Wow! Le Canadien premier de la conférence de l'Est! Qui l'eût cru? Et l'esprit d'équipe qui semble à son meilleur, tout le monde qui contribue, tous les
moves de la direction qui portent fruit, il y a de quoi se réjouir. Et puis, snif, snif... Mais qu'est-ce donc que cette étrange odeur?... Ça me rappelle quelque chose du passé.... C'est métallique mais chaud en même temps... Ma parole, ça sent la coupe!
Le feeling d'unité derrière l'équipe du Canadien, les commentaires élogieux à l'égard du coach et des joueurs et les petits drapeaux du CH tellement présents partout qu'ils justifieraient à eux seuls que les partisans de la Flanelle aient leur siège à l'ONU font presque oublier qu'en début de saison, aux yeux d'une grande majorité, tout était à refaire dans cette équipe. Mea culpa, j'étais de ceux qui croyaient un grand ménage nécessaire et qui ne voyaient pas tout le potentiel des jeunes.
Mais au-delà de qui avait raison et qui avait tort, la saison du Canadien est riche d'enseignements dans cette usine à métaphores qu'est le sport. De grands enjeux philosophiques et politiques se cachent derrière les débats de gérants d'estrade.
LA COMPETITION ENTRE LES JOUEURS
Au début de la saison, Carbonneau a clairement établi qu'il avait l'intention de faire jouer la compétition entre ses joueurs, et qu'il faudrait mériter son "temps de glace". C'est sur cette approche que j'étais principalement sceptique. N'était-ce pas là le meilleur moyen d'attiser les guerres de clans dans une équipe déjà divisée? Peut-être, mais il est maintenant clair que c'était aussi le moyen de tirer le meilleur du groupe de joueurs actuel du Canadien en valorisant le travail.
On peut voir là un combat entre une approche de gauche, où chacun a une place assurée, et une approche de droite, qui fait jouer la menace de sanctions. Il y a de ça mais c'est en fait surtout une position anti-monopole qui a triomphé. Par le passé, Koivu était le centre numéro 1 et tout le reste des trios s'ordonnait d'après cette prémisse. Aujourd'hui, le Canadien ressemble plus à un gouvernement minoritaire, avec une équipe où la contribution de chacun peut évoluer et Koivu dans le rôle d'un Charest moins "fort" mais plus apprécié.
KOVALEV
C'est lui, le grand responsable du renouveau du Canadien. Je faisais partie de ceux qui voulaient échanger ce gros ego, question d'assainir l'atmosphère dans le vestiaire. Mais force est de constater que ceux qui prônaient la patience avec l'Artiste avaient raison.
En fait, Kovalev a fait mentir tellement de monde qu'il fait ressortir une stratégie des amateurs de sport pour sauver la face quand ils se plantent dans leurs analyses: expliquer pourquoi. Chacun fait ses prédictions en partant d'un paradigme donné. Et si on réussit à identifier le changement de paradigme ayant conduit à l'effondrement de nos pronostics, la faute est à moitié pardonnée. Comme pour les économistes, finalement.
Dans le cas de Kovalev, certains accordent le crédit à Bob Gainey, qui aurait eu une franche conversation avec le vétéran russe. D'autres croient que l'émergence des Kostitsyn impressionnés par leur idole Kovy a créé l'atmosphère pour que celui-ci s'épanouisse. D'autres enfin feront allusion à un mythique chemin de Damas, en Gaspésie, où Kovalev a eu un accident avec une moto empruntée à un partisan qu'il visitait, question de se rapprocher du vrai monde d'ici. C'est là qu'il aurait compris l'importance du Canadien et qu'il aurait vu la lumière. Quoi qu'il en soit, le paradigme avait changé. Faque, hein, ça ne compte pas si on s'est trompés...
PRICE
L'expérience ou la jeunesse? Huet ou Price? C'est presque un miroir parfait du duel chez les démocrates américains. Huet étant un Hillary Clinton et Price un Barack Obama. Or, avant d'échanger Huet, le Canadien avait un "ticket" de deux gardiens numéro 1 avec Clinton-Obama, ou l'inverse.
Comme il n'y a qu'un poste de gardien, celui-ci est un monopole par définition et les règles de compétition ne jouent pas de la même façon. Si on a Clinton numéro 1 et Obama pour la seconder, la popularité du backup porte ombrage à la chef et l'empêche d'assumer pleinement son leadership. À l'inverse, avec Clinton vice-gardienne, on donne l'impression qu'on doute des instincts d'Obama et lui-même peut en venir à douter aussi. La direction du Canadien a voté Obama, qui a plus d'avenir. Comme quoi, des fois, il faut savoir faire un acte de foi pour arriver à l'inspirer.
L'UNITE DANS LA DIVERSITE
Enfin, l'engouement actuel pour les Glorieux prouve aussi que la quête de vedettes francophones n'est qu'une considération marginale quand l'équipe gagne. Je continue de croire que ce serait encore mieux s'il y avait une ou deux vedettes québécoises chez le Canadien, mais il est clair que c'est l'équipe elle-même, son chandail et son histoire qui créent l'appartenance.
Comme quoi, quand on partage tous une même identité claire et qu'on travaille ensemble à un but commun, l'intégration des immigrants, y a rien là...