La semaine dernière à la radio de la SRC, Stéphane Dion était de passage à
Maisonneuve en direct pour répondre aux questions des auditeurs. Un monsieur qui se disait indépendantiste mais qui reconnaissait tout de même certaines qualités à Stéphane Dion lui demandait s'il avait changé d'avis sur l'éventuelle partition du territoire québécois advenant l'indépendance, une position inacceptable pour cet auditeur.
On a alors pu réentendre le Stéphane Dion tant honni des Québécois. Au lieu de se dissocier clairement de cette position sulfureuse qui sent la guerre civile, Dion en a rajouté. Après avoir souhaité convaincre un jour son interlocuteur de son idéal d'un Canada uni, il a rappelé qu'advenant la séparation du Québec, "tout serait sur la table" et que ce serait le chaos. Or, c'est une fumisterie. La perspective d'un éventuel chaos est précisément entretenue par ceux qui s'en servent comme d'un argument de peur alors qu'ils pourraient jouer fair-play et écarter cette hérésie de mauvais perdants prêts à foutre le bordel plutôt que de se plier au résultat démocratique. C'est le dernier rempart, l'ultime chantage de ce pays qui en est deux.
Ceux qui utilisent la réponse-clip qui veut que si le Canada est divisible, le Québec peut l'être aussi font d'énormes raccourcis. Parce que le Québec est une entité au sein de cette fédération depuis qu'il y est embarqué. Lors de la courte victoire du Non, en 1995, les régions qui avaient voté Oui se sont ralliées à la décision de l'ensemble des votants du Québec. On n'a pas séparé les bouts qui voulaient se séparer. Le Québec avait dit non en tant qu'entité. S'il décide de quitter le Canada, ce sera aussi en tant qu'entité. Ce n'est même pas une position nationaliste, c'est la seule position qui puisse se défendre d'un point de vue sociologique, humaniste et démocratique.
Quiconque se dit "nationaliste québécois" ne peut pas soutenir la partition. Si Stéphane Dion avait tant à cœur le bien-être du Québec, il ne permettrait pas qu'on suggère de le diviser advenant que ses citoyens choisissent un jour majoritairement l'indépendance. C'est une chose de soutenir que le Québec est mieux servi au sein du Canada. Mais laisser planer le doute sur son intégrité territoriale en cas d'indépendance, c'est donner une nette préséance à son option constitutionnelle au détriment du bien-être et de la sécurité des Québécois, et même des Canadiens.
On me dira qu'il y a bien d'autres dossiers beaucoup plus chauds: l'économie, l'environnement, la présence canadienne en Afghanistan, la culture. Sur tous ces sujets, c'est vrai, j'aurais assez confiance en ce que les députés libéraux, néo-démocrates ou verts peuvent apporter. Mais elle a beau paraître loin, l'indépendance du Québec, la question constitutionnelle n'est pas réglée pour autant. Et tant qu'aucun parti fédéraliste n'aura pris position contre la partition, ils n'auront pas mon vote. Parce que jamais je n'accepterai d'être représenté par des fédéralistes qui placent leur option au-dessus de l'intégrité du Québec. Stéphane Dion en fait partie. Harper aussi. Ce sont donc des "amis" qui sont prêts à nous péter la gueule (ou, à tout le moins, à laisser planer cette menace) si on s'avise un jour de ne pas suivre leurs conseils. Il serait bon de s'en souvenir.
CHAREST EST PLUS NATIONALISTE QUE DUMONT!
Comme ça change, des fois... Ces derniers mois, plusieurs proches souverainistes m'ont avoué trouver Jean Charest plutôt sympathique, au point même de songer à voter pour lui. Charest s'est peu à peu imposé comme un politicien habile, pragmatique, capable de reculer quand il le fallait. Les militants auront beau danser au son de Libérez-nous des libéraux, Charest ne fait plus peur.
Et voilà en plus que l'ancienne "dernière chance du fédéralisme" se met à passer pour un ardent défenseur non seulement des intérêts du Québec, mais même de son identité! Il a d'ailleurs servi une magistrale leçon en la matière à Mario Dumont alors que celui-ci avertissait l'électorat québécois de possibles représailles politiques des conservateurs s'ils perdaient trop de plumes au Québec. Belle mentalité de colonisé et de licheux!
Un peu plus et on dirait que Charest pourrait revirer de bord, juste pour le kick, et dire à ses anciens alliés au fédéral: "Écoutez, je suis allé au bat pour contrer les séparatistes. J'ai abandonné une carrière qui m'aurait sûrement permis de devenir premier ministre du Canada pour ça. Mais si vous me faites trop chier, je pourrais aussi ben décider de la faire, moi, l'indépendance. Si je peux les endormir, je peux aussi les réveiller..."
Présentement, Charest s'amuse, comme un gros chat donnant d'habiles coups de patte à des souris étourdies. C'est que sa plus grosse job de bras au service du fédéralisme est déjà faite depuis longtemps. Il s'agissait des défusions. Tiens, tiens, là aussi, le spectre de la partition dans le West Island pointe le bout de son nez...
Si Jean Charest est fin prêt à défendre les intérêts du Québec par-dessus toute idéologie, pourquoi ne pas lui proposer une petite motion proclamant l'indivisibilité du territoire québécois?