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Impertinences
30 avril 2008, 1:07

Pauvres non-partisans

La ville est hockey. Indéniablement, le slogan est bien choisi. On dirait en fait que le Québec en entier est suspendu aux faits et gestes du Canadien. Mais l'engouement n'est pas unanime pour autant. D'abord, il y a ceux qui vivent ces séries avec un certain détachement, par vrais fans interposés. Ils sont bien contents mais tout de même un peu perplexes devant tant d'enthousiasme. Ils n'ont pas cette fibre qui permet de s'identifier à l'équipe mais ils aiment bien l'atmosphère qui se dégage de la ville. Un peu comme pendant la Coupe du monde de soccer, où bien des "de souche" n'ayant que peu de connaissances en "foot" se greffent à un groupe de fans lié à une communauté, juste pour pouvoir goûter un peu à cette passion, ce que je fais d'ailleurs allègrement avec mon chandail du Brésil tous les quatre ans.

Côté hockey, je dois avouer que je suis un fan plutôt récent du Canadien. À la maison, quand j'étais petit, je n'ai pas baigné dans une atmosphère d'adulation des Glorieux. Comme famille, nous étions plutôt "base-ball", en fait, et j'ai plus de souvenirs reliés aux Expos qu'au Canadien. Mais à l'adolescence, les Nordiques sont entrés dans la Ligue nationale et il a fallu que je choisisse. Je ne pouvais pas rester neutre. À l'époque, le côté nationaliste des Nordiques, avec les fleurs de lys sur le chandail et l'hymne national juste en français au Colisée de Québec, en plus des spectaculaires frères Stastny, les Goulet, Marois, Rochefort, Alain Côté (dont le but était bon...) et compagnie, me rejoignait infiniment plus que la gang de piochons du Canadien de l'époque, tout comme quelques-uns de mes meilleurs amis. J'ai donc été un fan des Nordiques, une allégeance lourde à porter en région montréalaise.

Lors du déménagement de l'équipe vers le Colorado, j'ai donc vécu tout un deuil. Je ne pouvais pas prendre automatiquement pour le Canadien. Pas après des années d'hostilité, de vacheries, et après la furie collective d'un certain Vendredi saint. J'ai donc été orphelin et je n'ai plus tellement suivi le hockey. C'était d'autant plus facile que le Canadien a connu depuis des années de misère.

Mais voilà, je n'avais pas envie de me priver plus longtemps de ce bonheur primaire mais pourtant si savoureux qui permet à toute une ville de s'unir derrière le destin d'une équipe de sport. Je m'ennuyais trop de cette complicité instantanée qui permet d'être l'ami de n'importe qui juste parce qu'on est ensemble derrière le Canadien. Du chauffeur d'autobus au cuistot du greasy spoon, en passant par la dame latino qui cherche son chemin et qui en profite pour s'informer du score, ça fait du bien, une fois de temps en temps, d'être tous du même bord.

Je me suis donc converti. Ce n'est pas un exercice facile. Je me suis d'abord senti un peu traître à la cause Nordiques mais l'équipe n'existe plus et je les ai soutenus jusqu'à la fin. Sauf qu'il me semblait néfaste de baigner dans le ressentiment et de ne pouvoir me réjouir que des insuccès du Canadien, par seul esprit de vengeance. L'exercice a aussi des vertus pédagogiques: si j'espère contribuer à convertir des gens à quelque chose un jour, il faut peut-être que je sache par où il faut passer... Et puis, avouons qu'on a maintenant de la qualité sous les yeux avec Kovalev, Price et les Kostitsyn, avec le courageux Saku, l'inspirant Komisarek, les vaillants Bégin, Bouillon, Smolinski et Kostopoulos... Ça aide grandement à la conversion...

Mais peu importe, il en restera toujours pour voir cette fièvre des séries d'un œil inquiet, ne comprenant rien à l'hystérie collective qui frappe la plupart de leurs concitoyens et ne pouvant y voir autre chose qu'une régression désolante, les émeutes suivant la victoire décisive contre les Bruins en étant la représentation ultime. Ce n'est pas tant le Canadien comme équipe qu'ils n'appuient pas, c'est le principe même de cette grande tentative de victoire par procuration qui ne les rejoint pas. Pour eux, triper sur le sport, c'est faire de l'activité physique, pas le fait de hurler, bière à la main, dans une foule, et encore moins devant un téléviseur puisque les joueurs n'entendent même pas. D'ailleurs, le principe même de croire que le soutien psychologique d'une foule puisse faire la différence est hautement discutable, sinon le Canadien remporterait la coupe Stanley tous les ans.

M'étant souvent senti isolé à ne pas comprendre la montée en popularité d'un phénomène qui me laissait indifférent (Les Cowboys Fringants) ou qui me désolait carrément (Le Banquier), je compatis. Je les remercie aussi. L'unanimité est rarement souhaitable, et en inscrivant leur dissidence au grand procès-verbal de l'air du temps, ils balisent un peu cette fièvre, la nuancent. Après tout, ce n'est que du sport...

Mais qu'est-ce que je les plains! Avez-vous déjà assisté à l'éclosion tardive d'un fan de sport? Avez-vous déjà vu quelqu'un qui était absolument indifférent se sentir soudain vibrer au diapason des fans? C'est un moment magnifique, comme si on venait de pogner un point G quelque part... Et c'est la grâce que je souhaite à tous les non-partisans du Canadien.

Mais dépêchez-vous, on a plus que jamais besoin de votre appui...

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Claude Perrier a dit :

re: Pauvres non-partisans

Le hockey?  Le Canadien?  Plus jeune, ça m'a intéressé.  À la grande époque de Jean Béliveau, Henri Richard, Jean-Claude Tremblay et, par la suite, Yvan Cournoyer, Ken Dryden et évidemment Guy Lafleur.  Et plusieurs autres qu'il serait trop long de mentionner.

Oui, ça m'a intéressé à l'époque où il y avait beaucoup moins d'équipes et que, par conséquent, chacune de ces équipes comptait plein de vrais bons joueurs.  L'expansion de la ligue a tout bousillé cela en obligeant à inclure une profusion de joueurs médiocres, de bagarreurs et de pousseurs de rondelles malhabiles, et surtout abominablement surpayés.

Le jeu présenté s'avère aujourd'hui plus souvent qu'autrement minable.  Le coût des billets, même pour de très mauvaises places loin en haut d'où on ne voit rien de la partie coûte un bras et demi, et le casse-croûte arrache le demi-bras restant.

Ainsi, cher monsieur Parenteau, vous plaignez les "pauvres non-partisans"?  Vu la qualité du spectacle offert, je dirais quant à moi que ce sont plutôt les pauvres partisans qui sont à plaindre.  Mais puisqu'il semble de plus en plus probable que leurs Glorieux passeront le mois de mai (et les suivants) sur les terrains de golf, après une 3e défaite d'affilée aux mains des Flyers, bientôt partisans et non-partisans pourront plus utilement s'adonner à quelque chose de constructif - et ensemble.

# 30 avr. 2008, 22:07

qqq a dit :

re: Pauvres non-partisans

Pauvres non-partisans?

En partant n'étant pas partisans je n'ecnourage pas les corporations dégueulasses qui tuent des enfants pour vendre plus de bière aux partisans, donc je suis plus "riches" que VOS partisans. :-P

De plus, étant intellectuelle j'ai beaucoup de choses à faire dans la vie à part m'asseoir devant la boîte à idiotie pour encourager d'autres corporations de dégueulasse.

Entre toi et moi, VOUS êtes beaucoup plus à plaindre que les non-partisans car les non-partisans ont des amis, ne sont pas alcoolique, ne font pas de ventre de sportif, peuvent utiliser plus de deux mots par phrase, ont des activitées saines en famille, ne sont pas violents dans leur quotidiens, ne démolissent pas des voitures ou des vitrines sur les rues, n'encouragent pas des déficients mentaux à gagner des millions de dollars pour pousser une rondelle de caoutchouc sur de la glace.

Qui est pauvre?  On sait qui est pauvre d'esprit en tout cas!!

# 02 mai 2008, 10:01

Richard Léveillé a dit :

re: Pauvres non-partisans

Je suis devenu indifférent aux sports majeurs professionnels avec les années.  À qui peut-on s'identifier quand les joueurs sont des contractuels de corporations et ressemblent plus à des actionnaires de multinationales qui vendent leurs parts aux plus offrants (à l'aide de leurs agents-courtiers); et par surcroît sont pour la plupart des étrangers...  Je ne me considère pas "pauvre non-partisan" quand on connaît les prix des places.  Les partisans convaincus eux, doivent s'appauvrir en maudit à chaque fois qu'ils passent à la billetterie des Canadiens.  Le festival des éliminatoires ne vient plus me chercher.  Malgré tout ça, j'aime encore assister à l'occasion aux match des petites ligues où on peut voir les touts-petits y mettre tous leurs efforts pour imiter les grands et se féliciter mutuellement tout en gardant leur équilibre sur la glace; peut-être en rêvant, un jour, à jouer pour les ligues majeures.  Non, le Canadien et les autres équipes de la LNH ne m'inspirent plus même avec les efforts publicitaires.  Quand c'est trop gros et trop grand, il est difficile de s'y retrouver.  Les sports individuels sont devenus ma passion.  J'y reconnais une meilleure compétition.  

# 02 mai 2008, 13:01

Jessika Fortin a dit :

re: Pauvres non-partisans

Je pense que vous généralisez beaucoup. Les partisans du Canadien ne sont pas tous des cons. Je suis moi-même une partisanne et je suis très fière de leur présence en série. Pourtant j'ai des amis, une vie, un travail, je fais du sport, je ne consomme presque jamais d'alcool et je fréquente l'Université. Je n'ai d'ailleurs jamais mis le feu à une voiture ou casser de vitrines. L'idée ne m'est jamais venue de le faire de toute façon. Il est d'ailleurs possible d'être intellectuel et d'aimer la LNH. Tous les fans du Canadien ne sont pas des pauvres d'esprit. Oui il y a des exagérations mais n'est-ce pas comme ça dans toutes les sphères de la société? Des cas isolés, des cons, il y en aura toujours. Le salaire des joueurs et bien ça, c'est un autre débat. Le prix des billets pour les matchs aussi est un autre débat bien que oui, je trouve ça très dispendieux pour aller voir un spectacle qui sommes toute n'est pas très long. C'est d'ailleurs pourquoi je l'écoute de mon salon. :)

Je trouve d'ailleurs que c'est vrai, les séries sont un phénomène rassembleur, un phénomène très important au Québec. Tout le monde en parle. Tu arrives dans un endroit et les gens parlent du dernier match, des matchs qui suivront de la performance des joueurs. Je trouve que c'est une bonne façon de débuter une conversation et de prendre contact avec quelqu'un. Je ne vois pas le mal à être un partisan ou une partisanne des Canadiens. C'est une façon de plus de passer une bonne soirée. Et bon, les séries auront été intéressantes à suivre même si ça se terminait demain soir.

# 02 mai 2008, 13:12

Christian Pelletier a dit :

re: Pauvres non-partisans

Au moment même où la structure fondamentale de notre système tremble

sous les effet de la privatisation mondiale(centralisation du pouvoir),

on se découvres candidement <<solidaire>> autour d`une cause

aussi inoffencive que vide de sens. Les gens peuvent se lever pour

sortir dans la rue faire l`éloge du vide par milliers, accrocher des ti-drapeaux représentant une autre business sur leurs chars. Or, si il y a une manifestation intelligente en ville concernant nos droits qui ne cessent

de ratatiner où pour défendre un système de santé public acquis au prix

d`un effort multi-générationnel, on n`y retrouvera qu`une poigné de solidaires. Les cartels du pétroles enregistrent des records extraordinaires de profits sur notre dos tous en provoquant une famine généralisé sur la planète. On se fais crosser solide avec la bénédiction de nos <<élus>>. Notre nation est allignée sur Bush(surtout ceux derrière) et participe à des guerres illégales pour le pétrole.

Tous les semaines, des lois visants de restreindre nos libertés sont adoptées sous le prétexte de la soi-disant <<guerre aux terrorismes>> . Pourais-on se rassembler autour d`une cause qui en vaudra pour une fois la peine!

Pendant qu`on regarde la cravate de Carbo,

eux, il redessinent le monde!

Y`a que 7 jours dans une semaines et on cours de plus en plus vite.

Notre énergie doit être canalisé autrement.

Réveillez-vous "@?%&!!!

Le temps est précieux...

# 03 mai 2008, 23:17

Jean Pierre Bouchard a dit :

re: Pauvres non-partisans

Ex partisan des Nordiques, je ne me suis pas converti au Canadien après 13 ans. Le bilinguisme trop marqué au Centre Bell m'empêche d'identifier le Canadien comme équipe représentative du Québec. Le Canadien semble davantage représentatif historiquement et même maintenant encore du pouvoir anglo montréalais.

Il suffit de voir ou revoir le film Maurice Richard pour s'en rappeler. Ce sont les joueurs Canadiens français comme les frères Richard, J.Béliveau, G.Lafleur, S.Savard, Geoffrion qui ont portés pour le Québec cette équipe sur leurs épaules.

Pour ce qui est de la direction, cela a été beaucoup moins vrai. M.Gillet, un Américain est le propriétaire actuel de l'équipe.

La politisation du hockey apparaît sous la surface et enlève tout engouement pour ceux qui la font.  

Mais regardons les faits en dehors de nos subjectivités, Le Canadien est  avant tout  une équipe de Montréal et de sa grande région Nord et Sud beaucoup moins représentative du Québec qu'auparavant avec ses joueurs européens.

Sans la tradition, sans la légende entretenue, le Canadien connaîtrait la visibilité de l'Impact au soccer qui est en phase toujours de développement. Dernier point. Le Canadien ne peut faire l'unanimité à une époque où le hockey s'est surtout déplacé au Sud de la frontière par ses équipes. Le mythe à du plomb dans l'aile avec l'affairiste G.Betman qui vend le hockey aux É.U depuis que sous sa présidence, aucune équipe du Canada n'ait gagné la coupe Stanley.

# 05 mai 2008, 18:55

Anne-Gaëlle a dit :

re: Pauvres non-partisans

Bien envoyée celle là!

Bravo

# 07 mai 2008, 09:45

Amélie Bélanger a dit :

re: Pauvres non-partisans

J'ai essayé de regarder le hockey.  J'ai passé toute ma jeunesse dans les arénas parce que mon frère y jouait, et je n'ai jamais réussi à m'assoir durant trois périodes complètes, trop occupée que j'étais à courir de gradins en gradins en séparant le sirop de slush puppie d'avec sa glace.

Ensuite, j'ai essayé d'assister aux games des "Midgets" de mon école, parce qu'ils étaient beaux et qu'ils fallaient les aduler pour qu'ils nous remarquent, demi-mortelles que nous étions.  Peine perdue.  Je finissais toujours par m'acheter une slush.

Il y a eu mon ex, qui redoutait chaque fois de m'offrir de le regarder avec lui, sachant pertinemment que je perderais tout intérêt et tout entrain instantanément... à moins qu'il ne m'offre d'aller me chercher une slush.

Il a même réussi à me traîner au Centre Bell, où j'ai réussi à trouver plus d'intérêt dans les millions de spots que dans la ridicule taille des joueurs et à rester bouche bée devant les images live des filles sexys dans des chandails à l'effigie des Habs qui me font toujours douté de la vraie nature de leur fanatisme... Pis en plus, la slush était BEN trop chère.

Donc, oui, pauvre de moi, qui n'a jamais pu apprécié toute la féérie d'une game d'hockey.  J'ai perdu un temps précieux que j'aurais pu investir à me cultiver, par exemple, tout en évitant la glace concassée additionnée de sucre.

Mais de là à dire qu'ils auraient eu besoin de moi pour gagner,  c'est comme d'insinuer qu'une fée meurt quelque part parce que François Parenteau n'est pas partisan de Tinkerbell.

# 15 mai 2008, 22:16


François Parenteau
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