La nouvelle a fait grand bruit aux États-Unis. La reine du daytime television, une des personnalités médiatiques les plus influentes de l'histoire américaine, celle qui peut propulser un livre au rang de best-seller juste en le mentionnant à son émission, Oprah Winfrey, a décidé d'appuyer la candidature de Barack Obama pour les primaires à venir.
Il reste encore à voir si cet appui pourra faire la différence et aider Obama à rejoindre et dépasser la favorite chez les démocrates, Hillary Clinton. Mais déjà, l'appui d'Oprah fait son effet, sinon sur les électeurs, du moins sur les parieurs.
Quiconque jette un coup d'œil de temps en temps aux nouvelles et émissions d'affaires publiques américaines le sait bien, nos voisins du sud baignent médiatiquement en permanence dans une bouillonnante soupe de droite. Quand CNN a l'air de L'Aut'Journal comparé à Fox News, on voit bien à quel point le paysage médiatique américain est biaisé à droite, en tout cas, derrière une vision guerrière, répressive, corporatiste et moraliste de la société. La rhétorique qu'on y entend est hallucinante. Il faut d'ailleurs se tremper un peu là-dedans pour mieux comprendre la tournure sensationnaliste des documentaires d'un Michael Moore. Moins que ça, il passerait complètement inaperçu.
De Lou Dobbs, le populiste protectionniste, au perfide Sean Hannity, en passant par l'incontournable Rush Limbaugh et tous les autres abonnés des tables rondes, la droite américaine a le crachoir. Et elle crache. Médiatiquement, l'opposition en est réduite au rang de marginalité, rigolant pour ne pas pleurer avec les Jon Stewart et Stephen Colbert du Comedy Channel.
Le spin de droite a transformé l'idée d'un retrait des troupes d’Irak à du «cut and run» (couper et fuir). En gros, quiconque évoque un possible retrait des troupes y est traité de chicken. Et l'idée de garantir que le gouvernement agisse afin que l'ensemble de la population américaine ait accès à des soins de santé y est qualifiée de «socialized medicine» (qu'on peut traduire par «médecine socialisée» mais, vu le poids idéologique de ces mots aux États-Unis, on y comprend sûrement plutôt «médecine socialiste»). Ces causes deviennent alors indéfendables et reléguées aux oubliettes. Depuis des décennies, la droite a réussi à élever au rang d'anathème de nombreux mots qui désignent des idées de gauche. De sorte que «liberal» y est maintenant vu comme une insulte alors que «conservative» est une marque de respect.
Face à cette puissance qui canalise tous les débats vers des terrains idéologiques inhospitaliers aux démocrates, ceux-ci ont toujours eu tendance à cacher leurs valeurs, à les déguiser, bref, à manquer de confiance, soit en eux, soit dans le peuple américain.
Pas Barack Obama. Lorsqu'il a déclaré que sous sa présidence, les États-Unis auraient des pourparlers diplomatiques avec l'Iran, il a essuyé une volée d'insultes le traitant d'irresponsable, notamment en provenance d'Hillary Clinton qui a tenté d'en profiter pour montrer qu'elle était capable d'être pas fine avec les pas fins. Obama n'a pas essayé de jouer au «toffe» pour compenser comme l’aurait fait John Kerry. Il n'a pas noyé le poisson sous d'ésotériques notions comme l'aurait fait Al Gore. Il n'a pas dit une chose et son contraire comme Hillary Clinton. Il a tenu le cap. Selon lui, les États-Unis doivent parler même à leurs ennemis, c'est l'essence même de la diplomatie internationale. Et après que cette déclaration lui eut initialement coûté des appuis, il est revenu en force dans les sondages.
Ce qu'on remarque chez le charismatique sénateur de l'Illinois, c'est qu'il tente de convaincre les Américains de quelque chose, de leur faire essayer une autre voie. Et sa force, contrairement à un Ralph Nader, par exemple, c'est de le faire en restant mainstream, en faisant appel aux qualités intrinsèques du système américain. Qu'il se soit rendu jusque-là sans se faire réduire en bouillie comme Howard Dean en dit long. Le gars a du coffre.
Et vous imaginez seulement un peu l'effet qu'une présidence d'Obama aux États-Unis pourrait avoir sur le Canada et le Québec? Les Harper et Dumont auraient-ils encore l'air de telles figures d'avenir? On n'en parle pas beaucoup mais ce qui pourrait le plus déterminer l'avenir en politique canadienne et québécoise, ce sont les prochaines élections américaines.
Pour l'instant, ce ne sont que des mots. Mais on se sent différemment, après avoir écouté un discours d'Obama, qu’après un discours de d'importe quel autre candidat à la présidence américaine depuis des décennies. Déjà, ça donne de l'espoir. Et si c'est bien cet esprit qu'Oprah Winfrey a décidé d'appuyer et non juste un frère noir, c'est une fabuleuse première. Tremblez, petits persifleurs télévisés amis du régime néo-conservateur, la leader des soccer moms s'est levée. Il était temps.