Je ne comprends pas grand-chose à la crise boursière qui secoue les États-Unis et sa banlieue le monde. J'ai beau écouter les analyses et les explications, il vient toujours un moment où, faute que mon cerveau puisse comprendre le sens des chiffres stratosphériques que les spécialistes balancent, mon regard est attiré par n'importe quoi d'autre à côté de la télé (tiens, mon plumeau aurait besoin d'être changé...) ou il me vient une furieuse envie de connaître le score d'un match de curling entre la Saskatchewan et l'Île-du-Prince-Édouard.
J'ai beau me dire que ma vie en dépend et que je ferais bien d'y comprendre quelque chose afin de bien réagir si je ne veux pas me retrouver, d'ici quelques années, à faire la file pour un bol de soupe, rien n'y fait. Je vous parle donc de tout ça comme John McCain parlerait d'Internet ou un candidat conservateur, de culture.
En fait, instinctivement, j'ai bien une perception du système boursier. Mais je me dis que je dois être aveuglé par mes idées gauchistes et que ça ne peut pas être si niaiseux et irrationnel que ça. En voyant les fluctuations, en entendant les termes employés par les experts, j'en suis venu à me dire que ce système reposait sur la foi. L'espoir d'un retour sur son investissement. Et qu'on transposait ces espoirs en argent, qu'on les empilait en attendant de les encaisser, les échangeant parfois en cours de route contre d'autres espoirs encore plus fous.
Les crises boursières, c'est quand la réalité vient ébranler ces espoirs. Quand, emportés par un délire optimiste, les espoirs en viennent à outrepasser à ce point les possibilités réelles que quelqu'un, quelque part, finit par se dire que tout va s'écrouler, quand un, puis deux, puis vingt, puis mille, puis des millions d'investisseurs en viennent à se dire "Oh! oh! ça ne balancera pas...", et que le cours de l'espoir s'en trouve affecté. Bref, l'économie boursière m'apparaît comme un gigantesque dragon inventé, un tigre de papier qui peut pourtant mordre, reposant uniquement sur cette base fragile et volatile qu'est la confiance des investisseurs. Crois ou plonge. Crois ou décroît.
Je ne nie pas que le marché soit une force éternelle avec laquelle il faut toujours compter; la déroute économique soviétique est là pour nous le rappeler. C'est la bulle spéculative qui flotte au-dessus qui me semble artificiellement gonflée d'espoirs irrationnels et de fraudes en série. Et même si on est des millions à se dire que ça ne tient pas debout, on embarque quand même, on prend des REER, on a quelques actions. On se dit qu'il vaut sans doute mieux se tromper avec tout le monde qu'avoir raison tout seul.
En effet, quand tout le monde perdra ses économies en même temps, on se dira que le gouvernement va faire quelque chose et, de toutes façons, ce sera rassurant d'être dans la merde tous ensemble. Alors que si j'avais mis tout mon cash dans un bas de laine et vécu selon mes moyens avec un vieux bazou et une maison pas rénovée depuis 20 ans, j'aurais seulement risqué de passer pour un cheap un peu fêlé, qui ne faisait même pas sa part pour faire rouler l'économie.
C'était difficile de ne pas être influencé. Depuis des décennies que quiconque propose de mettre un frein à la spéculation et aux pressions pour le rendement des actionnaires passe pour un go-gauchiste déconnecté de la réalité! Faute de comprendre cette apparente réalité aussi insaisissable qu'une carte du ciel, on finit par se dire que c'est peut-être vrai. Mais en fin de compte, n'était-ce pas plutôt que les go-gauchistes étaient déconnectés de la fiction? Le plus bizarre, c'est que la crise actuelle s'annonce être plus coûteuse pour ceux qui étaient déconnectés de la fiction que pour ceux qui étaient déconnectés de la réalité. Et les fondements du système demeureront les mêmes puisque tous les plans de sauvetage visent à redonner confiance aux investisseurs, à les faire re-croire. Autrement dit, on engage un motivateur pour guérir un mythomane. "Let's go, t'étais pas si fou que ça!" Misère...
J'espère seulement que, dans ce douloureux processus, tous ceux qui nous disaient qu'ils savaient comment ça marchait et qu'il fallait laisser agir le marché en toutes circonstances prendront une leçon d'humilité et fermeront leur gueule quand il sera question d'interventions de l'État dans certains domaines économiques. Ou, à tout le moins, que les humbles citoyens si longtemps mystifiés par leur prestance cessent de les écouter comme s'ils étaient les gourous d'une vérité les dépassant. Les révolutions de gros bons sens, ça ne devrait pas être seulement pour les élections...
Encore une fois, je serais ravi de me tromper, et si quelqu'un peut parvenir à me faire comprendre avec une image claire que le système boursier mondial n'est pas ce marché aux espoirs irrationnels que je perçois, et s'il peut m'expliquer comment ça marche, je lui paye 100 actions de Merrill Lynch ou une bière, selon la moins onéreuse des deux options...