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Impertinences
1 octobre 2008, 11:43

La crise de l'espoir

Je ne comprends pas grand-chose à la crise boursière qui secoue les États-Unis et sa banlieue le monde. J'ai beau écouter les analyses et les explications, il vient toujours un moment où, faute que mon cerveau puisse comprendre le sens des chiffres stratosphériques que les spécialistes balancent, mon regard est attiré par n'importe quoi d'autre à côté de la télé (tiens, mon plumeau aurait besoin d'être changé...) ou il me vient une furieuse envie de connaître le score d'un match de curling entre la Saskatchewan et l'Île-du-Prince-Édouard.

J'ai beau me dire que ma vie en dépend et que je ferais bien d'y comprendre quelque chose afin de bien réagir si je ne veux pas me retrouver, d'ici quelques années, à faire la file pour un bol de soupe, rien n'y fait. Je vous parle donc de tout ça comme John McCain parlerait d'Internet ou un candidat conservateur, de culture.

En fait, instinctivement, j'ai bien une perception du système boursier. Mais je me dis que je dois être aveuglé par mes idées gauchistes et que ça ne peut pas être si niaiseux et irrationnel que ça. En voyant les fluctuations, en entendant les termes employés par les experts, j'en suis venu à me dire que ce système reposait sur la foi. L'espoir d'un retour sur son investissement. Et qu'on transposait ces espoirs en argent, qu'on les empilait en attendant de les encaisser, les échangeant parfois en cours de route contre d'autres espoirs encore plus fous.

Les crises boursières, c'est quand la réalité vient ébranler ces espoirs. Quand, emportés par un délire optimiste, les espoirs en viennent à outrepasser à ce point les possibilités réelles que quelqu'un, quelque part, finit par se dire que tout va s'écrouler, quand un, puis deux, puis vingt, puis mille, puis des millions d'investisseurs en viennent à se dire "Oh! oh! ça ne balancera pas...", et que le cours de l'espoir s'en trouve affecté. Bref, l'économie boursière m'apparaît comme un gigantesque dragon inventé, un tigre de papier qui peut pourtant mordre, reposant uniquement sur cette base fragile et volatile qu'est la confiance des investisseurs. Crois ou plonge. Crois ou décroît.

Je ne nie pas que le marché soit une force éternelle avec laquelle il faut toujours compter; la déroute économique soviétique est là pour nous le rappeler. C'est la bulle spéculative qui flotte au-dessus qui me semble artificiellement gonflée d'espoirs irrationnels et de fraudes en série. Et même si on est des millions à se dire que ça ne tient pas debout, on embarque quand même, on prend des REER, on a quelques actions. On se dit qu'il vaut sans doute mieux se tromper avec tout le monde qu'avoir raison tout seul.

En effet, quand tout le monde perdra ses économies en même temps, on se dira que le gouvernement va faire quelque chose et, de toutes façons, ce sera rassurant d'être dans la merde tous ensemble. Alors que si j'avais mis tout mon cash dans un bas de laine et vécu selon mes moyens avec un vieux bazou et une maison pas rénovée depuis 20 ans, j'aurais seulement risqué de passer pour un cheap un peu fêlé, qui ne faisait même pas sa part pour faire rouler l'économie.

C'était difficile de ne pas être influencé. Depuis des décennies que quiconque propose de mettre un frein à la spéculation et aux pressions pour le rendement des actionnaires passe pour un go-gauchiste déconnecté de la réalité! Faute de comprendre cette apparente réalité aussi insaisissable qu'une carte du ciel, on finit par se dire que c'est peut-être vrai. Mais en fin de compte, n'était-ce pas plutôt que les go-gauchistes étaient déconnectés de la fiction? Le plus bizarre, c'est que la crise actuelle s'annonce être plus coûteuse pour ceux qui étaient déconnectés de la fiction que pour ceux qui étaient déconnectés de la réalité. Et les fondements du système demeureront les mêmes puisque tous les plans de sauvetage visent à redonner confiance aux investisseurs, à les faire re-croire. Autrement dit, on engage un motivateur pour guérir un mythomane. "Let's go, t'étais pas si fou que ça!" Misère...

J'espère seulement que, dans ce douloureux processus, tous ceux qui nous disaient qu'ils savaient comment ça marchait et qu'il fallait laisser agir le marché en toutes circonstances prendront une leçon d'humilité et fermeront leur gueule quand il sera question d'interventions de l'État dans certains domaines économiques. Ou, à tout le moins, que les humbles citoyens si longtemps mystifiés par leur prestance cessent de les écouter comme s'ils étaient les gourous d'une vérité les dépassant. Les révolutions de gros bons sens, ça ne devrait pas être seulement pour les élections...

Encore une fois, je serais ravi de me tromper, et si quelqu'un peut parvenir à me faire comprendre avec une image claire que le système boursier mondial n'est pas ce marché aux espoirs irrationnels que je perçois, et s'il peut m'expliquer comment ça marche, je lui paye 100 actions de Merrill Lynch ou une bière, selon la moins onéreuse des deux options...

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Richard Léveillé a dit :

re: La crise de l'espoir

Je ne comprends pas tous les tenants et aboutissants de cette crise, sauf que c'est dû à la possibilité qu'ont les acheteurs de grosses maisons aux États-Unis de les obtenir en se faisant offrir des hypothèques pour la valeur totale de la propriété depuis l'ère Bush (ou à peu près).  Résultat, leur guerre en Iraq leur coûte la peau des fesses et les banques manque de cash.  Et voilà que les marchés dégringolent.  Le pire, c'est que les plus gros investisseurs boursiers ne perdront pas beaucoup sinon rien du tout.  Le bon Gouvernement dirigé par ces même s investisseurs accorderont leurs flûtes pour régler le problème au frais des contribuables et vie la galère...

# 02 oct. 2008, 18:38

Claude Perrier a dit :

re: La crise de l'espoir

La bière d'abord, l'explication ensuite?

Bon, c'est bien ce que je pensais...  N'empêche que la petite phrase ci-dessus s'avère, en quelque sorte, l'illustration métaphorique de la source du problème.  Que je ferai précéder d'une mise en contexte explicative.

Mise en contexte:

En ces jours-là, l'économie américaine se mit à rouler de plus en plus sur le crédit.  Ce qui s'avérait bien nécessaire, d'ailleurs, car sinon il y aurait eu ralentissement du côté de la consommation.  On accorda donc à tout le monde ou presque de délirantes limites de crédit sur des tas de cartes.  Et, tant qu'on pu continuer à dépenser sans compter, l'économie américaine se porta à merveille.  En apparence, du moins.

À ces limites délirantes de crédit consenties (sans grand discernement) pour les cartes, on entreprit aussi d'accorder des hypothèques ne requérant aucune mise de fond, à des taux variables (susceptibles de fluctuer), à des millions de personnes n'ayant en fait pas les moyens de s'embarquer dans pareille aventure.  Le moindre pépin, tel une maladie, une perte d'emploi, une hausse du taux d'intérêt du prêt (à taux variable), et c'était l'inévitable défaut de paiement.  Les prêteurs, beaucoup trop téméraires, risquaient de se retrouver Gros-Jean comme devant ou, si vous préférez, d'y perdre leur chemise.

La source du problème:

Puis, à la cupidité de ces prêteurs trop optimistes, pensant bêtement que le marché immobilier allait constamment être à la hausse et, par conséquent, servirait de garantie aux prêts consentis à des emprunteurs pas toujours très solvables, à cette cupidité donc vinrent s'ajouter quelques fins finauds qui se mirent à vendre aux investisseurs des titres reposant essentiellement sur ces hypothèques douteuses (compte tenu de tous les risques de défaut de paiement qu'elles comportaient).

Mais, peu importe que le tout ne fut en fait qu'un inquiétant château de cartes, pour peu qu'on y regarde d'assez près, il se vendit de ces titres fragiles en quantité industrielle.  Plein de gros investisseurs en remplirent allègrement leurs portefeuilles.

Puis, Monsieur Tout-le-Monde eut un pépin.

Ensuite, la même chose survint à son voisin.  Et à son collègue de travail, à son beau-frère, à sa gentille petite fleuriste et à des tas d'autres.  La plupart étaient désespérément étouffés par leur énorme dette de crédit et ne parvenaient plus à faire leurs paiements mensuels minimums sur leurs cartes.  Ni à faire leurs versements hypothécaires.

Et tous les cupides et téméraires créanciers, si optimistes la veille encore, se sont subitement retrouvés avec des portefeuilles bourrés de titres se dévaluant à vue d'oeil.  Alors, ces créanciers, sociétés d'investissement, banques, assureurs et autres ont vu leurs propres actions se dévaluer en raison de leurs mauvais placements.  Et la Bourse de Wall Street s'est mise à tousser.  De plus en plus, au fur et à mesure que le mal - très contagieux - se répandait.

Ouf!  Je pense que c'est à peu près ce qui s'est passé - mais cela dit sous toutes réserves, car je ne suis pas un expert de ces questions.  Je n'y comprends pas grand-chose, même...  N'empêche que cette explication me semble reposer sur les faits et être assez plausible, non?

Enfin, si cela a pu vous éclairer un peu, vous seriez bien aimable d'ajouter une autre bière...

# 03 oct. 2008, 11:24

Sylvain Pichette a dit :

re: La crise de l'espoir

Pourquoi ne pas faire confiance aveuglément en notre premier ministre, Stephen Harper, qui tente de nous faire crorie que tout va bien, Madame la Marquise? si vous connaissez les paroles de cette chanson, vous savez qu'il y a un problème découlant d'un autre problème découlant... Refuser de croire que le Canada ne sera pas touché par la crise boursière états-unienne signifie qu'on oublie que le plus gros client du Canada et du Québec est notre voisin du sud.

De plus, son mentor, George W. Bush, vient de décider que l'État devait intervenir, allant ainsi contre la sacro-sainte loi du marché qui interdit toute intervention des gouvernements. Notre premier ministre est un puriste et préférerait laisser tomber l'économie canadienne (sauf pétrolière) plutôt que d'aider les citoyens du Canada: regardez ce qu'il a fait avec les entreprises forestières et celles du domaine automobile.

Quand arrêterons-nous de croire que les lois du marché sont des lois divines, des lois naturelles, comme veulent nous le faire croire ces multi-millionnaires qui ont accumulé leur richesse sur le dos des travailleurs dans certains cas?

# 04 oct. 2008, 09:10

Jessika Fortin a dit :

re: La crise de l'espoir

Personnellement, j'ai compris le contexte de la crise. Pourquoi les États-Unis sont dans la merde avec leur crise du crédit. Ce que je trouve un peu ridicule, je ne suis pas économiste, je n'y connais pas grand chose mais je me dis, si tu prêtes de l'argent à quelqu'un qui n'est pas solvable, surtout quand c'est pour acheter une maison de 200 000$, c'est sûr qu'éventuellement, ça risque de créer des problèmes sur le marché. Je n'y connais rien là mais il me semble que c'est un principe de base. Et on voit bien ce matin que malgré le plan de sauvetage, les bourses continuent de dégringoler...

Mais lorsque j'écoute les reportages sur la crise et que je lis les journaux portant sur le sujet, je ne sais pas trop où me situer. Je lis des titres comme "Journée Noire", "Temps Sombre"... et je ne me sens pas vraiment touchée. Il faut dire que l'économie et moi ça fait deux. Je ne sais pas trop de quelle façon je devrais réagir devant cette crise. Je ne comprends peut-être pas les enjeux qui risquent de nous arriver ici au Québec. Mais je me dis est-ce une bonne chose de faire peur aux gens avec de tels titres? Est-ce que de cesser de faire acheter les gens par risque de récession est une bonne chose pour l'économie? Je me demande si les médias ne risquent pas d'aggraver la crise avec leurs grands titres? Quoi qu'il en soit, je devrais peut-être me conscientiser sur le sujet...

# 06 oct. 2008, 10:55

Yves Lanthier a dit :

re: La crise de l'espoir

Une image simple pour se représenter la crise: vous vous rappelez la mode des pyramides d'argent et des ventes pyramidales?

Il faut qu'il y en ait qui perdent, mais surtout... il faut qu'il y en ait un *grand nombre* qui perdent. Le truc pour les plus forts consiste à en pousser le plus grand nombre possible en bas.

De temps en temps, en bas, le verrou cède et la trappe s'ouvre.

# 07 oct. 2008, 14:20


François Parenteau
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