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Faque, vous voulez immigrer au Québec?
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À la lumière de tout ce qu'on a entendu à la commission Bouchard-Taylor et de l'actualité récente, voici un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une brochure d'information destinée aux immigrants désireux de s'installer au Québec.
Climat: C'est le principal choc pour un immigrant provenant d'une zone climatique différente. Au Québec, c'est simple: il fait beau quatre semaines par année, deux au printemps, deux à l'automne. Le reste du temps, il fait ou trop froid ou trop chaud, ou encore il pleut. Et ça peut changer de l'un à l'autre en dedans d'une demi-heure.
C'est pourquoi la météo est ici un sujet de conversation stratégique pour un immigrant. Il est important de vous plaindre et de dire aux locaux que c'est le pire climat du monde. Parce que tant qu'à avoir un climat aussi pourri, les Québécois se consolent de pouvoir au moins se vanter d'avoir le pire. Le local sympathisera ainsi avec vous et se sentira solidaire.
Langue: Au Québec, il y a la loi 101. C'est une loi très complexe établissant le français comme langue officielle du Québec et qui est à la fois la raison qui fait que le Québec est encore dans le Canada et la raison qui fait que le reste du Canada nous déteste. Si vous voulez la contester, prenez un numéro à la Cour suprême du Canada, où l'on trouve un guichet express ouvert 24 heures sur 24.
Égalité des droits: Ici, les hommes et les femmes sont égaux et on déconseille fortement le port du voile. Au Québec, les femmes ont le droit de se montrer. Ce sont les hommes qui n'ont pas le droit de regarder. À noter qu'il est interdit de lapider des femmes, selon le code de vie d'Hérouxville. Ailleurs, cet acte n'est interdit que par le Code criminel.
Travail: Pour tous les médecins et ingénieurs, il y a moyen de faire reconnaître vos équivalences mais il faut pour cela suivre une formation compensatoire, passer un examen d'admission, les yeux bandés, debout sur un medecine ball pendant que des sangliers affolés circulent entre les rangs. Le résultat de votre échec vous sera ensuite transmis sous forme d'hologramme trigonométrique en alphabet inuktitut. Bonne chance à tous.
Santé: Vous avez déjà reçu votre carte d'assurance-maladie. C'est celle où figure un coucher de soleil. Ça veut dire que ça achève, profitez-en dès maintenant!
Cette carte vous donne le droit d'attendre pendant des heures des soins que vous n'aurez finalement pas le temps de recevoir, et ce, GRATUITEMENT. En cas d'urgence, pour trouver un médecin, téléphonez au terrain de golf le plus près de chez vous. Pour ceux qui préfèrent un service dans leur langue d'origine, appelez un taxi.
Éducation: L'éducation est ouverte à tous mais, malheureusement pour vous, les frais de scolarité viennent juste d'être dégelés, ce qui n'est pas encore le cas pour plusieurs étudiants. De plus, ce montant exclut les taxes sur le matériel scolaire, les frais afférents, les frais d'administration, les cotisations obligatoires et autres dépenses volontaires automatiques. Quant au régime de prêts et bourses, notre premier ministre a dit: "Je suis prêt", il n'a jamais dit: "Je suis bourse"...
Citoyenneté: C'est une source fréquente de confusion chez tout immigrant au Canada-Québec. Le Canada prône le bilinguisme, le multiculturalisme, le droit de voter voilée et de pratiquer votre religion, alors que le Québec exige que vous parliez français, aimerait que vous appreniez quelques chansons de Gilles Vigneault et que vous rejoigniez la culture majoritaire en ne croyant plus à rien ou, en tout cas, en ne le montrant pas.
Nous vous conseillons fortement de suivre les directives du Québec. C'est peut-être le Canada qui vous accueille, mais c'est le Québec qui devra vous endurer. Aussi, les vrais Québécois ne sont canadiens que quand ils sortent du pays. En ce sens, la citoyenneté canadienne au Québec est comme un manteau d'hiver. C'est plate, c'est pas sexy, ça cache les formes mais faut le mettre pour sortir.
Religion: Il y a encore des traces de la religion catholique au Québec, mais les gens se divisent maintenant surtout en deux catégories: ceux qui croient en rien, et ceux qui croient en "quelque chose".
Ce quelque chose doit rester le plus vague possible, et surtout, comme nos politiciens, ne rien exiger de nous. Si vous croyez fermement que votre quelque chose à vous est au ciel avec une barbe, qu'il a une tête d'éléphant avec six bras, ou qu'il exige une diète particulière ou une tenue vestimentaire rappelant le professeur Tournesol, on vous laissera faire mais on vous trouvera généralement ridicules.
Il est à noter qu'aucune récrimination ne sera reçue sur le traitement de faveur accordé aux fêtes de Pâques, l'Halloween, Noël et la Saint-Valentin. Depuis longtemps, ces fêtes sont des manifestations COMMERCIALES et n'ont aucune dimension spirituelle...
Joyeuses Fêtes à tous!
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La langue française contre les zombies
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Les nouveaux chiffres sont sortis, comme toujours pêle-mêle et "confusionnants", et les médias ont spinné. Les francophones assez francophones pour parler le français même à la maison quand personne ne les y oblige viennent de passer sous la barre fatidique des 50 % sur l'île de Montréal. Aussi bien dire que le fait français vient de descendre sous le niveau de la mer. Il ne suffit plus que d'une grosse marée linguistique, et c'est la noyade. Du moins, c'est le sentiment général.
Inquiétude, souci et désespérance, les trois lutins Rice-Crispies du débat linguistique québécois, sont donc revenus en force crépiter dans nos oreilles. En fait, remplacez le mot "anglophone" par le mot "zombie" dans les bulletins de nouvelles, et vous avez la toile de fond du film d'horreur que semble percevoir la population francophone du Québec. "Sur l'île de Montréal, les zombies viennent de passer à plus de 50 % de la population." "Nous sommes perdus!" "Fuyons vers les régions pendant qu'il est encore temps! De là, ensemble, nous repousserons leur invasion!". "Bande de pleutres, un peu de nerfs! Rechargeons la loi 101 et nous aurons raison de ces morts-vivants!" "Il est trop tard, les voilà!!!" "Aaaaaaarrgghhhhhhh..."
Puis, après un long silence: "Hey, Stephane, let's go see an untranslated american movie and then grab something to eat on the Plateau..." "O.K., Amelie. Later, I'm gonna review that film in english on Facebook and send a quiz to my friends"
Après tout, c'est vrai que la langue anglaise semble avoir gagné du terrain à Montréal sans qu'on s'en rende compte. Un peu comme les zombies avancent, finalement. On croit s'en sauver, on se retourne, et ils avancent péniblement en marmonnant. On court encore un peu plus, on se retourne encore, et les zombies sont là, plus près que jamais. Pas moyens de semer les zombies. Même en titubant et en perdant des morceaux, ils avancent plus vite que nous.
Et c'est vrai aussi que, d'un point de vue strictement francophone, les anglophones sont des morts-vivants. Ils sont vivants, en ce sens qu'ils marchent, travaillent, mangent, dorment, votent et font des enfants. Mais comme ils font tout ça en anglais, ils sont morts au regard de la communauté francophone. Ils ne créeront jamais rien en français. Ils ne consommeront aucun produit culturel en français. Ils ne retireront rien et n'amèneront rien à la sphère culturelle francophone. Ils la "compétitionnent" même avec la leur propre, indépendante, nourrie à même la culture majoritaire de ce zombie-land qu'est l'Amérique du Nord. Et pire encore, on le sait, ils transforment automatiquement en zombie les francophones avec qui ils entrent en contact. Il n'y a qu'à voir les communautés francophones hors-Québec pour s'en rendre compte.
AYONS TOUS UN AMI ZOMBIE
Sauf que, sauf que, sauf que... Les anglophones et les allophones anglicisés ne sont pas de vrais zombies. Ce sont, quoi qu'on en dise, des citoyens québécois. Ils ont la capacité de s'ouvrir, de changer. Leur "zombiisme" est réversible. Et pour nous, francophones, à partir du moment où on le sait et qu'on agit en conséquence, ils deviennent bien moins terrifiants.
Le pire ennemi de la communauté francophone, c'est son défaitisme, sa résignation. J'ai entendu nombre de clients "audiblement" francophones s'adresser à un commerçant en anglais pour la seule raison qu'ils se trouvaient sur la rue Saint-Laurent. Évidemment, certains commerçants sont plus zombies que d'autres en vous adressant la parole en anglais. La tendance semble même à la hausse. Mais si personne ne leur résiste, croyez-vous qu'ils arrêteront? Si toutes les petites familles francophones se poussent de Montréal vers la banlieue afin que leurs enfants échappent aux zombies anglos, croyez-vous que ça aidera? Si le moindre accent en français déclenche l'anglicisation automatique et volontaire de la conversation, croyez-vous sincèrement que les lois suffiront à franciser les immigrants? Pendant des années, les francophones ont largement agi avec les anglophones comme avec des zombies, en fuyant leur contact. Or, ça ne les fait pas reculer du tout.
Dans le numéro d'automne 2007 de la revue Urbania, consacré à Montréal, Émilie Dubreuil signait un texte fort pertinent sous le titre "Sorry... I don't speak french". Elle y relatait ses contacts avec cette confrérie de nouveaux anglophones québécois habitant typiquement le Mile-End. Des gens branchés, qui tripent sur Montréal, souvent des artistes, très ouverts à mille et une cultures du monde, mais totalement en marge de la culture francophone. Enrageant, en effet. Insultant.
Mais elle explique aussi comment elle fait de la résistance. En cassant le party, parfois, en affichant sa frustration, en s'indignant. Et ça marche! Or, cette affirmation est la responsabilité de quiconque a à cœur la spécificité francophone de cette ville d'Amérique. Devenez l'ami d'un zombie et parlez-lui français. Il finira peut-être par pouvoir faire mieux que juste le marmonner...
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Le tabou d'Outremont
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Le citoyen d'Outremont Pierre Lacerte a mis bien des gens mal à l'aise en présentant devant la commission Bouchard-Taylor, la semaine dernière, sa liste de récriminations à l'égard de certains membres de la communauté juive hassidique de son voisinage. Soustraction aux règlements municipaux de stationnement pour des raisons religieuses, ordures dans les rues, intimidations mais surtout, l'impunité face à leurs actes. Le ton avait beau être posé, les faits étaient là.
Or, il n'y a pas eu beaucoup de réactions et d'analyses de ce témoignage dans les médias. En tous cas, rien qui se compare à la pléthore de commentaires qui accompagne tout ce qui touche à la communauté musulmane ou au kirpan, par exemple. Il y a un tabou. Et ce n'est pas seulement à cause de l'extrême vigilance pointilleuse et, parfois, des dérapages d'organismes comme le B'nai Brit. L'Histoire a son poids.
Je vais vous raconter une histoire vécue. Attention: je ne prétends aucunement qu'elle représente un portrait de la communauté juive dans son ensemble, mais elle représente tout de même quelque chose qui mérite d'être raconté.
Cette histoire se passe un jour de Saint-Jean-Baptiste. Les Zapartistes donnent, ce soir-là, un spectacle dans une salle du quartier Mile-End. À un moment, je dois aller chercher des costumes avec une collègue. Alors que nous marchons sur Fairmount, une voiture familiale surgit rapidement d'une rue transversale pourtant bloquée pour les célébrations, et ce, en sens contraire d'un sens unique. Je dois reculer vivement pour éviter de me faire rouler sur les pieds. Ma collègue pousse un cri. Ma cuisse frôle l'aile arrière alors que la voiture tourne. En réflexe, mon bras s'élance et va frapper le hayon tandis que je lâche un "Hey!". À ce moment, je n'ai aucune idée de qui vient de me faire subir cette frayeur.
La voiture ralentit alors, puis recule pour revenir à ma hauteur. À son bord, une famille hassidique. Je crois un moment que le papa conducteur veut s'excuser ou m'expliquer son erreur. Et bien non. Sous les yeux de sa femme et de ses enfants, il me fait un doigt d'honneur. Après avoir contrevenu à deux règles de circulation et manqué de me frapper, ce monsieur prend le temps de reculer pour m'insulter.
Évidemment, je "bouille". Mais j'ai un flash. Je vois dans ma tête un titre de journal. "Un Zapartiste impliqué dans un incident avec un Juif hassidique le jour de la Saint-Jean-Baptiste". Il y a tellement d'éléments explosifs dans cette situation, de possibilités de dérapages et d'interprétations... J'ai encore plus peur que quand le char a failli me passer dessus. Alors que le grossier personnage me regarde dans les yeux, je lui crie: "Bonne Saint-Jean!" Et ce fut tout.
Je ne dis pas qu'il y a plus d'agissements de ce genre provenant de membres de la communauté hassidique. Moi aussi, j'ai entendu des histoires, mais je me méfie des généralisations, surtout concernant cette religion trop souvent ostracisée. Sauf que je ne peux pas non plus nier avoir rencontré, à ce moment-là, un mépris à mon endroit que j'ai rarement connu ailleurs. Mais surtout, j'ai ressenti intimement le fait que j'étais mieux de ne jamais en parler publiquement. À cause de sa religion.
Le débat identitaire actuel me pousse à le faire aujourd'hui, même si j'avoue que j'ai la trouille d'être mal interprété. Tout ce que je dis, c'est que le tabou autour de cette communauté a certainement d'autres effets que celui de m'avoir fait taire ce jour-là, et qu'il faut au moins le reconnaître.
Je crois d'ailleurs que les premières victimes en sont les membres de la communauté juive elle-même. Que les supporters des thèses de complot juif et autres antisémites sachent que mon propos ne vise aucunement à faire de l'amalgame à partir de ce cas précis. J'apprécie le fait que Montréal compte une importante communauté juive. J'ai eu trop de plaisir dans ma vie à discuter avec des citoyens québécois de culture juive pour accepter qu'on ouvre la porte à des discours malsains. Oui, il faut mettre des gants blancs quand il en est question. Il serait puéril de chercher à faire de la bravade là-dessus. Les horreurs historiques de l'antisémitisme ont trop fait de dommages pour qu'on puisse en faire abstraction.
S'il y a du mépris envers le reste de la population chez certains membres de la communauté juive hassidique? Sans doute. Certains individus athées haïssent à peu près tout le monde, et on ne songerait pas à tenter de les en empêcher. On ne légifère pas les bons sentiments. Une société démocratique doit être plus grande que ce sectarisme. En ce sens, c'est presque un test. Il est là, le défi. Il faut réaffirmer qu'il y a une même loi pour tous mais le faire posément, sans se laisser enflammer par le débat identitaire et les propos racistes d'un côté comme de l'autre.
Loin de représenter une preuve de mollesse de l'identité québécoise, ce serait là, au contraire, faire la démonstration de toute sa force et de sa maturité.
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