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Impertinences
Impertinences
October 2008 - Messages
29 octobre 2008, 4:56
Chicane de couple
J'ai bien entendu dire quelque part que plusieurs Canadiens remerciaient le Bloc d'avoir empêché Harper d'être majoritaire, mais il paraît plutôt qu'au Canada anglais, la "switch est à bitch" à propos du Québec ces jours-ci. Dans La Presse du 27 octobre dernier, Louise Leduc recensait les commentaires de nombreux éditorialistes du ROC à la suite des résultats des dernières élections. Et le portrait est peu glorieux.

C'est le festival de la métaphore familiale et conjugale chez les journalistes de nos voisins d'à côté. Selon eux, les Québécois sont soit des Tanguy qui profitent du domicile familial sans payer de loyer, soit une femme capricieuse qui demande sans cesse de nouvelles faveurs à son mari sans jamais se laisser gagner. C'est d'ailleurs cette dernière image qui revient le plus souvent.

Barbara Kay (encore elle!), la senior Quebec-bashing correspondent du National Post, en rajoute même en décrivant les Québécois comme de véritables parasites du fédéralisme. Et partout à travers le ROC, on s'offusque de ce vote majoritairement bloquiste aux dernières élections, qui prouve que les Québécois refusent de participer à la construction du Canada. Jeffrey Simpson reproche même aux Québécois de donner leur appui au fédéral uniquement à des chefs québécois (pas tous, visiblement, Dion ayant fait patate). Un peu plus et il dirait "vote ethnique"...

Le plus drôle, c'est que ce concert de mièvreries désobligeantes prouve une fois de plus à quel point ce pays n'en est pas un et qu'il repose sur des prémisses complètement fausses. Selon les évangiles fédéralistes, le Québec est la différence qui fait du Canada ce qu'il est, l'âme de cette sorte d'Amérique diet. Mais dès que cette différence s'exprime de façon concrète, ce n'est jamais l'admiration qu'elle suscite, ni non plus la curiosité sociologique ou l'analyse rigoureuse. C'est toujours le mépris, l'irritation ou la condescendance. La place du Québec dans le Canada est presque toujours perçue, du Pacifique à l'Outaouais et de la baie des Chaleurs à Saint-Jean de Terre-Neuve, comme un accommodement vraiment gossant. En attendant...

Je l'ai déjà écrit dans ces pages et le spin donné à la dernière élection fédérale le prouve une fois de plus: en fait de métaphore conjugale, la relation qui unit le Québec et le Canada suit exactement le pattern d'une femme mariée à un abuseur psychologique. Toutes les occasions sont bonnes pour lui de la déprécier, de lui rappeler à quel point elle est incapable et qu'elle serait anéantie sans lui. Mais dès qu'elle se tanne et qu'elle menace de prendre la porte, il se crisse à genoux pour lui dire qu'il l'aime et qu'il va changer. Ce qu'il ne fait évidemment pas.

Or, si le Bloc empêche en effet le Canada de fonctionner comme les Canadiens le souhaiteraient, c'est que le Canada aimerait fonctionner d'une façon qui ne ferait pas l'affaire des Québécois. Dès lors, il n'y a qu'une solution possible. Et je m'étonne qu'une majorité de commentateurs se contentent de sentir le vent des choses superficielles pour la trouver dépassée. Au contraire, elle est plus actuelle que jamais, et peut-être même plus accessible. Autrefois, l'indépendance aurait été une bonne idée pour le Québec. Elle serait maintenant une bonne idée pour le Canada aussi...

ÉLECTIONS AU QUEBEC

Je sais bien qu'il n'y a pas que des analystes qui soient tannés de cette sempiternelle question, que beaucoup de Québécois ne souhaitent même plus en entendre parler et que dans la prochaine campagne électorale au Québec (peut-être même très prochaine mais la grosse rumeur n'était pas confirmée au moment d'aller sous presse), Charest compte marquer des points en soulignant les visées constitutionnelles de ses adversaires péquistes et adéquistes alors que lui propose de continuer à ne pas toucher à ça, mais alors là, pas du tout.

Mais qu'il s'agisse d'environnement, d'économie ou d'un quelconque autre beau gros thème, la réalité est que nos politiciens n'y peuvent pas grand-chose. Enfin oui, un peu, mais les problématiques comme les solutions sont tellement mondiales que, que ce soit en tant que pays ou en tant que province, nous serons liés par les décisions de nos alliés et voisins, et nous devrons choisir une place dans la moyenne.

Mais notre statut constitutionnel, ça, on peut y changer quelque chose. Et ça influe sur plein d'autres sujets qui nous touchent au quotidien. Que ce soit l'immigration, la protection du français, l'éducation, le Québec n'est pas encore le maître d'œuvre de ses politiques et doit sans cesse s'épuiser dans des négociations avec un palier de gouvernement qui ne le représente pas et qui souvent s'oppose, en dehors de quelques cadeaux symboliques, aux intérêts du Québec.

Je suis d'avis que Pauline ferait bien de ne pas éluder la question de l'indépendance pendant cette élection à venir. Elle ne gagnera peut-être pas l'élection, mais elle peut faire avancer la cause de l'indépendance et, avec elle, le seul parti qui la porte. Cette élection sera visiblement celle du dépeçage de l'ADQ. Et le PQ doit prendre une grosse bouchée en prouvant que cette fameuse troisième voie incarnée par Mario Dumont était une fameuse perte de temps.


22 octobre 2008, 1:07
Libérez-nous de qui donc déjà?
Tout ça pour ça. Une élection pour revenir pratiquement au même point. Bien difficile de tirer une conclusion de l'exercice sans avoir l'air de faire du wishful thinking ou, au contraire, de se vautrer dans le pessimisme. J'essaierai tout de même...

Notons d'abord le très faible taux de participation qui me fait dire qu'on est mûr pour changer au moins un peu ce désespérant mode de scrutin pour y intégrer des éléments proportionnels. D'abord, notons que les conservateurs et le NPD ont augmenté leur score. Les verts aussi mais sans faire élire de candidat, pas même leur chef. Le Bloc a perdu quelques plumes alors que les libéraux menés par Dion ont pris une bonne débarque.

On peut y voir une écœurantite de l'électorat (au Québec, en tout cas) face au débat constitutionnel qui ne manque pas de se pointer quand les libéraux sont au pouvoir, et un repositionnement vers une division gauche-droite plus franche. D'ailleurs, fait marquant de cette réorientation du débat, plusieurs souverainistes de gauche férocement anti-Dion sur le plan constitutionnel se sont surpris à ne pas souhaiter trop de mal au Parti libéral plus centriste face à Harper, et se surprennent aujourd'hui à être un peu remués par l'ampleur de sa défaite. C'est comme si une migraine venait de remplacer une colique et on n'est pas trop sûr si on aime mieux ça...

Chose certaine, les libéraux devront en tenir compte au moment de se choisir un nouveau chef.

SARKOZY AIME LE CANADA

Puisqu'on est sur le sujet, force est d'admettre que Paul Desmarais a bien briefé son protégé français, et celui-ci a articulé avec fermeté, lors de son bref passage au Sommet de la Francophonie à Québec, sa vision des relations France-Québec-Canada. Finies les bitcheries, la France aime bien le Canada tel qu'il est avec le Québec qu'elle aime bien (et même un petit peu plus) dedans. Il n'y a pas de quoi s'énerver car, de toute façon, tout cela ne nous dit rien sur le rôle que pourrait jouer le gouvernement français si le peuple québécois choisissait l'indépendance. Enfin, si, ça nous dit au moins qu'ils ont arrêté de nous prendre pour des Français perdus. C'est déjà une indépendance de faite...

Au lieu de se désespérer, les indépendantistes feraient bien de consacrer leurs efforts à convaincre les deux premiers peuples qu'ils ont à convaincre, les deux seuls que la question concerne directement: les Québécois et les Canadiens. Le sundae avant la cerise, quoi.

D'ici à ce que l'idée fasse son chemin, cependant, les souverainistes vont se buter à un étrange problème. Beaucoup de progressistes au Canada (je veux dire par là tous les anti-Harper, tant pis si ça a l'air impartial) remercient aujourd'hui le Bloc et ses électeurs de tous leurs poumons pour avoir empêché les conservateurs de décrocher un gouvernement majoritaire. Ils seraient aujourd'hui bien mal en point sans le Québec et, conséquemment, ont désormais une raison de plus de l'empêcher de partir... Ironique, tout de même, que ce soit un parti souverainiste québécois qui vienne à la rescousse des valeurs canadiennes...

LA PLACE DU FRANÇAIS SELON ISABELLE HUDON

Isabelle Hudon vient de quitter la présidence de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Je suis plutôt mal placé pour juger de son travail comme tel mais, au cours de la récente campagne électorale, je l'ai vue en entrevue à la télé expliquer que, selon elle, ceux qui, à l'instar des bloquistes, demandaient que le gouvernement fédéral respecte les dispositions de la loi 101 sur l'affichage et la langue de travail pour ses institutions en territoire québécois profitaient de ces élections pour faire de la politique et qu'une élection n'était pas le bon moment pour soulever cette question délicate qui déclenche les passions. Ah bon? C'est quand d'abord, le bon moment?

PENDANT CE TEMPS AUX USA

Quand la majorette Palin a fait son entrée dans la course et son petit effet dans les sondages, nombreux sont ceux, au Québec comme aux USA, qui se sont complètement découragés, tirant trop rapidement des conclusions catastrophiques de ce phénomène qui s'avéra passager. Ça y allait fort dans le "Ça y est, c'est fini. Le beau rêve d'Obama vient de se fracasser sur ce dur récif de populisme imbécile".

Et pourtant, Obama est toujours là, en haut dans les sondages. La crise économique, le racisme de plus en plus évident des quelques Républicains qui restent fidèles à McCain et qui capotent, les appuis qu'il reçoit de Madeleine Albright et Colin Powell, tout joue pour lui. On se croise les doigts, bien sûr, mais l'effondrement pressenti par trop d'observateurs ne s'est pas produit.

Et si les États-Unis étaient vraiment sur le point de sortir de leur torpeur et de leur repli sécuritaire pour redevenir une société politiquement inspirante? Le vois-tu comme c'est beau?


15 octobre 2008, 1:27
Le bras de fer national
Tombée du Voir oblige, cette chronique a été écrite la veille des élections. Je n'ai donc aucune idée des résultats de cette étrange campagne où tous les scénarios sont dans la marge d'erreur.

On a dit cette campagne plate. Pourtant, chaque fois qu'on a cru voir une tendance se dessiner, il y a eu un revirement. Au début, Gilles Duceppe faisait presque figure de chair à canon, et voilà qu'il passe pour un génie et se fait même applaudir au Canada anglais. À l'inverse, quand le tonnerre d'applaudissements hargneux a d'abord salué les coupures des conservateurs dans la culture, on a cru que Harper avait gagné son pari et qu'il avait réussi à diviser le Québec et à se faire le porte-parole d'une classe moyenne qui en avait assez. Or, un petit vidéo très rigolo plus tard, la tendance s'est inversée. C'est du rebondissement, ça!

Même Stéphane Dion a agréablement surpris. Ça fait encore tout bizarre de le voir là mais à part sa crampe au cerveau au réseau CTV, il n'a pas commis de gaffe majeure. Bon, avec lui, les attentes étaient tellement basses qu'il pouvait difficilement faire autre chose que surprendre agréablement. Et il faut saluer sa constance dans la défense de son plan vert. Les journalistes lui posent toujours les mêmes questions qui opposent environnement et économie, comme si l'environnement était une préoccupation bourgeoise qui devrait être mise au rancart quand la situation économique est grave. Et Dion explique toujours que son plan est solide tant pour l'économie que pour l'environnement. C'est quand même bizarre qu'il doive ainsi toujours expliquer ce qui a été si bien compris ailleurs dans le monde.

Jack Layton, comme d'habitude, a eu les plus grands espoirs avant de voir l'appui au NPD reculer à la veille du scrutin. En fait, j'ai l'impression que l'appellation "NOUVEAU Parti démocratique" nuit. Depuis que je suis né que ce parti existe et je ne vois pas ce qu'il a de bien nouveau. Toujours à gauche, toujours représenté par un chef sympathique, mais toujours au pire figurant et au mieux trouble-fête. J'ai comme l'impression que ce "nouveau" dans son appellation officielle confère au NPD une aura de parti "junior". Il serait peut-être temps de songer à le rebaptiser simplement "Parti démocratique" ou alors même "Parti démocrate", pourquoi pas? Il pourrait ainsi bénéficier d'un peu du souffle qui pousse actuellement le Parti démocrate américain.

Cette élection démontre bien que les récents mouvements des plaques tectoniques politiques au Canada sont maintenant stabilisés. Au Québec, le succès renouvelé du Bloc ne traduit pas nécessairement un regain de ferveur indépendantiste, mais il signifie à tout le moins que les Québécois trouvent suffisamment quelque chose qui les dérange dans les autres partis pour élire des députés qui ne seront assurément pas au pouvoir. La reconnaissance de la nation par Harper a trop eu l'air d'une astuce ou ses idées de censure et de répression font peur. Quant aux libéraux, n'oublions pas que Stéphane Dion a été choisi comme chef en grande partie parce qu'il défendait l'orthodoxie libérale face au Québec (il n'aurait jamais proposé qu'on reconnaisse la nation québécoise), au contraire de Michael Ignatieff qui avait fait part d'une position bien plus ouverte. Les Québécois ne veulent pas reculer sur ce front et le charisme d'amibe de Dion ne suffit pas à les faire "passer à autre chose".

En fait, cette abnégation qui consiste à voter pour des candidats qui n'ont aucune prétention au pouvoir prouve que cette question a encore son importance en sourdine. D'ici à ce que le Parti libéral revoie en profondeur son approche concernant le Québec, il continuera d'être l'ombre de ce qu'il a été. Dion ou pas, il faudra que les libéraux se mettent à jour: la vision trudeauiste n'aura été qu'un accident de parcours...

UNE PATHETIQUE QUETE DES MINISTRABLES

La fâcheuse conséquence de cette emprise du Bloc, c'est bien sûr que le Québec risque d'être fort peu représenté au sein du nouveau gouvernement. Plusieurs observateurs, sans pour autant remettre en cause la légitimité du Bloc, s'en désolent au point de recommander aux électeurs de donner une chance à un candidat ministrable s'il est dans leur comté. Or, si Gilles Duceppe n'est pas responsable de l'impuissance de ses opposants, l'électeur ne l'est pas non plus.

C'est l'autre bras de fer qui se joue en cette élection. L'impasse provoquée par les gouvernements minoritaires à répétition devrait nous mener à la conclusion que le mode de scrutin actuel est désormais désuet. Un scrutin proportionnel (au moins en partie) permettrait des coalitions. Avec, en plus, des élections à date fixe, on obligerait les partis à travailler ensemble au lieu de se lancer des invectives en plein parlement. Et puis, avec des listes de candidats, les partis n'auraient qu'à doser leurs "ministrables" selon leur provenance. Au moins, ça leur éviterait d'en être réduits à quémander des ministres à l'électorat québécois...


8 octobre 2008, 11:45
Le spectre de la partition
La semaine dernière à la radio de la SRC, Stéphane Dion était de passage à Maisonneuve en direct pour répondre aux questions des auditeurs. Un monsieur qui se disait indépendantiste mais qui reconnaissait tout de même certaines qualités à Stéphane Dion lui demandait s'il avait changé d'avis sur l'éventuelle partition du territoire québécois advenant l'indépendance, une position inacceptable pour cet auditeur.

On a alors pu réentendre le Stéphane Dion tant honni des Québécois. Au lieu de se dissocier clairement de cette position sulfureuse qui sent la guerre civile, Dion en a rajouté. Après avoir souhaité convaincre un jour son interlocuteur de son idéal d'un Canada uni, il a rappelé qu'advenant la séparation du Québec, "tout serait sur la table" et que ce serait le chaos. Or, c'est une fumisterie. La perspective d'un éventuel chaos est précisément entretenue par ceux qui s'en servent comme d'un argument de peur alors qu'ils pourraient jouer fair-play et écarter cette hérésie de mauvais perdants prêts à foutre le bordel plutôt que de se plier au résultat démocratique. C'est le dernier rempart, l'ultime chantage de ce pays qui en est deux.

Ceux qui utilisent la réponse-clip qui veut que si le Canada est divisible, le Québec peut l'être aussi font d'énormes raccourcis. Parce que le Québec est une entité au sein de cette fédération depuis qu'il y est embarqué. Lors de la courte victoire du Non, en 1995, les régions qui avaient voté Oui se sont ralliées à la décision de l'ensemble des votants du Québec. On n'a pas séparé les bouts qui voulaient se séparer. Le Québec avait dit non en tant qu'entité. S'il décide de quitter le Canada, ce sera aussi en tant qu'entité. Ce n'est même pas une position nationaliste, c'est la seule position qui puisse se défendre d'un point de vue sociologique, humaniste et démocratique.

Quiconque se dit "nationaliste québécois" ne peut pas soutenir la partition. Si Stéphane Dion avait tant à cœur le bien-être du Québec, il ne permettrait pas qu'on suggère de le diviser advenant que ses citoyens choisissent un jour majoritairement l'indépendance. C'est une chose de soutenir que le Québec est mieux servi au sein du Canada. Mais laisser planer le doute sur son intégrité territoriale en cas d'indépendance, c'est donner une nette préséance à son option constitutionnelle au détriment du bien-être et de la sécurité des Québécois, et même des Canadiens.

On me dira qu'il y a bien d'autres dossiers beaucoup plus chauds: l'économie, l'environnement, la présence canadienne en Afghanistan, la culture. Sur tous ces sujets, c'est vrai, j'aurais assez confiance en ce que les députés libéraux, néo-démocrates ou verts peuvent apporter. Mais elle a beau paraître loin, l'indépendance du Québec, la question constitutionnelle n'est pas réglée pour autant. Et tant qu'aucun parti fédéraliste n'aura pris position contre la partition, ils n'auront pas mon vote. Parce que jamais je n'accepterai d'être représenté par des fédéralistes qui placent leur option au-dessus de l'intégrité du Québec. Stéphane Dion en fait partie. Harper aussi. Ce sont donc des "amis" qui sont prêts à nous péter la gueule (ou, à tout le moins, à laisser planer cette menace) si on s'avise un jour de ne pas suivre leurs conseils. Il serait bon de s'en souvenir.

CHAREST EST PLUS NATIONALISTE QUE DUMONT!

Comme ça change, des fois... Ces derniers mois, plusieurs proches souverainistes m'ont avoué trouver Jean Charest plutôt sympathique, au point même de songer à voter pour lui. Charest s'est peu à peu imposé comme un politicien habile, pragmatique, capable de reculer quand il le fallait. Les militants auront beau danser au son de Libérez-nous des libéraux, Charest ne fait plus peur.

Et voilà en plus que l'ancienne "dernière chance du fédéralisme" se met à passer pour un ardent défenseur non seulement des intérêts du Québec, mais même de son identité! Il a d'ailleurs servi une magistrale leçon en la matière à Mario Dumont alors que celui-ci avertissait l'électorat québécois de possibles représailles politiques des conservateurs s'ils perdaient trop de plumes au Québec. Belle mentalité de colonisé et de licheux!

Un peu plus et on dirait que Charest pourrait revirer de bord, juste pour le kick, et dire à ses anciens alliés au fédéral: "Écoutez, je suis allé au bat pour contrer les séparatistes. J'ai abandonné une carrière qui m'aurait sûrement permis de devenir premier ministre du Canada pour ça. Mais si vous me faites trop chier, je pourrais aussi ben décider de la faire, moi, l'indépendance. Si je peux les endormir, je peux aussi les réveiller..."

Présentement, Charest s'amuse, comme un gros chat donnant d'habiles coups de patte à des souris étourdies. C'est que sa plus grosse job de bras au service du fédéralisme est déjà faite depuis longtemps. Il s'agissait des défusions. Tiens, tiens, là aussi, le spectre de la partition dans le West Island pointe le bout de son nez...

Si Jean Charest est fin prêt à défendre les intérêts du Québec par-dessus toute idéologie, pourquoi ne pas lui proposer une petite motion proclamant l'indivisibilité du territoire québécois?


1 octobre 2008, 11:43
La crise de l'espoir
Je ne comprends pas grand-chose à la crise boursière qui secoue les États-Unis et sa banlieue le monde. J'ai beau écouter les analyses et les explications, il vient toujours un moment où, faute que mon cerveau puisse comprendre le sens des chiffres stratosphériques que les spécialistes balancent, mon regard est attiré par n'importe quoi d'autre à côté de la télé (tiens, mon plumeau aurait besoin d'être changé...) ou il me vient une furieuse envie de connaître le score d'un match de curling entre la Saskatchewan et l'Île-du-Prince-Édouard.

J'ai beau me dire que ma vie en dépend et que je ferais bien d'y comprendre quelque chose afin de bien réagir si je ne veux pas me retrouver, d'ici quelques années, à faire la file pour un bol de soupe, rien n'y fait. Je vous parle donc de tout ça comme John McCain parlerait d'Internet ou un candidat conservateur, de culture.

En fait, instinctivement, j'ai bien une perception du système boursier. Mais je me dis que je dois être aveuglé par mes idées gauchistes et que ça ne peut pas être si niaiseux et irrationnel que ça. En voyant les fluctuations, en entendant les termes employés par les experts, j'en suis venu à me dire que ce système reposait sur la foi. L'espoir d'un retour sur son investissement. Et qu'on transposait ces espoirs en argent, qu'on les empilait en attendant de les encaisser, les échangeant parfois en cours de route contre d'autres espoirs encore plus fous.

Les crises boursières, c'est quand la réalité vient ébranler ces espoirs. Quand, emportés par un délire optimiste, les espoirs en viennent à outrepasser à ce point les possibilités réelles que quelqu'un, quelque part, finit par se dire que tout va s'écrouler, quand un, puis deux, puis vingt, puis mille, puis des millions d'investisseurs en viennent à se dire "Oh! oh! ça ne balancera pas...", et que le cours de l'espoir s'en trouve affecté. Bref, l'économie boursière m'apparaît comme un gigantesque dragon inventé, un tigre de papier qui peut pourtant mordre, reposant uniquement sur cette base fragile et volatile qu'est la confiance des investisseurs. Crois ou plonge. Crois ou décroît.

Je ne nie pas que le marché soit une force éternelle avec laquelle il faut toujours compter; la déroute économique soviétique est là pour nous le rappeler. C'est la bulle spéculative qui flotte au-dessus qui me semble artificiellement gonflée d'espoirs irrationnels et de fraudes en série. Et même si on est des millions à se dire que ça ne tient pas debout, on embarque quand même, on prend des REER, on a quelques actions. On se dit qu'il vaut sans doute mieux se tromper avec tout le monde qu'avoir raison tout seul.

En effet, quand tout le monde perdra ses économies en même temps, on se dira que le gouvernement va faire quelque chose et, de toutes façons, ce sera rassurant d'être dans la merde tous ensemble. Alors que si j'avais mis tout mon cash dans un bas de laine et vécu selon mes moyens avec un vieux bazou et une maison pas rénovée depuis 20 ans, j'aurais seulement risqué de passer pour un cheap un peu fêlé, qui ne faisait même pas sa part pour faire rouler l'économie.

C'était difficile de ne pas être influencé. Depuis des décennies que quiconque propose de mettre un frein à la spéculation et aux pressions pour le rendement des actionnaires passe pour un go-gauchiste déconnecté de la réalité! Faute de comprendre cette apparente réalité aussi insaisissable qu'une carte du ciel, on finit par se dire que c'est peut-être vrai. Mais en fin de compte, n'était-ce pas plutôt que les go-gauchistes étaient déconnectés de la fiction? Le plus bizarre, c'est que la crise actuelle s'annonce être plus coûteuse pour ceux qui étaient déconnectés de la fiction que pour ceux qui étaient déconnectés de la réalité. Et les fondements du système demeureront les mêmes puisque tous les plans de sauvetage visent à redonner confiance aux investisseurs, à les faire re-croire. Autrement dit, on engage un motivateur pour guérir un mythomane. "Let's go, t'étais pas si fou que ça!" Misère...

J'espère seulement que, dans ce douloureux processus, tous ceux qui nous disaient qu'ils savaient comment ça marchait et qu'il fallait laisser agir le marché en toutes circonstances prendront une leçon d'humilité et fermeront leur gueule quand il sera question d'interventions de l'État dans certains domaines économiques. Ou, à tout le moins, que les humbles citoyens si longtemps mystifiés par leur prestance cessent de les écouter comme s'ils étaient les gourous d'une vérité les dépassant. Les révolutions de gros bons sens, ça ne devrait pas être seulement pour les élections...

Encore une fois, je serais ravi de me tromper, et si quelqu'un peut parvenir à me faire comprendre avec une image claire que le système boursier mondial n'est pas ce marché aux espoirs irrationnels que je perçois, et s'il peut m'expliquer comment ça marche, je lui paye 100 actions de Merrill Lynch ou une bière, selon la moins onéreuse des deux options...


François Parenteau
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