Bienvenue sur Voir
ouvrir session
FAQ
devenez membre
www.voir.ca
Impertinences
Impertinences
February 2008 - Messages
27 février 2008, 3:54
La fièvre des échanges
La fièvre des échanges dans la Ligue nationale de hockey, comme dirait l'autre, c'est quelque chose. Et comme toute très forte fièvre, elle s'accompagne d'hallucinations, qui prennent ici la forme de rumeurs. Et puis, pouf, à l'heure prévue, tout s'arrête, la fièvre et les hallucinations disparaissent et on doit faire face à la nouvelle donne en se demandant ce qui vient de se passer.

Je n'y ai pas échappé, ayant été en proie à des visions délirantes. J'imaginais Tanguay ou Hossa redonner vie à Saku, je voyais Richards prendre en feu avec Latendresse. Je pourrais même jurer que j'ai vu des gants marqués "Lecavalier" aux couleurs du Canadien traîner quelque part. Mais rien de tout cela ne s'est matérialisé. Au moment d'aller sous presse (j'adore cette phrase qui sent bon la fébrilité et l'anticipation avec une touche de mystère), non seulement Hossa a-t-il choisi de s'aligner avec Sidney Crosby à Pittsburgh, mais en plus, le brave cousin Cristobal a été échangé contre un choix au repêchage. Prout...

Pourtant, après que le fort peu loquace Gainey eut annoncé qu'il cherchait à ajouter un joueur d'impact à sa formation, tous les espoirs étaient permis. La déception et le dépit s'installent. On verra bien comment l'équipe réagira. Et les fans aussi...

Mais même si le Canadien se retrouve encore une fois bredouille, j'adore cette période frénétique où toutes les hypothèses sont permises. Je l'avoue, je suis un gérant général amateur. L'intérêt que suscite ce 1er juillet des joueurs de hockey chez les amateurs me prouve que je suis loin d'être le seul. J'adore concocter des trios, cherchant une sorte d'équilibre métaphysique entre les jeunes prometteurs, les joueurs établis et les vétérans, entre les scoreurs, les passeurs, les joueurs défensifs et les toffes, entre les p'tits gars de chez nous, les autres joueurs nord-américains et les Européens. Cette alchimie virtuelle me tient lieu de jeu de patience, de rituel. Je le faisais aussi avec le baseball, avec le plaisir ajouté de devoir composer un ordre des frappeurs où les forces de chacun s'additionnent et se complètent. (J'ai d'ailleurs lu quelque part que c'était un des passe-temps favoris de Richard Nixon!) Et bien sûr, tout en restant dans des échanges et des masses salariales raisonnables, je suis certain que mes trouvailles feraient de mon équipe inventée une puissance imbattable...

ET SI ON APPLIQUAIT LA MÉTHODE AILLEURS?

Je me suis même amusé à imaginer qu'on puisse faire le même exercice pour les partis politiques. Il faut jouer le jeu ici et voir les personnages politiques (ou les candidats potentiels) comme des communicateurs libres de toutes attaches partisanes. On peut échanger un fédéraliste contre un souverainiste et vice-versa, et chacun mettra ensuite ses talents au service de l'équipe qui est allée le chercher. On peut aussi traverser la frontière entre politique fédérale et provinciale comme s'il ne s'agissait que de simples conférences comme dans la LNH.

Par exemple, imaginez que Québec Solidaire, dans le but de pousser pour la légalisation du pot, aille chercher Pierre-Claude Nolin (présentement chez les Sénateurs...) pour mener ce combat. Ça équilibrerait bien les forces avec Françoise et Amir. Enfin un gros ailier droit qui leur donnerait de la profondeur...

Le capitaine des Liberals Stéphane Dion déçoit? Ils pourraient l'échanger aux Conservateurs, de toute façon, on dirait qu'il applique déjà leur plan de match à la lettre, notamment sur l'attaque massive en territoire ennemi... En retour, les Liberals pourraient obtenir Josée Verner. On a l'impression qu'elle pourrait fitter sur n'importe quelle pancarte...

L'échange le plus génial qui aurait jamais pu être fait, le coup le plus fumant, ç'aurait été pour les souverainistes d'aller chercher Jean Chrétien. Avec ce bagarreur de ruelle qui ne s'enfarge pas dans les fleurs du tapis à leur tête, la rhétorique indépendantiste aurait pris une autre tournure. C'est le goon qui manquait à l'équipe. Il aurait passé son temps à dire, avec ce ton "gros bon sens" qu'on lui connaît, que ça n'a pas d'allure que le Québec reste dans le Canada, que c'est la seule façon de mettre fin aux chicanes et que les menaces du fédéral ne sont qu'un bluff de gens fermés obsédés par l'idée de garder le flag canadien sur leur hood de char... La même confiance que Parizeau, mais qui peut jeter les gants. Un genre de Mike Komisarek politique...

Mais à travers toutes ces élucubrations, il y a un échange qui m'a sauté aux yeux comme non seulement souhaitable mais même presque possible. Jack Layton gaspille son charisme sympathique au NPD. Or, il serait un match parfait pour la mairie de Montréal. De gauche, il pourrait plus facilement s'entendre avec les syndiqués. Natif de la ville, bilingue, cool, de party, il ressemble bien plus à Montréal que le pauvre martyr Tremblay ou n'importe quel autre prétendant.

À moins qu'il ne refuse de venir à Montréal à cause des taxes...


20 février 2008, 2:34
I am an anglophile for independence
En réaction à une de mes récentes chroniques, Bibittes de janvier, un certain Daniel Laprès a écrit dans le journal anglophone montréalais The Suburban un papier prouvant qu'il n'avait aucunement saisi l'ironie de mon propos (et ce, malgré un avertissement de présence d'ironie!). Il m'assimile ainsi à un virulent anglophobe, ce que je ne peux pas supporter. Je déteste faire l'étalage de mes réalisations, mais il est ici essentiel de comprendre à quel point ce malentendu, qui me semble nourri d'une bonne dose de mauvaise foi, me choque profondément. Et comme cet article en réaction à ma chronique a été publié dans le Suburban, je me devais d'y répondre dans les pages de Voir.

M. Laprès, la conversation avec votre amie grecque qui vous faisait remarquer que vous étiez le premier à la désigner comme une Québécoise, figurez-vous que j'ai déjà eu la même, souvent, et que j'y tenais chaque fois le même rôle que vous. Avec ma collègue en pub Jennifer, avec Pablo, avec Néfertari. J'en ai d'ailleurs fait un film, Qui est nous?, bien avant l'inflammation du débat sur les accommodements raisonnables. Passe encore que vous me trouviez go-gauche nationaliste à la sauce du Plateau. Mais la question des rapports harmonieux entre la majorité francophone et les minorités au Québec, au premier rang desquelles la communauté anglophone, a toujours été primordiale à mes yeux.

C'est d'ailleurs pour cette raison que, quand j'ai découvert la pensée originale et nuancée de Peter Scowen, alors éditorialiste au Hour, j'ai dit à Michel Brûlé, l'éditeur des Intouchables, que les francophones devraient avoir accès à ces idées, question de sortir de l'impression de bloc hostile au fait français que plusieurs d'entre eux pouvaient avoir de la communauté anglophone. La suggestion a fait son chemin, et quand le livre a paru, Peter a eu la gentillesse de me remercier dans les premières pages. (You can look it up: Trahison tranquille, éd. Les Intouchables, 1998.)

Dans le cadre des Zapartistes, j'ai même écrit une sorte de manifeste qui invite les anglophones du Québec à s'identifier enfin comme Québécois plutôt que comme Canadiens, en rappelant tout ce qui nous réunit malgré nos différences. Ça s'intitule Face it, you are Québécois. Je me retiens de vous en faire parvenir une copie puisqu'il est truffé d'ironie et que c'est une langue que vous semblez avoir de la difficulté à comprendre...

Mais je me permets tout de même de vous raconter cette histoire. Ce texte, que je livre en français pour être certain que notre public majoritairement francophone en saisisse les nuances, il m'est arrivé de le lire devant un auditoire de francos et d'anglos mêlés. À la fin, une femme s'adressa à moi dans un français teinté d'accent anglais, tout sourire, pour me présenter son père. C'était un grand bonhomme âgé qui aurait fait plaisir à Chapleau tant il avait tout de l'anglo typique. Il tenait à me serrer la main et m'a dit: "I just wanted you to meet a Québécois from NDG." À son air, j'ai compris que c'était la première fois qu'il s'identifiait lui-même comme Québécois. Sa fille en était tout émue. J'en parle depuis comme une des plus belles émotions qu'il m'ait été donné de vivre de par mon métier. Parce qu'on avait là la preuve que l'humour pouvait servir à construire des ponts. Encore faut-il en avoir, cependant...

M. Laprès, sachez que je suis bilingue, même anglophile, et que j'ai toujours autant niaisé la résistance puérile à l'anglais de certains francophones que je peux m'élever contre la francophobie et l'arrogance de CERTAINS anglophones.

Peut-être avez-vous été induit en erreur par mon utilisation de la métaphore de cette guêpe surgie de je ne sais où pour m'importuner en plein hiver. C'est vrai, en anglais, guêpe se dit wasp, et ce mot en acronyme désigne les White Anglo-Saxon Protestants. Mais je n'y ai même pas pensé! Je viens juste de flasher en voyant votre article. Aucune ironie ici. C'est parce que c'est vraiment vrai de vrai qu'une guêpe est venue m'achaler chez moi. Pas une abeille ni un maringouin, une guêpe. Que j'ai prise comme prétexte pour enchaîner ensuite tous les sujets d'actualité qui m'achalent ou m'inquiètent. La guêpe, ici, ce n'était pas l'anglo à effoirer, c'était le DÉBAT linguistique, avec son cortège de paranoïa chatouillée et d'interprétations abusives. Comme votre article.

Ce que vous faites, c'est de la démonisation par association. Exactement ce que vous me reprochez de faire. Parce que vous êtes opposé à l'indépendance du Québec, vous ne pouvez considérer les indépendantistes que comme des racistes plus ou moins assumés. C'est ce qui vous aveugle. Pour réfuter le fait que j'ironise quand j'exige que Pauline Marois fasse quelque chose pour que je reçoive des "mauvais numéros" qui s'adressent à moi en français, faut vraiment pas vouloir la voir, l'ironie... Surtout que j'avais averti les lecteurs qu'il y en avait! Est-ce si impossible pour vous d'admettre que des indépendantistes puissent être des êtres humains modernes et ouverts d'esprit?

Vous pouvez me blaster sur tout le reste de mes opinions à votre guise mais précisément sur cette question, des excuses seraient bienvenues. On mettra ça sur le dos de la guêpe...


13 février 2008, 4:00
Suggestions pour l'unité québécoise
UN GROS TABERNACLE POUR LE 100e DU CANADIEN

D'abord, parlons sport. L'année prochaine marquera le centenaire du Canadien. Ce n'est pas rien. Le tricolore est la seule religion qui puisse réunir l'ensemble des Québécois... Oui, bon, mettons des Montréalais, mais ce n'est déjà pas rien.

Rares sont les équipes de sport professionnel entourées d'une telle aura mystique. En plus, toutes les religions y passent. On parle de la Sainte-Flanelle. L'ancien Forum était qualifié de "Mecque du hockey". On parle aussi des fantômes du Forum, ce qui dénote une pointe de vaudou. Maurice Richard était un saint. Guy Lafleur est un martyr. Il suffit d'endosser l'uniforme tricolore pour faire partie du peuple élu. Et, au fil des victoires et des défaites, chaque coach vous le dira, il ne faut pas s'emporter et penser au prochain match. Très zen.

Plusieurs évènements spéciaux sont prévus pour souligner cet anniversaire. Ils célébreront tous le passé de l'équipe et son importance dans la vie de ses fans. Mais qu'en est-il du futur? L'objectif ultime, c'est bien sûr la coupe Stanley. Ce serait le fun en maudit que le Canadien réussisse à remporter le Saint-Graal du hockey pour son 100e anniversaire. Une manière de dire que ceci est la coupe de notre sang, le sang de l'alliance nouvelle et éternelle entre une équipe et ses fans, donc, notre coupe. Et on ne la laisse "découcher" dans d'autres villes que par grandeur d'âme; elle doit nous revenir. C'est la foi de tout supporter du Canadien, et encore plus en cette année du centenaire.

Pourquoi ne pas ritualiser cette foi? La coupe Stanley est un calice. Si nous voulons que ce calice revienne à Montréal, il faut lui faire sa place. Dans la logique de "Build it, and they will come" de Field of Dreams, construisons un gros tabernacle à côté du centre Bell, conçu sur mesure pour la coupe Stanley, avec son coussin de velours rouge, le signe du Canadien en relief, toutte le kit. On pourrait même en profiter pour en faire une vitrine pour nos producteurs de bois d'œuvre, comme pour la salle de l'OSM. Je lance l'idée à tous les fans invétérés, les Réjean Tremblay, les Stéphane Laporte et compagnie: Montréal a besoin de son gros tabernacle! Enfin un projet mobilisateur auquel personne ne pourra s'opposer...

PAULINE MAROIS ET L'ANGLAIS

Elle est un peu dure à suivre, Pauline, sur la question linguistique. On a l'impression qu'après être passée pour une méchante, elle veut se rattraper. Elle veut couper dans le programme d'anglais au primaire, mais appuyer sur l'accélérateur au secondaire, au point même d'enseigner l'histoire en anglais. L'HISTOIRE DU QUÉBEC EN ANGLAIS! Même Alliance Québec n'y aurait pas songé... Avouez que les plaines d'Abraham en anglais, ça n'a pas la même portée. Il faudrait au moins songer à enseigner cette bataille comme le faisait Marc Laurendeau du temps des Cyniques, en bilingue, comme à Blue Bonnets...

Remarquez, des fois, je me dis que la seule solution équitable pour tout le monde et apte à créer des citoyens vraiment bilingues, ce serait qu'il n'y ait qu'un seul système d'éducation au Québec, du primaire à l'université, et qu'il soit bilingue. 80 % en français, 20 % en anglais, à peu près comme dans la population.

C'est une idée complètement saugrenue, je sais. Mais je me souviens d'une conversation avec un anglophone de Montréal rencontré en voyage. C'est de lui que vient l'idée. Suivez le raisonnement, il n'est pas si absurde. Le gouvernement du Québec permet à sa population native anglophone (c'était son cas) de suivre une scolarité entièrement en anglais de la pré-maternelle jusqu'au doctorat. Mais une fois sur le marché du travail, il faudrait que cet individu, qui n'a eu que quelques cours de français, langue seconde, travaille en français! Non seulement il ne le maîtrise pas assez bien, mais en plus, sa formation ne lui a pas permis d'entrer en contact avec la population francophone et ses liens d'amitié sont confinés à sa communauté anglophone. On peut bien l'accuser de ne pas avoir pris les moyens de s'ouvrir, reste que le système ne l'y a pas poussé.

Ces anglophones formés entièrement en anglais finissent par prendre naturellement deux tangentes: soit ils foutent le camp, et on perd alors des cerveaux dans lesquels nous avons collectivement investi, sans parler des déchirements humains que toute expatriation entraîne inévitablement; ou alors ils rejoignent le camp des résistants au français qui n'ont de cesse de demander des assouplissements à la loi 101, des exemptions, quand ils ne finissent pas par s'en foutre. D'autant plus qu'une majorité de leur entourage y est hostile...

Une autre solution, sans doute plus raisonnable, serait que chaque Québécois doive vivre une année scolaire, toutes matières confondues, dans l'autre langue. Au moins une. Ce qui ferait qu'en plus d'avoir vraiment l'occasion d'apprendre la langue de l'autre, les anglos et les francos se croiseraient au cours de leur formation. C'est sans doute ce qui ferait le plus de bien.


6 février 2008, 4:44
La crise pronominale

Mario Dumont a vraiment le chic pour dénicher ces petits sujets qui n'ont l'air de rien mais qui peuvent faire tenir une conversation pendant des heures et même passer pour un programme politique. Prenez sa dernière trouvaille. Mario voudrait ramener le vouvoiement à l'école. Il pense que ça peut aider à rétablir le respect de l'autorité.

(Question à développer: supposons qu'un étudiant se foute des règles et dise "Va chier" à son prof. Est-ce que le prof doit juste lui dire qu'il est inacceptable d'être aussi grossier à son endroit ou s'il doit d'abord exiger de lui qu'il formule son insulte à la deuxième personne du pluriel?)

Le vouvoiement! Il fallait y penser! Cette délicatesse surannée de la langue française comme ultime rempart contre l'impolitesse et l'indiscipline. Mais ce ne sera pas si simple. Le traitement réservé au vouvoiement au Québec est la métaphore de la division qui règne entre les générations. C'est comme entre les pro-réforme et les anti-réforme: on a ici affaire à deux clans irréductibles.

Il fut une époque où le "vous" était à proscrire. C'était le signe du respect de l'autorité, alors qu'il fallait se révolter. Il fallait y mettre du "tu", du "toi", du camarade, de l'égalitaire. À cette époque, mes parents, qui sont des pré-boomers, m'ont tout de même enseigné à vouvoyer mes professeurs et les parents de mes amis.

Mais un jour, une nouvelle directrice est arrivée à mon école primaire avec une approche radicalement originale (et, quant à moi, prodigieusement gossante), le "tu" pluriel. Elle utilisait le "tu" pour nous parler à l'intercom. "Tu prends ton cahier, et tu prends des notes...." Voilà donc l'apothéose de l'individualisme: même quand une consigne s'applique à tous les membres d'un groupe sans exception, ils sont interpellés au singulier, un par un en quelque sorte. Le pluriel n'existe plus. Même à 9 ans, je trouvais ça infantilisant.

Ça n'allait pas s'arrêter là. Au secondaire, voilà que je rencontre de nouveaux amis dont les parents, issus d'une autre génération que les miens, ont horreur que je les vouvoie. Les femmes, en particulier, trouvent que ça les vieillit. De plus, moi qui ai toujours appelé mes parents "papa" et "maman", voilà des papas qui s'appellent Raymond et des mamans, Lise. Je ne sais plus où me mettre avec mes Madame Unetelle, j'ai l'impression soudain d'arriver d'une autre époque. Je ne sais plus quoi dire. En fait, je réalise que, depuis cette période, j'essaie autant que possible d'éviter le pronom. Au lieu de dire "Comment allez-vous?" ou "Comment vas-tu?", je dis "Comment ça va?".

Avec le temps, ça s'est compliqué encore davantage. J'ai déjà évoqué le "tu pluriel" de ma directrice d'école. Yvon Deschamps a aussi expérimenté avec ce qu'on pourrait désigner comme du "voutoiement" (par exemple: "Comment voulez-vous-tu que je l'sache?"). Puis, les humoristes étant souvent à la fine pointe de l'invention langagière, Claude Meunier a ramené dans La Petite Vie la mode pourtant royaliste de parler de soi-même à la troisième personne avec le célèbre "Comment qu'y va? - Y va pas pire!".

Et pour mêler le tout encore davantage, voilà que Jacques Villeneuve nous propose le négatif du "tu pluriel" avec le "on" et le "nous" singuliers. Pour bien montrer qu'il est un gars d'équipe et qu'il prend en considération le travail de tout le monde, Jacques Villeneuve ne dit presque jamais "je". Il dit: "On a bien travaillé, on a eu des ennuis de moteur mais on a su faire les ajustements. Malheureusement, on a glissé dans le deuxième virage..." Hé, chose, tu étais tout seul dans le cockpit! Pourquoi ce "on"? C'est juste toi qui as glissé!

Ce qui fait qu'en plus de la "crise" linguistique, on se retrouvera bientôt avec une crise pronominale. Typique. Incapables que nous sommes de nous brancher sur un aéroport, un centre hospitalier, un statut constitutionnel et une façon de nous parler, nous en sommes toujours réduits à l'improvisation. Pas étonnant qu'on soit bons là-dedans...

Tous les psychologues le disent: l'important, dans l'éducation des enfants, c'est d'être constant. Toujours au primaire, j'ai été barouetté d'une année à l'autre entre une prof qui exigeait qu'on écrive en lettres attachées et une autre qui voulait qu'on écrive en lettres carrées. Avec le résultat que j'écris toujours aujourd'hui dans un très inesthétique mélange des deux.

Au Québec, on ne souffre pas tant d'avoir de mauvaises idées. On souffre surtout d'en changer tout le temps et de ne jamais aller au bout de celles qu'on a.

Vous vous demandez: "Qu'est-ce qu'y pense de la réforme et de la possibilité d'instaurer le vouvoiement obligatoire dans les écoles?" Au fond, on s'en fout (moi et mon équipe fictive de conseillers). Mais est-ce que vous ne pourriez-tu pas garder le même système pendant au moins 10 ans? Ouvre ton cahier et prends des notes...


François Parenteau
Profil complet
Envoyer un courriel