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Impertinences
8 octobre 2008, 11:45

Le spectre de la partition

La semaine dernière à la radio de la SRC, Stéphane Dion était de passage à Maisonneuve en direct pour répondre aux questions des auditeurs. Un monsieur qui se disait indépendantiste mais qui reconnaissait tout de même certaines qualités à Stéphane Dion lui demandait s'il avait changé d'avis sur l'éventuelle partition du territoire québécois advenant l'indépendance, une position inacceptable pour cet auditeur.

On a alors pu réentendre le Stéphane Dion tant honni des Québécois. Au lieu de se dissocier clairement de cette position sulfureuse qui sent la guerre civile, Dion en a rajouté. Après avoir souhaité convaincre un jour son interlocuteur de son idéal d'un Canada uni, il a rappelé qu'advenant la séparation du Québec, "tout serait sur la table" et que ce serait le chaos. Or, c'est une fumisterie. La perspective d'un éventuel chaos est précisément entretenue par ceux qui s'en servent comme d'un argument de peur alors qu'ils pourraient jouer fair-play et écarter cette hérésie de mauvais perdants prêts à foutre le bordel plutôt que de se plier au résultat démocratique. C'est le dernier rempart, l'ultime chantage de ce pays qui en est deux.

Ceux qui utilisent la réponse-clip qui veut que si le Canada est divisible, le Québec peut l'être aussi font d'énormes raccourcis. Parce que le Québec est une entité au sein de cette fédération depuis qu'il y est embarqué. Lors de la courte victoire du Non, en 1995, les régions qui avaient voté Oui se sont ralliées à la décision de l'ensemble des votants du Québec. On n'a pas séparé les bouts qui voulaient se séparer. Le Québec avait dit non en tant qu'entité. S'il décide de quitter le Canada, ce sera aussi en tant qu'entité. Ce n'est même pas une position nationaliste, c'est la seule position qui puisse se défendre d'un point de vue sociologique, humaniste et démocratique.

Quiconque se dit "nationaliste québécois" ne peut pas soutenir la partition. Si Stéphane Dion avait tant à cœur le bien-être du Québec, il ne permettrait pas qu'on suggère de le diviser advenant que ses citoyens choisissent un jour majoritairement l'indépendance. C'est une chose de soutenir que le Québec est mieux servi au sein du Canada. Mais laisser planer le doute sur son intégrité territoriale en cas d'indépendance, c'est donner une nette préséance à son option constitutionnelle au détriment du bien-être et de la sécurité des Québécois, et même des Canadiens.

On me dira qu'il y a bien d'autres dossiers beaucoup plus chauds: l'économie, l'environnement, la présence canadienne en Afghanistan, la culture. Sur tous ces sujets, c'est vrai, j'aurais assez confiance en ce que les députés libéraux, néo-démocrates ou verts peuvent apporter. Mais elle a beau paraître loin, l'indépendance du Québec, la question constitutionnelle n'est pas réglée pour autant. Et tant qu'aucun parti fédéraliste n'aura pris position contre la partition, ils n'auront pas mon vote. Parce que jamais je n'accepterai d'être représenté par des fédéralistes qui placent leur option au-dessus de l'intégrité du Québec. Stéphane Dion en fait partie. Harper aussi. Ce sont donc des "amis" qui sont prêts à nous péter la gueule (ou, à tout le moins, à laisser planer cette menace) si on s'avise un jour de ne pas suivre leurs conseils. Il serait bon de s'en souvenir.

CHAREST EST PLUS NATIONALISTE QUE DUMONT!

Comme ça change, des fois... Ces derniers mois, plusieurs proches souverainistes m'ont avoué trouver Jean Charest plutôt sympathique, au point même de songer à voter pour lui. Charest s'est peu à peu imposé comme un politicien habile, pragmatique, capable de reculer quand il le fallait. Les militants auront beau danser au son de Libérez-nous des libéraux, Charest ne fait plus peur.

Et voilà en plus que l'ancienne "dernière chance du fédéralisme" se met à passer pour un ardent défenseur non seulement des intérêts du Québec, mais même de son identité! Il a d'ailleurs servi une magistrale leçon en la matière à Mario Dumont alors que celui-ci avertissait l'électorat québécois de possibles représailles politiques des conservateurs s'ils perdaient trop de plumes au Québec. Belle mentalité de colonisé et de licheux!

Un peu plus et on dirait que Charest pourrait revirer de bord, juste pour le kick, et dire à ses anciens alliés au fédéral: "Écoutez, je suis allé au bat pour contrer les séparatistes. J'ai abandonné une carrière qui m'aurait sûrement permis de devenir premier ministre du Canada pour ça. Mais si vous me faites trop chier, je pourrais aussi ben décider de la faire, moi, l'indépendance. Si je peux les endormir, je peux aussi les réveiller..."

Présentement, Charest s'amuse, comme un gros chat donnant d'habiles coups de patte à des souris étourdies. C'est que sa plus grosse job de bras au service du fédéralisme est déjà faite depuis longtemps. Il s'agissait des défusions. Tiens, tiens, là aussi, le spectre de la partition dans le West Island pointe le bout de son nez...

Si Jean Charest est fin prêt à défendre les intérêts du Québec par-dessus toute idéologie, pourquoi ne pas lui proposer une petite motion proclamant l'indivisibilité du territoire québécois?

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David Lépine a dit :

re: Le spectre de la partition

Je ne comprends pas pourquoi vous ressortez la partition du Québec à une semaine d'une élection  alors que même les partis souverainistes n'osent plus parler de souveraineté. Sans séparation, difficile d'avoir partition.

Est-ce que M. Dion prône la partition spécifiquement  ? Je pense, sans vouloir le défendre, qu'à question hypothétique il donnait une réponse hypothétique. Voulait-il dire que lui mettrait "tout sur la table" ou faisait-il un constat de ce qui est arrivé dans bien d'autres pays durant des sécessions contestées?

On aura beau crier sur toutes les tribunes que le Québec est indivisible, que cela nous déplaise, il va y avoir des gens qui voudront le diviser. En créant un nouveau Québec indépendant,  le Canada se trouverait automatiquement  démantelé sans qu'aucun canadien outre-Québec n'ait été consulté. Certains  au ROC pourrait avoir exactement la même réaction primaire que vous -même avez face à la  partition du Québec.  La vertu de l'un serait le vice de l'autre.

Des parties du West Island, de l'Outaouais, les nations autochtones pourraient  être tentées de suivre un certain courant irrédentiste  au ROC, courant d'autant plus malveillant  que fouetté par un résultat de référendum serré. Si les têtes brûlées sont le moindrement écoutées, soudainement tout pourrait fort bien être sur la table.

Nier cette réalité démontre un naïveté désarmante. La realpolitik ne reconnaît aucun principe  sociologique, humaniste  ou démocratique. Demandez au Croates ce qui est arrivé au Krajina suite à l' indépendance en 1991. Pensez-vous que Vukovar était sur la table quand l'Allemagne fut le premier pays à reconnaître la Croatie ?

Vous n'avez pas besoin de  déterrer cette histoire pour justifier votre vote anti-fédéraliste, on a déjà compris vos allégeances et elles sont légitimes.

Il n'existe que deux façons sûres d'éviter que la partition ne soit jamais prônée: rester au Canada ou gagner une victoire écrasante au référendum. Quand vous accusez  de fumisterie ceux qui reconnaissent que le realpolitik existe dans toutes les sociétés, vous vous trompez cruellement de cible.

# 08 oct. 2008, 14:37

J-F. Couture a dit :

re: Le spectre de la partition

Encore la partition? Il est utile de se rappeler que cette technique de se séparer de ce qui ne fait pas notre affaire fait partie de la manière britannique depuis des siècles. C'est quelque chose d'atavique.

Pas convaincus? Et l'Irlande du nord, qu'est-ce que c'est? Les réserves indiennes? L'apartheid?

Et ici même, la séparation de l'ancienne Nouvelle-France en Haut et Bas Canadas, à l'instigation des Loyalistes montés ici parce qu'ils ne pouvaient se résoudre à rester au sud et bâtir là un pays mais incapables de vivre avec les règles de l'Acte de Québec de 1774, ça aussi c'est une forme de partition.

Et un coup parti, que dire des comtés dit «protégés» par l'article 80 l'AANB  de 1867 pour que leurs habitants ne soient pas soumis aux volontés de la majorité de la province de Québec alors que les francophones de l'est de l'Ontario n'ont pas eu droit aux mêmes égards?

Donc, mon cher Parenteau, oubliez tous vos principes et vos critères. Si jamais le Québec en venait à voter la souveraineté, vous pouvez être certain que cet atavisme va refaire surface et ce qui est triste, il va se trouver des sophistes de souche pour trouver ça tout à fait normal. J'en connais plusieurs. À moins qu'un éventuel résultat soit de type Lithuanien c'est à dire tellement clair que la seule solution qui resterait alors aux descendants des loyalistes serait de faire comme leurs illustres ancêtres.

# 09 oct. 2008, 14:16

Jean-Claude Bourbonnais a dit :

re: Le spectre de la partition

Il semble bien, selon les derniers sondages,que le Bloc va rentrer fort au Québec, encoe une fois. C'est parfaitement bête et totalement inutle. La présence massive du Bloc à Ottawa n'a pas empêché le Parlement e passer la Loi sur la Clarté. Au contraire, la participation du Bloc en Chambre donne plus de force légale à cette loi, adoptée au vote majoritaire.

En 1982, René Lévesque avait eu le flair politique de rentrer immédiatement à Québec après la Nuit des longs couteaux, sans signer le rapatriement unilatéral de la Constitution, laissant ainsi toutes les portes ouvertes aux indépendantistes et l'entière responsabilité du geste politique sur les épaules de Trudeau.

L'écartèlement politique des souverainistes,aujourd'hui, une jambe à Ottawa, une jambe à Québec, comme nouvelle façon de se tenir debout,c'est génial!! Ca défie toute la science politique des Temps Modernes.Celle qui a conduit 200 peuples à l'indépendance! Faudra vite se pencher la dessus après la prochaine élection provinciale qui reportera au pouvoir pour dix ans les libéraux fédéralistes de Jean Charest.L'intelligence des souverainistes me laisse pantois. Quels extraordinaires stratèges!!

# 09 oct. 2008, 16:00

Yves Perron a dit :

re: Le spectre de la partition

Pour ma part je n'ai pas peur des partitionnistes. Les arguments invoqués par ces gens devraient nous inciter à aller encore plus loin et à revendiquer les territoires francophones hors Québec. C'est un petit jeu qui se joue à deux. La peur de déranger est complètement absurde. Je crois que le Québec n'a pas à se justifier devant la communauté la plus francophobe de la planète.  

# 09 oct. 2008, 22:13

Jean-Pierre Dubé a dit :

re: Le spectre de la partition

Bravo M. Parenteau !

On ne rappellera jamais assez l'intransigeance qu'on doit avoir envers les partitionnistes. Le Canada est le deuxième plus vaste pays au monde. Sans le Québec, ou avec lui dans un "nouveau" pacte confédératif, le Canada demeurera un très grand pays, dans le sens géographique du terme. Si Stéphane Dion évoque à mots cachés une partition du Québec c'est peut-être aussi qu'il a vent de gens influents dans le Canada (le West Island, Ottawa, Toronto ou Calgary ?) qui continuent à en parler.

" Le Québec avait dit non en tant qu'entité. S'il décide de quitter le Canada, ce sera aussi en tant qu'entité. Ce n'est même pas une position nationaliste, c'est la seule position qui puisse se défendre d'un point de vue sociologique, humaniste et démocratique. "

Le mot « entité » que vous employez M. Parenteau est judicieux. On rappellera que c'est le même employé par de Grands Québécois.

«  Le Québec, qu’on le prenne de tous bords, tous côtés,c’est une difficulté intellectuelle, une entité qu’on ne trouve pas dans les livres des définitions. » - Jacques FERRON

« Le Québec n’est pas une nation. C’est une entité multinationale. »  - Pierre E. TRUDEAU

Qu'on travaille donc à nous rallier des amis de 11 nations soeurs d'un territoire commun au-delà des gesticulations partitionnistes.

Jean-Pierre Dubé

Montréal

# 12 oct. 2008, 15:30


François Parenteau
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