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Nos amis les animaux
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Je sais bien qu'il y a la guerre en Afghanistan et en Irak, les terroristes, George Bush qui censure la science pour servir son idéologie, la bactérie mangeuse de chair, les tireurs fous, le projet Rabaska et tout et tout. Mais je ne peux rien y faire, ce qui me fait le plus réagir, ce qui me donne des frissons dans le dos, c'est quand je sens que les animalistes sont en train de gagner du terrain. Et c'est un peu l'impression qu'on avait la semaine dernière avec cette histoire de foie gras et de canards maltraités. Dans les médias québécois, la cause animaliste n'a pas beaucoup de défenseurs acharnés, Dieu merci. On s'en est tenu à dénoncer la cruauté injustifiée et on a défendu le droit d'élever et de tuer des animaux pour nourrir les humains. Mais on sent que la tendance monte. Lors d'un voyage en Europe, au début de la vingtaine, vous savez, pendant ce genre de trip Eurailpass qui forme la jeunesse, je me suis retrouvé dans une cabine en face d'une vieille madame un peu bourge. Elle s'est mise à parler des animaux. À ses yeux, ces créatures étaient des merveilles de la création. Pas de malice, rien que de la bonté. Et elle ne trouvait rien de plus atroce que la cruauté envers les animaux. Elle avouait d'ailleurs les préférer à bien des humains. Je me disais que c'était une vieille aigrie qui dérapait un peu. Ce genre de discours, au fil des ans, j'ai commencé à l'entendre d'un peu partout. Très présent dans le monde anglo-saxon, il est le plus souvent porté par des gens qui me semblent les plus déconnectés de la réalité: des vedettes d'Hollywood, des mannequins, des gosses de riches en mal de cause. Depuis lors, les PETA et autres groupes de protection des animaux (pas des espèces menacées ou des écosystèmes, ce qui est tout autre chose) m'horripilent par leur hypocrisie. C'est correct pour un mannequin de porter des tissus fabriqués par des petites Chinoises forcées de travailler. Mais du blanchon, quelle horreur! Depuis des décennies qu'on s'inquiète à gauche et à droite des effets dévastateurs qu'aurait la violence-spectacle qui s'explose sur nos écrans, petits et grands, personne ne s'est jamais questionné sur les effets potentiels d'une trop grande exposition à l'anthropomorphisme cute de tous les Mickey Mouse, les contes de la rive et autres Calinours. Ça crée une identification fausse. Pour ma part, traitez-moi de Genghis Khan alimentaire, mais si j'apprends un jour que la viande d'un hamster qu'on aurait volontairement rendu alcoolique durant sa vie avait un goût absolument délicieux, je voudrais y goûter. Remarquez, la plupart du temps, la nature est bien faite. La souffrance goûte généralement mauvais. Il paraît qu'il y a trois catégories de gibier, selon la mort qu'il a connu. Le chevreuil foudroyé en pleine insouciance, broutant dans la clairière, goûterait pleinement le bonheur. Il n'a pas eu le temps d'avoir peur et que ses muscles se gorgent d'acide lactique. Celui qui a aperçu le chasseur et a commencé à s'enfuir serait déjà de moindre qualité. Quant à l'animal pris au piège d'un trappeur, sa viande serait immangeable tant il a eu le temps de capoter et d'angoisser avant d'être délivré de sa souffrance. C'est d'ailleurs pour cette raison que je préfère manger des oeufs de poules heureuses que ceux pondus dans les usines à oeufs stressantes. C'est la même chose pour les produits non testés sur des animaux. Je veux bien qu'on balise la pratique de façon à empêcher de petits sadiques de se taper un trip aux dépens de ces pauvres bêtes. Mais ceux qui mènent cette bataille me semblent tellement motivés par une pensée tordue que je me méfie. En bout de ligne, leur but n'est pas le traitement éthique des animaux. Leur but, c'est de créer une planète Gund, avec tout plein d'animaux doux tout partout à qui l'humain ne ferait jamais rien de mal. Parce que, si vous observez bien, ces gens-là ne manifestent que pour les pandas, les bébés phoques et les mignons canards. Jamais pour la sangsue marbrée, la hyène à collerette ou le phacochère venimeux, qui sont pourtant tout aussi utiles à l'équilibre de leurs écosystèmes. Mais voilà, ultimement, ma ligne à moi, c'est si ça fait du bien à l'humain. Le foie gras est un régal, les canards ne sont pas en voie d'extinction et on ne les torture pas inutilement? Beurrez-moi z'en épais. La fourrure tient au chaud, provient d'une source naturelle et encourage l'économie locale des Îles-de-la-Madeleine? Allez hop, j'enfile mes bottes de phoque. Je fais de la résistance préventive. Parce que ce qui me glace d'effroi chez les animalistes, c'est justement qu'ils défendent cette cause-là quand il y a la guerre en Afghanistan et en Irak, les terroristes, George Bush qui censure la science pour servir son idéologie, la bactérie mangeuse de chair, les tireurs fous, le projet Rabaska et tout et tout...
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Jésus de Montréal
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Gérald Tremblay est décidément un personnage rare. Je ne peux pas dire que ses idées politiques me fassent entrer en transe (c'est une figure de style, bien sûr, rassurez-vous, aucune idée politique ne m'a jamais fait entrer en transe, sauf peut-être la légalisation du pot) et je n'ai pas de poster de lui dans mon bureau (c'est aussi une figure de style: je n'ai de poster d'aucun homme politique, à peine un macaron de René Lévesque et un cendrier du Che). Même que pour un homme qui parle si souvent de "vision", je trouve qu'il n'a pas l'air d'en avoir beaucoup. Mais de la passion, ça, c'est indéniable. Elle fait même un peu déplacé dans son aura bleu pâle de cahier Canada. Gérald Tremblay a réussi le tour de force d'être touchant sans charisme, intensément drabe, passionnément comptable. C'est aussi un gentleman comme il ne s'en fait plus en politique. D'ailleurs, il y a une bonne raison à ça: ils se sont tous fait manger tout cru. Mais Gérald Tremblay est de cette race. Borderline bonasse, même, sa conviction se teintant toujours d'une bonne dose de naïveté. C'est un grand optimiste, qui semble toujours présumer des bonnes intentions de chacun. Ce qui fait de Gérald Tremblay le plus grand cocu politique de l'histoire récente du Québec. On se dit même qu'il a couru après. D'abord, pour devenir maire et réussir les fusions imposées par Québec et très désirées par Montréal, il a pris l'approche inverse de Pierre Bourque. Le Géranium voulait "une île, une ville", pas de tataouinage, frustrant ainsi les maires du West Island qui ne voulaient rien savoir. Gérald Tremblay s'est dit que leur féroce opposition à un maire confrontant risquait de faire dérailler le projet. Il a décidé de fédérer les mécontents, de leur donner une voix, dans l'espoir de réussir ces fusions. C'était faire alliance avec le diable en espérant le changer en cours de route. Gérald Tremblay a donc gentiment donné un lift à ceux qui voulaient le poignarder. Jean Charest a fourni le poignard en ouvrant la porte aux défusions. On connaît la suite, on est encore dans le bordel que tout ça a causé. Mais qu'à cela ne tienne, Gérald Tremblay continue. Montréal mérite qu'on se batte pour elle. Tiens, elle mérite qu'on y ramène de grands événements sportifs. Tremblay flashe sur les Championnats mondiaux aquatiques. Il part en mission avec son sling-shot, les yeux pleins d'espoir. On a les infrastructures, on a des vedettes locales, let's go, on y va! Mais les partenaires se font tirer l'oreille. Gérald "happy camper" Tremblay tient bon, il promet que la Ville comblera tout déficit éventuel. Les jeux sont sauvés. Mais le public ne suivra pas, pas autant que prévu. Il y aura un déficit. Montréal épongera. Un être si gentil ne peut pas faire autrement que de déclencher les passions à son encontre. Regardez le dossier du changement de nom de l'avenue du Parc. Et voilà maintenant que c'est au tour des "festivaliers" de lui tomber sur le dos. "Manque de ci, manque de ça." "Si on nous fait payer les services de police (ce qui se fait à Toronto), on va bouder, on va s'en aller ailleurs." Rozon déclare publiquement que Gérald Tremblay n'est pas un bon maire. Mais celui-ci reste digne, se rendant même à un gala du Festival Juste pour rire pour remercier Gilbert Rozon de son apport à Montréal depuis 25 ans. Il tend l'autre joue. Parce que Gérald Tremblay a une personnalité christique. Il souffrira pour nos péchés, il nous pardonnera et nous serons alors transpercés par la grandeur de son amour. Et je ne niaise même pas (O.K., presque pas). Cet homme est, toutes proportions historiques gardées, un Gandhi municipal. Jésus de Montréal. On peut devenir premier ministre du Canada par orgueil. C'est même plutôt la règle (Trudeau, Mulroney, Chrétien, Martin). Premier ministre du Québec aussi (Bouchard notamment). Mais pas maire de Montréal. Pour être maire de Montréal, dans l'impraticable structure actuelle, il faut un peu aimer la souffrance. Il faut pouvoir dire, devant une assemblée de défusionnés qui ne rêvent que de défusionner encore plus: "Seigneur, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font." La tâche semble si ingrate que la plupart des candidats potentiels à la mairie s'en tiendront sûrement à: "Éloignez de moi ce calice!" Mais Gérald Tremblay est entré librement dans sa passion. Chacun notre tour, nous l'avons trahi. Par volonté, par omission, peu importe. Politiquement, le Québec entier tourne le dos à Montréal. Et maintenant, même ceux qui devraient être ses plus ardents alliés la renient. On dirait que pour que Montréal renaisse, il faudra que quelqu'un se sacrifie pour sa délivrance. Montréal avait déjà sa croix. Elle a maintenant un Jésus à mettre dessus.
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Les agents libres
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Ainsi donc, Daniel Brière poursuivra sa carrière à Philadelphie. Dur coup pour le Canadien qui a tout tenté pour l'obtenir. Chez les partisans, la déception est à la mesure de l'espoir qui planait. Brière à Montréal, ça allait nous redonner une vedette francophone, un gars capable de la mettre dedans, capable aussi de contribuer à l'éclosion des jeunes prometteurs de l'équipe. Et puis, une fois Brière à Montréal, ça pourrait en attirer d'autres... Mais voilà, Daniel Brière, dont je ne doute pas qu'il ait été déchiré, a choisi l'équipe qui lui inspirait le plus confiance. Brière a préféré retrouver son ami Martin Biron, jouer avec plus de bons joueurs, avoir d'autres francophones de haut calibre comme coéquipiers, ne pas voir sa vie scrutée au microscope par un essaim de monomaniaques et ne pas risquer de devenir la honte d'un peuple maladivement assoiffé de victoire, parce qu'il tomberait en léthargie pendant deux matchs. Stéphane Laporte, dans son blogue cette semaine, a conclu que Brière avait ainsi refusé d'être un héros. Bien que je comprenne tout à fait les raisons qui ont poussé Daniel Brière à choisir les Flyers, je suis d'accord avec cette analyse. On ne peut pas crier à la trahison et se mettre à huer le petit joueur de centre quand il jouera à Montréal, mais ça laisse quand même une petite crotte sur le coeur. Une déception de plus. Et quand il s'agit du Canadien, ça prend une autre dimension. Parce que le Canadien de Montréal n'est pas une équipe ordinaire. Faudrait peut-être que quelqu'un l'explique comme il faut à George Gillet avant qu'il ne gaspille tout son argent à compléter sa collection d'équipes sportives mythiques. Le Canadien au hockey est perçu, au Québec, comme l'équipe nationale. Pendant des décennies, l'équipe a tout raflé sur son passage avec, dans ses rangs, une majorité de joueurs canadiens-français. Ça laisse des traces dans la conscience collective. Vous imaginez si, aux États-Unis, au lieu d'avoir une ligue de baseball pour les Noirs et une pour les Blancs, du temps de la ségrégation, il y avait eu UNE équipe de Noirs dans une ligue de Blancs, que cette équipe s'était appelée précisément les Blacks, et qu'elle aurait gagné les Séries mondiales un an sur deux en moyenne, et jusqu'à cinq fois de suite. Pour les Noirs américains, cette équipe serait sacrée. Et même si les joueurs noirs avaient été acceptés dans toutes les équipes, elle aurait été leur premier choix. Anytime. Et le serait encore. Quant au choix de Brière, malheureusement, il n'est pas surprenant. Il est représentatif. Le Québec n'est plus dans l'affirmation de son identité. Il est dans le confort. Seuls les fans peuvent encore avoir cette fibre patriotique. Et il n'y a guère plus qu'au hockey où cette sensibilité n'est pas encore considérée comme ringarde par chez nous. Mais pour les bons joueurs québécois, ceux qui ont vraiment l'occasion de choisir, c'est la qualité de vie avant l'Histoire, c'est la chance de gagner les honneurs avant l'honneur de se battre pour les siens. N'est-ce pas d'ailleurs toujours ce que nous avons collectivement choisi? Dans la même lignée, je me suis même laissé dire que la perspective d'une Équipe-Québec mettait la plupart des bons joueurs québécois dans l'embarras. Le Québec aurait une très bonne petite équipe, avec quelques superstars pas piquées des vers, mais voilà, elle ne serait pas aussi sûre de gagner que l'équipe canadienne, qui demeure loadée de talents plus qu'aucune autre. Et de se faire battre par la Suède ou la Slovaquie, ça ferait baisser la valeur des joueurs québécois. Sans compter que pour ceux qui feraient de toutes façons partie d'Équipe-Canada, c'est une médaille presque assurée qui se transforme en parcours du combattant. Paraît qu'ils préfèrent éviter l'hypothèse... C'est humain, sans aucun doute. Mais permettez-moi de penser que si, du temps de la Tchécoslovaquie, on avait offert à Peter Stastny de représenter la Slovaquie, pourtant moins nantie en grands joueurs que la partie tchèque (du moins à l'époque), il n'aurait pas hésité une seconde. Traitez-moi de ringard comme vous voulez, mais je crois même que c'est ce genre de courage qui fait la différence entre un bon joueur et un grand joueur, que ça peut transporter le talent encore plus loin. Et je crois aussi que le même raisonnement tient pour une collectivité. À défaut d'être un peuple vraiment libre, nous sommes des agents libres... Peut-être que ça prouve que nous n'en avions pas tant besoin, de cette liberté collective, et que les libertés individuelles font amplement notre bonheur... N'empêche, Vincent, tu te fais pas un peu chier à Tampa Bay, pas de défensive, à jouer devant des gradins vides pour un coach caractériel? Un petit tour à Montréal pour prêter main forte à Saku, ça pourrait être le fun. Tu pourrais attirer ton chum Martin, en plus. Me semble que ce serait beau de vous voir lever la coupe Stanley dans le chandail tricolore... Ça te tentes-tu? Et vous?
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