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Impertinences
5 mars 2008, 1:36

Pas d'Obama pour le Canada

La politique canadienne et québécoise nous offre souvent d'étonnants spectacles d'acrobatie morale et les dépôts de budgets sous gouvernement minoritaire en sont le skatepark extrême. Comment dire à quel point tel budget ou telle décision est absolument inacceptable mais qu'on va l'accepter quand même? La vie de nos soldats, la pertinence du rôle de l'armée canadienne en Afghanistan, l'incurie conservatrice en matière d'environnement, tout ça n'est pas assez important pour déclencher des élections? Avec des chefs aux convictions si molles, allez donc reprocher aux électeurs d'être cyniques...

À la clé de ces revirements, il y a toujours le même argument de base: les Canadiens (ou les Québécois) ne veulent pas d'élections. Les sondages le disent. Se pourrait-il que nous devenions démocratiquement paresseux? Guerre, pas guerre, indépendance, pas indépendance, on ne veut surtout plus être dérangés. Même quand la cote de popularité d'un chef au pouvoir est à son plus bas, au fond, on n'y tient pas tant que ça. On adore bitcher sur son cas, mais de là à se taper des mois de rah-rah-rah, de faces de monsieurs et de madames drabes sur les poteaux de téléphone et de débats stériles qui ne sont que des joutes stratégiques, il y a une marge. Avec un électorat au confort si précieux, allez donc reprocher à nos politiciens d'être calculateurs...

ON A LES POLITICIENS QU'ON MÉRITE

Je n'ai pas encore lu le livre que cosignent André Pratte et Joseph Facal mais je salue le fait qu'un indépendantiste et un fédéraliste prennent l'initiative de discuter de l'avenir du Québec sans se prendre à la gorge. Mais dans l'argumentaire qu'André Pratte utilise souvent dans les médias, comme dimanche dernier à Tout le monde en parle, il y a une image qui revient et qui me semble complètement à côté de la plaque. Il dit que le deal canadien dont le Québec fait partie est bien sûr imparfait mais que c'est celui qu'on a, qu'il n'est vraiment pas si pire, et qu'il faudrait songer à cesser de rêver au grand soir et accepter la réalité, apprécier ce qu'on a. M. Pratte a même utilisé une analogie pour le moins curieuse en parlant de son vieux chien qu'il trouve souvent fatigant mais qu'il n'échangerait pour rien au monde. Le pays comme un bon vieux chien gossant. Au moins, ici, pas de risque de tomber dans l'excès de patriotisme...

Pourtant, il y a quelques semaines, le même André Pratte, enviant l'enthousiasme suscité par Barack Obama aux États-Unis, se désolait des politiciens drabes que nous avions tant au Québec qu'au Canada. Ce n'est pourtant pas compliqué. Les politiciens qui déclenchent les passions représentent toujours une identité. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'ils peuvent être dangereux si leurs désirs les amènent à exacerber les conflits identitaires. Mais ces mêmes personnages peuvent aussi être de grands leaders, qui suscitent l'unité. Pas l'unanimité (ce serait suspect), mais un appui assez vaste et diversifié pour ouvrir la porte au changement.

Il s'est dit beaucoup de mal sur la notion d'identité collective récemment. Ce serait un méchant atavisme, une vieille trace de notre passé clanique d'hommes des cavernes qui, comme l'appendice de notre intestin ne sert qu'à pogner l'appendicite, ne sert qu'à s'enflammer et causer des problèmes. Et pourtant, les Canadiens ne pourraient pas supporter de voir leurs soldats porter l'uniforme de l'armée américaine. Il en va de leur identité. C'est ce qui explique la joie des Kosovars à la déclaration de leur indépendance: leur identité collective existait enfin à la face du monde. Comme le disait si justement Joseph Facal à Tout le monde en parle, on ne connaît pas d'exemple d'un peuple ayant obtenu son indépendance qui l'ait par la suite regretté. C'est d'ailleurs là que l'image du chien d'André Pratte ne tient pas la route. Il a beau bien l'aimer, accepterait-il pour autant que ce soit son chien qui décide pour lui?

M. Pratte voudrait qu'on arrête de rêver, et pourtant son rêve à lui est encore plus irréaliste. Il ne pourra jamais y avoir un leader identitaire de la stature d'Obama au Canada. Pour la simple raison qu'il y a deux identités. Ou alors quand il y en aura un pour représenter l'identité canadienne, comme l'a fait Trudeau, un autre se dressera devant lui pour incarner l'identité québécoise, comme René Lévesque. Sinon, tant que le Québec sera dans le Canada, la politique ne pourra y être autre chose qu'une affaire d'arrangements, de commandites, de give-and-take et de stratégies pour concilier ces deux identités.

Si certains sont heureux là-dedans, on ne peut quand même pas culpabiliser tous ces Québécois qui aspirent à mieux. Et si, comme M. Pratte le suggère, on choisit de se résigner à un mariage de raison, il faut arrêter de reluquer les voisins qui s'embrassent avec passion et assumer qu'on doit se contenter de fuir les chicanes de ménage en allant promener son chien...

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Michèle Bourgon a dit :

re: Pas d'Obama pour le Canada

Animal domestique, ancien loup domestiqué, un chien est fidèle, un chien ne se pose pas de question sur son maître, un chien obéit. Quelle triste métaphore!

# 05 mars 2008, 18:02

Jessika Fortin a dit :

re: Pas d'Obama pour le Canada

Cette analogie de Pratte entre son chien et le Canada m'a bien fait rigolé dimanche dernier. C'est le chemin de la facilité et c'est purement égoïste. Je n'aime pas la situation actuelle mais ça pourrait être pire alors pourquoi ne pas endurer? De plus, on s'entend que son chien vivra quoi dix ans, ce qui est bien court comparativement à une vie entière passée dans une relation qui ne fonctionne pas. Et ce, sur plusieurs générations. Quand je ne suis pas à l'aise dans une situation ou dans une relation, j'essaie d'en sortir et non de me dire que d'endurer est la solution la plus simple. Si lui a arrêté de rêver, c'est dommage. Mais pour moi, le rêve et l'espoir est ce qui tient en vie. Qu'il ne soit plus pour la souveraineté aucun problème mais au moins qu'il le soit pour les bonnes raisons.  

Petite parenthèse concernant les leaders identitaires à la Obama ou à la Clinton. Je lisais une lettre ouverte dans un quotidien montréalais cette semaine où l'on faisait mention que nous aussi nous avions des leaders de ce genre au Québec, présentement : Amir Khadir et François David. Ce qui m'a fait sourire.

# 08 mars 2008, 15:26

Claude Perrier a dit :

re: Pas d'Obama pour le Canada

Puisque la "question identitaire" vient à nouveau alimenter vos réflexions, cher monsieur Parenteau, et depuis le temps qu'il en est ainsi, vous avez sûrement pu faire - comme beaucoup d'autres - certaines constatations.  Il y a au Québec deux allégeances bien distinctes et irrémédiablement opposées.  D'un côté, il y a ceux et celles qui croient qu'un Québec indépendant serait préférable à la situation actuelle et, de l'autre, tous ceux et celles qui sont persuadés du contraire.

Deux visions diamétralement opposées.  Et aucun argument de part ou d'autre qui puisse faire changer d'avis qui que ce soit.  Cela fait des décennies à présent que ça dure et on ne fait véritablement que tourner en rond, à perdre des années précieuses à se tirer mutuellement la barbichette dans un cul-de-sac.  N'est-il pas grand temps que cela cesse enfin?

Qu'André Pratte et Joseph Facal puissent échanger des idées et des convictions contraires poliment, fort bien.  Mais cela ne règle rien quant au fond, hélas.  On piétine encore et toujours au même endroit.  On ne peut vraiment plus se permettre pareil sur-place et il est urgent de passer à autre chose de plus constructif.

Que l'on consulte donc sans délai le peuple québécois en lui demandant clairement et simplement "Voulez-vous vous séparer du Canada?".  Si les Gaspésiens répondaient majoritairement "oui", par exemple, tandis que les Montréalais disaient plutôt "non", et ainsi de suite selon les différentes régions, il ne resterait plus qu'aux régions ayant opté pour le "oui" à se séparer tandis que celles pour le "non" verraient alors à se regrouper pour former ce qui pourrait s'appeler la province de Montréal (probablement constituée du grand Montréal, de l'Estrie et de l'Outaouais, entre autres).

De la sorte, chacun aura ce qu'il désire, et on pourra enfin oublier les sempiternelles chicanes qui ne font que nuire à tout le monde.  Cette solution est d'ailleurs celle que je propose dans mon billet intitulé "Finissons-en!" (article André Pratte / Joseph Facal).  Vous voyez bien, monsieur Parenteau, que malgré d'irréconciliables divergences de vue, il demeure malgré tout possible de s'entendre.  Suffit d'accorder à chacun ce qu'il réclame.

# 08 mars 2008, 16:05

David Lépine a dit :

re: Pas d'Obama pour le Canada

"on ne connaît pas d'exemple d'un peuple ayant obtenu son indépendance qui l'ait par la suite regretté." Ce pourrait-il  que quand on a rien à perdre, difficile de regretter. Quitter une Serbie hostile aux musulmans, prête à utiliser le nettoyage ethnique , avoir un PNB presque le plus bas en Europe, un taux de chômage de 40% plus, le Kosovo avait quoi à perdre au juste?

Que pourrait-il regretter ? Même s'il perdait une partie de son territoire actuellement habitée par sa propre minorité serbe, il serait content de s'en défaire. En plus c'est l'union européenne qui controle à peu près tout sur son territoire, incluant un droit de véto sur toute loi et une occupation militaire.

Le Kosovo est souverain en deux choses, la couleur de son nouveau drapeau et la limite de vitesse sur ses routes. Franchement, utiliser ce cas pathétique de micro pays comme exemple de ce que nous pourrions avoir au Québec me déçoit.

Évidemment au Québec on a rien à perdre, juste à en parler provoque des convulsions de traumatisme chez les souverainistes ( les turbulences de Mme Marois, la partition etc etc.), ce serait du chantage éhonté. Le seul argument qui reste aux souverainistes est que le débat va continuer jusqu'au Grand Soir. Pas fort comme argumentaire.

On serait empêché d'avoir un identitaire genre Obama. Too bad, est-ce que le Japon en a un? La Chine? Mme Merkel en Allemagne? C'est qui le PM de l'Italie encore?

On dit que la politique universitaire est souvent  très pernicieuse parce que les enjeux sont si minimes. Plus la possibilité de la souveraineté s'éloigne, plus la querelle devient mesquine.

# 10 mars 2008, 15:28


François Parenteau
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