L'Amérique du Nord est à un point tournant, et ce, des deux côtés de la plus vaste frontière du monde. Les Canadiens éliront un premier ministre juste avant que les Américains ne se choisissent un président, ce qui fait un peu passer notre élection fédérale pour une élection de commission scolaire. J'ai pourtant l'impression que les deux campagnes vont s'influencer. Nous partageons le même continent, après tout. C'est vrai pour la météo, les ouragans épuisés du sud venant s'éteindre en ruinant nos fins de semaine, et c'est vrai en politique. Ces dernières années, nos premiers ministres auraient souvent "fitté" comme colistiers des présidents américains. Après Reagan-Mulroney, il y a eu Clinton-Chrétien. Et quand le vent de droite s'est remis à souffler aux États-Unis, il a fini par gonfler les voiles de nos conservateurs pour nous donner Bush-Harper.
Si la campagne américaine voit Obama prendre les devants dans les sondages, nul doute que ça nuira aux conservateurs. Non mais, vous nous voyez avec notre coincé de conservateur pétrolier aux côtés du progressiste Obama? Au moins, Stéphane Dion pourrait passer pour son vieil ami scout, vous savez, celui dont on ne se souvient pas... Par contre, si McCain mène, on verrait très bien Harper et McCain faire ensemble une tournée des monuments aux soldats disparus...
Présentement, c'est ce dernier tandem qui semble vouloir se concrétiser. En choisissant Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence, McCain s'est assuré que l'élection américaine serait ainsi historique, peu importe le parti qui l'emportera. Un atout de moins pour Obama. Et puis le candidat républicain est allé chercher en cette autocrate de l'Alaska la touche de grosse droite religieuse anti-avortement qui lui manquait pour que la machine républicaine roule enfin de toute la puissance de son gros moteur Hemi derrière lui. Drill, baby, drill! C'est Harper qui doit être content...
Mais il ne faut pas compter Stéphane Dion pour battu parce que la résurgence d'un effet Obama est toujours possible et Dion est le seul à pouvoir en bénéficier. À moins que Gilles Duceppe ne soit conséquent et qu'il fasse un deal avec Jack Layton. Pas de candidats bloquistes dans les comtés du West Island et dans le coin de Gatineau pour donner une chance au NPD de prendre la place des libéraux au Québec. Et pas de candidats NPD dans les comtés urbains francophones. Au moins, ça mettrait de l'action...
L'ANTI-EUROPEANISME DES AMERICAINS
Mais revenons un peu aux États-Unis. On a souvent lu et entendu que le Québec, à l'instar de la France, était rongé par l'anti-américanisme. C'est vrai qu'il y a beaucoup de gens par chez nous qui utilisent souvent le terme "américain" de façon péjorative. Mais il n'y a qu'à voir ce qui pogne le plus ici (musique américaine, films américains, bouffe américaine) pour se dire qu'il ne s'agit là que de rhétorique ou de bravade.
Par contre, l'Amérique profonde semble franchement anti-européenne. En tout cas, chez les républicains, on ne s'est pas gêné au cours de la convention pour utiliser à plusieurs reprises des références dédaigneuses à l'Europe, notamment pour critiquer le voyage qu'y a fait Barack Obama, qui en aurait rapporté de mauvaises idées gauchistes. Idem chez les commentateurs de CNN où l'étiquette "European" (ou pire, "French"!) est synonyme d'élitiste ou même de lâche. Et là-bas, ce n'est pas que du discours. Les Américains consomment très majoritairement de la culture américaine et mettent fièrement du ketchup dessus alors que tout ce qui est européen n'occupe qu'un marché de niche pour quelques snobinards.
Cette attitude de voir en l'Europe un continent de losers, d'alliés faiblards et de quasi-communistes est tellement répandue qu'un politicien américain qui y récolterait un fort taux d'approbation comme Obama devrait plutôt y voir un désavantage. Comme si les Américains (en tout cas une proportion électoralement déterminante d'entre eux) ne pouvaient résister à l'envie de faire chier l'Europe. Et tout le reste du monde, en fait. Comme si c'était une preuve de force.
Il est peut-être là, le principal problème des États-Unis sur la scène internationale, dans ce mépris chauvin d'une bonne portion de ses citoyens pour tout ce qui vient d'ailleurs. Pour que le reste du monde se remette à aimer l'Amérique, il faudrait peut-être que les Américains commencent par se remettre à aimer un peu le reste du monde aussi. Quitte à rajouter du ketchup.
UN AUTRE VOTE HISTORIQUE
Peut-être pas le plus important (quoique...) mais sûrement le plus sympathique, celui qui permettrait à Jacques Doucet, la voix radiophonique de nos ex-Expos, d'entrer au Temple de la renommée du baseball comme broadcaster. Une façon d'inscrire le Québec francophone dans l'histoire de ce sport. On peut voter une fois par jour (jusqu'au 30 septembre) sur le site du Baseball Hall of Fame au www.jacquesdoucet.net. Et au moins, là, chaque vote compte vraiment!