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De toutes les tempêtes dans un verre d'eau médiatiques qui viennent régulièrement nous éclabousser, il en est un type qui revient de plus en plus souvent et qui devient rapidement surréaliste. C'est lorsque le débat porte autour d'un mot, dont certains voudraient proscrire l'usage parce qu'il blesse alors que d'autres voudraient, au contraire, le réhabiliter pour regagner un peu du terrain de liberté d'expression perdu par l'œuvre de la rectitude politique. Du "bitter" d'Obama parlant des électeurs cols bleus qui se rabattent sur la religion pendant les périodes difficiles en passant par le "Reine-Nègre" de VLB pour parler de Michaëlle Jean, on débat à gauche et à droite du sens des mots et de l'opportunité ou non de les utiliser.
Récemment dans La Presse, Marie-Claude Lortie analysait cette tendance réductrice alors que, de Dany Laferrière en passant par Yves Boisvert et Pierre Foglia, d'autres ont participé au procès du "Reine-Nègre". Cette méprise qui cherche dans les mots des failles dans un personnage que les faits ne permettraient pas d'étayer fait déraper tous les débats publics. Et puisque c'est bien de procès qu'il s'agit, je me permets de vous présenter un texte en vers que je me suis amusé à faire, il y a quelques années, où j'ai imaginé justement qu'on faisait un procès à tous ces vilains mots...
Narrateur: Un jour, devant un tribunal,
Parurent, en lignes, des accusés
Dont on fit un procès(-verbal):
Juge: "Insultes, veuillez vous lever!"
Narrateur: Tous les gros mots étaient debout
On les avait appréhendés
Ils étaient capables de tout
Il fallait bien les arrêter
Il y avait fif, tapette, moumoune
Spagat, jap, youppin, frog, bloke et nèg
Grosse torche, agace, plotte et pitoune
Mongol, nain, sourd, aveugle et bègue...
Procureur: "Contre eux: une mine patibulaire
Et des actes répréhensibles
Tireurs fous du vocabulaire
Ils atteignent souvent leur cible
Dans leur lourd passé de mots durs
Ils ont fait de nombreux blessés
Ils sont méchants de par nature
Et bien connus des policiers"
Narrateur: Tel était le réquisitoire
Qu'un procureur avait dressé
Il fit d'eux un portrait très noir
Ou "sombre", si vous préférez...
Procureur: "Et qui donc prendra leur défense?
Le diable même n'oserait pas!"
Narrateur: C'est vrai que pour pareille audience
Le diable envoie... son avocat
Avocat: "Mesdames et messieurs les jurés
Mes clients sont tous innocents
Et utiles à la société
Je vous le démontre à l'instant:
Si dans un village de pygmées
Je me faisais appeler "le grand"
Dans une foule de grands bronzés
Ne m'appellerait-on pas "le blanc"?
Et si je crois faite la preuve
Que ces mots servent la clarté
J'admets aussi le fait qu'ils peuvent
Être très mal utilisés
Mais s'ils ont eu par le passé
De mauvaises fréquentations
Ces mots eux-mêmes doivent-ils payer
Pour les excès de leurs patrons?
Ils ne sont guère plus dangereux
Que ceux qui veulent les remplacer
Ces hypocrites termes pompeux
Qui sont toujours si compliqués
Les malades sont "bénéficiaires"
De quoi? On peut se le demander
Les malentendants sont-ils fiers
De ne pas s'entendre ainsi appeler?
Et le terme "de forte taille"
N'en est pas moins lourd à porter
Et pour quelqu'un d'aveugle, en braille,
"Non-voyant" c'est long à tâter
On peut dire nègre de son ami
"De couleur" en accusation
Et trisomique avec mépris
Et mongol avec affection
Et si tout est dans l'intention
Les bonnes, souvent, à leur insu
Sont à la voirie du Démon
Et travaillent à paver les rues
C'est triste, oui, mais c'est comme ça
Tout est dans la voix et le ton
Et il est interdit en Droit
De faire un procès d'intention"
Juge: "Pour circonstances atténuantes
Autant que vice de procédure
Ces paroles sont innocentes
Dans le parler comme l'écriture
À tous les nègres de la terre
Je souhaite la prospérité
À tous les vieux: pas d'Alzheimer
Et à tous les fifs la santé."
PARLANT DE MOTS
Je tenais à souligner mon appréciation des commentaires de lecteurs parus à la suite de ma chronique de la semaine dernière, Avec une brique et un crucifix, dans lequel je parlais du rapport de la commission Bouchard-Taylor. Des réflexions nourries, un langage dénué de vaines attaques personnelles... j'invite les lecteurs à aller y refaire un tour; ce débat complète à merveille la chronique. Une mention spéciale à Jean-Hubert Beaulieu qui n'était pas d'accord avec la majorité, mais qui a su expliquer son propos avec des exemples et des références historiques. Yves Saint Laurent a beau être décédé, l'élégance survivra...
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