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Impertinences
20 août 2008, 1:32

Nos représentants

Quand on vit dans une civilisation, on accepte de déléguer une bonne partie d'activités importantes et même vitales à d'autres personnes. Enfin, accepter, c'est un bien grand mot, on n'a pas tellement le choix. Si tu veux tout faire toi-même, te nourrir, t'abriter, te défendre, te soigner, tu t'en vas vivre dans une grotte. Accepter l'idée que des inconnus vont effectuer des tâches et prendre des décisions à notre place, c'est le prix à payer pour la spécialisation de l'espèce qui nous donne accès aux bienfaits du progrès tels que l'avion, Facebook, les téléphones qui prennent des photos, les appareils photos qui peuvent téléphoner et le sorbet à la mangue.

Évidemment, la plus importante de ces délégations est celle qui nous fait élire ceux qui vont gouverner et édicter les lois que tous devront respecter. C'est d'ailleurs pour ça qu'on nous consulte de temps en temps sur le sujet, même si ça ne nous tente pas tellement. L'humain moyen n'a ni le temps ni, pour être franc, l'envie de se taper des piles de pages plates truffées d'avocasseries et de chiffres obscurs, ni de faire la mascotte tous les quatre ans et d'embrasser tant de bébés que la principale qualification pour être député est d'avoir un excellent système immunitaire. Alors forcément, ceux qui s'y collent doivent y trouver leur fun quelque part ou avoir une idée en arrière de la tête que cette position va leur permettre de faire avancer.

Des fois, ces idées demeurent privées tout le temps de la vie publique de l'élu en cause, comme pour Philippe Couillard, qui est devenu un PPP à lui tout seul. D'autres fois, l'agenda idéologique éclate au grand jour. C'est le cas des conservateurs avec leurs coupures drastiques dans le domaine de la culture.

Loin de moi l'idée de me joindre à la chorale des éplorés de la culture subventionnée. Je sais bien que les artistes ne vivent pas que d'inspiration, de macaroni Kraft et de WildCat gros format et qu'il faut de l'argent pour compenser la petitesse de notre marché face à l'hégémonie culturelle américaine qui vient nous "domper" ses vieux DVD et ses séries télé à vil prix. Mais j'ai trop souvent l'impression que le milieu artistique est engourdi par la culture de la subvention, qu'il y aurait d'autres moyens de permettre aux créateurs et aux artisans de pouvoir tirer leur épingle du jeu par eux-mêmes au lieu de créer des bourses récurrentes dont ils deviennent dépendants. Je ne dis pas qu'il n'en faut pas, mais le discours qui veut que tout ce qu'on doit faire collectivement, ce soit toujours de donner plus d'argent me semble paradoxalement bien peu... créatif.

Sauf que les conservateurs n'ont pas fait ces coupures-là par souci de rigueur financière ou pour insuffler une nouvelle dynamique dans le milieu culturel. Ils l'ont fait pour freiner la progression de formes artistiques qui ne correspondent pas à leurs valeurs. Tout le contraire d'un laisser-aller, il s'agit d'un geste de contrôle. Ce n'est pas là le geste d'un gouvernement conservateur mais bien du vieux fond du Reform Party qui est revenu à la surface. Chose certaine, en empêchant les manifestations culturelles les plus inventives, les plus libres et les plus porteuses de nous représenter à l'étranger, les conservateurs prouvent qu'ils ne font aucunement la job de nous représenter. Ils essayent de nous modeler. D'enlever les mots "fuck" de nos titres, de mieux habiller nos danseurs et danseuses, bref, de donner l'image d'être le pays de Ned Flanders. Et on a soudain l'impression que tout le reste de leurs actions ne sert qu'à ça, nous amadouer pour mieux nous contrôler. Ça mérite au moins qu'on y repense la prochaine fois qu'ils essaieront de jouer à la mascotte.

FIERS DE REPRESENTER LE CANADA

Puisqu'on est sur le sujet de la représentation, faisons un petit détour par Pékin. Finalement, le bon peuple aura droit à quelques médailles rapportées de ces Olympiques. Youppi! Les athlètes sont ceux à qui on délègue notre fierté. Et c'est drôle, dans ce domaine, on n'entend pas parler de coupures...

Mais voilà, ce sera encore trop peu aux yeux de plusieurs qui espéraient plus, qui avaient faim de plus de fierté. Je ne suis pas spécialiste, mais la faille réside peut-être dans la motivation psychologique. Dans tous les commerciaux pompeux et sirupeux dont on nous abreuve le canadien tout au long de ces jeux, on peut voir les athlètes proclamer qu'ils sont fiers de représenter le Canada. Il est là le problème.

Quand on représente le Canada, on est content de participer, on veut faire de son mieux, battre son record personnel, bien performer, former une belle équipe multiculturelle souriante, bien s'entendre avec ses collègues et ne rien briser dans le village olympique. C'est la personnalité même du Canada d'être un side-kick, un faire-valoir, un sympathique figurant. Alors forcément, quand nos athlètes se disent qu'ils représentent le Canada, c'est ce qu'ils deviennent.

La prochaine fois, on devrait dire à nos athlètes: Vas-y, fais-le pour toi...

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Anne Guylaine Legault a dit :

re: Nos représentants

Si "les idées demeurent privées tout l'temps de la vie publique de l'élu en cause", bien c'est probablement qu'on est aveugle et sourd tout l'monde.

C'est comme un membre de ma famille qui a déclaré si sincèrement : elle est gentille (en parlant de la ministre Jérôme-Forget) (!!!!)  Oui, elle est gentille.  Mais coudon'c.  Avez-vous déjà vu Pinochet dans ses sorties internationales avec sa gang ? (là, je ne compare en rien madame J-F avec Pino)  Y'était fin lui aussi. Y'était sociable en Angleterre.  Personne ne l'a sacré dehors en le traitant de terroriste. Mais c'est quoi le rapport entre être sympatique et être un Premier Ministre qui a du sens ?  Récupérer les belles p'tites photos de famille et être fin dans les rencontres sociales ou à Tout l'monde en parle? Est-ce que ça préserve la justice, l'équité, l'environnement, le patrimoine ?  Parce que je décide que ça, ça a une valeur réelle.  En quoi Couillard était si extraordinaire ?  Bilan SVP !  Faudrait qu'on arrête de se satisfaire de l'image du bon gars.  On s'en sacre de sa réussite financière.  Enfin, on devrait, même si dans les faits, ça a trop d'influence sur nos perceptions. Il se situe où exactement ?  C'est ça qui faut voir en turliturant notre futur employé jusqu'à ce qu'il crache l'irrécupérable et se mouille dans une eau limpide.  Est-ce qu'on peut ? Radio-Can ? La Presse ? etc. ? la question est pour vous.

Ah oui, paraît que les Libéraux PQ seraient majoritaires aux prochaines élections.  Mont-Orford, je ne me souviens pas.  Couillard monte au ciel des PPP (Persistence... non mais, comme idée claire finalement...) et notre PM sera monté sur quelle pyramide ?  Qui sera en-dessous à supporter ?  Des noms.  Et arrêtons de laisser dire que c'est une chasse aux sorcières.  On se tire dans l'pieds et après, on pleure, on pleure.  Le pragmatisme est-il seulement pour les gens d'affaires ?  Pour la gestion sociale, faut pas être nonos !  C'est une question d'accointances et faut voir qui est avec qui (gens d'affaires avec quels futurs élus).  Faut voir ça avant me semble.

Je ne sais pas si c'est juste moi, mais quand j'écoute Gérald D. Laflaque, il me semble qu'on présente notre PM sous son meilleur jour et que c'est persistant (ahaha!).  Pendant la dernière campagne, on présentait Boisclair comme un tata qui souriait et y'a eu des tatas pour téléphoner dans les lignes ouvertes et dire : "si y pouvait s'enlever le sourire de d'ans face...j'voterai certainement pas pour ça"  J'aurais pas voté Boisclair : cette gauche-là est trop à droite pour moi.  Québec Solidaire est trop à droite pour moi, même si je suis une madame, que je m'habille en madame et que je fais mes biscuits de Noël immanquablement le 17 décembre.  Mais y'a des journalistes gentils, des caricaturistes gentils, et plein d'autres gentilles personnes qui collent à notre quotidien.  On peut pas s'en débarasser.  Ils sont là, avec ceux de la radio-réveil, sans aucun sapristi de complexe. Les philosophes comme Bédard, exclus de l'audible.  Où sont-ils au quotidien ?  Néant. Là, je me ferais peut-être plus modeste.  Parce que cette prétention de ma part n'est qu'une réaction d'écoeurantite concernant la joyeuse niaiserie ambiante.  Faut être positifs et heureux.  Ne pas empêcher le développement.  C'est quoi ça ?  Avez-vous entendu le génial (un autre) monsieur de l'AMT qui veut foutre le tramway dans le centre-ville ?  Un autre développeur !  Quel flair !  Gens de l'avenue du Parc, restez donc tassés dans la 535 ou sur le trottoir.  Scusez, faut développer.  Aïe! L'avenue du Parc, mon homme, est déjà développée.  Tellement que c'est sursaturé.  L'as-tu compris celle-là ?  Sais-tu que mes taxes veulent servir à me servir et que j'en ai rien à foutre que tu développes le centre-ville parce que tu le trouves trop vide le soir (! oui, le soir !).  Commence par le commencement.  Sinon, pour ma survie psychologique, je vais devoir prendre mon auto pour y aller sur ton tramway du centre-ville.  Je suis saturée moi aussi, de devoir être écolo, avoir mon REER garni pour bientôt, endurer Bell ou Videotron, et les nouvelles du soir et là, qu'on m'annonce que mes taxes serviront pas à trouver une solution pour un problème de transport en commun évident.  Parce qu'il faut pas être des dynosaures et empêcher le développement.  Sais-tu pourquoi je travaille ou bien t'es trop intelligent ?

Ouais.  Le chauffeur de taxi que j'ai eu la semaine dernière me disait à quel point les Conservateurs faisaient bien les choses. J'ai été interloquée et j'ai observé pendant quelques minutes pour voir s'il farçait pas. Non. Tout le voyage, il essayait désespérement de me faire dire : ben oui, ces bozos sortis tout droit des pires moments des années '50 font bien les choses.  J'aurais dû lui demander un reçu pour contribution à un parti politique déductible aux fins d'impôt.  M'imposer ça ! Parce que la madame, elle ne parle pas de "leurs valeurs".  La madame, elle, parle de leurs névroses ou de leur arrièration sociale, ce qui lui semble plus juste.  Est-ce que ces revenants se privent de nous démoraliser avec leurs grincement de chaînes ? Bon, je me défoule inintelligemment, mais ça fait du bien.  En attendant une émission radiophonique de Bédard pour me calmer dans la 535.

Sans complexe, la madame.

# 22 août 2008, 18:11

Claude Perrier a dit :

re: Nos représentants

Si je comprends bien, me voici en visite au pays de l'idéalisme déçu...  Dans un espace où on se lamente que tout ne soit pas parfait, du type de perfection que l'on considère personnellement la seule désirable.

Il y a très longtemps, j'ai déjà été un idéaliste quelque peu rêveur.  Plutôt déconnecté, comme il se doit.  C'était la fin des années soixante.  Mais le temps a passé, depuis.  Et la naïveté s'est estompée.

Et depuis un bon moment, je me suis rendu compte que la perfection n'existe pas, ni ici ni ailleurs.  Au mieux, on ne peut vraiment qu'espérer vivre dans un milieu de compromis.  Avec plusieurs facteurs entrant en ligne de compte: le contexte politique, le climat, l'économie, les droits sociaux, les services sociaux, et ainsi de suite.

Nulle part ne trouve-t-on un 10/10 à tous les chapitres.  À tel endroit, l'économie est pourrie mais le climat est superbe.  À tel autre, les droits sociaux sont quotidiennement menacés mais on peut y faire fortune.  D'une place à l'autre, l'équation varie.  Mais ce n'est parfait nulle part.

Ceci dit, la société québécoise dans laquelle nous vivons n'est pas idéale.  Beaucoup de failles sont apparentes et on pourrait avec raison se plaindre longuement.  Mais, puisqu'on ne saurait au mieux qu'espérer vivre dans un milieu de compromis, ce milieu québécois où nous avons disposé nos bûches et nos tentes pour le camping de notre vie est, il me semble, un des meilleurs milieux de compromis qu'on puisse trouver sur la planète.

Alors, les Conservateurs vous tapent sur les nerfs par les temps qui courent?  Patience.  Sous peu, ce sera peut-être au tour des Libéraux de Stéphane Dion de vous fatiguer.  Et si c'est plutôt Jean Charest votre problème, vous pourriez amèrement le regretter le jour où Pauline Marois prendrait son fauteuil, et plus encore si c'était Mario Dumont.  En fait, peu importe qui, nous ne serons jamais contents.  N'empêche que, tout bien considéré, nous sommes de loin mieux ici avec tout ce qui peut nous irriter que la plupart des habitants ailleurs dans le monde.

Faudrait s'en rappeler, de temps à autre.

# 22 août 2008, 22:02

Fuck, fuck, fuck ou la culture sous Harper « Le Satellite Voyageur a dit :

Fuck, fuck, fuck ou la culture sous Harper « Le Satellite Voyageur

Pingback depuis  Fuck, fuck, fuck ou la culture sous Harper « Le Satellite Voyageur

# 27 août 2008, 13:29

Jean Pierre Bouchard a dit :

re: Nos représentants

(...)Je ne sais pas si c'est juste moi, mais quand j'écoute Gérald D. Laflaque, il me semble qu'on présente notre PM sous son meilleur jour et que c'est persistant (ahaha!).  Pendant la dernière campagne, on présentait Boisclair comme un tata qui souriait (...)

Mais oui Laflaque c'est de l'humour engagé, fruit de l'alliance La Presse-SRC. Ce n'est pas pour rien si maintenant Marois est traitée comme une bourgeoise finie et Duceppe comme un imbécile total pendant que Charest est au pire en tant que créature 3D, un gentil abruti sympathique. Chapleau comme opportuniste commandité fait du bon boulot. Le peuple mord l'hameçon Laflaque sans problème. Pour moi ce "show" d'humour c'est de la merde.

# 27 août 2008, 19:05


François Parenteau
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