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Impertinences
Impertinences
August 2007 - Messages
30 août 2007, 12:00
Le grand accommodement
Quand Jean Charest a annoncé la mise sur pied d'une commission qui se pencherait sur toute la problématique des accommodements plus ou moins raisonnables, question de donner un cadre à ceux qui, au privé comme au public, doivent composer au quotidien avec les demandes de toutes sortes de communautés, tout le monde, moi compris, a applaudi. Enfin, on allait regarder tout ça de façon globale en prenant le temps de respirer, et on allait sûrement pouvoir s'entendre.

Mais voilà qu'au fil des déclarations préliminaires de messieurs Bouchard et Taylor, on sent comme un malaise. Les deux intellectuels redoutent les raccourcis et les possibles dérives du bon peuple convié à livrer le fond de sa pensée.

Et si cette pensée était vraiment raciste? De quoi on aurait l'air?

Depuis le traumatisme politico-identitaire provoqué par la déclaration de Parizeau "... et des votes ethniques", la question a été prestement embarrée dans le coffre du tabou avec le PQ comme verrou. Revenir là-dessus, même pour nuancer et préciser nos craintes et nos aspirations communes, c'était risquer que le mouvement indépendantiste se fasse taxer de racisme et de xénophobie par nos puissants voisins anglo-saxons et que ça fasse reculer la cause.

On fait sauter le verrou

Mais voilà, la cause n'a pas avancé, et les Québécois ont maintenant envie de faire sauter le verrou. C'est exactement à cette posture que Dumont doit une grande partie de sa popularité. Le Québec profond (ce qui ne veut pas dire "creux") a dit: "O.K., on laisse faire l'indépendance. On s'en sacre de passer pour des gros méchants. On aime mieux se sentir chez nous dans un cabanon que de partager une maison neuve avec des colocs qui nous énarvent et, parfois, méprisent nos valeurs." Bien qu'on sente que ce n'est pas "correct" de le dire, ce qu'on aimerait, au fond, c'est que les immigrants (un terme vague incluant souvent des membres de communautés qui vivent au Québec depuis des générations) deviennent des Québécois non pas seulement au sens juridique et citoyen, mais au sens culturel et identitaire du terme.

Les opposants à cette tendance lourde sont de deux camps. Il y a le camp comptable qui calcule sans états d'âme qu'on a besoin d'immigrants pour augmenter la population et faire rouler l'économie, et le camp "multiculturel", plus répandu chez les fédéralistes, qui ne connaît de droits que les individuels et qui voit une identité dans l'absence d'identité.

Pourtant, il faudra bien reconnaître que dans ce sentiment de crainte parfois mal exprimé et souvent mal informé, il y a une profonde volonté populaire qu'il serait antidémocratique d'ignorer. Si les politiciens s'attardent plutôt à étouffer le débat, à changer de sujet, à noyer le poisson, c'est là que les choses risquent le plus de déraper par la suite.

En ce sens, il faut faire plusieurs distinctions. Le Québec est plus antireligieux que xénophobe. Il y en a bien certains qui veulent tasser "les autres" religions pour refaire de la place à la "nôtre", mais ils sont très minoritaires.

Il y a ceux qui veulent qu'on tasse complètement la religion de l'espace public. Et il y a ceux, et il me semble que c'est la majorité, qui sont pas mal d'accord avec ça, sauf l'exception d'éléments chrétiens "sécularisés". Noël est rendu la fête des cadeaux; Pâques, celle des lapins en chocolat; et l'Halloween anglo-saxon a remplacé la mi-carême comme fête du déguisement. On n'ira pas se couper le seul fun rituel qu'on se permet encore. Ce sont, à toutes fins pratiques, des célébrations civiles, ouvertes à tous. Je suggère alors qu'on les désigne comme des festivals plutôt que des fêtes, ce sera bien plus simple...

Nationalisons les religions!

En fait, il faudrait être conséquent et accorder toutes les religions avec la Charte québécoise des droits et libertés. Il y aurait liberté de religion, mais toutes devraient respecter les dispositions de la Charte. Ce qui veut dire, par exemple, que les hommes et les femmes devraient être égaux, ce qui ferait tomber autant l'exigence du voile dans l'islam que le refus de la prêtrise catholique aux femmes, entre autres bouleversements hérétiques. Cool...

Sinon, c'est illogique. Il y a deux droits en compétition. Avec la subordination des religions à la Charte, tous les prêtres québécois se feraient excommunier par Rome et on se retrouverait avec une Église québécoise. Et un islam du terroir et un judaïsme local et tout et tout. On pourrait avoir notre pape, notre imam en chef, notre grand rabbin (qui pourraient d'ailleurs être des femmes dans chaque cas), tous excommuniés de leurs communautés mondiales socialement en retard respectives et accrédités par le ministère des Affaires spirituelles. On pourrait croire au paradis, au jugement dernier, à la réincarnation ou aux extraterrestres, mais il faudrait respecter la Charte.

Toutes les religions vont être contre cette idée.

Ce qui prouve au moins que ce serait une solution équitable...


23 août 2007, 12:00
À la guerre comme à la manif...
Aux nouvelles, les images s'entrechoquent. Des soldats canadiens-québécois, en larmes, portent la tombe du soldat Simon Longtin. On voit les témoignages de ses collègues, secoués mais déterminés à continuer le combat. Ils croient en leur mission. On coupe aux nuages de fumée entourant le sommet des tres amigos de Montebello. Les manifestants résistent à la brigade anti-émeute, foncent malgré les gaz. Ils sont déterminés à continuer le combat. Ils croient en leur mission.

Je sais bien que le niveau de risque est loin d'être le même et que des rangées de boeufs avec matraques et masques à gaz n'équivaudront jamais à des factions de talibans embusqués. N'empêche, le parallèle saute aux yeux. On ne croyait plus ça possible et pourtant, voilà des jeunes prêts à se battre, jusqu'à souffrir physiquement, pour leurs idées.

La différence, bien sûr, c'est qu'ils sont loin d'avoir les mêmes idées. Ceux qui s'engagent dans l'armée ont confiance dans les politiques du gouvernement et, j'imagine, adhèrent à l'idée que le front pour défendre nos valeurs démocratiques est en Afghanistan. Ceux qui militent contre les sommets à huis clos entre dirigeants et grands chefs d'entreprises n'ont aucune confiance dans les politiques du gouvernement et adhèrent à l'idée que le front pour défendre nos valeurs démocratiques est juste devant les barricades policières isolant les chefs d'État.

Dans le premier cas, le gouvernement non seulement approuve, mais suscite l'engagement de ces jeunes personnes et y applaudit, salue leur courage et se recueille solennellement devant leur sacrifice, pour tenter plus tard, plus ou moins subtilement, de le récupérer afin de mieux promouvoir leur idéologie. Quand quelqu'un se sacrifie pour nous, même si on ne lui avait jamais demandé personnellement de le faire ou qu'on n'appuie pas l'intervention, c'est très difficile de rester là à dire: "Ouin, pis, je ne lui avais rien demandé". Ce n'est pas juste une question militaire, d'ailleurs, toute la religion catholique est basée là-dessus. Il serait moralement impensable de se dire, du moins en public, que cette personne est morte pour rien. Alors que dans les faits, les humains meurent pour rien partout, tous les jours, et il est bien possible que celui-là aussi...

Dans le cas des manifestants altermondialistes, cependant, c'est une autre histoire. Les gouvernements réprouvent et répriment ces rassemblements d'opposants à leurs politiques. Ils sont bien obligés de les laisser faire, dans les limites du pas trop fatigant, liberté d'expression oblige. Mais on sent que s'ils ne se retenaient pas, il y en aurait une couple qui se feraient passer des "Bill Clennett" assez raide. Comme si ce mouvement grandissant pour plus de transparence et de démocratie, de plus en plus partagé d'ailleurs par des hommes et des femmes qui sont loin d'être des anarchistes cagoulés, n'était qu'hystérie collective, paranoïa de théoriciens du complot et poussée de fièvre d'anti-américanisme primaire.

Pourtant, les uns comme les autres agissent pour ce qu'ils croient être le bien commun. L'inéquité vient de l'argent qu'on dépense pour fermer la gueule aux manifestants et qu'on les caricature comme étant dogmatiques et mal informés, alors qu'on donne aux volontaires de l'armée les moyens d'aller jusqu'au bout de leurs convictions mais surtout de le faire en notre nom à tous, et avec notre argent. Mais il n'y a pas de fumée sans feu, même quand il s'agit de gaz lacrymogènes. Qu'une entreprise comme celle de ce sommet se heurte à autant d'opposition de façon si soutenue et qu'elle doive s'entourer d'une forteresse de mesures de sécurité pour pouvoir se dérouler devrait nous dire quelque chose. La démocratie parle par ces manifestants aussi. Ils ne sont peut-être pas plus représentatifs que les soldats. Mais ils ne le sont certainement pas moins non plus.

AU MENU POUR BUSH: UN PLAT DE RESISTANCE?

Je ne sais pas pour vous, mais moi, si j'étais cuistot au restaurant du château Montebello et que je savais que j'allais cuisiner un plat pour George W. Bush, j'aurais une irrépressible envie de, genre, subtilement, pichenotter une crotte de nez dans la sauce. J'imagine que les cuisines doivent être infestées de gardes du corps qui veillent mais, quoi, juste une petite crotte de nez, ça n'empoisonnera sûrement pas Bush, et il y a sûrement moyen de ne pas se faire remarquer...

Ou tiens, être le chef, je confectionnerais un truc contenant des morceaux de bretzel concassé. Dérisoire résistance, un peu puérile même, certes, et purement symbolique puisque secrète. Mais elle commence par là. Sans même parler de ce qui s'y trame, ces fameux sommets sont d'une arrogance infinie, nous coûtent des millions collectivement et font chier des régions entières sans jamais dédommager les citoyens qui en font les frais. À défaut que nos maires se tiennent debout et refusent de collaborer, que nos directeurs de commission scolaire refusent que leurs écoles soient transformées en bagne à manifestants et que les propriétaires de grands hôtels refusent ce coup de pub qui transformera leur voisinage en zone sinistrée, ça mérite au moins qu'on essaie un peu de gâcher leur sauce, non?


16 août 2007, 12:00
Petites chroniques d'été
QU'EST-IL ARRIVE AUX NEWFIES?

C'est le genre de détail par lequel on se rend compte qu'on n'est plus jeune-jeune. Avec le temps, il y a des mots, des expressions qui disparaissent et qui sont remplacés par de nouveaux. Seulement voilà, en vieillissant, on reste accroché, sans y penser, aux anciennes dénominations. Et tout à coup, paf, ça sort, et on se rend immédiatement compte qu'on vient de s'enfarger dans le temps qui passe.

Je me souviens avoir déjà trouvé bien dépassés les vieux qui parlaient autrefois de la Commission des liqueurs pour parler de la Société des alcools. Dans ma génération, une liqueur, c'était une boisson gazeuse. D'ailleurs, ce terme est aujourd'hui beaucoup moins répandu, il me semble. Et récemment, je me suis rendu compte que j'appelais les dépanneurs Couche-Tard des Provi-Soir. Oups...

Dans cet ordre d'idées, qu'est-il arrivé aux Newfies? Vous savez, ceux des bonnes vieilles jokes de Newfies qui ne pognaient pas de canards à la chasse parce que, d'après eux, ils ne lançaient pas leurs chiens assez haut? Quand j'étais petit, avant même de savoir que le terme désignait les habitants de Terre-Neuve (qui étaient en quelque sorte les Belges de la Confédération), le mot "Newfie" me faisait rigoler. C'est un mot qui sonne drôle. Et en plus il désignait une stupidité profonde dont on pouvait se moquer en toute impunité, comme s'il s'agissait d'une tribu de Homer Simpson. Quand une blague commençait par: "Une fois, c'est un Américain, un Français pis un Newfie...", on se disait: "All right, on va s'amuser". Et quand ça commençait par: "C'est deux Newfies...", alors là...

Je n'entends plus de jokes de Newfies. Elles ont été remplacées par des blagues de blondes, pour la plus grande partie, et par George Bush pour le reste. Voilà en passant de bien beaux sujets de thèses d'université en sociologie: "De la disparition de la référence newfie dans les histoires drôles québécoises comme preuve des effets culturels du transfert d'une économie canadienne Est-Ouest vers un libre-échange Nord-Sud." Ou encore: "Les blagues de blondes: une délocalisation du concept de tête de Turc nationale préfigurant l'effritement des identités géopolitiques et la mondialisation d'une culture unique".

Mais le concept a beau être démodé, il existe encore. C'est ce qui fait que le Conseil de la fédération si cher à Jean Charest ressemblera toujours à une blague: "C'est une fois un Britanno-Colombien, un Albertain, un Saskatchewanais, un Manitobain, un Ontarien, un Québécois, un Néo-Brunswickois, un Néo-Écossais, un Prince-Édouardien pis un Newfie..." Dommage, par contre: il n'y a jamais de punch.

COMPLOT MILITARISTE

Les annonces de Tim Hortons me laissent croire que quelqu'un dans le marketing de la chaîne s'imagine que l'exaspération fait vendre des beignes. Après les insupportables péripéties du ti-couple, voilà les gloussantes copines qui se donnent rendez-vous près des citrons et le tarla (ben oui, un coup parti, qu'est-il arrivé aux tarlas?) qui se demande ce que goûte l'oméga-3 dans son baguel multi-grains. Chaque fois que je les vois, dégoulinantes de mièvrerie excitée, j'ai étrangement envie de tirer de la mitraillette, là, maintenant, tout de suite.

Puis je me dis qu'en y pensant bien, il doit y avoir du Stephen Harper derrière tout ça. On dirait des annonces de Tim Hortons, mais en réalité, il s'agit de recrutement subliminal pour l'armée canadienne. En fait, c'est un contrat-échange. Les annonces sont scientifiquement conçues pour crinquer l'agressivité des jeunes hommes, le discours politique canalise ensuite cette envie de violence vers l'enrôlement dans les Forces armées. Et qu'est-ce qui suit inévitablement l'armée canadienne partout où elle campe? Bingo: un Tim Hortons.

D'ailleurs, tchèquez ben ça, je prévois l'ouverture d'un Tim Hortons au pôle Nord en même temps que l'inauguration du port en eaux profondes et le lancement de la flotte arctique canadienne. Les Russes plantent leur drapeau avec des poteaux qui font des kilomètres de haut, les Canadiens ouvrent des Tim Hortons. Car Harper ne se laissera pas faire. C'est très payant pour lui d'avoir l'air d'un gars qui ne se laisse pas faire. Les idées qu'il propose divisent les Canadiens. Alors qu'un bon vieil ennemi qui empiète sur nos frontières, ça te soude un peuple. Harper s'est dit qu'il ne perdra pas le nord. Au Canada, on est capables, nous autres aussi, d'avoir des îles Falkland...

LONGUE VIE AU FESTIVAL DU COCHON DE STE-PERPETUE!

Cette semaine à Radio-Canada, un charmant reportage racontait l'atmosphère bon enfant et le délire vaguement psychotronique entourant le festival du cochon de Ste-Perpétue. On y apprenait aussi que ce festival s'autofinance et qu'il a érigé une scène extérieure sans subventions, scène qui profite d'ailleurs à toute la municipalité. Gilbert Rozon devrait aller y faire un tour, l'an prochain. Il pourrait même participer au concours du cochon graissé...


9 août 2007, 12:00
La démocratie étouffe de la même façon qu'un lac
BÉCASSINE AU PAYS DES ALGUES BLEUES

Un sujet a surgi cet été, à mettre dans la florissante catégorie des nouvelles menaces qui pèsent sur nous, avec les terroristes, la grippe aviaire, les gaz à effet de serre et les ponts et viaducs. Il s'agit bien sûr des algues bleues qui viennent étouffer nos lacs, résultat d'années de laisser-polluer. Au point que la ministre de l'Environnement Line Beauchamp fera la tournée des municipalités riveraines qui sont aux prises avec des problèmes de cyanobactéries. Elle observera, elle se familiarisera avec le dossier et elle constatera le succès des solutions apportées par certaines municipalités. Elle envisage même peut-être la possibilité éventuelle de considérer l'hypothèse de mesures coercitives. Wow! On ne niaise plus...

Belle initiative, mais je trouve quand même bizarre qu'une ministre de l'Environnement en soit encore à l'étape de prendre des cours sur un sujet aussi important. Ça fait des années que la coalition Eau Secours! informe autant les citoyens que les élus sur ce danger. Line Beauchamp n'a pas de fonctionnaires qui pourraient lui faire un briefing là-dessus? Comme d'habitude, il a fallu que le problème devienne phosphorescent au point de faire la une des journaux pour se retrouver parmi les priorités politiciennes. Parce que c'est la gestion par crise qui règne.

Il faut qu'un viaduc s'effondre pour qu'on analyse enfin sérieusement l'état des infrastructures du réseau routier, comme il faut qu'on soit obligé de fermer des lacs pour se préoccuper de la qualité de leur eau. C'est que, dans le paradigme économique actuel, nos politiciens n'ont pas tellement le choix. Il faut couper les services gouvernementaux, réduire les investissements de fonds publics, tout ça pour payer la dette et alléger le fardeau fiscal dans cet enfer du contribuable qu'est le Québec. Alors tant qu'il sera politiquement payant d'occulter un problème qui exigerait des ressources publiques et de le balayer sous le tapis... on aura un tapis tout croche.

Car avec cette logique, on s'en rend compte, ça craque de partout. On s'empresse de courir de craque en craque, on cherche des coupables, on pose des sparadraps. Faudrait peut-être se rendre compte que des routes meurtrières, des lacs morts, des écoles lézardées, des services auparavant publics et accessibles à tous qu'on privatise, des campagnes désertées et des forêts décimées, ça aussi, c'est une dette. Et elle aussi se fait sur le dos de ceux qui ne votent pas encore.

Mais quand un problème n'en est pas un tant qu'il n'y a pas de votes à gagner avec ça, tout le débat politique devient tributaire des grands titres des journaux et des bulletins de nouvelles. Commandites, accommodements raisonnables, algues bleues, l'histoire récente nous démontre qu'on en est rendu là. Les politiciens ne proposent plus rien, ils ne font que réagir. En fait, ce sont maintenant les chefs de pupitre des médias qui dirigent le pays. Ce n'est peut-être pas plus mal. Mais alors, il nous faudrait peut-être plus de journaux...

LE HUMMER ÉCOLO?

La semaine dernière, Le Devoir faisait état d'une étude qui prouvait que, si on tenait compte de l'entièreté de son cycle de vie, incluant son développement et sa fabrication, un gros méchant Hummer était plus écologique qu'une Prius hybride. Seulement voilà, l'étude est fort discutable, émane d'une obscure firme de sondage aux intentions douteuses et mêle des pommes avec des boules de pétanque pour arriver à ses conclusions. En fait, tout porte à croire qu'il s'agit plutôt d'une tentative de plus pour décourager le public des solutions alternatives qui dérangent certaines industries. Si Le Devoir s'interrogeait sur l'étude, plusieurs médias américains n'ont fait que relayer cette information peu fiable. Il paraît même que chez nous, à LCN, on a aussi diffusé cette nouvelle sans même la remettre en cause.

Or, c'est exactement sur ce laxisme (et souvent cette complaisance) que comptent ceux à qui cette désinformation profite. Ces études bidon visent uniquement à brouiller le débat quand il semble ne pas aller dans le sens qu'ils souhaitent. Ils sèment du doute, et le doute prolifère encore plus rapidement que les algues bleues. Il commence d'abord par faire mourir les faits, laissant le champ libre aux opinions, et c'est tout le débat public qui finit par étouffer dans les guerres de clans stériles.

C'est le même stratagème qui a été utilisé par l'administration Bush pour statuer qu'il n'y avait pas de consensus chez les scientifiques sur la question du rôle de l'activité humaine dans le réchauffement climatique, ce qu'Al Gore démontre clairement dans An Inconvenient Truth.

Encore une fois, donc, le pouvoir est entre les mains des grands médias. Et on viendra me dire ensuite que la concentration de la presse n'est pas un problème inquiétant?

C'est vrai que ça fait rarement la une des journaux...


François Parenteau
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