La saison de rêve des Canadiens s'est terminée en queue de poisson (au son de la dernière sirène - c'est quasiment poétique...). Champions de l'Est avant de s'écrouler contre les méchants Flyers du "traître" Brière... C'est un peu "agace", finalement. Ils auraient peut-être été mieux servis s'ils avaient fini quatrièmes ou cinquièmes de la division et avaient senti qu'ils avaient des choses à prouver en séries. La pression n'aurait pas été la même. Contre Philadelphie (et même un peu contre Boston malgré la victoire), on aurait dit que tout ce que les Canadiens avaient accompli durant la saison régulière non seulement ne comptait plus mais semblait même leur peser. Au moins, on sait maintenant qu'il y a plein d'éléments positifs dans cette équipe et que ce sera excitant de les voir se développer. Il ne manque plus que deux ou trois pièces au puzzle, de quoi alimenter les discussions pendant tout l'été.
Évidemment, comme l'an prochain marquera le centenaire des Canadiens, la pression sera forte. Le scénario idéal se terminerait en apothéose avec une coupe Stanley qui défile dans les rues de Montréal. Le public a faim. Mais il faudra aussi que ce public soit à la hauteur de la situation.
Au cours du dernier match au Centre Bell, bien des choses ont joué en faveur des Flyers, que, il faut bien l'avouer, tout le monde avait sous-estimés. On leur reconnaissait bien du talent mais on les disait moins organisés, indisciplinés et inconstants. Peut-être que c'était vrai en saison régulière mais ce sont là des défauts qui s'atténuent considérablement quand vient "la vraie saison". Les Canadiens ont fait face à une équipe plus libre, à des joueurs plus capables de suivre leur instinct, et donc forcément plus opportunistes. Avant tout ajout de joueur-vedette, c'est là que se situe le défi des Canadiens l'an prochain.
Mais il n'y a pas que sur la glace qu'il y a une adaptation à faire. Bien sûr, lors des derniers matchs, Price a semblé chancelant, Kovalev en a moins donné et on peut se poser des questions sur la cohabitation entre lui et Koivu. Latendresse semblait trop mêlé pour que sa bonne volonté prenne le dessus. Markov était l'ombre de lui-même.
Mais le public non plus n'était pas prêt. Pas celui présent au Centre Bell, en tout cas. À Montréal, on aime bien se flatter la bedaine en se vantant que les Canadiens ont les meilleurs fans. Les plus passionnés, les plus viscéralement touchés par les résultats de l'équipe, sans aucun doute. Mais les meilleurs? Quand les Flyers ont fait 3-3, samedi dernier, la foule en entier a semblé saisie par cette fameuse "douche froide". C'était tellement tranquille qu'on sentait bien que le doute s'était installé. Que même ceux dont le seul rôle est d'y croire n'y croyaient plus.
Pourtant, c'est à ce moment-là qu'il fallait faire le plus de bruit, faire péter le record de décibels. Mais non. Il a fallu qu'Andrei Kostitsyn égalise la marque en début de troisième pour que la foule retrouve son entrain mais tout s'est dissipé dès que les Flyers ont repris les devants.
Trop souvent, la foule montréalaise n'encourage pas ses équipes. Elle les félicite. Elle le fait plus chaleureusement que n'importe où ailleurs, bien sûr, mais il faut que l'équipe mérite ces ovations. Si les joueurs se cherchent un peu, ce ne sera pas long que des huées se feront entendre. En saison régulière, ça peut aller, le public peut même jouer là un rôle pédagogique. Mais en séries, c'est le temps d'être inconditionnel. Faut dire qu'avec les résultats des dernières années, les fans avaient peut-être perdu l'habitude. Disons-nous que la dernière saison était un camp d'entraînement et qu'on reviendra plus fort la saison prochaine...
UN PEU DE MEDISANCE, JUSTE POUR LE FUN...
En passant, juste pour "bitcher" (c'est aussi à ça que ça sert, suivre le sport...), question de jouer à Don Cherry, je vais picosser dans un tabou, ici. Après l'élimination des Canadiens, on a vu plusieurs de leurs joueurs européens se précipiter pour rejoindre les rangs de leur équipe nationale dans le cadre du championnat mondial qui a lieu présentement à Québec et Halifax.
Se pourrait-il que cette perspective ait joué psychologiquement dans l'effort consenti par certains joueurs? Les Canadiens commencent à connaître des difficultés en séries. L'atmosphère n'est plus aussi bonne. Votre gardien de but, censé être le sauveur, semble craquer. Les équipes déjà qualifiées sont épeurantes. Et, juste à côté, il y a tous vos compatriotes qui jouent ensemble pour l'honneur de la patrie. Si vous étirez la série contre Philadelphie, vous risquez de manquer le bateau. Si vous vous blessez aussi. Il me semble naturel que cette perspective vous traverse l'esprit une milliseconde, le temps que R.J. Umberger saute sur la puck dans l'enclave...
Ce n'est pas très grave, honnêtement, je trouverais ça tout à fait normal. Mais il faudra voir notamment comment Andrei Markov se comportera sur la glace pour la Russie. Tout au long de ces trop courtes séries, on aurait dit qu'il était blessé. Et voilà qu'il se porte volontaire pour le championnat mondial. Tiens, tiens...