J'avoue que je suis frappé par l'Obamania. Le sénateur de l'Illinois avait capté mon attention il y a quatre ans, lors de son discours à l'occasion de la convention démocrate qui avait désigné John Kerry comme candidat à la présidence, et sa progression fulgurante m'a fait énormément plaisir. D'abord parce que peu d'orateurs m'ont autant fait vibrer. Il est dans la classe des René Lévesque, Bobby Kennedy et Pierre Bourgault. "
Just words", diront ses opposants, mais encore faut-il choisir les bons et les livrer avec l'émotion qu'il faut pour inspirer autant de monde. D'ailleurs, Obama semble savamment doser, dans ses discours, la passion d'un
preacher noir et la vigueur du ton des Kennedy. Il puise juste ce qu'il faut de la tradition politique très blanche des États-Unis pour mieux la transcender. Il est donc en politique un peu le négatif d'Elvis Presley pour la musique...
Et puis Obama a le courage de défendre les points de vue plus "libéraux" (au sens américain du terme) que ses prédécesseurs préféraient trop souvent escamoter. Il tente de convaincre et non seulement de rassurer. Par exemple, pour défendre les droits des homosexuels, il a parlé lors de son investiture de "our gays and lesbians brothers and sisters". Plutôt que de les laisser percevoir comme des bibittes épeurantes, rappeler qu'ils sont aussi des frères et des sœurs. Pédagogique...
Mais il n'y a pas eu qu'Obama d'emballant au cours de ce congrès démocrate à Denver. Le casting des personnages qui ont défilé au micro au fil des jours était impressionnant et méticuleusement construit. Ted Kennedy, le vieux sage qui se remet d'une grave maladie pour haranguer sa famille politique, solide comme le roc. Hillary la rivale qui se rallie. Kerry et Gore les valeureux dont on a envie de venger les défaites. Bill Clinton la star. Joe Biden le franc-tireur qui secondera le couronné. Et enfin le messie Barack Obama, rejoint par sa sympathique famille dans l'apothéose, tout ça dans un stade ouvert devant plus de 80 000 spectateurs, en une journée où l'on commémorait le célèbre discours de Martin Luther King "I had a dream". Difficile d'imaginer mieux.
En plus, le spectacle n'a pas manqué de détails de mise en scène admirables. Tenez, juste après le discours d'Obama, la toune qui s'est mise à jouer au Mile High Stadium de Denver était un succès country. N'était-ce simplement qu'une façon pour les démocrates de saluer la ville de cowboys qui les avait reçus ou une subtile façon d'associer Obama, le Noir urbain et éduqué, à une image plus blanche, rurale et col bleu?
Et que dire de cette phrase de Bill Clinton parlant des excès guerriers des républicains: "Vaut mieux avancer avec la force de notre exemple plutôt qu'avec l'exemple de notre force." Woahhh... Ce cher oncle Bill (ou quiconque écrit ses discours) a aussi trouvé une habile façon d'appuyer Barack Obama sans pour autant nier qu'il aurait préféré que ce soit sa femme qui gagne. Il a dit de lui qu'il était "The best man for the job", laissant ainsi planer qu'il y avait peut-être une "woman" encore "better"... C'est tellement bien trouvé qu'on n'oserait pas le lui reprocher...
Évidemment, ce n'est qu'un show. On est encore loin de l'élection d'un premier président noir, et encore plus loin de le voir traduire tous les espoirs qu'il soulève en gestes concrets. Mais quel contraste tout de même avec notre paysage politique si morne, tant au fédéral qu'au Québec, et avec ce cynisme des électeurs qui fait dire à François Legault qu'il vaudrait mieux mettre l'option de l'indépendance en veilleuse. Si nos politiciens (surtout les souverainistes) commençaient par essayer de donner un bon show, ce serait au moins ça. En tous cas, présentement, j'échangerais bien mon droit de vote ici contre un droit de vote aux États-Unis en novembre prochain...
ARCHIE DUMONT
Mais on peut toujours compter sur Mario Dumont pour nous donner l'impression d'être dans une campagne électorale américaine. Lors du dernier congrès adéquiste, Mario a annoncé sa solution au dérapage dans Montréal-Nord: avoir des "high schools" à l'image des Américains, centrés autour d'une équipe de football. Pour que les jeunes endossent les couleurs de leur équipe plutôt que celles d'un gang de rue. On a parfois l'impression que l'univers culturel de Mario Dumont se limite aux "Archie"... D'ailleurs, ne trouvez-vous pas que Gilles Taillon a l'air de Jughead?
N'empêche, il me semble que le port de l'uniforme s'impose de plus en plus pour tout ce qui étudie, au moins avant le cégep. Quand on peut d'une seule décision contrer l'hypersexualisation des jeunes filles, la présence de signes de gangs de rue tout comme celle de symboles religieux, en plus de mettre une sourdine à mille perfidies entre ados qui se jugent au look et de soulager un peu les parents qui n'ont pas les moyens de payer à leurs enfants les griffes qu'ils exigent, la solution mérite d'être étudiée sérieusement (ce qui est déjà dans le ton de l'effet recherché)...