Bienvenue sur Voir
ouvrir session
FAQ
devenez membre
www.voir.ca
Impertinences
3 septembre 2008, 3:54

Elvis Obama

J'avoue que je suis frappé par l'Obamania. Le sénateur de l'Illinois avait capté mon attention il y a quatre ans, lors de son discours à l'occasion de la convention démocrate qui avait désigné John Kerry comme candidat à la présidence, et sa progression fulgurante m'a fait énormément plaisir. D'abord parce que peu d'orateurs m'ont autant fait vibrer. Il est dans la classe des René Lévesque, Bobby Kennedy et Pierre Bourgault. "Just words", diront ses opposants, mais encore faut-il choisir les bons et les livrer avec l'émotion qu'il faut pour inspirer autant de monde. D'ailleurs, Obama semble savamment doser, dans ses discours, la passion d'un preacher noir et la vigueur du ton des Kennedy. Il puise juste ce qu'il faut de la tradition politique très blanche des États-Unis pour mieux la transcender. Il est donc en politique un peu le négatif d'Elvis Presley pour la musique...

Et puis Obama a le courage de défendre les points de vue plus "libéraux" (au sens américain du terme) que ses prédécesseurs préféraient trop souvent escamoter. Il tente de convaincre et non seulement de rassurer. Par exemple, pour défendre les droits des homosexuels, il a parlé lors de son investiture de "our gays and lesbians brothers and sisters". Plutôt que de les laisser percevoir comme des bibittes épeurantes, rappeler qu'ils sont aussi des frères et des sœurs. Pédagogique...

Mais il n'y a pas eu qu'Obama d'emballant au cours de ce congrès démocrate à Denver. Le casting des personnages qui ont défilé au micro au fil des jours était impressionnant et méticuleusement construit. Ted Kennedy, le vieux sage qui se remet d'une grave maladie pour haranguer sa famille politique, solide comme le roc. Hillary la rivale qui se rallie. Kerry et Gore les valeureux dont on a envie de venger les défaites. Bill Clinton la star. Joe Biden le franc-tireur qui secondera le couronné. Et enfin le messie Barack Obama, rejoint par sa sympathique famille dans l'apothéose, tout ça dans un stade ouvert devant plus de 80 000 spectateurs, en une journée où l'on commémorait le célèbre discours de Martin Luther King "I had a dream". Difficile d'imaginer mieux.

En plus, le spectacle n'a pas manqué de détails de mise en scène admirables. Tenez, juste après le discours d'Obama, la toune qui s'est mise à jouer au Mile High Stadium de Denver était un succès country. N'était-ce simplement qu'une façon pour les démocrates de saluer la ville de cowboys qui les avait reçus ou une subtile façon d'associer Obama, le Noir urbain et éduqué, à une image plus blanche, rurale et col bleu?

Et que dire de cette phrase de Bill Clinton parlant des excès guerriers des républicains: "Vaut mieux avancer avec la force de notre exemple plutôt qu'avec l'exemple de notre force." Woahhh... Ce cher oncle Bill (ou quiconque écrit ses discours) a aussi trouvé une habile façon d'appuyer Barack Obama sans pour autant nier qu'il aurait préféré que ce soit sa femme qui gagne. Il a dit de lui qu'il était "The best man for the job", laissant ainsi planer qu'il y avait peut-être une "woman" encore "better"... C'est tellement bien trouvé qu'on n'oserait pas le lui reprocher...

Évidemment, ce n'est qu'un show. On est encore loin de l'élection d'un premier président noir, et encore plus loin de le voir traduire tous les espoirs qu'il soulève en gestes concrets. Mais quel contraste tout de même avec notre paysage politique si morne, tant au fédéral qu'au Québec, et avec ce cynisme des électeurs qui fait dire à François Legault qu'il vaudrait mieux mettre l'option de l'indépendance en veilleuse. Si nos politiciens (surtout les souverainistes) commençaient par essayer de donner un bon show, ce serait au moins ça. En tous cas, présentement, j'échangerais bien mon droit de vote ici contre un droit de vote aux États-Unis en novembre prochain...

ARCHIE DUMONT

Mais on peut toujours compter sur Mario Dumont pour nous donner l'impression d'être dans une campagne électorale américaine. Lors du dernier congrès adéquiste, Mario a annoncé sa solution au dérapage dans Montréal-Nord: avoir des "high schools" à l'image des Américains, centrés autour d'une équipe de football. Pour que les jeunes endossent les couleurs de leur équipe plutôt que celles d'un gang de rue. On a parfois l'impression que l'univers culturel de Mario Dumont se limite aux "Archie"... D'ailleurs, ne trouvez-vous pas que Gilles Taillon a l'air de Jughead?

N'empêche, il me semble que le port de l'uniforme s'impose de plus en plus pour tout ce qui étudie, au moins avant le cégep. Quand on peut d'une seule décision contrer l'hypersexualisation des jeunes filles, la présence de signes de gangs de rue tout comme celle de symboles religieux, en plus de mettre une sourdine à mille perfidies entre ados qui se jugent au look et de soulager un peu les parents qui n'ont pas les moyens de payer à leurs enfants les griffes qu'ils exigent, la solution mérite d'être étudiée sérieusement (ce qui est déjà dans le ton de l'effet recherché)...

Commentaires des membres
Commentaires des membres
Écrire un commentaire
Pour écrire un commentaire et avoir accès aux fonctions interactives de Voir.ca, vous devez être membre et vous identifier en ouvrant une session.
Déjà membre ?
ouvrir session
Pas encore membre ?
devenez membre

Billet ??crit avec 15 sacs en papier brun sur la t??te « Le Satellite Voyageur a dit :

Billet ??crit avec 15 sacs en papier brun sur la t??te « Le Satellite Voyageur

Pingback depuis  Billet ??crit avec 15 sacs en papier brun sur la t??te « Le Satellite Voyageur

# 04 sept. 2008, 02:47

Patrice Charbonneau a dit :

re: Elvis Obama

A propos de l'Obamania: avez-vous vu la tête de la femme de Joe Biden pendant qu'elle écoutait le discours final d'Obama à la convention démocrate? Elle le dévorait des yeux, littéralement. Elle était pendue à ses lèvres.

Mais tout le public présent semblait bouleversé, hommes et femmes, Blancs et Noirs... Il faut reconnaître que, comme morceau d'éloquence, c'était extraordinaire. Obama a su mêler les grandes envolées lyriques à des attaques mordantes contre McCain (j'ai apprécié en particulier le "He just doesn't get it!" Il aime son pays, mais il la pogne pas!) et à des évocations précises de la situation sociale: le sort réservé aux vétérans, les ouvriers victimes des délocalisations...

La rhétorique enflammée de la fin de son discours (croire en soi-même, en Dieu, en l'avenir, en sa patrie!...) ne peut pas être assimilée à une dérive populiste vers la droite, comme l'affirmait Josée Legault dans sa chronique; elle se situe en droite ligne avec l'identité américaine la plus authentique, toutes tendances confondues. C'est bien sûr l'idée de la "destinée manifeste". Qui contient sa part d'ombre, bien sûr - l'histoire des Etats-Unis est là pour nous le rappeler.

Mais, quoi que l'on puisse attendre, dans les faits, d'Obama, c'est un orateur remarquable - et de la quintessence d'Américain: le pasteur qui haranguait les gens, au 19e siècle, perché sur une caisse, utilisait lui aussi le mélange des genres: la grande rhétorique religieuse mêlée à l'humour, au sarcasme, aux détails terre-à-terre...

D'autre part, bien sûr que le Québec et le Canada, ça n'a rien à voir: Harper et Stéphane Dion ont l'air tellement réservé qu'on les imaginerait plutôt avec un chapeau melon et un parapluie, dans un autobus de la City... Tandis qu'aux Etats-Unis, c'est le combat entre un preux chevalier (Obama) et un méchant dragon aux dents jaunes - devinez qui...  

# 04 sept. 2008, 14:04

Rino St-Amand a dit :

re: Elvis Obama

Ce qui me semble le plus intéressant dans le discours d'Obama, c'est ce qui est occulté ou passé sous silence (un peu comme le fait La Presse). Voici un article qui met bien en relief cette occultation: www.zcommunications.org/.../18645

# 04 sept. 2008, 14:20

Claude Perrier a dit :

re: Elvis Obama

Vous mentionnez un peu avant la fin de votre billet, monsieur Parenteau, que finalement il ne s'agit que d'un "show".  Effectivement.  Et pourtant, le choix d'un candidat à la présidence américaine, ainsi que de son colistier, est une affaire qui va bien au delà d'un spectacle éphémère.  Une fois tous les ballons dégonflés, les guirlandes tombées au sol balayées, et les délégués retournés chez eux, on ne peut qu'espérer avoir fait un bon choix.

Et un bon choix pas seulement dans le but que son parti l'emporte lors du suffrage, mais un bon choix pour le bien de tous au pays et aussi ailleurs dans le monde.  Barack Obama et Joe Biden sauraient-ils être à la hauteur du défi qui attend la prochaine administration américaine?  Qui sait...

N'empêche qu'à voir le flagrant manque de jugement du rival John McCain, ayant incompréhensiblement porté son dévolu sur Sarah Palin comme colistière, pour laquelle je ne trouve pas le moindre élément favorable compte tenu de la fonction et des responsabilités, on ne peut vraiment que prier pour que l'Obamania prenne de la vigueur et dure au moins jusqu'au lendemain du scrutin.

# 04 sept. 2008, 19:19

Anny Schneider a dit :

re: Elvis Obama

Wow! J'appuie à 100% votre point de vue, cher François, j'ai bel et bien vu le même excellent show de rhétorique  que vous, lors du récent congrés démocrate. Quelles belles leçons d'art oratoire, du contenu et des émotions en sus, époustouflant pour des politiciens, américaions d'autant plus....Nos chefs canadiens si "drabes" au micro peuvent se rhabiller, les Québécois c'est guère mieux , sauf Amir et Françoise évidemment, qui ont du coeur et de la finesse d'esprit à en déborder.

Hier, par contre, au congrès républicain, le contraste éatit frappant: Mc Cain lisant son discours en bafouillant devant une foule "Botoxée" en majorité , Calamity Sarah a fait un peu mieux  mais déjà plantée par ses propres paradoxes. L'ex-maire de la grosse pomme était un peu meilleur, j'avouemais même le svivas de la foule sonnaient comme programmés.

Néanmoins, le s "Amaricains" seront-ils prêts à élire un café au lait comme président, fut-il beau, intelligent, protestant et déjà adulé par la moitié de la planète?

Je nous le souhaite, pourvu qu'il ne finisse pas comme les Kennedy ou son modèle Luther King, ou pire, plus tard, affaibli par l'inévitable dégringolade du pari capitaliste à ses limites,  coincé entre l'étau sino-russe,l'un ou l'autre,  futur état souverain de la planète.

Lâches pas ta "Barrack", Obama,  et "Watches" tes arrières, même si pour l'instant,  t'es bien entouré et très attendu...

# 05 sept. 2008, 09:52

alain blaise a dit :

re: Elvis Obama

bonsoir françois

je vous ecris en neophyte de "Voir".Etais attiré betement(au sens litteral du mot!!),par les critiques de restos et ai poussé plus loin par curiosité..Pour tomber sur votre profession de foi superbe et naïve a la fois-pour moi la naïveté,loin d`etre un defaut est une qualité rare,dans la planéte Peladeau...-.Moi aussi ai révé-et réve encore-de ce jeune et superbe Barak,dés son premier discours-a l`investiture de Querry-et ai suivi les primaires comme s il s agissait des JO ,avec l or en prime...

Mais la machine est en marche:ils ont trouvé Palin,il n a pas choisi Hillary,ils ont Fox,Cnn,et Abc qui ont commençé la lapidation,sans avoir l air d y toucher:comment mettre endoute un sondage?

Nous souhaite la meilleure des chances même si je n en suis plus tout a fait sur;veux pas voir un duo Mccain,harper!!

# 09 sept. 2008, 18:00


François Parenteau
Profil complet
Envoyer un courriel