Le Grand Cirque de la Formule 1 est venu et il est reparti. Soixante-dix tours et puis s'en vont, non sans avoir entraîné dans leur sillage le festival habituel de pipole et de bling. En général, on adore ou on déteste. Il paraît que Jean Charest en est friand, et qu'il a même tenté de justifier d'avance sa passion en s'extasiant devant les efforts d'économie d'essence des écuries. Vincent Marissal rapportait dans
La Presse que M. Charest s'était exclamé: "C'est la preuve que l'on peut modérer notre impact sur l'environnement, même en course automobile", ce qui nous donne une idée de l'opportunisme avec lequel Charest embrasse la cause écologique et nous abreuve de "développement durable". Pourquoi pas un Grand Prix à impact de carbone neutre, tant qu'à y être? (Ce serait un peu comme une brouette de course ou des mines antipersonnel biodégradables...) En tenant compte de tout le gaz qui se dépense, on pourrait sans doute reboiser l'Amazonie en deux ans...
Naturellement, le Grand Prix n'est pas ma tasse de thé. Ni mon dry martini. Trop de hype par rapport à la qualité du spectacle offert. Trop branchouille. Sauf que je serais quand même désolé de voir Montréal perdre son Grand Prix de Grand Prix au profit d'une monarchie pétrolière ou de quelque autre tigre asiatique qui permet encore d'annoncer des cigarettes.
Chaque festival, chaque événement sportif d'envergure nous relie avec l'univers qui l'entoure. Culturellement, c'est moins tranché, le Jazz, les Films du monde et le Juste Riage ratissant assez large, mais l'envergure des FrancoFolies marque bien sûr notre appartenance à cette belle bibitte difforme qu'est la francophonie. Côté sport, le hockey est le symbole de notre nordicité. Le football, celui de notre nord-américanité/section Canada (LCF oblige). Le fait qu'on n'ait pas d'équipe de basketball majeure trahit la moindre importance que l'on donne à la culture black à Montréal. L'engouement pour le soccer pourrait nous relier à l'international mais il passe trop encore par les communautés culturelles (que je suggère d'appeler "Québécois de bouture" par rapport aux "de souche"), et l'Impact n'a pas encore été à la hauteur de son nom (à Montréal, on aime les équipes qui marquent des buts). De ce côté-là, ça passe plus par les Internationaux de tennis, quoique l'atmosphère feutrée entourant le tennis se prête moins à faire une grosse fiesta autour du tournoi. La ville ne sera jamais "tennis"...
Le Grand Prix du Canada (c'est son nom officiel...) représente quant à lui notre besoin un peu pathétique de faire partie du jet-set. C'est d'ailleurs le seul événement qui nous en fournisse encore l'occasion et qui permette à Guy Laliberté de faire ses mythiques partys. Pendant quelques jours, Montréal brille de mille et une commandites clinquantes et rutile de carrosseries spectaculaires. Et il y a des beaux chars, en plus... Ce n'est pas mon monde mais j'aime bien le visiter une fois de temps en temps. Et puis, aussi superficiel que ce festival du vroum-vroum de luxe puisse être, ça a quand même un impact (au moins sur les bars de danseuses). Montréal, c'est aussi ça. Aussi bien le célébrer.
LES PILOTES SONT "BITCH"!
Quand on compare les commentaires des pilotes de Formule 1 avec ce qu'on entend des joueurs de hockey, baseball, tennis, etc., une chose saute aux yeux (enfin, aux oreilles): ce sont des "bitchs" finies! En tout cas, c'est très différent des hommages à leurs adversaires que livrent régulièrement les joueurs de hockey. Et ça m'a rassuré sur le fait que ce n'est pas seulement Jacques Villeneuve, ça vient avec le Cirque...
Je veux bien admettre que l'état de la piste était désolant mais il y a la manière de le dire. Bourdais a dit dédaigneusement que c'était comme faire du moto-cross, avec l'air de s'être trouvé là une formidable excuse (la piste était mauvaise pour tout le monde!). J'en ai vu un autre à RDS faire une allusion fielleuse à la mauvaise décision de Hamilton à la sortie des puits, comme quoi ce n'était pas digne d'un professionnel, et un autre d'en rajouter avec une petite moue pleine de sous-entendus. Un peu plus et je me serais cru devant un épisode de Cover Girl...
L'INTROUVABLE RECETTE DE LA "BELLE 'SPHALTE" AU QUEBEC...
Devant la piste du circuit Gilles-Villeneuve qui se désagrégeait à vue d'œil, avez-vous pensé comme moi: "Coudon, si même pour la F1 on n'arrive pas à faire de l'asphalte qui tienne, y a un problème quelque part!" Nos pluies sont-elles plus acides qu'ailleurs? L'air est-il chargé au Québec d'une bactérie mangeuse de goudron? Ou bien y a-t-il un fournisseur, quelque part, qui a le monopole de tout l'asphalte qui se distribue au Québec et qui le dilue avec du lait en poudre pour étirer ses profits? À moins que ce ne soient les marmottes? Allez, M. Charest, me semble qu'on serait dus pour une commission d'enquête là-dessus... A-t-on trop accommodé les marmottes?