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13 février 2008, 4:00

Suggestions pour l'unité québécoise

UN GROS TABERNACLE POUR LE 100e DU CANADIEN

D'abord, parlons sport. L'année prochaine marquera le centenaire du Canadien. Ce n'est pas rien. Le tricolore est la seule religion qui puisse réunir l'ensemble des Québécois... Oui, bon, mettons des Montréalais, mais ce n'est déjà pas rien.

Rares sont les équipes de sport professionnel entourées d'une telle aura mystique. En plus, toutes les religions y passent. On parle de la Sainte-Flanelle. L'ancien Forum était qualifié de "Mecque du hockey". On parle aussi des fantômes du Forum, ce qui dénote une pointe de vaudou. Maurice Richard était un saint. Guy Lafleur est un martyr. Il suffit d'endosser l'uniforme tricolore pour faire partie du peuple élu. Et, au fil des victoires et des défaites, chaque coach vous le dira, il ne faut pas s'emporter et penser au prochain match. Très zen.

Plusieurs évènements spéciaux sont prévus pour souligner cet anniversaire. Ils célébreront tous le passé de l'équipe et son importance dans la vie de ses fans. Mais qu'en est-il du futur? L'objectif ultime, c'est bien sûr la coupe Stanley. Ce serait le fun en maudit que le Canadien réussisse à remporter le Saint-Graal du hockey pour son 100e anniversaire. Une manière de dire que ceci est la coupe de notre sang, le sang de l'alliance nouvelle et éternelle entre une équipe et ses fans, donc, notre coupe. Et on ne la laisse "découcher" dans d'autres villes que par grandeur d'âme; elle doit nous revenir. C'est la foi de tout supporter du Canadien, et encore plus en cette année du centenaire.

Pourquoi ne pas ritualiser cette foi? La coupe Stanley est un calice. Si nous voulons que ce calice revienne à Montréal, il faut lui faire sa place. Dans la logique de "Build it, and they will come" de Field of Dreams, construisons un gros tabernacle à côté du centre Bell, conçu sur mesure pour la coupe Stanley, avec son coussin de velours rouge, le signe du Canadien en relief, toutte le kit. On pourrait même en profiter pour en faire une vitrine pour nos producteurs de bois d'œuvre, comme pour la salle de l'OSM. Je lance l'idée à tous les fans invétérés, les Réjean Tremblay, les Stéphane Laporte et compagnie: Montréal a besoin de son gros tabernacle! Enfin un projet mobilisateur auquel personne ne pourra s'opposer...

PAULINE MAROIS ET L'ANGLAIS

Elle est un peu dure à suivre, Pauline, sur la question linguistique. On a l'impression qu'après être passée pour une méchante, elle veut se rattraper. Elle veut couper dans le programme d'anglais au primaire, mais appuyer sur l'accélérateur au secondaire, au point même d'enseigner l'histoire en anglais. L'HISTOIRE DU QUÉBEC EN ANGLAIS! Même Alliance Québec n'y aurait pas songé... Avouez que les plaines d'Abraham en anglais, ça n'a pas la même portée. Il faudrait au moins songer à enseigner cette bataille comme le faisait Marc Laurendeau du temps des Cyniques, en bilingue, comme à Blue Bonnets...

Remarquez, des fois, je me dis que la seule solution équitable pour tout le monde et apte à créer des citoyens vraiment bilingues, ce serait qu'il n'y ait qu'un seul système d'éducation au Québec, du primaire à l'université, et qu'il soit bilingue. 80 % en français, 20 % en anglais, à peu près comme dans la population.

C'est une idée complètement saugrenue, je sais. Mais je me souviens d'une conversation avec un anglophone de Montréal rencontré en voyage. C'est de lui que vient l'idée. Suivez le raisonnement, il n'est pas si absurde. Le gouvernement du Québec permet à sa population native anglophone (c'était son cas) de suivre une scolarité entièrement en anglais de la pré-maternelle jusqu'au doctorat. Mais une fois sur le marché du travail, il faudrait que cet individu, qui n'a eu que quelques cours de français, langue seconde, travaille en français! Non seulement il ne le maîtrise pas assez bien, mais en plus, sa formation ne lui a pas permis d'entrer en contact avec la population francophone et ses liens d'amitié sont confinés à sa communauté anglophone. On peut bien l'accuser de ne pas avoir pris les moyens de s'ouvrir, reste que le système ne l'y a pas poussé.

Ces anglophones formés entièrement en anglais finissent par prendre naturellement deux tangentes: soit ils foutent le camp, et on perd alors des cerveaux dans lesquels nous avons collectivement investi, sans parler des déchirements humains que toute expatriation entraîne inévitablement; ou alors ils rejoignent le camp des résistants au français qui n'ont de cesse de demander des assouplissements à la loi 101, des exemptions, quand ils ne finissent pas par s'en foutre. D'autant plus qu'une majorité de leur entourage y est hostile...

Une autre solution, sans doute plus raisonnable, serait que chaque Québécois doive vivre une année scolaire, toutes matières confondues, dans l'autre langue. Au moins une. Ce qui ferait qu'en plus d'avoir vraiment l'occasion d'apprendre la langue de l'autre, les anglos et les francos se croiseraient au cours de leur formation. C'est sans doute ce qui ferait le plus de bien.

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Jessika Fortin a dit :

re: Suggestions pour l'unité québécoise

C'est vrai que les cours de langues au Québec ne fonctionnent pas. Quand je suis arrivée à l'Université, j'étudie en histoire, on a pris pour acquis que j'étais bilingue parce que justement, j'ai des cours d'anglais depuis le primaire. Mais c'est faux. On ne sort pas du secondaire bilingue. Du moins pas dans le cheminement régulier. Il faut soit suivre des cours d'anglais de notre propre volonté ou alors aller travailler dans un environnement anglais. Ce que beaucoup de jeunes font en partant travailler dans l'ouest canadien.

Il y a donc des corrections à faire au système d'enseignement. Mais de là à donner des cours complets d'histoire ou de géographie en anglais. Déjà plusieurs étudiants détestent les cours d'histoire, imaginez s'ils sont donnés en anglais? Cette idée m'a fait sursauter. Je suis parfaitement consciente qu'il est important pour les jeunes d'apprendre l'anglais, que cela leur servira toute leur vie. Mais il y a aussi une façon de le faire. En ne sacrifiant pas les autres matières. Et encore moins les cours d'histoire du Québec!!!

# 14 févr. 2008, 10:42

Serge Gingras a dit :

re: Suggestions pour l'unité québécoise

Tout est dans la manière, encore une fois. Nous savons qu'un enfant de 12 ans et moins peut apprendre plus facilement une langue étrangère. On doit donc enseigner des langues étrangères avant cet âge, surtout si la pratique de ces langues étrangères sera occasionelle. Ce qui n'est pas le cas de l'anglais qui, dans la région de Montréal, est potentiellement quotidienne.

Voilà pourquoi l'enseignement de l'anglais doit se faire à l'école secondaire. On aura donc quatre ans pour apprendre décemment une langue que l'on aura la possibilité de maîtriser hors des murs de l'école,  sans efforts inouies ou extraordinaires pour les habitants de la région de Montréal. C'est tout de même 50 % de la population du Québec.

Par expérience, je sais que l'on ne peut maîtriser une langue qu'en lisant, écrivant, en fréquentant des individus de cette culture, en allant aux cinéma, au théatre, en écoutant la radio, la télévision, etc. sur une base quotidienne, ou presque. On est pas tenu d'épouser un spécimen, comme certains on cru bon de faire. (humour)

L'usage et la fréquentation quotidienne de cette langue assure la maîtrise éventuelle de cette belle et grande culture. Je suis francophone de naissance et maintenant anglophile. Je ne suis pas un " biculturel ", quel drôle de concept. Je suis un francophone, pure laine, qui apprécie la culture anglosaxone. C'est la grâce que je vous souhaite de tout coeur, comme disaient les curés à la fin de leur sermon à la grand-messe du dimanche. Je suis natif de cette époque, ce qui ne m'enpêche pas d'être de mon temps.

Au primaire, il est impératif d'enseigner le français à la perfection. En ayant cette base solide, infaillible, on pourra édifier n'importe quelle structure linguistique qu'il nous plaira, car notre point de référence sera fiable et toujours disponible. Ne mettons pas la charue devant les boeufs. Soyons logiques, cartésiens, diraient les français.

L'anglais au primaire, grossière erreur.

# 14 févr. 2008, 12:37

Claude Perrier a dit :

re: Suggestions pour l'unité québécoise

La langue au Québec, quel incessant "placottage" (comme on dit ici)...  Un trajet sans fin ne menant en fait nulle part, pas le moindre terminus en vue aussi loin qu'on scrute l'horizon.  Et, pour rendre la question encore plus irréelle - comme s'il fallait de surcroît y ajouter du piquant, une dose d'assaisonnement - plusieurs voudraient asseoir leur identité culturelle à la face du monde en s'appuyant fondamentalement sur une langue qu'ils écorchent à qui mieux mieux, tant à l'oral qu'à l'écrit.  Pauvre langue française!

Pourtant, plutôt que de mettre les bouchées doubles pour urgemment remédier aux lacunes concernant le français, on préfère trop souvent se jeter à bras raccourcis sur l'anglais.  Plus facile et plus rassembleur auprès de la clientèle visée, apparemment.

Mais, si on faisait enfin l'effort de réfléchir un peu, de comprendre ce que l'on voit, on se rendrait possiblement compte que le plus tôt on se familiarise avec une langue seconde, le mieux on en vient du même coup à maîtriser sa langue maternelle.  Tout simplement parce qu'on devient plus attentif aux diverses nuances qui existent entre les langues.  On parle et on écrit mieux l'une et l'autre, naturellement.

Pour ma part, avant l'âge de 5 ans, j'étais déjà parfaitement bilingue, français et anglais.  Et je ne crois pas que mon français en ait tellement souffert...  Vouloir repousser le moment où l'on met enfin les étudiants en contact avec une langue seconde aura pour conséquence, chez plusieurs, de les condamner à une certaine médiocrité tant en ce qui concerne leur langue maternelle que la langue seconde abordée.

Bon, voilà qu'à mon tour j'en suis à "placotter" un peu longuement alors que cela ne vous intéresse peut-être pas du tout.  Donc, je la boucle après quelques derniers mots à propos de Pauline Marois: avec raison, on a - je crois - qualifié Mario Dumont de "girouette" mais depuis un moment, le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée Nationale a de la très sérieuse concurrence.

# 16 févr. 2008, 12:03

Steve Boudrias a dit :

re: Suggestions pour l'unité québécoise

Je ne vois pas madame Marois comme quelqu'un qui change de discours en permanence ou qui semble sombrer dans la contradiction.

Je crois plutôt qu'elle essaie de trouver ce que ses prédecesseurs n'ont jamais réussi à trouver par le passé : une zone de confort québécoise qui soit commune à tout le monde.  Autant du côté français qu'anglais.  Autant à Montréal qu'en régions.  Autant auprès des nationalistes de souche que des nouveaux arrivants en quête de libertés nouvelles.

On sent la même volonté d'ouverture et de consensualité de la part du gouvernement fédéral actuel.  Rien de grandiose.  Pas de rêve de grandeur.  Que de la gestion approximative corrigée par sondages afin de fabriquer le consentement populaire le moins fragile possible afin de mettre

à l'épreuve la solidité du gouvernement minoritaire en place.

***

Ainsi, au-delà de la rigidité des principes fondateurs, par-delà les positions traditionnelles de chacun ; on semble vouloir se rejoindre quelque part au niveau de la réalité, au milieu d'une zone de "beau risque" renouvelée.  Chacun s'observant comme des chiens de faïence.

Comme si, plus les gens, habitués ou un peu écoeurés de toujours se rejoindre virtuellement au niveau de leurs affinités, décidaient soudainement, au niveau politique, de constamment magasiner un modus vivendi pas trop cher et pas trop énergivore lorsque vient le temps de "vivre ensemble", selon un code légal moins rigide... et plus interractif (ou participatif).

Comme si le dialogue permanent entre la base de la POPULATION (et non des PARTIS politiques) et le gouvernement en place prenait le pas sur l'échange d'idées entre convertis de chaque camp.  D'où l'importance des chefs qui savent mettre de côté la rhétorique de l'affrontement perpétuel afin d'entretenir un échange de bons procédés plus rapide et plus direct avec les électeurs.

Et ça, c'est une occasion rêvée pour le PQ.  Un parti trop habitué à s'écouter parler et à s'auto-flageller ou congratuler sans raisons valables.

***

Bien entendu, ce type d'offre politique ne génère jamais une demande délirante de la part de la population votante étant donné que le flou artistique entourant chacune des plateformes politiques finit, au bout du compte, juste avant le vote, par se ressembler grandement dans l'esprit des gens - à l'exception de quelques détails significatifs.  Des détails qui font la différence entre une victoire majoritaire ou une errance minoritaire renouvellée.

Bref, 100 ans après la fondation du CH, où en sommes-nous au Canada, au Québec, à Montréal ?  Exactement là où se trouvent les fans du Canadien : moins exigeants, se souvenant du bon vieux temps des Légendes tout en sachant que la victoire occasionnelle de la Coupe Stanley ne ramènera jamais la dynastie passée ; les nostalgiques de la politique charismatique porteuse de projet d'avenir rassembleur se retrouvent dans le même climat de désillusion tranquille.

On suit toujours les matchs de notre équipe favorite, mais on redoute la parade pouvant suivre la victoire possible... tout en sachant bien qu'une victoire en finale ne ramènerait pas pour autant la confiance d'antan.

Enfin, il est peut-être temps au Québec d'arrêter de collectionner les cartes de hockey et discuter des vedettes du passé afin de s'orienter vers un avenir tenant beaucoup plus en compte la réalité de tous les jours.  Une réalité qui n'est pas fait de triomphes perpétuels basés sur un chauvinisme dépassé mais bien sur la volonté d'entretenir un esprit sportif nécessaire et essentile à notre bonne santé.

Gagner ensemble au Québec finira un jour par vouloir dire autre chose que de l'emporter au dépends des autres.  Et j'ai espoir que Pauline Marois, en tant que femme, en tant que politicienne expérimentée, en situation de crise identitaire (à la fois au niveau national qu'au niveau de son parti) saura trouver une alternative viable à notre déroute collective actuelle.  Du moins, à court terme.  En attendant que la demande se fasse de nouveau plus exigeante de la part des "fans"...

# 17 févr. 2008, 15:27

Marc Audet a dit :

re: Suggestions pour l'unité québécoise

Clarifions donc d'entrée de jeu de quel bilinguisme l'on parle quand il est question d'une langue seconde.  Écartons de cette notion ceux pour qui cette seconde langue est le résultat d'un apprentissage forcé, à savoir une famille au sein de laquelle deux langues cohabitent faute de pouvoir s'exclure l'une l'autre.  Quand des rejetons de ce type viennent proposer à la masse des citoyens ordinaires leurs recettes d'apprentissage, ils nous mentent effrontément sur les causes de leurs aptitudes.  Qui plus est, les vouloir imposer à tous de manière institutionnelle relève du refoulement qui se déverse de ses frustrations sur les autres.  Nous avons eu à ce sujet le modèle Trudeau, imité parfois par des politiciens retors.

Appartiennent aussi à cette définition de citoyen bilingue tous ceux qui se voient imposer une langue seconde pour pouvoir gagner leur vie ou la gagner mieux.  Cette imposition est d'autant plus forte que le milieu ambiant, celui du travail et du milieu de vie d'une bonne partie de la main-d’œuvre, trouve dans la langue seconde une expression de ce qui est pour elle une langue maternelle.  Les citoyens des villes multiculturelles appartiennent souvent à ce type de citoyens bilingues, qu'ils habitent Genève ou Bruxelles.  

Enfin, il y a pour les autres un bilinguisme fonctionnel, celui qui vient de l'apprentissage d'une langue seconde parce qu'elle permet de fonctionner plus aisément aux paliers supérieurs des administrations ou des entreprises.  Celui-là seul bilinguisme normal en tant qu'il n'est pas une exception, mais celui de la plupart des citoyens de cette planète.  Et c'est de ce bilinguisme-là dont parle Mme Marois, celui qui ne fait pas de ses adeptes des citoyens en passe d'être assimilés à une autre langue que celle de leur langue maternelle.  Et celui-ci ne peut venir sainement que sur les bases d'une langue maternelle devenue un habitus langagier et acquis au terme d'une immersion dans une autre langue pour des périodes courtes mais intenses.  

Qui peut raisonnablement croire que ce bilinguisme fonctionnel n'est pas une nécessité pour des citoyens qui aspirent à circuler librement dans les structures que le monde du travail dresse devant eux, surtout s'ils s'élèvent le moindrement au cœur de celles-ci, sauf certains olibrius désinvoltes ou des adversaires viscéraux de la cause de la souveraineté du Québec qui épient tout ce qu'ils croient être des contradictions pour pousser leurs petits pions sur l'échiquier des débats sur la langue.  

# 17 févr. 2008, 18:48

Andrée Proulx a dit :

re: Suggestions pour l'unité québécoise

Je viens d’une famille canadienne-française «de souche». J’ai  des ancêtres irlandais dont je suis fière parce qu’ils ont contribué à construire le Québec.   Pour le reste, je suis «québécoise pure laine».    Je viens d’une époque d’avant la loi 101, donc, d’une époque où l’on exigeait d’être servis en français dans les commerces de l’Ouest de Montréal.

Pourtant j’ai fait mes études secondaires dans une institution religieuse francophone montréalaise qui dispensait les cours en anglais par des religieuses américaines.  C’était moderne et avant-gardiste.  Les cours de français dispensés étaient pourtant de grande qualité : règles de grammaires, syntaxe, vocabulaire, analyse grammaticale étaient des exercices pratiqués régulièrement.  

Mes premières années sur le marché du travail se sont déroulées dans une compagnie de la Couronne où,  sauf quelques exceptions du service des  relations publiques et du service à la clientèle,  le personnel était anglophone.  Mes premiers mois dans cette entreprise furent assommants.  J’avais l’impression, lorsque je revenais à la maison chaque soir, d’avoir franchi la frontière d’un pays étranger.  J’ai persisté.  Et je ne le regrette pas.  Rien de mieux que l’immersion pour apprendre une autre langue.  Mes enfants ont aussi fréquenté des camps de vacances anglophones.

Mon commentaire en forme de témoignage, illustre une partie de ma vie que j’avais rangée et qui a ressurgie à la lumière des dernières propositions de madame Marois.  Elles sont très sages.  Mais aussi dangereuses.  Parce qu’une fois l’anglais maîtrisé,  l’assimilation est facile.   Sauf que le Québec possède  aujourd’hui des garde-fous et des balises, une Charte de la langue française et des organismes de surveillance  qui n’existaient pas autrefois. Et surtout une fierté et des assises identitaires indéniables que nous ont léguées des siècles  de résistance. Et une couple de partis politiques dont l’indépendance du Québec fait partie du programme.  

Comme beaucoup le confonde, l’apprentissage de l’anglais langue seconde pour un Québécois,  ne se compare pas à l’apprentissage d’une langue étrangère culturellement bénéfique.  Il s’agit de maîtriser, outre la langue maternelle d’une province francophone, une langue d’usage majoritairement parlée  sur un continent habité par plus de deux cents millions d’anglophones.  Même si les bénéfices marginaux qu’apporte la connaissance de l’anglais sont inestimables, ils   n’ont pas à être imposés.  Sauf qu’il serait dommage de se couper de la culture environnante. Se faire comprendre dans des pays visités où la seule langue commune permettant de se comprendre est l’anglais est aussi un atout.    

Le réseau unique d’écoles bilingues  est sans doute utopique, mais c’est la seule façon de traverser la barrière langagière, dans le respect de l’autre, pour deux  peuples fondateurs dont la cohabitation est le destin historique.  La scolarité bilingue pourrait l’être dans la  proportion de 80 % en français, 20 % en anglais, comme la population. À Montréal, je ne vois pas de problème. Pour les régions, ce serait sans doute plus contraignant.  

Si les utopies d’aujourd’hui sont le progrès de demain, pourquoi ne pas chercher à simplifier notre mode de vie. Ce ne sont pas les anglophones qui sont pénalisés par un déficit linguistique, ce sont les francophones qui sont présentement pénalisés par la méconnaissance de l’anglais qui leur ferme des horizons.   Je ne conçois pas la fierté comme un repli sur soi.  Même devenus souverains, nous n’aurions pas le choix de connaître la langue que parle le reste de notre continent.  Mais nous pourrions  assumer pleinement le statut de pays francophone.

# 18 févr. 2008, 13:31


François Parenteau
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