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Impertinences
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April 2008 - Messages
30 avril 2008, 1:07
Pauvres non-partisans
La ville est hockey. Indéniablement, le slogan est bien choisi. On dirait en fait que le Québec en entier est suspendu aux faits et gestes du Canadien. Mais l'engouement n'est pas unanime pour autant. D'abord, il y a ceux qui vivent ces séries avec un certain détachement, par vrais fans interposés. Ils sont bien contents mais tout de même un peu perplexes devant tant d'enthousiasme. Ils n'ont pas cette fibre qui permet de s'identifier à l'équipe mais ils aiment bien l'atmosphère qui se dégage de la ville. Un peu comme pendant la Coupe du monde de soccer, où bien des "de souche" n'ayant que peu de connaissances en "foot" se greffent à un groupe de fans lié à une communauté, juste pour pouvoir goûter un peu à cette passion, ce que je fais d'ailleurs allègrement avec mon chandail du Brésil tous les quatre ans.

Côté hockey, je dois avouer que je suis un fan plutôt récent du Canadien. À la maison, quand j'étais petit, je n'ai pas baigné dans une atmosphère d'adulation des Glorieux. Comme famille, nous étions plutôt "base-ball", en fait, et j'ai plus de souvenirs reliés aux Expos qu'au Canadien. Mais à l'adolescence, les Nordiques sont entrés dans la Ligue nationale et il a fallu que je choisisse. Je ne pouvais pas rester neutre. À l'époque, le côté nationaliste des Nordiques, avec les fleurs de lys sur le chandail et l'hymne national juste en français au Colisée de Québec, en plus des spectaculaires frères Stastny, les Goulet, Marois, Rochefort, Alain Côté (dont le but était bon...) et compagnie, me rejoignait infiniment plus que la gang de piochons du Canadien de l'époque, tout comme quelques-uns de mes meilleurs amis. J'ai donc été un fan des Nordiques, une allégeance lourde à porter en région montréalaise.

Lors du déménagement de l'équipe vers le Colorado, j'ai donc vécu tout un deuil. Je ne pouvais pas prendre automatiquement pour le Canadien. Pas après des années d'hostilité, de vacheries, et après la furie collective d'un certain Vendredi saint. J'ai donc été orphelin et je n'ai plus tellement suivi le hockey. C'était d'autant plus facile que le Canadien a connu depuis des années de misère.

Mais voilà, je n'avais pas envie de me priver plus longtemps de ce bonheur primaire mais pourtant si savoureux qui permet à toute une ville de s'unir derrière le destin d'une équipe de sport. Je m'ennuyais trop de cette complicité instantanée qui permet d'être l'ami de n'importe qui juste parce qu'on est ensemble derrière le Canadien. Du chauffeur d'autobus au cuistot du greasy spoon, en passant par la dame latino qui cherche son chemin et qui en profite pour s'informer du score, ça fait du bien, une fois de temps en temps, d'être tous du même bord.

Je me suis donc converti. Ce n'est pas un exercice facile. Je me suis d'abord senti un peu traître à la cause Nordiques mais l'équipe n'existe plus et je les ai soutenus jusqu'à la fin. Sauf qu'il me semblait néfaste de baigner dans le ressentiment et de ne pouvoir me réjouir que des insuccès du Canadien, par seul esprit de vengeance. L'exercice a aussi des vertus pédagogiques: si j'espère contribuer à convertir des gens à quelque chose un jour, il faut peut-être que je sache par où il faut passer... Et puis, avouons qu'on a maintenant de la qualité sous les yeux avec Kovalev, Price et les Kostitsyn, avec le courageux Saku, l'inspirant Komisarek, les vaillants Bégin, Bouillon, Smolinski et Kostopoulos... Ça aide grandement à la conversion...

Mais peu importe, il en restera toujours pour voir cette fièvre des séries d'un œil inquiet, ne comprenant rien à l'hystérie collective qui frappe la plupart de leurs concitoyens et ne pouvant y voir autre chose qu'une régression désolante, les émeutes suivant la victoire décisive contre les Bruins en étant la représentation ultime. Ce n'est pas tant le Canadien comme équipe qu'ils n'appuient pas, c'est le principe même de cette grande tentative de victoire par procuration qui ne les rejoint pas. Pour eux, triper sur le sport, c'est faire de l'activité physique, pas le fait de hurler, bière à la main, dans une foule, et encore moins devant un téléviseur puisque les joueurs n'entendent même pas. D'ailleurs, le principe même de croire que le soutien psychologique d'une foule puisse faire la différence est hautement discutable, sinon le Canadien remporterait la coupe Stanley tous les ans.

M'étant souvent senti isolé à ne pas comprendre la montée en popularité d'un phénomène qui me laissait indifférent (Les Cowboys Fringants) ou qui me désolait carrément (Le Banquier), je compatis. Je les remercie aussi. L'unanimité est rarement souhaitable, et en inscrivant leur dissidence au grand procès-verbal de l'air du temps, ils balisent un peu cette fièvre, la nuancent. Après tout, ce n'est que du sport...

Mais qu'est-ce que je les plains! Avez-vous déjà assisté à l'éclosion tardive d'un fan de sport? Avez-vous déjà vu quelqu'un qui était absolument indifférent se sentir soudain vibrer au diapason des fans? C'est un moment magnifique, comme si on venait de pogner un point G quelque part... Et c'est la grâce que je souhaite à tous les non-partisans du Canadien.

Mais dépêchez-vous, on a plus que jamais besoin de votre appui...


23 avril 2008, 1:43
De la crainte comme commencement de la sagesse
Au gré des sondages, ils perdent un peu de terrain au Québec, puis en regagnent. Ils semblent maintenant solidement enracinés dans la région de Québec, en grande partie à cause du "manège militaire" de Harper, qui a su si habilement réveiller la fibre militariste de cette ancienne ville de garnison, et à qui l'incendie du Manège militaire vient offrir une magnifique occasion d'en rajouter en se pointant comme sauveur du patrimoine de Québec en cette année de 400e anniversaire. Et au gré de quelques gestes qui, pour purement symboliques et motivés par l'opportunisme politique qu'ils étaient, n'en étaient pas moins un vent de printemps après des années d'obstination libérale à nier toute forme de nation québécoise, les conservateurs, qui étaient il n'y a pas si longtemps des crocodiles hors de l'eau au Québec, font maintenant partie du paysage politique. Ajoutez à cela la gaffe des libéraux d'avoir choisi Stéphane Dion comme chef et ils y figurent même avantageusement.

Plusieurs s'en amusent, comme s'il s'agissait d'une bonne blague vengeresse au détriment des libéraux fédéraux. D'autres n'en font pas de cas, rassurés sur le fait qu'ils ne pourront pas aller trop loin dans l'imposition de leurs vues les plus conservatrices étant donné qu'ils sont minoritaires et qu'on a l'impression qu'ils le resteront. Harper entretient bien cette presque indifférence avec son ton doucereux.

Et pourtant, il avance ses pions. La vaste étude sur la perception des Forces armées canadiennes au Québec est une preuve de plus qu'il a toujours en tête l'idée de tranquillement façonner les esprits des Québécois pour en faire de parfaits petits conservateurs proguerre. En fait, Harper semble avoir fait le pari de donner du "lousse" au Québec du côté de l'identité pour mieux y faire avancer son idéologie. Il se fout bien que les Québécois soient une nation, en autant qu'ils deviennent une nation conservatrice. Canaliser la fierté spécifique au Québec en appui à ses thèses.

Prenons ce livre d'information sur les drogues commandé par le gouvernement libéral, préfacé par Philippe Couillard, que les conservateurs ont mis au rancart parce qu'il ne dit pas clairement "NE PRENEZ JAMAIS DE DROGUE". C'est un exemple frappant du fossé qui sépare la mentalité conservatrice de Stephen Harper de l'approche qui fait largement consensus au Québec. Dans sa préface, Philippe Couillard avance que si, autrefois, on disait que la crainte était le commencement de la sagesse, on sait maintenant que l'information et la connaissance font encore beaucoup mieux la job. Même des conservateurs modérés comme Pierre-Claude Nolin sont d'accord là-dessus.

Les experts et intervenants dans le domaine le savent bien: un jeune qui fume un jour un joint de pot et demeure encore capable de mettre un pied devant l'autre malgré le buzz en vient à considérer toute information gouvernementale exagérée comme un écran de fumée, comme un bonhomme Sept-Heures. Il n'y prête dès lors plus aucune attention. Et le fait est que les jeunes en fument du pot et qu'ils survivent. Continuer dans la voie du faire-peur et des ordres péremptoires ne sert qu'à rendre l'autorité gouvernementale complètement ridicule.

C'est pourtant la voie que les conservateurs nous forcent à prendre, même minoritaires! De là, on peut supposer que s'ils en avaient le moindrement la chance, ils informeraient nos jeunes que la masturbation rend sourd, que le sexe en dehors des liens sacrés du mariage leur fera pousser du poil sur la langue avant des les précipiter en enfer, et que c'est l'avortement qui est responsable du réchauffement climatique. On aurait du fun!

Que de tels idéologues continuent de récolter tant d'appuis au Québec m'apparaît comme absurde. Je ne peux pas croire que c'est là ce que veulent les Québécois. Quelques-uns, sûrement, mais autant que ça? Il fut un temps où on pouvait encore croire que Harper donnait quelques bonbons à son aile droite question de ne pas perdre son appui, mais que lui-même était un modéré, et que nous étions entre bonnes mains. Son entêtement face à l'Afghanistan, ses nombreux gestes militaristes, la loi sur la censure, la tentative sournoise de rouvrir le débat sur l'avortement et, maintenant, ce clash sur la lutte contre la toxicomanie nous prouvent qu'il n'en est rien. Ils nous prouvent, en fait, que Stephen Harper est un idéologue de droite d'autant plus dangereux qu'il est habile. Et en plus, il profite d'une configuration politique qui le favorise. L'eau monte, et le crocodile est maintenant dans son élément...

Peut-être qu'au fond, c'est vrai que la crainte est le commencement de la sagesse. Et si on commençait par recommencer à craindre les conservateurs?...


16 avril 2008, 1:17
La démocratie est out
La démocratie commence à avoir de plus en plus mauvaise presse et c'est une pente dangereuse. Selon certains, par son obsession du court terme et son hypersensibilité aux enjeux électoralistes locaux, elle serait inapte à répondre à l'urgence environnementale mondiale. Une bonne dictature éclairée à l'ampoule twistée ferait mieux l'affaire et pourrait remettre les lobbys industriels à leur place.

Il y a aussi qu'elle sert trop souvent de prétexte à des invasions perpétrées pour de bien moins nobles motifs et que bien des peuples du monde commencent à se méfier de cette magnifique démocratie que l'Occident vient leur apporter à coups de bombes.

Et puis, c'est vrai, la démocratie, c'est souvent le bordel. Pour chaque décision qui réjouit un groupe de citoyens, vous avez un autre groupe qui descend dans la rue avec des pancartes remplies de choses pas gentilles et qui fait parfois des dégâts. Ça ne fait pas propre. Et ça dérange. Le citoyen moyen, surtout s'il a l'avantage d'être un peu confortable, a surtout envie qu'on le laisse tranquille, qu'on ne lui demande pas de voter à tout bout de champ et que des hurluberlus ne bloquent pas le pont pour lui faire rater Virginie.

Restent les compromis, qui seraient le fruit naturel de la démocratie, et qui devraient, à défaut de combler tout le monde, au moins calmer les esprits. Sauf qu'à la longue, ça finit par frustrer tous les camps et ce sont les radicaux de chaque côté qui en profitent. Il faut aussi reconnaître que le compromis n'est pas toujours la meilleure décision. Il y a des moments où il faut donner un sérieux coup de barre, sinon on court à la catastrophe. Comme si, à tergiverser entre contourner l'iceberg par la gauche ou par la droite, un capitaine en venait au compromis de foncer direct dedans en espérant qu'il casse...

C'est dans cette atmosphère que le désir de personnages forts ou de femmes fortes en politique se fait sentir. Dans le cliché qui veut que la dictature soit le règne du "Ferme ta gueule!" et la démocratie, celui du "Cause toujours...", cette phase est caractérisée par la popularité de personnages qui seraient élus démocratiquement pour dire "Ferme ta gueule" une fois de temps en temps.

LE GRAND RETOUR DE LA CENSURE

Le recours à la censure est le premier symptôme d'une fragilité de la démocratie, et si on se fie aux dernières nouvelles, ses manifestations sont à la hausse. Quand tout va bien et que tout le monde est content, ça va, on peut dire n'importe quoi, ça met de la vie. Mais dès que le pouvoir se sent menacé, couic...

Regardez en Chine, censée être dans un processus de démocratisation. Quand ça commence à brasser au Tibet et que Beijing a peur que les Jeux olympiques soient transformés en grande foire contestataire, elle serre la vis jusqu'à bloquer l'accès au site Internet de Radio-Canada. Pourtant, Radio-Canada n'a rien de subversif et prend bien soin de n'émettre aucune opinion, tant dans l'information que dans le divertissement, comme j'ai pu l'apprendre à mes dépens, et je compatis avec Alain Saulnier, victime de ce mauvais moment à passer...

Mais il n'y a pas qu'en Chine. Au Venezuela, on vient de retirer Les Simpson de l'antenne. Les Simpson! Apparemment, pour le CONATEL, le CRTC vénézuélien, la famille d'Homer et Marge représenterait un déplorable exemple américain à donner aux enfants. C'est au moins la preuve qu'au CONATEL, on n'a rien compris à l'œuvre télévisuelle la plus critique de l'Amérique jamais diffusée, mais peut-être surtout qu'après ses tentatives infructueuses de gagner plus de pouvoir, le gouvernement Chavez commence à paniquer.

Mais ce n'est pas que dans les pays de gauche. Chez nous, la loi C-10 représente une inquiétante incursion de la morale conservatrice dans la production culturelle. Mais de toute façon, cette mainmise culturelle indue existe déjà, le controversé cinéaste américain Nick Zedd s'étant fait refuser l'accès au Canada par les douanes en mars dernier, sous prétexte que ses films subversifs, qui devaient être vus par des fans au cours d'un festival, étaient "borderline criminal activities". On l'a arrêté dans le train pour le reconduire à la frontière, ses bobines sous le bras, sans autre forme de procès, et sans billet de retour. Et comme ça ne dérange que quelques fuckés friands d'une culture trash marginale, personne ne s'en offusque. Mais où ça va s'arrêter?

Et il n'y a pas que les gouvernements, loin de là! Les forces économiques peuvent avoir recours à des opérations d'intimidation légale pour faire fermer la gueule à quiconque pourrait leur nuire. C'est le cas, entre autres, du livre Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique, publié aux Éditions Écosociété, qui détaille les méfaits de compagnies minières canadiennes en Afrique. Une menace de SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation) a été lancée par une de ces compagnies (Barrick Gold) pour en interdire la distribution. Un autre pas contre cette liberté d'expression qui dérange tant...

Avec tout ce monde qu'on tente de faire taire à gauche et à droite, la démocratie fait face à son plus gros défi: celui d'être un bordel fonctionnel et de servir le bien commun. Sinon, il faudra vraisemblablement apprendre à fermer nos gueules de plus en plus souvent.


9 avril 2008, 2:41
Une saison instructive
Wow! Le Canadien premier de la conférence de l'Est! Qui l'eût cru? Et l'esprit d'équipe qui semble à son meilleur, tout le monde qui contribue, tous les moves de la direction qui portent fruit, il y a de quoi se réjouir. Et puis, snif, snif... Mais qu'est-ce donc que cette étrange odeur?... Ça me rappelle quelque chose du passé.... C'est métallique mais chaud en même temps... Ma parole, ça sent la coupe!

Le feeling d'unité derrière l'équipe du Canadien, les commentaires élogieux à l'égard du coach et des joueurs et les petits drapeaux du CH tellement présents partout qu'ils justifieraient à eux seuls que les partisans de la Flanelle aient leur siège à l'ONU font presque oublier qu'en début de saison, aux yeux d'une grande majorité, tout était à refaire dans cette équipe. Mea culpa, j'étais de ceux qui croyaient un grand ménage nécessaire et qui ne voyaient pas tout le potentiel des jeunes.

Mais au-delà de qui avait raison et qui avait tort, la saison du Canadien est riche d'enseignements dans cette usine à métaphores qu'est le sport. De grands enjeux philosophiques et politiques se cachent derrière les débats de gérants d'estrade.

LA COMPETITION ENTRE LES JOUEURS

Au début de la saison, Carbonneau a clairement établi qu'il avait l'intention de faire jouer la compétition entre ses joueurs, et qu'il faudrait mériter son "temps de glace". C'est sur cette approche que j'étais principalement sceptique. N'était-ce pas là le meilleur moyen d'attiser les guerres de clans dans une équipe déjà divisée? Peut-être, mais il est maintenant clair que c'était aussi le moyen de tirer le meilleur du groupe de joueurs actuel du Canadien en valorisant le travail.

On peut voir là un combat entre une approche de gauche, où chacun a une place assurée, et une approche de droite, qui fait jouer la menace de sanctions. Il y a de ça mais c'est en fait surtout une position anti-monopole qui a triomphé. Par le passé, Koivu était le centre numéro 1 et tout le reste des trios s'ordonnait d'après cette prémisse. Aujourd'hui, le Canadien ressemble plus à un gouvernement minoritaire, avec une équipe où la contribution de chacun peut évoluer et Koivu dans le rôle d'un Charest moins "fort" mais plus apprécié.

KOVALEV

C'est lui, le grand responsable du renouveau du Canadien. Je faisais partie de ceux qui voulaient échanger ce gros ego, question d'assainir l'atmosphère dans le vestiaire. Mais force est de constater que ceux qui prônaient la patience avec l'Artiste avaient raison.

En fait, Kovalev a fait mentir tellement de monde qu'il fait ressortir une stratégie des amateurs de sport pour sauver la face quand ils se plantent dans leurs analyses: expliquer pourquoi. Chacun fait ses prédictions en partant d'un paradigme donné. Et si on réussit à identifier le changement de paradigme ayant conduit à l'effondrement de nos pronostics, la faute est à moitié pardonnée. Comme pour les économistes, finalement.

Dans le cas de Kovalev, certains accordent le crédit à Bob Gainey, qui aurait eu une franche conversation avec le vétéran russe. D'autres croient que l'émergence des Kostitsyn impressionnés par leur idole Kovy a créé l'atmosphère pour que celui-ci s'épanouisse. D'autres enfin feront allusion à un mythique chemin de Damas, en Gaspésie, où Kovalev a eu un accident avec une moto empruntée à un partisan qu'il visitait, question de se rapprocher du vrai monde d'ici. C'est là qu'il aurait compris l'importance du Canadien et qu'il aurait vu la lumière. Quoi qu'il en soit, le paradigme avait changé. Faque, hein, ça ne compte pas si on s'est trompés...

PRICE

L'expérience ou la jeunesse? Huet ou Price? C'est presque un miroir parfait du duel chez les démocrates américains. Huet étant un Hillary Clinton et Price un Barack Obama. Or, avant d'échanger Huet, le Canadien avait un "ticket" de deux gardiens numéro 1 avec Clinton-Obama, ou l'inverse.

Comme il n'y a qu'un poste de gardien, celui-ci est un monopole par définition et les règles de compétition ne jouent pas de la même façon. Si on a Clinton numéro 1 et Obama pour la seconder, la popularité du backup porte ombrage à la chef et l'empêche d'assumer pleinement son leadership. À l'inverse, avec Clinton vice-gardienne, on donne l'impression qu'on doute des instincts d'Obama et lui-même peut en venir à douter aussi. La direction du Canadien a voté Obama, qui a plus d'avenir. Comme quoi, des fois, il faut savoir faire un acte de foi pour arriver à l'inspirer.

L'UNITE DANS LA DIVERSITE

Enfin, l'engouement actuel pour les Glorieux prouve aussi que la quête de vedettes francophones n'est qu'une considération marginale quand l'équipe gagne. Je continue de croire que ce serait encore mieux s'il y avait une ou deux vedettes québécoises chez le Canadien, mais il est clair que c'est l'équipe elle-même, son chandail et son histoire qui créent l'appartenance.

Comme quoi, quand on partage tous une même identité claire et qu'on travaille ensemble à un but commun, l'intégration des immigrants, y a rien là...


2 avril 2008, 4:41
Ce n'est pas clair
Les deux plogues d'Hydro-Québec et tous les gourous de la vertitude m'ayant convaincu, j'ai tenté récemment de me convertir aux ampoules fluocompactes. Je me suis forcé. J'en ai acheté, des ampoules twistées. En certains endroits de mon appartement, je trouve que ça donne une lumière blafarde et un peu lugubre, mais je tente de m'habituer le regard. Quand on peut être un héros sauveur de planète à peu de frais, il faut quand même faire preuve d'un peu de bonne volonté.

Mais voilà qu'on apprend que les ampoules fluocompactes pourraient avoir un effet pervers. En effet, l'utilisation d'ampoules à incandescence contribue à chauffer la maison. C'est d'ailleurs là que réside leur problème d'efficacité: elles gaspillent en chaleur ce qu'elles ne donnent pas en lumière, contrairement aux fluocompactes. Au point même où ces ampoules ont leur impact dans le chauffage d'une maison. Avec des ampoules fluocompactes partout, les habitants d'une résidence devront monter le chauffage pour atteindre leur température préférentielle en hiver. Mais voilà, au Québec, l'électricité qui fait allumer les ampoules est largement issue de centrales hydrauliques, une énergie relativement propre et renouvelable, alors que le chauffage, lui, est parfois issu du mazout, une vilaine substance qui produit des gaz à effet de serre. La chaleur qu'on perd d'une énergie propre est donc remplacée dans les maisons chauffées au mazout par une dépense d'énergie sale.

L'interdiction mur à mur des ampoules traditionnelles qui était envisagée serait donc une mauvaise idée. Comme j'ai déjà le chauffage électrique, la question ne se pose pas dans mon cas (malheureusement...), mais cette "twist" dans ce qui semblait jusqu'à tout récemment une règle élémentaire de bonne conduite écologique démontre à quel point les absolus sont fragiles.

C'est bien le problème avec une société basée sur la science et le rationnel: ça change tout le temps, et le citoyen ordinaire a de la difficulté à suivre les mises à jour de la science. Un jour il faut boire du lait pour être en santé, le lendemain, il faudrait cesser immédiatement d'ingurgiter ce poison. On a eu une décennie margarine suivie d'un retour en force du beurre, plus naturel. Faut-il coucher les bébés sur le ventre, sur le dos, sur le côté, en équilibre sur la tête? On ne sait plus. Et quand une lumière vient nous éclairer, il faut toujours se demander qu'est-ce qui l'allume...

LES CHOSES ONT RAREMENT L'AIR DE CE QU'ELLES SONT

Prenez par exemple les vêtements pour chiens. Rarement la vue de quelque chose d'aussi anodin pouvait-elle provoquer chez moi une telle réaction épidermique. Dans mon livre à moi, les chiens vêtus de petits chandails étaient tout près des sommets du ridicule, devancés seulement par leurs maîtres ainsi que par les gens qui ont accepté qu'on rebaptise la station de métro Longueuil "Longueuil-Université-de-Sherbrooke".

Jusqu'à récemment, haïr les chiens habillés était pour moi un principe fondamental. C'était clair: je faisais partie de ceux qui détestent voir un chien habillé. À la limite, pour un petit chihuahua tout frissonnant à -30, j'aurais pu surseoir à ma condamnation intérieure, mais le fait d'avoir un chihuahua venait alors annuler ma clémence. Autant que possible, j'évitais d'adresser la parole à ceux qui habillaient leur chien, et il était hors de question que je fréquente une fille qui aurait fait subir ce sort à son pitou. Ça faisait partie de ces détails non négociables.

Mais voilà, j'ai eu une voisine qui avait un chien par ailleurs super cool et qu'elle habillait parfois d'une sorte d'imperméable. Je les trouvais alors tous deux assez ridicules, mais par bon voisinage, je me suis bien gardé de le leur dire. Mais un jour ma voisine m'a expliqué qu'elle n'habillait son chien que pour éviter qu'il ne salisse tout dans l'appartement en rentrant après une promenade sous la pluie.

Ah, tiens, je n'y avais pas pensé. Tout concentré que j'étais à savourer le fait d'être du côté de ceux qui n'habilleraient jamais un chien, j'avais présupposé qu'il s'agissait là d'une lubie anthropomorphiste qui transforme les chiens en ti-bébé-à-sa-maman, et je n'avais jamais considéré qu'un chien habillé pouvait avoir un rôle pratique. Ce jour-là, j'ai appris quelque chose qui m'a ouvert l'esprit. Je comprends au moins ceux qui habillent leur chien les jours de pluie.

Mais en y repensant, pour être honnête, ce fut d'abord un deuil. J'ai perdu d'un seul coup une bonne partie du plaisir que j'avais à haïr les chiens habillés (en fait, leurs maîtres; la plupart du temps, les chiens ont l'air d'accord avec moi...). Et j'ai l'impression que c'est ce qui complique une bonne partie des rapprochements interculturels ou le dialogue entre factions politiques opposées. On se définit autant par ce qu'on aime que par ce qu'on déteste. Et on est forcément un peu perdu quand on perd une telle référence.

Au moins, il me reste la station "Longueuil-Université-de-Sherbrooke"... Crisse que c'est niaiseux!


François Parenteau
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