Dans un revirement de la politique étrangère française face au Québec-Canada, voilà que le président Sarkozy, le "pote à Desmarais" (qui semble lui avoir soufflé quelques idées à l'oreille), annonce la fin de la "non-ingérence, non-indifférence" qui était la marque des rapports privilégiés entre la France et le Québec en quête de son indépendance. Désormais, la France sera aussi amie avec le Canada, et la tournée de séduction de la mascotte fédérale Michaëlle Jean est venue illustrer cette nouvelle donne sur les tapis rouges français.
Chez les souverainistes, on s'insurge, on s'indigne et on se décourage de ce recul sur le plan international. Mais qu'est-ce que c'était que cette politique du "ni-ni"? Une pirouette diplomatique à la française qui ne voulait pas dire grand-chose: "On ne s'en mêle pas mais on ne s'en sacre pas non plus." Ça ne dit même pas s'ils sont en faveur ou non de l'indépendance, juste qu'ils ne sont pas indifférents. Wow! Quel guts! Et dire que depuis des décennies, les péquistes se pâment d'un tel slogan comme étant la preuve d'au moins un appui international à leur cause...
On ne peut pas demander éternellement à un grand pays comme la France de bouder un autre grand pays comme le Canada pour soutenir un projet dont l'issue est loin d'être imminente. Qui plus est, les pays qui doivent le plus impérativement reconnaître la légitimité d'un Québec indépendant, ce sont le Canada et les États-Unis. Le fait que la France les devance en appuyant la démarche pourrait alors nuire. Il ne faut pas oublier que, tout stimulant pour la société québécoise le "Vive le Québec libre!" du général de Gaulle a-t-il pu être, il n'en était pas moins entaché de cette vision paternaliste qui lui faisait voir devant lui non pas des Québécois mais des Français au Québec... On pourrait trouver que la France joue là un bien drôle de jeu.
Je ne dis pas que le gouvernement français ne peut pas jouer un rôle le jour où le Québec décidera de son indépendance. Mais il est inutile de lui demander quoi que ce soit avant, en tout cas publiquement, surtout quand le parti au pouvoir au Québec est fédéraliste! On s'oppose, avec raison, à ce que les États-Unis interviennent dans ce dossier, ça devrait être la même chose pour la France. Tout le reste n'était que triviales intrigues de cour et bitcheries protocolaires.
De toute façon, les premiers à convaincre de la légitimité de l'indépendance du Québec, ce sont les Québécois. Ailleurs, on ne peut appuyer cette idée que si elle se tient déjà debout toute seule...
PLOGUE DE BLOGUE
Au hasard de mes pérégrinations sur le Net, quand j'ai découvert que j'étais dépeint sur certains forums anglophones de Montréal comme un anti-bloke forcené, je suis tombé sur un site fort intéressant. C'est le blogue de l'AngryFrenchGuy (www.angryfrenchguy.com), mais le titre induit en erreur. On pourrait croire qu'il s'agit là d'un francophone enragé qui lance des invectives aux anglos dans l'anonymat d'Internet. Or, ce site, où l'auteur tente d'expliquer la perspective francophone et souverainiste en anglais aux anglophones, est exceptionnellement bien écrit et fouillé, le ton y est modéré, souvent sourire en coin. Inspirant.
En plus, l'AngryFrenchGuy en question est d'une sainte patience, évitant de s'emporter face aux posts parfois truffés d'insultes ou d'erreurs de faits qu'il peut recevoir. Et il est assez réjouissant de découvrir que plusieurs anglophones rabrouent eux-mêmes les plus à-côté-de-la-plaque. Un baume sur les inflammations semant la discorde qu'on voit si souvent dans les médias.
Parmi les sujets abordés, on trouve entre autres une analyse de l'histoire du bilinguisme à Montréal. En effet, la plupart des anglos ont tendance à oublier que c'est la loi 101 qui a fait de Montréal la ville bilingue qu'ils disent défendre aujourd'hui. Avant, dans son affichage comme dans les bureaux, tout se passait en anglais. Un commentaire récent faisait aussi remarquer qu'il n'y avait pas de mot en anglais pour traduire "indépendantiste", qui ne veut pas dire "nationaliste" et qui n'a pas la même connotation que "séparatiste". Il notait au passage que l'expression "pure laine" et tout ce qui est péjoratif se retrouvent par contre rapidement en usage dans la langue de Leonard Cohen pour parler des "separatists"... Et tout ça sur un ton exceptionnellement civilisé pour ce genre de plateforme et pour un sujet si délicat.
Paraîtrait cependant que plusieurs francophones ont reproché à cet apôtre de la compréhension (Georges Boulanger, un francophone, qui est aussi camionneur!) d'écrire en anglais (qu'il semble maîtriser parfaitement), et que ça en ferait de facto un traître à la cause... Bien sûr, il s'agit là d'une position stupide et à courte vue. Mais comme le faisait remarquer l'auteur d'AngryFrenchGuy, s'il choque les plus bornés des deux bords du canyon séparant les deux solitudes au Québec, c'est qu'il doit faire quelque chose de bon...
Ça vaut déjà mieux que tous les "ni-ni" de la France...