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Impertinences
13 août 2008, 1:22

Rentrée raide

Ça fait du bien de prendre un break. De laisser les rênes de notre agenda au seul vrai boss, la météo, de zapper en plein milieu des nouvelles, préférant regarder si l'équipe des MythBusters va finir par réussir à plier une feuille de papier plus de sept fois, et de ne parcourir le journal que distraitement, en ne se laissant toucher par rien, ou alors pour se dire quelquefois, question de ne pas passer pour un insensible: "Ça n'a pas de bon sens" et continuer son petit bonhomme de chemin, vaquer, estiver, bref, pour être pleinement au cœur de sa propre vie en se crissant un peu de l'époque ou de la société.

DUR ETE POUR LES METEOROLOGUES

Sauf que l'époque et la société finissent toujours par nous rattraper. Prenez l'époque, tiens, il suffit que l'été soit climatiquement pourri pour que tout le monde soit de mauvaise humeur. Et qu'est-ce qu'on a eu un été pourri! Est-ce que c'est ça, le nouveau deal? Quand on nous parlait de réchauffement climatique, au Québec, à part s'inquiéter un peu pour les centres de ski, on se disait un peu en sourdine que ça ne nous ferait peut-être pas de tort, quelques semaines de beau temps et une récolte de fraises de plus. Sauf qu'on ne nous avait pas dit que l'été, tout en s'allongeant, allait se transformer en saison des pluies. Avoir su, j'aurais pris mon vélo plus souvent pour faire mon "petit geste".

Mais le bilan climatique estival jusqu'à tout récemment a beau être catastrophique, comme personne ne peut en être directement imputable, on n'a pas le choix de faire avec, de faire contre mauvaise fortune bon cœur, de compenser en prenant plaisir à râler en gang. Au lieu de se plaindre et d'écrire des éditoriaux incendiaires ou d'intenter des poursuites, on se fait de la météo une ennemie commune qui nous rassemble. Ça doit être pour ça que les bulletins de nouvelles se terminent tous par la météo et le sport. Après tout ce qui nous divise, voyons ce qui nous unit. Ça calme.

Mais vous imaginez une seconde, si le climat était sous l'égide d'un ministère, le cirque qu'on aurait connu? Les commerçants dans le domaine du tourisme auraient organisé une marche de protestation, les journaux auraient dénoncé le fait que d'honnêtes travailleurs aient ainsi vu leurs vacances gâchées par l'incurie gouvernementale et réclamé une enquête publique. L'opposition aurait exigé la démission immédiate du ministre des Affaires climatiques et le parti au pouvoir, plutôt que d'admettre qu'il n'avait réellement aucune espèce d'influence réelle sur le climat, aurait sans doute blâmé l'administration précédente pour les torts irréparables qu'elle aurait causés. On aurait chiffré les dommages à l'économie, l'impact sur la santé psychologique de la population et ses répercussions sur notre système de santé public.

Mais nous n'avons pas de "crise des orages" ou de "scandale de l'été pourri". Nous avons juste plein d'orages et un été pourri. On grinche un peu, on se dit que ça n'a pas d'allure et on attend que ça passe. La météo a ceci de bien que c'est peut-être le seul élément de notre vie quotidienne que nous sachions encore accepter avec philosophie.

ET SI TOUT N'ETAIT QUE METEO?

Et parfois, il suffit de décrocher un peu de l'actualité pour se dire que tout est comme ça. Vivez heureux, consommez, faites rouler l'économie, appuyez vos dirigeants sans trop poser de questions, tout le reste n'est que météo. C'est ce qui semble être la recette dans les pays puissants comme les États-Unis (en tout cas, en majorité), la Chine ou la Russie. Le terrorisme, la corruption, les émeutes, les guéguerres de drapeaux comme les vraies grosses guerres, il suffit d'une toute petite dose de cette indolence programmée que sont les vacances pour qu'on se mette à prendre tout ça avec un gros grain de sel. On pourrait en rester là. Mais un jour, votre médecin vous annonce que, pour la santé de votre cœur, vous devriez réduire radicalement votre consommation de sodium...

Parce que les émeutes à Montréal-Nord, par exemple, ne sont pas que le résultat inévitable et incontrôlable d'une diversité culturelle concentrée arrosée d'une culture de violence et allumée par une étincelle jaillie de deux paranoïas qui se heurtent. On aurait pu porter attention à la détérioration du climat entre les jeunes du quartier et la police et prendre des mesures pour éviter l'escalade. Par exemple, est-il normal que des jeunes du coin se fassent arrêter pour avoir craché par terre, geste si répandu à Montréal qu'on peut se demander si sans cet affluent humain, le niveau du fleuve ne serait pas trop bas pour la navigation? Mais un jeune bum qui se fait arrêter pour délit de salive, ça n'intéresse que L'Itinéraire...

Sauf que voilà, mille petites vexations de la sorte (de part et d'autre, d'ailleurs, une fois que c'est parti, ces affaires-là, les torts ne sont jamais d'un seul côté) viennent de former un gros orage et on se demande aujourd'hui comment l'arrêter. Petite prédiction météo: il va mouiller encore avant qu'il fasse beau. Risque d'orages.

Et maintenant, le sport...

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Claude Perrier a dit :

re: Rentrée raide

Le mauvais temps vous va à merveille, apparemment, cher monsieur Parenteau...  Parce que vous me semblez être dans une grande forme, avec une verve gonflée à bloc.  Un plaisir que vous soyez de retour, donc.

Même que vous devriez peut-être vous absenter plus souvent!  Le plaisir des retrouvailles, quoi...

# 15 août 2008, 10:35


François Parenteau
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