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Impertinences
28 mai 2008, 12:58

Avec une brique et un crucifix

Je n'ai pas encore lu le rapport de la Commission Bouchard-Taylor mais d'emblée, j'ai l'impression que tout est de travers. Crise ou pas crise, des principes fondamentaux qui structurent l'avenir d'une société ont été débattus. J'espérais que les commissaires en viennent à suggérer une ligne claire qui aurait calmé l'atmosphère. J'ai plutôt l'impression que le débat est loin d'être fini.

Tout n'est pas à jeter, cependant. Prenez la recommandation d'éliminer le crucifix de l'Assemblée nationale. Mais on dirait presque que les commissaires l'ont incluse dans leur rapport pour permettre à Jean Charest de la refuser et de ne pas passer pour une moumoune identitaire à l'heure où l'ADQ et le PQ font leurs choux gras de ce thème.

Pourtant, voilà une recommandation sensée. On insiste ailleurs sur l'importance d'empêcher le port de signes religieux pour les représentants de l'autorité de l'État (comme les policiers, par exemple). S'il y a un endroit où tout signe religieux devrait être interdit, c'est bien le lieu même de l'exercice du pouvoir politique. Or, tous les partis s'entendent pour garder le crucifix qui trône au-dessus de l'Assemblée nationale. Beau message de laïcité...

Il me semble, au contraire, que de le retirer aurait envoyé un message clair à toutes les communautés religieuses (immigrantes ou pas): nous tenons à la laïcité des institutions publiques et nous vous le prouvons en commençant par éliminer même les signes de la religion historiquement majoritaire au Québec. C'est plus compliqué ensuite d'exiger un local de prière dans une école. Me semble qu'on pourrait mettre un drapeau du Québec, à la place. En plus, il y a déjà une croix dessus...

C'est différent pour la croix du mont Royal, les croix de chemin, les noms de saints qui criblent la carte géographique du Québec, les congés le dimanche. Tout ça fait partie du patrimoine historique, du tissu social sécularisé, et doit être protégé.

Puis, il y a cette recommandation de ne pas empêcher les professeurs ou les médecins et infirmières de porter des vêtements religieux. Selon les commissaires, il faudrait habituer les jeunes dans les écoles à se familiariser avec une femme voilée ou un monsieur à turban. C'est là que le rapport fait dans l'angélisme. Et on aura beau nous faire croire le contraire, c'est précisément de multiculturalisme qu'il s'agit ici.

Ce n'est pas du racisme que d'être troublé par une femme voilée. Qu'on le veuille ou non, notre époque est marquée par la montée des intégrismes religieux dans le monde. Il faut quand même en tenir compte. Soit que cette femme ne porterait pas le voile si elle avait vraiment le choix mais s'y voit soumise par la pression religieuse de sa communauté ou de son mari, et dans ce cas ce sont les valeurs d'égalité entre les hommes et les femmes qui sont heurtées, soit, si ce n'est pas le cas et que cette femme fait ce choix en toute liberté, par ses propres convictions, à la limite, c'est encore plus déstabilisant: elle choisit l'affirmation de ses croyances religieuses avant son intégration à une société qui fait de la laïcité un principe de base. Dans un cas, c'est une victime d'un ghetto; dans l'autre, une militante à l'encontre de principes fondamentaux. Si on avait au moins la preuve qu'elle peut l'enlever là où la loi l'exige, on saurait au moins qu'elle fait un bout de chemin.

Et puis, le fait que la directive vienne du gouvernement aurait au moins l'avantage de délester les citoyens de ce choix. Aucun mari ne pourrait forcer sa femme à contrevenir à la loi. Et rien n'empêcherait une femme musulmane de remettre son voile à la sortie des classes, comme un fervent catholique de remettre sa croix autour de son cou. Au Québec, on laisse ses convictions religieuses dans le vestiaire des institutions publiques. Ça, ç'aurait été une ligne claire et juste.

Bien sûr, interdire le port de tout signe religieux n'importe où en public serait absurde et totalitaire. Tout comme il serait absurde d'exiger que tous se parlent en français tout le temps. La liberté de religion est aussi importante que la laïcité des institutions. Mais que les institutions exigent la neutralité religieuse de ses représentants dans l'exercice de leurs fonctions me semble être la moindre des choses. Comme d'exiger le français.

Nous aurions pu collectivement en venir à cette entente: balisons rigoureusement les signes de religion dans toutes les institutions de l'État et examinons toute demande d'accommodement raisonnable par la grille de nos valeurs fondamentales, en retour de quoi la population devra faire preuve d'ouverture, les corporations professionnelles en premier lieu, afin d'aider à l'intégration de ces immigrants qui sont déjà tenus à respecter nos valeurs. Un espèce de donnant-donnant qui aurait calmé tout le monde.

Nous avons plutôt dit: laissez-nous nos vieux symboles catholiques à l'Assemblée nationale, et on va se forcer pour accepter vos voiles et vos kirpans dans nos écoles. Tout le contraire d'une solution unificatrice. Des ghettos bien lubrifiés... Est-ce bien la voie de l'avenir?

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Serge Gingras a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

Permettre, autoriser le crucifix à l'Assemblée nationale est indéfendable. Je ne répéterai pas vos arguments, ils sont parfaits. J'aimerais cependant dire un mot sur le port des symboles religieux et du port du vêtement qui cache les cheveux des femmes.

Je déteste tous les symboles religieux, ostentibles ou ostentatoires. Lorsque je croise quelqu'un dans la rue, je déteste découvrir sa préférence religieuse. Je trouve cela de la dernière indécence. Mettre son âme à nue, comme ça, sur la place, me défrise tout particulièrement. Il s'agit même d'une agression, en ce qui me concerne.

Cela dit, venons en au port du vêtement qui couvre les cheveux de ces dames. Il y a peu encore, je me faisais un sang de cochon à ce sujet, cela me hérissait. Ce signe d'asservissement de la femme face à l'homme me semblait, et me semble toujours, du plus parfait ridicule. Je ne connais aucun home qui mérite cet honneur. Depuis, j'ai entendu un autre son de cloche. Il s'agirait d'une réaction, de la part de ces dames, face au nouveau pays qui est le leur. Il s'agirait d'un symbole de différenciation et d'affirmation d'identité face au nouveau climat dans lequel elles baignent. Chez elles, dans leur ancient pays, elles ne portaient pas le voile, elle n'en sentaient pas le besoin, de plus, c'était une façon de s'affirmer, de se démarquer, de s'affranchir du millieu potentiellement étoufant. Ici, elles font l'inverse et sans motifs religieux.

Je me suis résolu à accepter cette manifestation d'autodéfense tout en espérant que, dans un proche avenir, elles se sentiront tout à fait à l'aise et acceptées dans notre société. Inch Allah!

# 28 mai 2008, 18:18

Jean-Pierre Dubé a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

On enlève quoi ensuite pour faire plus "ouvert" ? Le drapeau québécois avec sa croix ? La croix du Mont-Royal ?

La laïcité désirée dans les années 1960 n'est pas complète si nos amies immigrantes du Maghreb enseignent avec leur voile... c'est ben d'valeur mais c'est comme ça ! Pis je ne crois pas que retirer le crucifix de l'Assemblée sera perçu comme un geste d'"ouverture" par nos amis musulmans ... c'est ben d'valeur aussi ! Faut trancher avec un minimum de frictions.

On permet aux voiles de rentrer à l'école et on débarasse l'école des cours de catéchèse catholique pis après il faudrait retirer le crucifix pour démontrer de la "bonne volonté" aux immigrants alors que la laïcité voulue à la Révolution tranquille n'est pas encore effective ??? Y'a un truc que je comprends pas M. Parenteau !

# 28 mai 2008, 21:08

Jessika Fortin a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

J'approuve le commentaire de Monsieur Jean-Pierre Dubé. Les conclusions de ce rapport m'ont déçues. Oui on a eut un débat au sein de la société mais nous n'avons eut aucunes conclusions concrètes. Je trouve l'exemple cité plus haut très intéressant. Nous avons récemment abolit les cours portant sur la religion catholique de nos écoles mais nous allons permettre aux enseignants de porter des symboles religieux? Et nous allons aussi trouver de la place pour leur fournir des locaux de prières? Je trouve que c'est très contradictoire comme façon de faire. Et dans le même sens, pourquoi on nous obligerait à enlever la croix de l'Assemblée Nationale si les autres peuvent eux afficher leurs symboles religieux? Je suis pour la laïcité de la société mais il faut qu'elle soit équitable pour tous. Et je ne pense pas que le rapport Bouchard-Taylor ait apporté des solutions dans ce sens. Je pense également que nous sommes loin de cet objectif de laïcité. Je trouve que ça n'a réglé aucun problème. Au contraire...

# 29 mai 2008, 07:39

Andrée Proulx a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

Je partage votre point de vue monsieur Parenteau. Mais je ne suis pas aussi conciliante que vous. Je ne vois pas la raison du donnant/donnant dont vous parlez.   Malgré d’intéressantes recommandations sur l’intégration des immigrants, leurs droits socio-économiques,  les inégalités et la discrimination à leur endroit, les commissaires ont en effet voulu faire de la pédagogie sur le dos de la  société d’accueil.  Ils ont, bien sûr, voulu accommoder tout le monde et comme c’était une mission impossible, ils ont pondu un rapport conforme à leur  idéologie : le multiculturalisme à la québécoise, rebaptisée «interculturalisme».  Une forme  de langue de bois.

Si l’on se creuse les méninges pour saisir la signification d’un autre concept creux, celui de «laïcité ouverte» c’est parce qu’il n’a aucun sens.   Au Québec il y a un passé religieux qui n’a pas à être liquidé pour convenir à ceux qui veulent  imposer leurs coutumes. À date, on est parvenu à gérer l'évolution à notre rythme, et c’est bien ainsi.   Quand on est obligé de mentionner dans un rapport que la croix du Mont-Royal fait partie du patrimoine historique de la ville, c’est qu’il devait bien exister davantage  qu’une crise de «perceptions».  

Le compromis, la conciliation, l’harmonisation  sont d’excellents principes lorsqu’il y a une injustice.  Mais  de quelle injustice parle-t-on lorsqu’on demande aux immigrants de respecter les coutumes du pays où ils vivent dorénavant ?  

Le voile n’est pas un symbole religieux comme le port de la croix au cou; c’est une barrière entre les hommes et les femmes.  Il y a une différence entre «espace public» et «espace civique».  Que l’espace civique (la rue) véhicule toutes les tenues, que toutes les tendances y cohabitent c’est la liberté d’expression, mais les écoles et les hôpitaux sont des espaces publics qui auraient dû refléter la dimension pédagogique du rapport.  Le caractère inaliénable de la sécularisation des lieux publics aurait dû y être affirmé.  Surtout lorsqu'il est connu que  le Congrès islamique canadien tient une position ségrégationniste envers les femmes.  «En cas d’urgence médicale, la musulmane doit d’abord tenter d’obtenir l’aide d’un médecin musulman, de sexe féminin. Si ce n’est pas possible, elle peut tenter de voir un médecin musulman de sexe masculin. En dernier recours, la musulmane peut accepter l’aide d’un médecin non-musulman, femme ou homme.»  Ces règles sont impératives quant aux soins médicaux pour les femmes et les filles mineures. Aucune règle spécifique ne s’applique à l’homme musulman.

Interdire le port du voile aux agents qui représentent le pouvoir de l’État, tels les juges, les policiers, les gardiens de prison et l’autoriser  aux enseignants, aux fonctionnaires, aux professionnelles de la santé n’est-il pas  une forme de   ségrégation  religieuse ou de sexisme ?  Pourquoi ce deux poids, deux mesures de la part des commissaires ?  Si l’on craint de ghettoïser et d’isoler des jeunes filles qui pourraient rejoindre  des écoles islamiques, pourquoi subventionner ces écoles dites «ethnoconfessionnelles» ?   La  commission invite le gouvernement à se pencher aussi sur cet  aspect  dans son rapport.  

Ce n’est pas parce que la pratique religieuse n’est plus ce qu’elle était au Québec que les Québécois veulent en voir apparaître une autre dans l’espace public. Dans une société, la diversité culturelle est une richesse mais le prosélytisme religieux est une menace à l’harmonie.  Et l’islam prône l’expansion de la religion musulmane.  Peut-être inoffensif à date mais avec un flux migratoire en expansion, comme aucun autre pays au monde, et les conclusions irréalistes  du rapport Bouchard-Taylor, cela deviendra de plus en plus perceptible.

# 29 mai 2008, 14:17

Yvon Turcotte a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

Andrée Proulx parle de Congrès islamique canadien. Suis-je hors contexte si j'écris ici un mot sur le Congrès eucharistique québécois qui s'ouvre bientôt à Québec?

A cause de son envergure physiquement parlant, foule, boutiques de piété, tinettes etc., le lieu même où se déroulera l'évènement est donc public et civique. C'est un cas d'exception mais la réalité est là quand même. Par contre si les choses se passent à l'intérieur d'une église (bâtiment) un lieu de culte bien déterminé, là c'est mieux. Plus convenable aussi.  

Voyons voir à présent si Sa Grandeur Mgr Ouellet nous offrira un spectacle digne du temps de l'Eglise triomphante, communément appelée depuis la révolution tranquille, l'Eglise dominante en ce temps-là. Il ne faut pas décevoir le représentant de Benoît XVI et qu'on appelait alors nonce ou légat.

Que de beaux souvenirs! Que de doux souvenirs!

# 29 mai 2008, 15:22

Andrée Proulx a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

@ Yvon Turcotte

Même si un congrès eucharistique nous ramène 50 ans en arrière, je ne défendrai pas pour autant les positions ségrégationnistes du Congrès islamique canadien.   C'est une violation de l'espace public dans une société démocratique.

L'église catholique a eu son concile Vatican II  qui a provoqué un changement des mentalités au niveau de la liberté de conscience.  Je n'ai pas entendu parler d'une équivalence de la part des théologiens de l'Islam.

J'ignore comment on parvient à oublier que le statut particulier dont jouit l'église catholique au Québec fait partie de l' histoire commune.  Pas nécessaire d'y adhérer pour le reconnaître.  Que je sache, la liberté de culte n'est pas encore interdite au Québec.  

# 29 mai 2008, 23:59

Jean-Pierre Dubé a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

@ J. Fortin

J'imagine que le problème est que si on empêche le voile aux enseignants pour une laïcité complète, on devra s'attendre à une lever de boucliers, des protestations et la perception chez nos amis arabo-musulmans qu'ils sont indésirables au Québec ... même si on se défend du contraire !

# 30 mai 2008, 09:28

Yvon Turcotte a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

@ Andrée Proulx

Sachez Madame que je n'ai nullement voulu vous offenser de quelque façon que ce soit. Vos commentaires sont remarquablement bien écrits et surtout fort pertinents. Vos critiques sont sûres et votre jugement est réconfortant. Peut-être serait-il sage ou utile de votre part de venir régulièrement donner votre point de vue comme vous le faisiez auparavant.

Sachez aussi que c'est simplement de l'humour sarcastique de ma part. Tout est tellement sérieux en ce moment qu'on ne parvient plus à se détendre vraiment pour pouvoir rire de bon coeur.

Mes sincères salutations à vous chère Madame.

# 30 mai 2008, 11:02

Andrée Proulx a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

L'humour est en effet une façon instinctive de garder ses distances de sujets  trop sérieux.  Je ne me sens jamais offensée sur un forum de discussion malgré  des échanges parfois abrupts.  Compte tenu de la formule, c'est un risque inévitable. Ce qui m'indispose par contre c'est la mauvaise foi.  Merci de votre appréciation.  J'apprends aussi beaucoup du point de vue des autres.

Dans le présent débat sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles  j'ai franchement l'impression  que la culture québécoise francophone s'est fait tassée dans le rapport B.-T.  

# 30 mai 2008, 14:43

Jessika Fortin a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

@Jean-Pierre Dubé

Le problème c'est que si on permet aux enseignants de porter le voile, il faudra aussi le permettre à tous les membres de la fonction publique. Pourquoi les enseignants et pas les autres? C'est ça la laïcité. D'autant plus que j'ai toujours pensé que la religion était quelque chose de très personnel. L'espace public n'est pas à mon avis l'endroit pour s'afficher. C'est pourquoi je prône la laïcité de la société. Et si on recule devant une levée de boucliers, il faudra également accepter tous les débordements que peuvent apporter les accommodements raisonnables. Du même type que l'on a put voir dans les journaux depuis quelques années. Je pensais que la commission apporterait des pistes de solutions concrètes... Je suis peut-être un peu naïve. :)

# 30 mai 2008, 17:56

Jules-Hubert Beaulieu a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

Comme cela semble être l'avis de tous, je suis personnellement d'avis que la Commission BT n'a pas apporté de solution... mais, fallait-il trouver une solution? En fait, la CBT montre bien à quel point la société "québécoise" est divisée et, bien que plusieurs semblent opter pour la division Montréal-Région, il ne faut pas croire que ce soit aussi tranché: lors des audiences, des pro/contre-"accommodements raisonnables" ont surgi de toute part.

Je dois pourtant exprimer mon désaccord avec la règle générale de ce blogue: je ne crois pas que le port du hidjab soit à bannir dans les écoles ou dans toute autre institution publique. De vouloir le bannir n'est pas nécessairement un signe de "laïcité"... peut-être parce que je n'ai pas grandi dans la province du Québec, mais dans la province voisine de l'Ontario.

Je poursuivrai donc par vous expliquer ma compréhension du terme "laïcité": mot qui vient  du nom/adjectif "laïc"... et comme le "laïc" inclut "tout le monde" en dehors de ceux qui font partie des "ordres religieux", le principe de la "laïcité" doit donc comprendre l'ensemble de la population sans égard aux "symboles religieux" qu'ils peuvent porter.

En fait, la "laïcité" s'exprime à travers une règle simple: "division des pouvoirs temporels et spirituels", ce qui veut tout simplement dire que les décisions prises par les instances du pouvoir temporel (publiques) ne doivent pas être soumises à des pressions venant des pouvoirs religieux. La "laïcité", c'est l'affirmation du pouvoir temporel dans la gestion des affaires "publiques et civiques", ce qui ne stipule en rien que les pouvoirs religieux puissent toujours exercer une influence sur leurs fidèles.

Si la révolution tranquille a botté la religion hors des sphères décisionnelles, l'église a continué à jouer un rôle public au sein de nombreuses organisations d'éducation, de charité et autres. Si ces symboles chrétiens (mis à part ceux qui appartiennent au "patrimoine historique") sont encore présents dans de nombreuses sphères de la vie publique, comment oser nier à l'autre le droit à l'expression.

Qui plus est, si la Couronne britannique, sous a gouverne Georges III, n'avait pas accepté d'intégrer au Traité de Paris de 1763 la note permettant aux descendants des premiers colons français de parler leur langue, pratiquer leur religion et respecter leurs us et coutumes... que serait alors le Québec? Et si les "Québécois de souche" veulent faire montre d'un peu de bonne volonté... pourquoi ne devraient-ils pas accorder à l'autre ce qui leur a été accordé?

Ce discours, comme je l'ai compris dès les débuts qui menèrent à la création de la CBT, n'est que la manifestation d'un problème bien plus grave: le "martyrisme" dont ont fait preuve de nombreux dirigeants et penseurs héritiers des pensées du Cardinal de Richelieu. Avant son intervention et la création de la Compagnie des Cents-Associés, des colons issus de toutes tendances migraient vers la Nouvelle-France... mais Richelieu interdit l'accès aux non-catholiques, important ainsi le problème français vers le Canada.

Depuis le Traité de Paris de 1763, les élites "richelieusardes" n'ont eu de cesse de nourrir ce discours, ce qui conduit au fait du déni. N'est-il pas plus facile de toujours renvoyer le blâme sur l'autre, de se décharger de sa part de responsabilité afin de donner à l'autre une mauvaise image. C'est ce que certaines élites ont fait, et c'est ce qu'elle continuent de faire par ce discours...

# 30 mai 2008, 23:48

Andrée Proulx a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

@Jean-Hubert Beaulieu

Il y a une grande part de réalisme dans votre exposé.  C’est pourquoi le sujet  soulève autant d’inquiétude et de doute,  de réactions émotives. L’aborder rationnellement relève d’une torsion de l’esprit.   Le port du voile est une coutume qui heurte et divise partout en Occident.  Pas juste au Québec. Moins au Canada anglais cependant, vous avez raison de le mentionner, multiculturalisme oblige.  Mais c’est au Québec que nous avons eu la maturité d’aborder publiquement et de façon démocratique la question des différences culturelles.  Cela étant, la liberté de culte  s’exerce  en Occident.   Et chaque religion peut s’exprimer sans contrainte dans son culte respectif.  Il n’y a pas photo comme disent les Français.

Votre conclusion lie la société postmoderne à des faits historiques relevant d’une époque de grandes conquêtes territoriales et  de croisades au nom de la chrétienté.  On émergeait des chevauchées barbares.  L’Islam était à l’apogée  de sa gloire et de son prestige.

Le compromis auquel les occidentaux sont confrontés aujourd’hui relève d’une toute autre dynamique.  Contrairement aux avancées de la démocratie en Occident, la montée de l’islam radical ne propose aucune valeur de civilisation.  Au contraire, selon Malek Chebel, musulman libéral et écrivain respecté qui vient de publier Esclavage en terre d’Islam, celui-ci parle «d’un islam politique avec ses prétentions à régenter les sociétés.»  L’islamisme n’est pas qu’une doctrine religieuse au sein de laquelle la spiritualité occupe l’espace.  C’est aussi  un mouvement politique prônant l’expansion et le respect de l’islam;  une théocratie au sein de laquelle n’existe pas de distinction entre le politique et le religieux.  C’est pourquoi beaucoup de musulmans ont quitté leurs pays d’origine pour s’affranchir de cette dictature.

Si on associe le phénomène récent de l’émancipation des femmes au mouvement d’immigration massif provenant des pays du Maghreb, tel qu’on le connaît aujourd’hui en Occident, le défi devient un dilemme pour celles qui ont participé à cette libération.  Si j’assume  que les féministes occidentales n’ont pas le monopole de l’affranchissement des liens d’oppression patriarcale et que chaque culture  doit procéder selon ses priorités et ses traditions,  par ailleurs, je ne crois pas  que le modèle de la femme voilée, que ce soit pour des motifs religieux, culturels ou politiques, contribue à l’évolution de la société.  

Si la société civile d’un pays d’accueil ne parvient pas à faire ses propres choix, ces choix lui seront imposés.  La sécularisation de la société québécoise est un fait.  Pourquoi l’espace public (école,  services de santé et tout l’appareil d’État y compris les fonctionnaires) devrait-il faire exception ?   Si dans la sphère domestique, civique et citoyenne  le port du foulard  s’avère indispensable aux femmes musulmanes qui décident de le garder ou de s’y convertir comme certaines québécoises d’origine, ce qui me semble encore plus anachronique, alors qu’elles continuent à circuler librement en toute sécurité. Même si  dans leurs pays d’origine des femmes subissent l’anathème pour vouloir se libérer de ce vêtement qui, soit dit en passant, ne peut être considéré comme une tenue vestimentaire sans signification.  En tout cas, pas pour moi.  Ce qui ne m’empêche pas de saluer courtoisement ma marchande de fruits qui le porte sous sa tuque en hiver.

# 31 mai 2008, 12:26

Jean Pierre Bouchard a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

Le rapport Bouchard Taylor par ses recommandations est un non événement qui ne sert qu'à maintenir le statu quo d'une laïcité contradictoire. Un rapport qui n'est pas seulement qu'une machine à consensus, il témoigne aussi d'un libéralisme qui ne sait plus distinguer les formes du pluralisme.

Le pluralisme des états différenciés comme ceux portant sur l'orientation sexuelle, la différence des sexes, la considération sociale des personnes simples d'esprit et des handicapés physiques n'a rien de comparable à une autre forme de "pluralisme" qui renforce une pratique religieuse toujours synonyme d'encadrement dogmatique et fermé à l'esprit critique.

Si en Europe à part la Grande Bretagne, on s'est ouvert bien davantage à un pluralisme laïc conceptualisé par des philosophes comme Michel Foucault, Gilles Deleuze et Jacques Derrida. Dans les pays marqués par l'ex empire britannique, c'est le faux pluralisme multiculturaliste qui l'a emporté encourageant de fait des communautarismes structurés sur des milieux clos.

La liberté de religion qui garantit l'usage domestique des rites et prières, l'accès au temple pour la pratique et la démonstration de ses signes religieux dans les  (espace civique)  rues et lieux commerciaux suffit largement pour y répondre. Les lieux gouvernementaux, les lieux hospitaliers et scolaires (l'espace public)  devraient être protégés contre toute manifestation religieuse afin d'assurer leur neutralité. F.Parenteau, A.Proulx ici et bien d’autres redéfinissent la laïcité classique selon l’esprit de séparation entre l’État et la religion.

Si le mouvement post moderne dont j'ai fait référence en haut a osé remettre en question l'inflexibilité de la raison raisonnante développé pendant la philosophie des lumières capable aussi de susciter  des discriminations. Dont le plus bel exemple est celui de l'internement dans des asiles psychiatriques qui pendant un siècle et demi (1840-1975) a privé de liberté des milliers de personnes rejetés parce que non "adaptables" au monde du travail capitaliste.

Jamais ces philosophes français à travers leur critique de la raison moderne n'ont cru sérieusement que le retour à la religion pourrait s'avérer une solution. Ceux ci ont mis l'accent sur le pluralisme, le respect de la différence, la considération des minorités contre le danger des majorités toutefois sans associer l'état de minoritaire avec celui de minorité culturelle à forte connotation religieuse.

Ces philosophes comme précédemment Henry David Thoreau lui bien plus tôt dans l'histoire se sont méfiés même à l'intérieur d'un cadre démocratique du pouvoir de la majorité contre les minorités. Mais toujours pour réclamer davantage de libertés. Liberté de retrouver la simplicité de la vie dans la nature pour le philosophe américain Thoreau, libertés multiples dans la vie civile pour les post modernes.

Tous ces philosophes ont compris que la religion ne favorisait pas la  voie des minorités mais celle de la majorité parce que la religion est globalisante de par sa nature. Ce qui détermine selon plusieurs que des milieux familiaux fermés provenant de l’immigration cela est possible sont en mesure d’entretenir des dictatures dans l’intimité. Ce que les philosophes multiculturalistes ou « inter culturalistes » se sont avérés incapables de comprendre se contentant de dénoncer tous ceux qui ne perçoivent pas leur apparente sagesse.

L’inter culturalisme favorise (au mieux) la cohabitation des vérités non dans le débat mais à travers l’indifférence dans un « pluralisme » confus. L’opposition stricte entre des minorités culturelles identifiés toujours comme religieuses et des majorités nationales un peu trop culturellement laïques semble l’expression d’un dérapage intellectuel.

Erreur de vision des Taylor Bouchard.

# 02 juin 2008, 22:18

Jean-Pierre Dubé a dit :

re: Avec une brique et un crucifix

@ Jean-Hubert Beaulieu

J'aime bien vos références historiques. Je vous en propose d'autres.

L'Autre en Amérique impérialiste anglo-saxonne, c'est le "maudit Français" c'est à dire le Québecois.

Les "deux solitudes" en Amérique impérialiste anglo-saxonne, c'est d'abord la québécoise et l'autochtone.

Qu'est le ROC ? Le Rest Of Canada héritier des Loyalists ? Ben exactement ce que le nom signifie : le reste du Canada d'origine dont le nom fut changé pour Province of Québec après une "conquête".

Tout ça pour dire que les QUébécois sont "ouverts" depuis toujours parce qu'ils n'ont pas eu le choix !!! Ils n'ont pas besoin de se faire dire qu'ils doivent l'être davantage. Non au racisme ben oui ! Non à la culpabilisation de l'Autre pour certains problèmes enfouis dans une conscience collective ben oui ! On sait tout ça. Pourquoi ? Parce que l'Autre en Amérique du Nord anglo-saxon issue de l'Europe, c'est le "maudit Français" d'Amérique. C'est aussi simple que ça !

Le multiculturalisme canadian/canadien a (ou avait) un vice caché. Lequel ? Celui d'avoir été institué en partie pour contrer la culture canadienne-française/québécoise d'établir UN PAYS.

Non, le Québec n'est pas une "province parmi d'autres" ! Non, la culture québécoise n'est pas une "culture parmi d'autres" ! Non, l'ethnie canadienne française n'est pas une "ethnie parmi d'autres" ! Pourquoi ? Parce qu'ils sont respectivement et antérieurement LA PROVINCE DE CANADA, LA CULTURE CANADIENNE ET L'ETHNIE CANADIENNE (de la Nouvelle-France) des 17ième et 18ième siècles.

Tant qu'on n'aura pas mis ça comme postulat de base dans notre équation socio-politico-historique, on continuera de dire tout et n'importe quoi et entendre tout et n'importe quoi ...

L'occasion du 400ième DU Québec devrait éclairer certains compatriotes sur l'évolution de ce coin d'Amérique, de cette Autre Amérique ... qui sait ce qu'elle doit aussi à l'Autre en-dessous : l'Autochtone.

Cordialement

Jean-Pierre Dubé

# 09 juin 2008, 20:51


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