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Impertinences
12 mars 2008, 5:46

La game

CHAREST REBONDIT

Quelle surprise, voilà que celui qu'on croyait mort et enterré, (même un petit peu pourri) rebondit dans l'opinion publique et récolte un appui à un poil de l'unanimité au poste de chef du Parti libéral du Québec. C'était pourtant à prévoir.

La déferlante adéquiste se brise sur les récifs de la réalité parlementaire alors que plusieurs de ses députés ont sauté à pieds joints sur toutes les occasions de paraître ploucs. L'un d'eux a même déclaré en entrevue: "Des fois, vaut mieux fermer sa gueule et passer pour un imbécile que l'ouvrir et prouver qu'on l'est." Ça dit tout. Et une fois calmés les coups de poings sur la table de jeunes mâles francophones frus que son parti incarnait, Mario Dumont démontre qu'il n'a que des solutions simplistes à offrir pour résoudre des questions complexes. Ça finit par lui donner un air d'appeleur de ligne ouverte égaré à l'Assemblée nationale, et ça donne envie à plusieurs de passer à un autre appel.

Quant à Pauline Marois, là aussi, ses ennuis étaient à prévoir. L'ascendant qu'elle avait sur le parti à titre de sauveuse lui avait permis de balayer l'obligation de tenir un référendum sous le tapis. Mais ça devait bien finir par faire des mottons, et elle a fini par s'enfarger dedans. C'est le dilemme insoluble du PQ. La lancinante perspective d'un référendum a beau rebuter bien des électeurs (par ailleurs potentiellement souverainistes), c'est cette idée qui est le gaz dans le moteur de nombreux militants. Et puis, même une fois abandonnée, on peut toujours accuser Marois d'être hypocrite et qu'une fois au pouvoir, elle cherchera la chicane avec le fédéral pour créer des conditions gagnantes.

Tout ça fait que Jean Charest a tout à coup l'air d'une "valeur refuge". Il l'a prouvé maintes fois depuis son accession à la chefferie du Parti conservateur après la déroute de Kim Campbell: pour gagner par défaut, il est vraiment très fort...

LE HIC LINGUISTIQUE

Le seul point où Charest et les libéraux paraissent vulnérables, c'est celui de la langue et de l'identité, terrain miné s'il en est un. De par sa base militante, le PLQ est naturellement porté à fuir ce débat, pourtant inévitable au Québec, et tentera de s'en donner une belle image de parti sage, fuyant les émotions divisives pour se concentrer sur les vrais enjeux de l'économie, avec en plus quelques mesures vertes qui, malgré leur timidité, n'en demeurent pas moins les premiers "pas dans la bonne direction" que plusieurs attendaient depuis longtemps. Rien à espérer de mieux là-dessus à l'ADQ et pas beaucoup plus au PQ. C'est déjà assez pour tenter beaucoup de monde.

Tout dépendra de la dignité et du réalisme que le PQ et l'ADQ démontreront à se disputer ce terrain, et si les libéraux réussiront au moins à calmer les doutes que leur attitude a suscités. Parce qu'en la matière, il n'y a pas que les politiques qui comptent. Les intentions aussi, même si elles ont avorté. Et l'impression qui s'en dégage, c'est que le PLQ de Charest ne se soucie QUE d'économie, et qu'il s'applique à cacher les statistiques inquiétantes pour laisser passer le temps, quitte à ce qu'un jour, on atteigne le stade où le Québec ne puisse plus être qu'une grosse Acadie bilingue où les francophones se contentent de parler français entre eux. Tant que c'est bon pour l'économie...

On pourra dire ce qu'on veut, référendum ou pas, le débat est là.

LES GONADES POLITIQUES

Dans son édito de La Presse du dimanche 9 mars, Alain Dubuc propose de remplacer par le terme plus inclusif de "gonades" les allusions testiculaires que les commentateurs utilisent souvent pour analyser la joute politique, compte tenu de la présence de plus en plus importante de femmes dans le système. En effet, l'image ne tient pas. Va donc pour "gonades" (enfin, j'essaierai, j'ai peur de me tromper et de dire "gourganes"...), mais Dubuc souligne que le problème est que notre système politique perpétue cette game où tout n'est que bluff et hypocrisie partisane. À peine tolérable sous un gouvernement majoritaire, ça devient carrément absurde avec un gouvernement minoritaire. J'en suis presque troublé, mais je suis tout à fait d'accord...

Tout ça vient du fait qu'on considère un gouvernement minoritaire comme une sorte de maladie dont il ferait bon de se guérir au plus vite. Le gouvernement élabore un budget en secret, sans réellement consulter les autres partis, puis le présente. Les autres partis poussent alors leurs cris d'horreur de circonstance, mais choisissent finalement d'appuyer ou non le budget non pas pour sa valeur, mais bien selon ce que chaque parti pourrait tirer du déclenchement d'élections.

Qu'on mette fin à ce théâtre de guignol au plus sacrant. Les politiciens, quelles que soient leurs allégeances, nous représentent. Qu'on laisse les élections à date fixe et qu'ils négocient le budget ensemble jusqu'à obtenir une majorité en Chambre pour l'appuyer. Parce qu'à la fin, cette game finit vraiment par nous casser les gourganes.

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Clermont Corneau a dit :

re: La game

Pourquoi pensez-vous que le simple citoyen se détache de la politique ? Parce qu'il n'a rien à se mettre sous la dent , parce que plus ça change plus c'est pareil , parce qu'il aime mieux se contenter d'un Premier Ministre sans envergure et sans vision nouvelle que d'en mettre un nouveau qui n'amènerait rien de nouveau . Jean Charest n'a pas changé et pourtant ceux qui étaient prêt à lui couper la tête au sein du parti lors de la déconfiture des dernières élections lui lèchent maintenant les bottes et le reconfirme comme chef suprême d'un parti moribond qui a les destinées du Québec entre les mains . Les partis de l'opposition sont si mal en point qu'ils n'osent même pas renverser un gouvernement fragile et sans envergure . L'avènement de Pauline Marois à la tête du PQ n'a fait que baisser les bras aux souverainistes qui rêvaient de renouveau , pas d'une femme imbue d'elle même qui ne rêve que de pouvoir et qui a fait partie de toutes les bassesses pour tenter de renverser les derniers chefs péquistes qui l'ont précédé . Quand on parle de fidélité envers un parti ...... Comment lui faire confiance maintenant pour nous permettre d'accéder au but ultime pour lequel le parti a été créé ? Le monde a voté massivement pour Mario Dumont et son équipe aux dernières élections en pensant que ce jeune allait pouvoir nous sortir du marasme politique avec des idées révolutionnaires . Pourtant avec la vitrine que l'opposition officielle lui offrait il n'a pas su nous démontrer qu'il avait l'étoffe pour relever le défi . Alors il nous reste quoi ? Pas grand chose si ce n'est de regarder aller Charest en espérant un miracle . Aussi bien aller à Rome allumer des lampions pour espérer du changement !

# 13 mars 2008, 11:44

Jessika Fortin a dit :

re: La game

La situation politique tant au Québec et au Canada est plutôt terne présentement. On a vu au Québec se répéter la même situation qu'au fédéral. Le budget est médiocre, ne correspond vraiment pas à ce que les partis avaient espéré mais des deux côtés, il y a un parti qui ne veut pas aller en élection. Vu leur situation un peu chancelante dans les sondages. Ils ont tout à perdre. Dion trouve le budget médiocre et celui-ci ne correspond pas à ses attentes mais d'un autre côté, il sait qu'il va se "planter" s'il va en élection maintenant. Et comme sa cote de popularité semble se maintenir, probablement que le gouvernement minoritaire de Harper est là pour rester pour un bon moment. Il battra probablement des records de longévité.

Au Québec, c'est la même chose. À quoi bon des élections? Les chefs de parti ne sont pas intéressants, n'ont rien de neuf à proposé et surtout, l'électorat n'a pas de choix. Quand on regarde nos options... Charest semble la solution la moins pire de toutes. Dumont est en perte de vitesse et on peut comprendre pourquoi. Marois ne fait pas l'unanimité chez les souverainistes et dans la population en générale. Étant moi-même souverainiste, je serais assez embêtée si on avait des élections demain matin... En général, les gens votent pour les "grands" partis afin de ne pas perdre leur vote. Il reste Charest et le parti libéral. C'est la solution la moins pire. Et c'est de loin le chef de parti qui semble le plus sympathique et le plus mordant en ce moment. C'est assez pour décourager l'électorat.

# 15 mars 2008, 11:45

Claude Perrier a dit :

re: La game

Malgré que vous ne puissiez toujours pas vous empêcher de ressasser un peu de ce sempiternel dada concernant l'identité, sans bien sûr oublier la langue, on perçoit comme un nouveau rayon de lucidité dans vos derniers constats, cher monsieur Parenteau.

Évidemment, vous n'irez pas vous abaisser jusqu'à reconnaître que Jean Charest fait un travail remarquable malgré une opposition à l'Assemblée nationale s'avérant totalement dépourvue de crédibilité, mais vous y allez au moins d'observations fort pertinentes relativement à l'opportunisme de cette opposition.  Et, surtout, vous avancez cette idée de tenir enfin des élections à date fixe.

Là-dessus, et pour une rare fois, on se rejoint.  Des élections à date fixe, même si cela ne saurait constituer une infaillible panacée, contribueraient possiblement à redorer le blason plutôt terni de nos politiciens et politiciennes.  Dans tous les cas, le résultat ne saurait être pire.  Voilà un très bon point en votre faveur, monsieur Parenteau.  Bonne idée!

Et maintenant, suite à cette remise bien méritée de fleurs, je reviens en terminant avec Jean Charest.  Il est inexact de prétendre que seule l'économie l'intéresse, lui et son parti.  Par contre, sans une économie vigoureuse et, notamment, diversifiée à l'échelle internationale, tout le reste (santé, éducation, langue, identité, et tout le bataclan qu'il pourra vous plaire d'ajouter), tout cela donc se trouve en péril.

Tandis que Mario Dumont virevolte selon le vent, l'heure du jour ou la couleur du tapis, n'apportant jamais quoi que ce soit d'utile ou de réaliste à quoi que ce soit, et que de son côté Pauline Marois donne beaucoup l'impression d'être la nouvelle dompteuse de fauves du PQ, davantage obligée de surveiller ses arrières que de répondre aux véritables attentes du public, Jean Charest le mal-aimé se démène au front, occupé à établir des ponts commerciaux avec les Européens, les Américains et les autres Canadiens.  Afin que l'économie québécoise puisse prospérer et nous donner à tous les moyens pour continuer à profiter de ce que trop d'inconscients prennent malheureusement pour acquis.

Enfin, Jean Charest ne fait pas que "gagner par défaut", comme vous l'écrivez monsieur Parenteau.  Un peu de vision et beaucoup de travail de sa part en sont bien davantage l'explication.

# 15 mars 2008, 13:24


François Parenteau
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