Les deux plogues d'Hydro-Québec et tous les gourous de la vertitude m'ayant convaincu, j'ai tenté récemment de me convertir aux ampoules fluocompactes. Je me suis forcé. J'en ai acheté, des ampoules twistées. En certains endroits de mon appartement, je trouve que ça donne une lumière blafarde et un peu lugubre, mais je tente de m'habituer le regard. Quand on peut être un héros sauveur de planète à peu de frais, il faut quand même faire preuve d'un peu de bonne volonté.
Mais voilà qu'on apprend que les ampoules fluocompactes pourraient avoir un effet pervers. En effet, l'utilisation d'ampoules à incandescence contribue à chauffer la maison. C'est d'ailleurs là que réside leur problème d'efficacité: elles gaspillent en chaleur ce qu'elles ne donnent pas en lumière, contrairement aux fluocompactes. Au point même où ces ampoules ont leur impact dans le chauffage d'une maison. Avec des ampoules fluocompactes partout, les habitants d'une résidence devront monter le chauffage pour atteindre leur température préférentielle en hiver. Mais voilà, au Québec, l'électricité qui fait allumer les ampoules est largement issue de centrales hydrauliques, une énergie relativement propre et renouvelable, alors que le chauffage, lui, est parfois issu du mazout, une vilaine substance qui produit des gaz à effet de serre. La chaleur qu'on perd d'une énergie propre est donc remplacée dans les maisons chauffées au mazout par une dépense d'énergie sale.
L'interdiction mur à mur des ampoules traditionnelles qui était envisagée serait donc une mauvaise idée. Comme j'ai déjà le chauffage électrique, la question ne se pose pas dans mon cas (malheureusement...), mais cette "twist" dans ce qui semblait jusqu'à tout récemment une règle élémentaire de bonne conduite écologique démontre à quel point les absolus sont fragiles.
C'est bien le problème avec une société basée sur la science et le rationnel: ça change tout le temps, et le citoyen ordinaire a de la difficulté à suivre les mises à jour de la science. Un jour il faut boire du lait pour être en santé, le lendemain, il faudrait cesser immédiatement d'ingurgiter ce poison. On a eu une décennie margarine suivie d'un retour en force du beurre, plus naturel. Faut-il coucher les bébés sur le ventre, sur le dos, sur le côté, en équilibre sur la tête? On ne sait plus. Et quand une lumière vient nous éclairer, il faut toujours se demander qu'est-ce qui l'allume...
LES CHOSES ONT RAREMENT L'AIR DE CE QU'ELLES SONT
Prenez par exemple les vêtements pour chiens. Rarement la vue de quelque chose d'aussi anodin pouvait-elle provoquer chez moi une telle réaction épidermique. Dans mon livre à moi, les chiens vêtus de petits chandails étaient tout près des sommets du ridicule, devancés seulement par leurs maîtres ainsi que par les gens qui ont accepté qu'on rebaptise la station de métro Longueuil "Longueuil-Université-de-Sherbrooke".
Jusqu'à récemment, haïr les chiens habillés était pour moi un principe fondamental. C'était clair: je faisais partie de ceux qui détestent voir un chien habillé. À la limite, pour un petit chihuahua tout frissonnant à -30, j'aurais pu surseoir à ma condamnation intérieure, mais le fait d'avoir un chihuahua venait alors annuler ma clémence. Autant que possible, j'évitais d'adresser la parole à ceux qui habillaient leur chien, et il était hors de question que je fréquente une fille qui aurait fait subir ce sort à son pitou. Ça faisait partie de ces détails non négociables.
Mais voilà, j'ai eu une voisine qui avait un chien par ailleurs super cool et qu'elle habillait parfois d'une sorte d'imperméable. Je les trouvais alors tous deux assez ridicules, mais par bon voisinage, je me suis bien gardé de le leur dire. Mais un jour ma voisine m'a expliqué qu'elle n'habillait son chien que pour éviter qu'il ne salisse tout dans l'appartement en rentrant après une promenade sous la pluie.
Ah, tiens, je n'y avais pas pensé. Tout concentré que j'étais à savourer le fait d'être du côté de ceux qui n'habilleraient jamais un chien, j'avais présupposé qu'il s'agissait là d'une lubie anthropomorphiste qui transforme les chiens en ti-bébé-à-sa-maman, et je n'avais jamais considéré qu'un chien habillé pouvait avoir un rôle pratique. Ce jour-là, j'ai appris quelque chose qui m'a ouvert l'esprit. Je comprends au moins ceux qui habillent leur chien les jours de pluie.
Mais en y repensant, pour être honnête, ce fut d'abord un deuil. J'ai perdu d'un seul coup une bonne partie du plaisir que j'avais à haïr les chiens habillés (en fait, leurs maîtres; la plupart du temps, les chiens ont l'air d'accord avec moi...). Et j'ai l'impression que c'est ce qui complique une bonne partie des rapprochements interculturels ou le dialogue entre factions politiques opposées. On se définit autant par ce qu'on aime que par ce qu'on déteste. Et on est forcément un peu perdu quand on perd une telle référence.
Au moins, il me reste la station "Longueuil-Université-de-Sherbrooke"... Crisse que c'est niaiseux!