, l'engouement actuel pour les Glorieux prouve aussi que la quête de vedettes francophones n'est qu'une considération marginale quand l'équipe gagne. Je continue de croire que ce serait encore mieux s'il y avait une ou deux vedettes québécoises chez le Canadien, mais il est clair que c'est l'équipe elle-même, son chandail et son histoire qui créent l'appartenance.

Comme quoi, quand on partage tous une même identité claire et qu'on travaille ensemble à un but commun, l'intégration des immigrants, y a rien là...


2 avril 2008, 4:41
Ce n'est pas clair
Les deux plogues d'Hydro-Québec et tous les gourous de la vertitude m'ayant convaincu, j'ai tenté récemment de me convertir aux ampoules fluocompactes. Je me suis forcé. J'en ai acheté, des ampoules twistées. En certains endroits de mon appartement, je trouve que ça donne une lumière blafarde et un peu lugubre, mais je tente de m'habituer le regard. Quand on peut être un héros sauveur de planète à peu de frais, il faut quand même faire preuve d'un peu de bonne volonté.

Mais voilà qu'on apprend que les ampoules fluocompactes pourraient avoir un effet pervers. En effet, l'utilisation d'ampoules à incandescence contribue à chauffer la maison. C'est d'ailleurs là que réside leur problème d'efficacité: elles gaspillent en chaleur ce qu'elles ne donnent pas en lumière, contrairement aux fluocompactes. Au point même où ces ampoules ont leur impact dans le chauffage d'une maison. Avec des ampoules fluocompactes partout, les habitants d'une résidence devront monter le chauffage pour atteindre leur température préférentielle en hiver. Mais voilà, au Québec, l'électricité qui fait allumer les ampoules est largement issue de centrales hydrauliques, une énergie relativement propre et renouvelable, alors que le chauffage, lui, est parfois issu du mazout, une vilaine substance qui produit des gaz à effet de serre. La chaleur qu'on perd d'une énergie propre est donc remplacée dans les maisons chauffées au mazout par une dépense d'énergie sale.

L'interdiction mur à mur des ampoules traditionnelles qui était envisagée serait donc une mauvaise idée. Comme j'ai déjà le chauffage électrique, la question ne se pose pas dans mon cas (malheureusement...), mais cette "twist" dans ce qui semblait jusqu'à tout récemment une règle élémentaire de bonne conduite écologique démontre à quel point les absolus sont fragiles.

C'est bien le problème avec une société basée sur la science et le rationnel: ça change tout le temps, et le citoyen ordinaire a de la difficulté à suivre les mises à jour de la science. Un jour il faut boire du lait pour être en santé, le lendemain, il faudrait cesser immédiatement d'ingurgiter ce poison. On a eu une décennie margarine suivie d'un retour en force du beurre, plus naturel. Faut-il coucher les bébés sur le ventre, sur le dos, sur le côté, en équilibre sur la tête? On ne sait plus. Et quand une lumière vient nous éclairer, il faut toujours se demander qu'est-ce qui l'allume...

LES CHOSES ONT RAREMENT L'AIR DE CE QU'ELLES SONT

Prenez par exemple les vêtements pour chiens. Rarement la vue de quelque chose d'aussi anodin pouvait-elle provoquer chez moi une telle réaction épidermique. Dans mon livre à moi, les chiens vêtus de petits chandails étaient tout près des sommets du ridicule, devancés seulement par leurs maîtres ainsi que par les gens qui ont accepté qu'on rebaptise la station de métro Longueuil "Longueuil-Université-de-Sherbrooke".

Jusqu'à récemment, haïr les chiens habillés était pour moi un principe fondamental. C'était clair: je faisais partie de ceux qui détestent voir un chien habillé. À la limite, pour un petit chihuahua tout frissonnant à -30, j'aurais pu surseoir à ma condamnation intérieure, mais le fait d'avoir un chihuahua venait alors annuler ma clémence. Autant que possible, j'évitais d'adresser la parole à ceux qui habillaient leur chien, et il était hors de question que je fréquente une fille qui aurait fait subir ce sort à son pitou. Ça faisait partie de ces détails non négociables.

Mais voilà, j'ai eu une voisine qui avait un chien par ailleurs super cool et qu'elle habillait parfois d'une sorte d'imperméable. Je les trouvais alors tous deux assez ridicules, mais par bon voisinage, je me suis bien gardé de le leur dire. Mais un jour ma voisine m'a expliqué qu'elle n'habillait son chien que pour éviter qu'il ne salisse tout dans l'appartement en rentrant après une promenade sous la pluie.

Ah, tiens, je n'y avais pas pensé. Tout concentré que j'étais à savourer le fait d'être du côté de ceux qui n'habilleraient jamais un chien, j'avais présupposé qu'il s'agissait là d'une lubie anthropomorphiste qui transforme les chiens en ti-bébé-à-sa-maman, et je n'avais jamais considéré qu'un chien habillé pouvait avoir un rôle pratique. Ce jour-là, j'ai appris quelque chose qui m'a ouvert l'esprit. Je comprends au moins ceux qui habillent leur chien les jours de pluie.

Mais en y repensant, pour être honnête, ce fut d'abord un deuil. J'ai perdu d'un seul coup une bonne partie du plaisir que j'avais à haïr les chiens habillés (en fait, leurs maîtres; la plupart du temps, les chiens ont l'air d'accord avec moi...). Et j'ai l'impression que c'est ce qui complique une bonne partie des rapprochements interculturels ou le dialogue entre factions politiques opposées. On se définit autant par ce qu'on aime que par ce qu'on déteste. Et on est forcément un peu perdu quand on perd une telle référence.

Au moins, il me reste la station "Longueuil-Université-de-Sherbrooke"... Crisse que c'est niaiseux!


26 mars 2008, 3:50