La fièvre des échanges dans la Ligue nationale de hockey, comme dirait l'autre, c'est quelque chose. Et comme toute très forte fièvre, elle s'accompagne d'hallucinations, qui prennent ici la forme de rumeurs. Et puis, pouf, à l'heure prévue, tout s'arrête, la fièvre et les hallucinations disparaissent et on doit faire face à la nouvelle donne en se demandant ce qui vient de se passer.
Je n'y ai pas échappé, ayant été en proie à des visions délirantes. J'imaginais Tanguay ou Hossa redonner vie à Saku, je voyais Richards prendre en feu avec Latendresse. Je pourrais même jurer que j'ai vu des gants marqués "Lecavalier" aux couleurs du Canadien traîner quelque part. Mais rien de tout cela ne s'est matérialisé. Au moment d'aller sous presse (j'adore cette phrase qui sent bon la fébrilité et l'anticipation avec une touche de mystère), non seulement Hossa a-t-il choisi de s'aligner avec Sidney Crosby à Pittsburgh, mais en plus, le brave cousin Cristobal a été échangé contre un choix au repêchage. Prout...
Pourtant, après que le fort peu loquace Gainey eut annoncé qu'il cherchait à ajouter un joueur d'impact à sa formation, tous les espoirs étaient permis. La déception et le dépit s'installent. On verra bien comment l'équipe réagira. Et les fans aussi...
Mais même si le Canadien se retrouve encore une fois bredouille, j'adore cette période frénétique où toutes les hypothèses sont permises. Je l'avoue, je suis un gérant général amateur. L'intérêt que suscite ce 1er juillet des joueurs de hockey chez les amateurs me prouve que je suis loin d'être le seul. J'adore concocter des trios, cherchant une sorte d'équilibre métaphysique entre les jeunes prometteurs, les joueurs établis et les vétérans, entre les scoreurs, les passeurs, les joueurs défensifs et les toffes, entre les p'tits gars de chez nous, les autres joueurs nord-américains et les Européens. Cette alchimie virtuelle me tient lieu de jeu de patience, de rituel. Je le faisais aussi avec le baseball, avec le plaisir ajouté de devoir composer un ordre des frappeurs où les forces de chacun s'additionnent et se complètent. (J'ai d'ailleurs lu quelque part que c'était un des passe-temps favoris de Richard Nixon!) Et bien sûr, tout en restant dans des échanges et des masses salariales raisonnables, je suis certain que mes trouvailles feraient de mon équipe inventée une puissance imbattable...
ET SI ON APPLIQUAIT LA MÉTHODE AILLEURS?
Je me suis même amusé à imaginer qu'on puisse faire le même exercice pour les partis politiques. Il faut jouer le jeu ici et voir les personnages politiques (ou les candidats potentiels) comme des communicateurs libres de toutes attaches partisanes. On peut échanger un fédéraliste contre un souverainiste et vice-versa, et chacun mettra ensuite ses talents au service de l'équipe qui est allée le chercher. On peut aussi traverser la frontière entre politique fédérale et provinciale comme s'il ne s'agissait que de simples conférences comme dans la LNH.
Par exemple, imaginez que Québec Solidaire, dans le but de pousser pour la légalisation du pot, aille chercher Pierre-Claude Nolin (présentement chez les Sénateurs...) pour mener ce combat. Ça équilibrerait bien les forces avec Françoise et Amir. Enfin un gros ailier droit qui leur donnerait de la profondeur...
Le capitaine des Liberals Stéphane Dion déçoit? Ils pourraient l'échanger aux Conservateurs, de toute façon, on dirait qu'il applique déjà leur plan de match à la lettre, notamment sur l'attaque massive en territoire ennemi... En retour, les Liberals pourraient obtenir Josée Verner. On a l'impression qu'elle pourrait fitter sur n'importe quelle pancarte...
L'échange le plus génial qui aurait jamais pu être fait, le coup le plus fumant, ç'aurait été pour les souverainistes d'aller chercher Jean Chrétien. Avec ce bagarreur de ruelle qui ne s'enfarge pas dans les fleurs du tapis à leur tête, la rhétorique indépendantiste aurait pris une autre tournure. C'est le goon qui manquait à l'équipe. Il aurait passé son temps à dire, avec ce ton "gros bon sens" qu'on lui connaît, que ça n'a pas d'allure que le Québec reste dans le Canada, que c'est la seule façon de mettre fin aux chicanes et que les menaces du fédéral ne sont qu'un bluff de gens fermés obsédés par l'idée de garder le flag canadien sur leur hood de char... La même confiance que Parizeau, mais qui peut jeter les gants. Un genre de Mike Komisarek politique...
Mais à travers toutes ces élucubrations, il y a un échange qui m'a sauté aux yeux comme non seulement souhaitable mais même presque possible. Jack Layton gaspille son charisme sympathique au NPD. Or, il serait un match parfait pour la mairie de Montréal. De gauche, il pourrait plus facilement s'entendre avec les syndiqués. Natif de la ville, bilingue, cool, de party, il ressemble bien plus à Montréal que le pauvre martyr Tremblay ou n'importe quel autre prétendant.
À moins qu'il ne refuse de venir à Montréal à cause des taxes...