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Impertinences
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August 2008 - Messages
27 août 2008, 2:51
La peur du privé
Il y a des expressions qui se mettent à devenir populaires et qui focalisent les débats.

À La Presse, en tout cas, on semble s'être entiché d'une nouvelle expression pour faire avancer certaines idées. Au lieu de dénigrer la gau-gauche (qui n'en mène pas si large que ça) ou de réclamer une "ouverture d'esprit" au secteur privé (la formule sent trop le vendeur de balayeuses qui met le pied dans la porte), les éditorialistes et même certains chroniqueurs de l'influent quotidien exhortent désormais la population québécoise à vaincre "sa peur du privé".

Voyez comme c'est subtil. Il ne s'agit plus de laisser tomber certaines revendications au nom d'un réalisme qui ressemble trop souvent à une résignation, il s'agit de combattre des démons intérieurs. La peur du privé apparaît ainsi, dans la rhétorique de La Presse, comme un sentiment irrationnel, presque phobique, et donc forcément quelque chose à surmonter. C'est la peur du privé comme la peur des endroits clos ou des araignées. "Allez, soyez de grands garçons et de grandes filles, il n'y a pas de monstres sous le lit", peut-on lire en substance. Un peu plus et on se ferait traiter de "chickens"...

Alain Dubuc en a donné un éloquent exemple mardi dernier, dans son éditorial portant sur la listériose dans les produits Maple Leaf et la récupération politique de ce scandale dans les débats au fédéral. Selon lui, les lourdes pertes financières que Maple Leaf subira à la suite de cette affaire font la preuve de la capacité du marché à pousser les entreprises à faire attention, et le fait de tenter d'imputer ce drame aux conservateurs et à leurs intentions de faire plus de place au secteur privé dans l'inspection des aliments serait un détournement de sens partisan profitant de deux peurs bien enracinées au sein de la population: la peur de la maladie et la peur du privé.

Mais voilà où le jupon de l'hypocrisie dépasse de la jupe de la bienveillance éclairée. Si le problème avait frappé des produits de la SAQ, par exemple, on imagine facilement que La Presse aurait vu là une preuve de plus de l'incapacité du système public à être efficace, avec sa lourdeur bureaucratique et ses syndicats inflexibles. Quand le scandale éclabousse le secteur privé, il faut faire la part des choses. Mais s'il éclabousse le secteur public, ha-ha!

D'ailleurs, comme le souligne Pauline Marois dans sa très plate autobiographie (intitulée Québécoise! sans doute parce que "Bonne tite Québécoèse" aurait fait trop "peuple"...), n'est-ce pas en suscitant la "peur du secteur public" dans la santé que La Presse, entre autres médias, a contribué à faire glisser la campagne électorale de 1998 pour donner un peu de vent dans les voiles de Charest et de ses idées de PPP? Le recours à des arguments de peur est toujours une mise en échec un peu vicieuse. Le fait qu'on se plaigne que l'arbitre ait sévi ou non démontre seulement pour quelle équipe on prend...

D'abord, la peur n'est pas toujours irrationnelle. Nous viendrait-il à l'esprit d'exiger de qui que ce soit de surmonter sa peur d'aller se baigner dans un tsunami? Mais de toute façon, il ne s'agit pas ici de comparer les mérites d'une peur face à une autre. La listériose n'est pas plus une maladie du secteur privé que la E. coli qui s'est manifestée dans les hôpitaux n'est due au secteur public (d'ailleurs, Dubuc a bien pris soin de rappeler cette autre crise sanitaire dans son article...). Dans un cas, c'est le marché qui joue le chien de garde, dans l'autre, c'est la démocratie. Et les deux, on en a la preuve, peuvent malheureusement s'assoupir ou être corrompus. Après tout, ce sont des institutions publiques qui ont tenu secrets au cours de l'été l'état de santé des plans d'eau et la présence d'algues bleues pour ne pas nuire au tourisme.

Personnellement, je n'ai pas plus peur du privé que du public. Je me méfie de la croyance religieuse en l'un comme en l'autre. Mais surtout, je me méfie de l'influence que peuvent exercer tous ceux qui cachent leurs intérêts et leurs intentions derrière le recours à des stratégies de guerre psychologique.

Qu'on débatte donc des mérites de chaque système, que ce soit en santé, pour l'inspection des aliments, dans l'éducation ou les travaux publics, pour leurs mérites respectifs et pour les moyens de contrôle qui peuvent y être appliqués au bénéfice de la population. Regardez l'Argentine qui songe à renationaliser Aerolinas Argentinas après que le privé, qui était censé y insuffler dynamisme et rentabilité, eut pratiquement réduit à la faillite cet important fleuron argentin. Ici, on peut se demander si, par exemple, le Québec n'aurait pas été mieux servi par une gestion publique de l'énergie éolienne. Cette idée a pourtant été rapidement balayée dans les pages de La Presse comme une lubie de gauche irréaliste. La Presse aurait-elle trop peur du public pour débattre sereinement de ce qu'il peut encore apporter de bien?

Chicken! Chicken!


20 août 2008, 1:32
Nos représentants
Quand on vit dans une civilisation, on accepte de déléguer une bonne partie d'activités importantes et même vitales à d'autres personnes. Enfin, accepter, c'est un bien grand mot, on n'a pas tellement le choix. Si tu veux tout faire toi-même, te nourrir, t'abriter, te défendre, te soigner, tu t'en vas vivre dans une grotte. Accepter l'idée que des inconnus vont effectuer des tâches et prendre des décisions à notre place, c'est le prix à payer pour la spécialisation de l'espèce qui nous donne accès aux bienfaits du progrès tels que l'avion, Facebook, les téléphones qui prennent des photos, les appareils photos qui peuvent téléphoner et le sorbet à la mangue.

Évidemment, la plus importante de ces délégations est celle qui nous fait élire ceux qui vont gouverner et édicter les lois que tous devront respecter. C'est d'ailleurs pour ça qu'on nous consulte de temps en temps sur le sujet, même si ça ne nous tente pas tellement. L'humain moyen n'a ni le temps ni, pour être franc, l'envie de se taper des piles de pages plates truffées d'avocasseries et de chiffres obscurs, ni de faire la mascotte tous les quatre ans et d'embrasser tant de bébés que la principale qualification pour être député est d'avoir un excellent système immunitaire. Alors forcément, ceux qui s'y collent doivent y trouver leur fun quelque part ou avoir une idée en arrière de la tête que cette position va leur permettre de faire avancer.

Des fois, ces idées demeurent privées tout le temps de la vie publique de l'élu en cause, comme pour Philippe Couillard, qui est devenu un PPP à lui tout seul. D'autres fois, l'agenda idéologique éclate au grand jour. C'est le cas des conservateurs avec leurs coupures drastiques dans le domaine de la culture.

Loin de moi l'idée de me joindre à la chorale des éplorés de la culture subventionnée. Je sais bien que les artistes ne vivent pas que d'inspiration, de macaroni Kraft et de WildCat gros format et qu'il faut de l'argent pour compenser la petitesse de notre marché face à l'hégémonie culturelle américaine qui vient nous "domper" ses vieux DVD et ses séries télé à vil prix. Mais j'ai trop souvent l'impression que le milieu artistique est engourdi par la culture de la subvention, qu'il y aurait d'autres moyens de permettre aux créateurs et aux artisans de pouvoir tirer leur épingle du jeu par eux-mêmes au lieu de créer des bourses récurrentes dont ils deviennent dépendants. Je ne dis pas qu'il n'en faut pas, mais le discours qui veut que tout ce qu'on doit faire collectivement, ce soit toujours de donner plus d'argent me semble paradoxalement bien peu... créatif.

Sauf que les conservateurs n'ont pas fait ces coupures-là par souci de rigueur financière ou pour insuffler une nouvelle dynamique dans le milieu culturel. Ils l'ont fait pour freiner la progression de formes artistiques qui ne correspondent pas à leurs valeurs. Tout le contraire d'un laisser-aller, il s'agit d'un geste de contrôle. Ce n'est pas là le geste d'un gouvernement conservateur mais bien du vieux fond du Reform Party qui est revenu à la surface. Chose certaine, en empêchant les manifestations culturelles les plus inventives, les plus libres et les plus porteuses de nous représenter à l'étranger, les conservateurs prouvent qu'ils ne font aucunement la job de nous représenter. Ils essayent de nous modeler. D'enlever les mots "fuck" de nos titres, de mieux habiller nos danseurs et danseuses, bref, de donner l'image d'être le pays de Ned Flanders. Et on a soudain l'impression que tout le reste de leurs actions ne sert qu'à ça, nous amadouer pour mieux nous contrôler. Ça mérite au moins qu'on y repense la prochaine fois qu'ils essaieront de jouer à la mascotte.

FIERS DE REPRESENTER LE CANADA

Puisqu'on est sur le sujet de la représentation, faisons un petit détour par Pékin. Finalement, le bon peuple aura droit à quelques médailles rapportées de ces Olympiques. Youppi! Les athlètes sont ceux à qui on délègue notre fierté. Et c'est drôle, dans ce domaine, on n'entend pas parler de coupures...

Mais voilà, ce sera encore trop peu aux yeux de plusieurs qui espéraient plus, qui avaient faim de plus de fierté. Je ne suis pas spécialiste, mais la faille réside peut-être dans la motivation psychologique. Dans tous les commerciaux pompeux et sirupeux dont on nous abreuve le canadien tout au long de ces jeux, on peut voir les athlètes proclamer qu'ils sont fiers de représenter le Canada. Il est là le problème.

Quand on représente le Canada, on est content de participer, on veut faire de son mieux, battre son record personnel, bien performer, former une belle équipe multiculturelle souriante, bien s'entendre avec ses collègues et ne rien briser dans le village olympique. C'est la personnalité même du Canada d'être un side-kick, un faire-valoir, un sympathique figurant. Alors forcément, quand nos athlètes se disent qu'ils représentent le Canada, c'est ce qu'ils deviennent.

La prochaine fois, on devrait dire à nos athlètes: Vas-y, fais-le pour toi...


13 août 2008, 1:22
Rentrée raide
Ça fait du bien de prendre un break. De laisser les rênes de notre agenda au seul vrai boss, la météo, de zapper en plein milieu des nouvelles, préférant regarder si l'équipe des MythBusters va finir par réussir à plier une feuille de papier plus de sept fois, et de ne parcourir le journal que distraitement, en ne se laissant toucher par rien, ou alors pour se dire quelquefois, question de ne pas passer pour un insensible: "Ça n'a pas de bon sens" et continuer son petit bonhomme de chemin, vaquer, estiver, bref, pour être pleinement au cœur de sa propre vie en se crissant un peu de l'époque ou de la société.

DUR ETE POUR LES METEOROLOGUES

Sauf que l'époque et la société finissent toujours par nous rattraper. Prenez l'époque, tiens, il suffit que l'été soit climatiquement pourri pour que tout le monde soit de mauvaise humeur. Et qu'est-ce qu'on a eu un été pourri! Est-ce que c'est ça, le nouveau deal? Quand on nous parlait de réchauffement climatique, au Québec, à part s'inquiéter un peu pour les centres de ski, on se disait un peu en sourdine que ça ne nous ferait peut-être pas de tort, quelques semaines de beau temps et une récolte de fraises de plus. Sauf qu'on ne nous avait pas dit que l'été, tout en s'allongeant, allait se transformer en saison des pluies. Avoir su, j'aurais pris mon vélo plus souvent pour faire mon "petit geste".

Mais le bilan climatique estival jusqu'à tout récemment a beau être catastrophique, comme personne ne peut en être directement imputable, on n'a pas le choix de faire avec, de faire contre mauvaise fortune bon cœur, de compenser en prenant plaisir à râler en gang. Au lieu de se plaindre et d'écrire des éditoriaux incendiaires ou d'intenter des poursuites, on se fait de la météo une ennemie commune qui nous rassemble. Ça doit être pour ça que les bulletins de nouvelles se terminent tous par la météo et le sport. Après tout ce qui nous divise, voyons ce qui nous unit. Ça calme.

Mais vous imaginez une seconde, si le climat était sous l'égide d'un ministère, le cirque qu'on aurait connu? Les commerçants dans le domaine du tourisme auraient organisé une marche de protestation, les journaux auraient dénoncé le fait que d'honnêtes travailleurs aient ainsi vu leurs vacances gâchées par l'incurie gouvernementale et réclamé une enquête publique. L'opposition aurait exigé la démission immédiate du ministre des Affaires climatiques et le parti au pouvoir, plutôt que d'admettre qu'il n'avait réellement aucune espèce d'influence réelle sur le climat, aurait sans doute blâmé l'administration précédente pour les torts irréparables qu'elle aurait causés. On aurait chiffré les dommages à l'économie, l'impact sur la santé psychologique de la population et ses répercussions sur notre système de santé public.

Mais nous n'avons pas de "crise des orages" ou de "scandale de l'été pourri". Nous avons juste plein d'orages et un été pourri. On grinche un peu, on se dit que ça n'a pas d'allure et on attend que ça passe. La météo a ceci de bien que c'est peut-être le seul élément de notre vie quotidienne que nous sachions encore accepter avec philosophie.

ET SI TOUT N'ETAIT QUE METEO?

Et parfois, il suffit de décrocher un peu de l'actualité pour se dire que tout est comme ça. Vivez heureux, consommez, faites rouler l'économie, appuyez vos dirigeants sans trop poser de questions, tout le reste n'est que météo. C'est ce qui semble être la recette dans les pays puissants comme les États-Unis (en tout cas, en majorité), la Chine ou la Russie. Le terrorisme, la corruption, les émeutes, les guéguerres de drapeaux comme les vraies grosses guerres, il suffit d'une toute petite dose de cette indolence programmée que sont les vacances pour qu'on se mette à prendre tout ça avec un gros grain de sel. On pourrait en rester là. Mais un jour, votre médecin vous annonce que, pour la santé de votre cœur, vous devriez réduire radicalement votre consommation de sodium...

Parce que les émeutes à Montréal-Nord, par exemple, ne sont pas que le résultat inévitable et incontrôlable d'une diversité culturelle concentrée arrosée d'une culture de violence et allumée par une étincelle jaillie de deux paranoïas qui se heurtent. On aurait pu porter attention à la détérioration du climat entre les jeunes du quartier et la police et prendre des mesures pour éviter l'escalade. Par exemple, est-il normal que des jeunes du coin se fassent arrêter pour avoir craché par terre, geste si répandu à Montréal qu'on peut se demander si sans cet affluent humain, le niveau du fleuve ne serait pas trop bas pour la navigation? Mais un jeune bum qui se fait arrêter pour délit de salive, ça n'intéresse que L'Itinéraire...

Sauf que voilà, mille petites vexations de la sorte (de part et d'autre, d'ailleurs, une fois que c'est parti, ces affaires-là, les torts ne sont jamais d'un seul côté) viennent de former un gros orage et on se demande aujourd'hui comment l'arrêter. Petite prédiction météo: il va mouiller encore avant qu'il fasse beau. Risque d'orages.

Et maintenant, le sport...


François Parenteau
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