En réaction à une de mes récentes chroniques,
Bibittes de janvier, un certain Daniel Laprès a écrit dans le journal anglophone montréalais
The Suburban un papier prouvant qu'il n'avait aucunement saisi l'ironie de mon propos (et ce, malgré un avertissement de présence d'ironie!). Il m'assimile ainsi à un virulent anglophobe, ce que je ne peux pas supporter. Je déteste faire l'étalage de mes réalisations, mais il est ici essentiel de comprendre à quel point ce malentendu, qui me semble nourri d'une bonne dose de mauvaise foi, me choque profondément. Et comme cet article en réaction à ma chronique a été publié dans le
Suburban, je me devais d'y répondre dans les pages de
Voir.
M. Laprès, la conversation avec votre amie grecque qui vous faisait remarquer que vous étiez le premier à la désigner comme une Québécoise, figurez-vous que j'ai déjà eu la même, souvent, et que j'y tenais chaque fois le même rôle que vous. Avec ma collègue en pub Jennifer, avec Pablo, avec Néfertari. J'en ai d'ailleurs fait un film, Qui est nous?, bien avant l'inflammation du débat sur les accommodements raisonnables. Passe encore que vous me trouviez go-gauche nationaliste à la sauce du Plateau. Mais la question des rapports harmonieux entre la majorité francophone et les minorités au Québec, au premier rang desquelles la communauté anglophone, a toujours été primordiale à mes yeux.
C'est d'ailleurs pour cette raison que, quand j'ai découvert la pensée originale et nuancée de Peter Scowen, alors éditorialiste au Hour, j'ai dit à Michel Brûlé, l'éditeur des Intouchables, que les francophones devraient avoir accès à ces idées, question de sortir de l'impression de bloc hostile au fait français que plusieurs d'entre eux pouvaient avoir de la communauté anglophone. La suggestion a fait son chemin, et quand le livre a paru, Peter a eu la gentillesse de me remercier dans les premières pages. (You can look it up: Trahison tranquille, éd. Les Intouchables, 1998.)
Dans le cadre des Zapartistes, j'ai même écrit une sorte de manifeste qui invite les anglophones du Québec à s'identifier enfin comme Québécois plutôt que comme Canadiens, en rappelant tout ce qui nous réunit malgré nos différences. Ça s'intitule Face it, you are Québécois. Je me retiens de vous en faire parvenir une copie puisqu'il est truffé d'ironie et que c'est une langue que vous semblez avoir de la difficulté à comprendre...
Mais je me permets tout de même de vous raconter cette histoire. Ce texte, que je livre en français pour être certain que notre public majoritairement francophone en saisisse les nuances, il m'est arrivé de le lire devant un auditoire de francos et d'anglos mêlés. À la fin, une femme s'adressa à moi dans un français teinté d'accent anglais, tout sourire, pour me présenter son père. C'était un grand bonhomme âgé qui aurait fait plaisir à Chapleau tant il avait tout de l'anglo typique. Il tenait à me serrer la main et m'a dit: "I just wanted you to meet a Québécois from NDG." À son air, j'ai compris que c'était la première fois qu'il s'identifiait lui-même comme Québécois. Sa fille en était tout émue. J'en parle depuis comme une des plus belles émotions qu'il m'ait été donné de vivre de par mon métier. Parce qu'on avait là la preuve que l'humour pouvait servir à construire des ponts. Encore faut-il en avoir, cependant...
M. Laprès, sachez que je suis bilingue, même anglophile, et que j'ai toujours autant niaisé la résistance puérile à l'anglais de certains francophones que je peux m'élever contre la francophobie et l'arrogance de CERTAINS anglophones.
Peut-être avez-vous été induit en erreur par mon utilisation de la métaphore de cette guêpe surgie de je ne sais où pour m'importuner en plein hiver. C'est vrai, en anglais, guêpe se dit wasp, et ce mot en acronyme désigne les White Anglo-Saxon Protestants. Mais je n'y ai même pas pensé! Je viens juste de flasher en voyant votre article. Aucune ironie ici. C'est parce que c'est vraiment vrai de vrai qu'une guêpe est venue m'achaler chez moi. Pas une abeille ni un maringouin, une guêpe. Que j'ai prise comme prétexte pour enchaîner ensuite tous les sujets d'actualité qui m'achalent ou m'inquiètent. La guêpe, ici, ce n'était pas l'anglo à effoirer, c'était le DÉBAT linguistique, avec son cortège de paranoïa chatouillée et d'interprétations abusives. Comme votre article.
Ce que vous faites, c'est de la démonisation par association. Exactement ce que vous me reprochez de faire. Parce que vous êtes opposé à l'indépendance du Québec, vous ne pouvez considérer les indépendantistes que comme des racistes plus ou moins assumés. C'est ce qui vous aveugle. Pour réfuter le fait que j'ironise quand j'exige que Pauline Marois fasse quelque chose pour que je reçoive des "mauvais numéros" qui s'adressent à moi en français, faut vraiment pas vouloir la voir, l'ironie... Surtout que j'avais averti les lecteurs qu'il y en avait! Est-ce si impossible pour vous d'admettre que des indépendantistes puissent être des êtres humains modernes et ouverts d'esprit?
Vous pouvez me blaster sur tout le reste de mes opinions à votre guise mais précisément sur cette question, des excuses seraient bienvenues. On mettra ça sur le dos de la guêpe...