CHAREST REBONDIT
Quelle surprise, voilà que celui qu'on croyait mort et enterré, (même un petit peu pourri) rebondit dans l'opinion publique et récolte un appui à un poil de l'unanimité au poste de chef du Parti libéral du Québec. C'était pourtant à prévoir.
La déferlante adéquiste se brise sur les récifs de la réalité parlementaire alors que plusieurs de ses députés ont sauté à pieds joints sur toutes les occasions de paraître ploucs. L'un d'eux a même déclaré en entrevue: "Des fois, vaut mieux fermer sa gueule et passer pour un imbécile que l'ouvrir et prouver qu'on l'est." Ça dit tout. Et une fois calmés les coups de poings sur la table de jeunes mâles francophones frus que son parti incarnait, Mario Dumont démontre qu'il n'a que des solutions simplistes à offrir pour résoudre des questions complexes. Ça finit par lui donner un air d'appeleur de ligne ouverte égaré à l'Assemblée nationale, et ça donne envie à plusieurs de passer à un autre appel.
Quant à Pauline Marois, là aussi, ses ennuis étaient à prévoir. L'ascendant qu'elle avait sur le parti à titre de sauveuse lui avait permis de balayer l'obligation de tenir un référendum sous le tapis. Mais ça devait bien finir par faire des mottons, et elle a fini par s'enfarger dedans. C'est le dilemme insoluble du PQ. La lancinante perspective d'un référendum a beau rebuter bien des électeurs (par ailleurs potentiellement souverainistes), c'est cette idée qui est le gaz dans le moteur de nombreux militants. Et puis, même une fois abandonnée, on peut toujours accuser Marois d'être hypocrite et qu'une fois au pouvoir, elle cherchera la chicane avec le fédéral pour créer des conditions gagnantes.
Tout ça fait que Jean Charest a tout à coup l'air d'une "valeur refuge". Il l'a prouvé maintes fois depuis son accession à la chefferie du Parti conservateur après la déroute de Kim Campbell: pour gagner par défaut, il est vraiment très fort...
LE HIC LINGUISTIQUE
Le seul point où Charest et les libéraux paraissent vulnérables, c'est celui de la langue et de l'identité, terrain miné s'il en est un. De par sa base militante, le PLQ est naturellement porté à fuir ce débat, pourtant inévitable au Québec, et tentera de s'en donner une belle image de parti sage, fuyant les émotions divisives pour se concentrer sur les vrais enjeux de l'économie, avec en plus quelques mesures vertes qui, malgré leur timidité, n'en demeurent pas moins les premiers "pas dans la bonne direction" que plusieurs attendaient depuis longtemps. Rien à espérer de mieux là-dessus à l'ADQ et pas beaucoup plus au PQ. C'est déjà assez pour tenter beaucoup de monde.
Tout dépendra de la dignité et du réalisme que le PQ et l'ADQ démontreront à se disputer ce terrain, et si les libéraux réussiront au moins à calmer les doutes que leur attitude a suscités. Parce qu'en la matière, il n'y a pas que les politiques qui comptent. Les intentions aussi, même si elles ont avorté. Et l'impression qui s'en dégage, c'est que le PLQ de Charest ne se soucie QUE d'économie, et qu'il s'applique à cacher les statistiques inquiétantes pour laisser passer le temps, quitte à ce qu'un jour, on atteigne le stade où le Québec ne puisse plus être qu'une grosse Acadie bilingue où les francophones se contentent de parler français entre eux. Tant que c'est bon pour l'économie...
On pourra dire ce qu'on veut, référendum ou pas, le débat est là.
LES GONADES POLITIQUES
Dans son édito de La Presse du dimanche 9 mars, Alain Dubuc propose de remplacer par le terme plus inclusif de "gonades" les allusions testiculaires que les commentateurs utilisent souvent pour analyser la joute politique, compte tenu de la présence de plus en plus importante de femmes dans le système. En effet, l'image ne tient pas. Va donc pour "gonades" (enfin, j'essaierai, j'ai peur de me tromper et de dire "gourganes"...), mais Dubuc souligne que le problème est que notre système politique perpétue cette game où tout n'est que bluff et hypocrisie partisane. À peine tolérable sous un gouvernement majoritaire, ça devient carrément absurde avec un gouvernement minoritaire. J'en suis presque troublé, mais je suis tout à fait d'accord...
Tout ça vient du fait qu'on considère un gouvernement minoritaire comme une sorte de maladie dont il ferait bon de se guérir au plus vite. Le gouvernement élabore un budget en secret, sans réellement consulter les autres partis, puis le présente. Les autres partis poussent alors leurs cris d'horreur de circonstance, mais choisissent finalement d'appuyer ou non le budget non pas pour sa valeur, mais bien selon ce que chaque parti pourrait tirer du déclenchement d'élections.
Qu'on mette fin à ce théâtre de guignol au plus sacrant. Les politiciens, quelles que soient leurs allégeances, nous représentent. Qu'on laisse les élections à date fixe et qu'ils négocient le budget ensemble jusqu'à obtenir une majorité en Chambre pour l'appuyer. Parce qu'à la fin, cette game finit vraiment par nous casser les gourganes.