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Impertinences
24 septembre 2008, 1:17

La fin du happy camper

Cette campagne électorale n'est décidément pas banale. Oui, la plupart des discours sonnent aussi creux que d'habitude et on nous "pitche" des chiffres incommensurables à gauche et à droite. Mais il y a quelque chose de changé. Qu'il finisse par être majoritaire ou non, Stephen Harper semble avoir changé à jamais le paysage politique du Canada. Il a su faire ressortir de nouvelles divisions et les exploiter à merveille, notamment en ciblant la région de Québec, où les électeurs semblent majoritairement plus attachés à leur passé de forteresse des conquérants qu'à leur rôle de capitale nationale...

Faut dire que le Parti libéral ne s'est pas aidé non plus. D'abord avec les commandites, ensuite en élisant Stéphane Dion comme chef. On ne peut pas se tirer dans les deux pieds et espérer gagner le 100 mètres.

Le résultat, c'est que le Parti libéral n'est plus certain de conserver son statut de parti naturel de gouvernement. À un point tel que bien des souverainistes de gauche se surprennent aujourd'hui à souhaiter du bien à Stéphane Dion! Qui l'eût cru? Pour eux, c'est comme pour les Français de gauche qui, en 2002, sont allés voter Chirac au deuxième tour pour bloquer Le Pen. On veut bien haïr ces maudits centralisateurs libéraux, mais si c'est pour donner une majorité à Harper, quelle horreur!

Mais la débandade libérale va plus loin. Même dans l'opposition, les libéraux risquent de se faire dépasser par le NPD. En fait, ce sera peut-être la performance du NPD le 14 octobre prochain qui sera l'élément le plus déterminant pour l'avenir.

Sans doute pour montrer qu'il était déjà l'égal du chef libéral, Jack Layton aurait récemment proposé à Stéphane Dion d'envisager la possibilité d'un gouvernement de coalition PLC-NPD et celui-ci aurait refusé. Qu'il vienne dire, après, qu'il tient tant à bloquer la vision conservatrice de Harper. C'est déjà un point de plus pour Layton.

La vérité, c'est que face aux importants enjeux que les conservateurs mettent de l'avant - la guerre, la répression et l'idéologie religieuse (en plus de leur proverbiale inconscience environnementale) -, cette archaïque division de la gauche canadienne entre le Parti libéral de centre-droit qui penche la tête à gauche et le NPD de gentille gauche pro-syndicale est dramatique. Ces deux partis récolteront assurément plus de votes que les conservateurs mais ne formeront pas le prochain gouvernement. C'est être inconscient ou bêtement partisan que de ne pas sérieusement considérer toute mesure qui permettrait d'empêcher Harper de prendre le pouvoir.

Malgré tout, si le NPD parvient à accoter les libéraux en nombre de sièges ou en pourcentage du vote, Jack Layton cesserait enfin d'être ce sympathique troisième larron, le happy camper de nos campagnes fédérales, pour enfin être pris au sérieux. Et ce serait une énorme menace pour le Bloc. Le NPD attire beaucoup les jeunes Québécois, tannés des chicanes constitutionnelles (ou à défaut de pouvoir s'y sentir impliqués?). Ce parti, ses membres et ses candidats, dégage un parfum plus jeune que le Bloc. S'il fallait que le NPD ajoute à ce charme une ouverture à la nation québécoise, en plus de démontrer qu'il est désormais un joueur sérieux au plan fédéral, il pourrait gruger sérieusement les appuis du Bloc à gauche, lui dont l'aile droite a déjà été amputée par les conservateurs. Ce serait très dur par la suite de se remettre à voler... Un petit deal avec Jack pour éviter ça, ce ne serait pas une mauvaise idée...

LES ENFANTS DE LA LOI 101

Dans le documentaire Les Enfants de la loi 101 du réalisateur Claude Godbout, lancé la semaine dernière, on voit quatre jeunes immigrants (Ruba Ghazal, Farouk Karim, Daniel Russo-Garrido et Akos Verboczy) parler du Québec, de leur intégration, des rapports entre les immigrants et la majorité, mais aussi des différences entre les générations d'immigrants.

Dans leur cas, selon leurs dires, le fait qu'ils aient été jeunes au moment de l'échec de l'accord du lac Meech, des grosses manifs indépendantistes et du référendum quasi gagné de 1995 a grandement contribué à leur orientation politique. Pour Akos, Farouk et Ruba, en tout cas, c'est ce bouillonnement identitaire qui leur a donné envie non seulement de s'intégrer à la majorité francophone, mais de s'engager politiquement dans son combat pour l'indépendance. Ben oui, des Ethniques pour le OUI!

Le portrait est bien différent, cependant, chez les jeunes immigrants récents. Arrivés en plein marasme souverainiste, dans un centre-ville où le français reculait sans même se battre, ceux-ci carbureraient plus à l'identité nord-américaine, se sentiraient très peu concernés par les débats politiques québécois, et le français représenterait moins pour eux. Ce qui n'est pas sans entraîner des conséquences dans leurs choix scolaires puis culturels et politiques.

Moralité de l'histoire? Le pire ennemi du Québec francophone n'est pas la défaite. C'est le défaitisme.

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Jacques Despins a dit :

re: La fin du happy camper

Pourquoi pas une coalition Bloc, Verts et NPD ? Si le NPD dépasse un jour les libéraux, ce serait une manière de faire mentir la gang à Harper qui prétend que le Bloc n’apporte rien au Québec puisqu’il est condamné à l’absence de pouvoir...

Et ce serait une manière pour les Québécois indépendantistes de faire avancer leurs revendications, à défaut de faire l’indépendance.

# 24 sept. 2008, 20:19

Confortable nonchalance « Renart L’??veill?? / Carnet r??sistant a dit :

Confortable nonchalance « Renart L’??veill?? / Carnet r??sistant

Pingback depuis  Confortable nonchalance « Renart L’??veill?? / Carnet r??sistant

# 25 sept. 2008, 16:05

Jules-Hubert Beaulieu a dit :

re: La fin du happy camper

Le pire ennemi du Québec francophone ne lui est pas extérieur... il ne s'agit, non pas de la défaite ou du défaitisme, mais bien de sa propension à "se tirer lui-même une balle dans le pied" à tout moment...

Le Québec, surtout depuis la "Sacro-Sainte Révolution Tranquille", ne cesse de vivre "au passé". Bien que plusieurs prétendent qu'il s'agit d'un pas en avant, il faut revoir l'histoire pour bien comprendre que la "SSRT" n'est que le début de la fin pour une communauté francophone "distincte" sur le continent nord-américain.

Plusieurs indicateurs peuvent nous éclairer quand on fait une analyse plus approfondie du phénomène de l'américanisation de la population québécoise. Un des exemples les plus probants de ce phénomène réside dans le fait que Céline Dion voulait être, et est devenue, "plus BIG que Michael Jackson", l'exemple par excellence du "American Dream". Où sont ainsi passé les Leclerc et Vigneault, les Reno et compagnie?

En égard à l'oeuvre de Michel Tremblay, il est clair que le francophone d'alors était fort "distinct" du reste de la population nord-américaine. Pourtant, il faut se rappeler que les choix imposés par certaines élites, en ce qui a trait particulièrement à l'enseignement du français "standard international", a contribué à brimer la population locale en l'invectivant d'injures si elle n'acceptait pas de se soumettre aux décisions prises en haut. On voit ici, le retour d'une approche prônée autrefois par Richelieu, lors de la création de l'Académie française dont le but premier était d'établir un "standard plus latin" et de faire obstacle aux usages jugés trop "germaniques ou anglais" au goût de certains.

Sur l'arène politique, c'est le même scénario qui se dessine: on divise la population entre "conservateurs" et "libéraux"... bien que les appellations "politiques" d'autrefois ne conviennent plus toujours. Certes, les conservateurs sont redevenus ultra-conservateurs... ce qui ne signifie pas nécessairement que les libéraux soient pleinement libéraux, dans le premier sens du terme.

De l'autre côté, il y a certainement le Bloc... mais s'agit-il d'un bloc dont la mission est de faire entendre la voix du Québec à Ottawa, ou simplement un groupuscule prêt à nier ses engagements moraux au profit des quelques "pinottes"... car voilà bien ce que le Bloc a fait en acceptant de voter pour le budget des conservateurs en 2007. En acceptant d'endosser le budget, qui intégrait des argents visant à régler le déséquilibre fiscal, le Bloc a offert au Québec un véritable cadeau empoisonné: la fin des accords de Kyoto et de Kelowna, deux accords qui avaient reçu l'aval du gouvernement de la province et qui recevait généralement un appui populaire incontesté à travers le pays, et la province...

Aux vues des cette bourde monumentale de la part du Bloc, ne serait-il pas temps qu'ils refassent leurs devoirs... à moins de ne décider de se retirer pendant qu'il est encore temps, en prenant soin de conseiller la population à voter NPD, le seul parti qui ait toujours défendus les intérêts les plus proches de tous les québécois et les canadiens plus démocrates. C'est la seule option qui se présente ainsi au Bloc s'il veut assurer sa survie: permettre de défaire, le temps de la présente élection, le gouvernement Harper et voir à donner une chance véritable au seul parti encore en mesure de former un gouvernement responsable.

# 25 sept. 2008, 18:14

Jean Pierre Bouchard a dit :

re: La fin du happy camper

Au Québec, l'on constitue une nation de quelques millions de gens, c'est beaucoup mieux que quelques milliers comme les Algonquins mais c'est peu en rapport avec le poids de la population américaine. Du fait néanmoins de ces quelques millions non négligeable, plusieurs croient que ce peuple francophone est en mesure de s'assurer les moyens d'un État souverain capable de le protéger et de le faire sortir de son isolement résultat de son noyautage canadien. Toutefois face à ce projet plusieurs à gauche et à droite veulent démissionner et rallier les camps conservateurs ou néo démocrates.

Cette expérience se fera peut être de nouveau comme elle a été faite entre 1867 et 1992, des députés fédéraux du Québec élus sous le grand chapiteau de partis canadiens tentent de représenter leurs électeurs dans le vaste cadre canadien. Cela donne comme résultat des députés conservateurs de la capitale qui votent pour tous les crédits et pour tous les moyens militaires afin d'engager les Québécois dans une guerre afghane qu'ils refusent majoritairement. Cela donne comme résultat autre exemple que ces députés votent bien davantage en bloc que le Bloc pour des coupures sur l'expression culturelle décidé en haut lieu par des idéologues de Calgary. Des députés qui éventuellement libéraux, néo démocrates, conservateurs ou verts du Québec appuieront des décisions gouvernementales qui vont renforcer des provinces entières comme l'Alberta ou l'Ontario au détriment du Québec. Ce qui s'est déjà largement fait dans le passé. Des députés fédéraux d'ici qui très souvent se considéreront comme plus représentatifs que les députés élus à l'assemblée nationale du Québec: seul parlement véritablement représentatif du peuple québécois.

Le parlement fédéral au Québec ne peut être évalué sur le strict plan social, la dimension nationale subsistera tant que la situation du Québec se maintiendra dans les conditions actuelles. On peut refouler une réalité durant un certain temps qu’importe ce qu’elle est, ça finit toujours par nous rebondir à la figure. Et puis cette réflexion trouvé ici sur Richelieu le centralisateur, sorte de « bonhomme sept heures » de la France autocrate éternelle, ce n’est pas sérieux eu égard à la réalité d’une civilisation occidentale qui s’est construite objectivement par la capacité d’organisation sociale obtenue par la maîtrise de l’État moderne. On peut dire autant de bien que de mal de cette civilisation qui domine la nature par l’industrie, la technologie et le pouvoir des États. Ce qui ne veut pas dire ne pas savoir discerner et déterminer quels sont les problèmes qui doivent retenir l’attention en priorité. Comme nous savons tous que les problèmes de pollution environnementale ne nous obligent pas au retour à l’âge baroque pré industrielle.

Du côté maintenant de l’américanisation des Québécois, disons qu’elle est plutôt somme toute relative, notre culture locale avec toutes ses limites politiques et démographiques en joual ou en français international ne se porte pas si mal sans oublier qu’au Québec nous connaissons aussi une présence culturelle française par les livres, les revues, le cinéma et TV5 qui est loin d’être insignifiante. Puis serions nous condamnés du fait que la révolution tranquille nous auraient dépossédés de notre culture catholique englobante, totalisante mais aussi aliénante ? Depuis nous serions ouverts à tous les vents en provenance de la Californie, de Miami et de New York.

Même à l’âge d’internet, ce n’est pas si simple s’assimiler volontairement, de se proclamer international et de l’être. Connaissons nous beaucoup de Québécois qui passent le plus clair de leur temps de connexion à bloguer sur des forums américains ou français tout en ignorant leur propre actualité ? Nous sommes ouverts à toutes les influences mais tout comme les Acadiens il y a des limites dans l’intérêt qu’on peut porter pour tout ce qui n’est pas soit. Il y a la langue et dans celle-ci toutes les attitudes marquée par l’histoire qui se sont construites au fil du temps. Et dans cette histoire, il y a encore une place pour notre patrimoine religieux qu’on cherche relativement à protéger. Nous sommes biologiquement humains mais par la civilisation pour le pire et le meilleur si l’on veut des occidentaux mais précisément dans ce côté nord du continent nous sommes Québécois.

Un long texte un peu bizarre comme le précédent au dessus pour dire en quelque sorte que le NPD est un leurre pour le Québec et que le Canada lui particulièrement américanisé n’offre rien de mieux que ce qu’on peut trouver directement aux Etats-Unis. Ce dernier point peut en rejoindre plusieurs je crois si jamais le Québec est « out » pour l’avenir, encore que malgré notre malaise bien réel, la preuve de ce suicide collectif en cours n’est pas là.

# 26 sept. 2008, 19:49


François Parenteau
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