La semaine dernière, plusieurs lecteurs se sont offusqués de mon ton arrogant et m'ont fait la morale quand, alors que je prédisais que les pieuvres allaient prendre le contrôle des océans et réduire l'espèce humaine en esclavage, je proclamais: "Je suis sûr que c'est exactement comme ça que ça va se passer. Et quiconque n'est pas d'accord avec moi est un imbécile aveuglé par une idéologie fausse qui ne fait que servir ses intérêts."
Bien sûr, je faisais de l'ironie. Ce ton péremptoire se voulait une parodie du ton emprunté par tous ceux qui savent exactement ce qui va se passer et qui profitent de la moindre occasion pour vilipender quiconque n'est pas totalement d'accord avec eux. Je ne crois quand même pas sérieusement que les pieuvres vont devenir les maîtres du monde. Et pour répondre à certaines insinuations à l'interne, oui, il peut m'arriver d'en fumer du bon, mais jamais quand j'écris. C'était un exercice de paranoïa appliquée. Une métaphore catastrophiste.
La vraie catastrophe, c'est l'érosion graduelle du sens de l'humour ambiant. Pas celui qui donne envie à 50 % de la population de devenir humoriste; de ce côté-là, ça va plutôt bien. Quand les gens vont voir un spectacle d'humoriste, ils ont vu d'avance ses annonces avec plein de rires, le gars a été découvert au Festival Juste pour rire, les critiques (dans une rubrique "Humour") leur ont dit qu'ils ont ri, il y a une grosse face hilare sur l'affiche, ils sont dans le mood, ça va, ils vont rire. Pour faire bonne mesure, même si ce n'est pas drôle, ils vont rire quand même.
Mais en dehors de ces occasions bien encadrées, particulièrement à l'écrit, là, ils ne savent plus trop. Et si, en plus, une partie du texte est sérieuse, pour une proportion de lecteurs, qui m'apparaît grandissante, les changements de ton semblent plus difficiles à suivre que l'épingle du circuit Gilles-Villeneuve. Alors, ça dérape. Et l'ironie est la première victime.
Il faut avouer que c'est un art particulièrement délicat. Je me souviens d'avoir entendu Yvon Deschamps expliquer son désarroi quand, à ses débuts, alors qu'il interprétait son célèbre Les Unions, quossa donne?, un homme l'avait interpellé pour lui dire à quel point il avait aimé ce personnage d'employé naïf et soumis à son boss. Seulement voilà, le monsieur avait ajouté ensuite qu'il se désolait qu'on ne puisse plus trouver d'employés comme celui-là... Et de toute évidence, il ne faisait pas d'ironie...
Le problème, c'est que tout le monde semble se braquer dès qu'un texte ne va pas d'emblée dans le sens qu'on voudrait. Un dessin aussi, d'ailleurs. La réaction du B'nai Brith à la caricature de Chapleau montrant Mario Dumont en Juif hassidique l'a démontré encore une fois. Une réaction hallucinée, démesurée, caricaturale, en fait, qui voyait dans la tronche du Dumont enjuivé une caricature haineuse du "Juif diabolique" s'apparentant aux pires divagations antisémites. Rien de moins! Une chance, André Pratte a très bien défendu le caricaturiste de La Presse. Pour une fois que j'ai envie d'applaudir un de ses textes, je ne vais pas me gêner. C'est de son édito du 18 juin dernier dont il est question:
"En réagissant avec une telle virulence, B'nai Brith nuit à la cause qu'il défend."
Et, plus loin:
"Il n'est pas question de nous excuser pour une offense que nous n'avons pas commise. C'est au contraire B'nai Brith qui devrait s'excuser pour avoir porté contre La Presse et Serge Chapleau des accusations aussi graves que sans fondement."
Mais attention, si certaines communautés semblent plus pointilleuses, la tendance se répand. Je ne sais pas si c'est à cause d'un souci pour la santé, mais on dirait que plus rien ne se prend avec un grain de sel. Ou alors, ça vient de l'habitude du chat. Au début, la pratique d'ajouter des petits bonhommes dans un texte, les genres de faces expressives qu'on symbolise à l'aide de quelques touches, m'énervait au plus haut point (:-( ). C'est comme si on ne pouvait plus faire confiance à l'intelligence du lecteur. Mais j'ai fini par comprendre que c'était obligé pour éviter les malentendus en cette ère où tout le monde prend tout personnel un peu rapidement. Je me permets donc d'en mettre quand il le faut. En fait, je trouve ça tellement utile que je ne trouve même plus ça téteux... ;-) ;-) ;-)
LE FRANÇAIS DANS L'AIR
Alors que le Cégep Édouard-Montpetit s'apprête à offrir des cours d'aéronautique en anglais et que ça ne scandalise personne, alors que le français est toujours aussi méprisé à notre aéroport de PET, alors que tout le dossier de la défense de la langue semble prendre le bord chez nous, on apprend que la ville de Plattsburgh vient de se doter d'un aéroport qui donnera une large place au français, question d'attirer la clientèle québécoise et qu'elle s'y sente à l'aise. Et sur le site des Dodgers de Los Angeles, pour appuyer la candidature du receveur québécois, Russel Martin, au match des étoiles, on a ajouté un fort sympathique "votez pour Russel" sans que personne ne leur demande. Se pourrait-il que le marché américain fasse mieux que la politique canadienne pour la cause du français en Amérique du Nord? En tous cas, let's go Plattsburgh!