J'ai eu une grosse frayeur cette semaine. Je bossais tranquillement à mon ordi quand tout à coup, une guêpe a surgi devant moi en vrombissant méchamment. Mais qu'est-ce qu'elle foutait là? Une guêpe en plein mois de janvier? Et ce n'était pas une petite guêpe décorative, oh que non. Un bétail ailé, un épaulard, un zeppelin dans mon bureau. Je me lève en sursaut, le cœur battant.
Une telle irruption, si incongrue, ne peut que déclencher les interrogations les plus paranoïaques. Où était cette bête tout ce temps-là avant de se manifester? Était-elle coincée dans un cadre de porte et une infinitésimale contraction du matériau sous l'effet du froid vient de la libérer? Était-elle cachée dans le repli d'un manteau, prête à darder à tout moment? Ou encore, c'est qu'il y a des trous dans mes murs et sans que je le sache, toute une colonie de guêpes s'y est installée à l'automne? Celle-ci n'est que leur éclaireur, l'attaque massive est pour bientôt...
Des questionnements spontanés qui ne sont pas sans rappeler cette nouvelle édition du débat linguistique qui fait rage au Québec. Ces anglos unilingues et arrogants qu'on remarque tout à coup, est-ce seulement parce que tout le débat sur les accommodements déraisonnables vient de nous réveiller qu'on les remarque ou s'il y en a toujours eu autant? Récemment, j'ai fait une erreur en composant un numéro de téléphone. La personne qui m'a répondu était un unilingue anglophone. Et quelques semaines plus tard, je reçois un appel d'une personne qui demande "Steve", et qui s'avère être elle aussi unilingue anglophone. Il me semble en y repensant que, depuis des années, chaque fois que je compose un mauvais numéro ou que c'est moi qui reçois un appel par erreur, mon interlocuteur est anglophone. Comme si je connaissais déjà tous les francophones de cette ville mais que dès que le hasard me fait sortir de mon univers, tout est anglais. Je vivrais donc dans un décor de village du Far West où il n'y a que des façades et rien derrière? Le doute s'installe et j'ai soudain très hâte que quelqu'un appelle chez moi pour demander Gertrude en roulant ses r. J'exige des mauvais numéros en français! Que Pauline Marois fasse quelque chose!
Mais bon, il y a plus urgent: j'ai une guêpe qui fonce sur ma face. Devant moi, aucun outil efficace pour écrapoutir la menace. Je songe alors à aller chercher la tapette à mouches sur le frigo.
D'ailleurs, quelle merveille de sens pratique que la tapette à mouches, qui fonctionne aussi pour les guêpes sans exiger aucune prime de risque. Rien n'a changé dans son design depuis des siècles et c'est pourtant toujours la meilleure arme pour mettre fin aux harassantes trajectoires de ces insectes nuisibles ou dangereux qui viennent épisodiquement envahir notre espace aérien. Si la tapette à mouches devait être inventée aujourd'hui, nul doute qu'il faudrait la charger en la branchant sur un port USB, qu'il faudrait sans cesse "downloader" de nouveaux programmes et des mises à jour pour couvrir toutes les sortes de bibittes à écraser. Et les palettes de caoutchouc ne seraient utilisables qu'une seule fois. Il faudrait acheter une recharge au coût de 4 $ chaque fois. Il devrait y avoir une loi contre ces trucs jetables. Toutes ces Swiffer et autres moppes conçues pour se détériorer rapidement prennent des ressources dans l'environnement pour ensuite encombrer nos déchets. Soyons conséquents et taxons-leur la gueule pour effacer leur coût avantageux. Par chance, question tapette à mouches, j'ai un vieux modèle, toujours prêt.
Sauf que voilà, si je sors de mon bureau, je quitte la guêpe des yeux. Et qui dit que je la retrouverai à mon retour? Évidemment, si elle n'y est plus, je devrai vivre avec l'angoisse de savoir qu'il y a une guêpe dans mon appartement et qu'elle peut se re-manifester à tout moment. Il y a des problèmes comme ça qui sont moins dangereux quand ils éclatent que quand ils dorment. C'est comme les menaces de récession ou la dénatalité, une fois qu'on le sait, on se prépare. Je prends tout de même le risque, en courant dans le corridor pour ne pas lui laisser le temps de se cacher. Je reviens armé et l'hélicoptère Apache est toujours là à virevolter. Elle se pose enfin sur le rebord du plafonnier. Et paf! C'en est fait d'elle.
J'étais soulagé mais tout de même encore un peu secoué. Cette guêpe hivernale était-elle un effet de plus du réchauffement climatique? Il fut un temps où un des premiers signes de l'été à venir, c'était la reprise des activités des Expos avec les lanceurs et receveurs qui se pointaient au camp d'entraînement en Floride dès février. J'aimais mieux ça que les guêpes. Nous sommes en janvier. Dehors, il y a de la pluie verglaçante, le débat linguistique revient en force, on continue de ne rien faire pour respecter Kyoto, d'autant moins qu'on annonce une récession, il y a eu une guêpe dans mon appartement et il n'y a plus de base-ball à Montréal...
Go, Habs, go...