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Impertinences
Impertinences
March 2007 - Messages
29 mars 2007, 12:00
Commotion cérébrale
Oh boy! Ça fesse...

Je ne sais pas trop encore quoi penser de ce qui s'est passé lundi. Je suis en train de recomposer mon cerveau. Au niveau de mes convictions, je suis toujours indépendantiste et plutôt de gauche. Mais avant tout, je crois en la démocratie, même si je sais bien qu'elle est imparfaite. Le choix du peuple est souverain. On peut bien picosser, dire que les citoyens s'abreuvent pour s'informer à des auges empoisonnées, reste que l'Histoire a toujours raison. Il faut prendre acte.

J'avoue que lundi soir, par moments, j'ai eu l'étrange sensation de devenir peu à peu un étranger dans mon propre pays. Je me suis dit que ça devait ressembler à ça pour un anglophone fédéraliste en 1976. La prise de conscience de l'ampleur d'un mouvement qu'on croyait condamné à rester marginal, ou du moins à ne jamais menacer le pouvoir. Car c'est bien là que réside le principal changement qu'a apporté cette élection. Mario Dumont n'est pas chef de l'opposition, aujourd'hui. Il est premier ministre de l'opposition.

Des dizaines d'analyses différentes se bousculaient dans ma tête. Des catastrophiques, dues sans doute à l'effet de surprise, mais des très optimistes aussi. Et beaucoup de remises en question. Mais j'aimerais d'abord faire remarquer un fait qui semble être passé inaperçu.

UN QUATRIÈME PARTI A PRIS LE POUVOIR...

Les électeurs inscrits ont le droit de voter pour qui ils veulent. Ils ont aussi le droit de ne pas voter. Récemment, je me suis amusé à considérer le taux d'abstention comme un parti. Pour ce faire, je calcule le pourcentage du vote non pas en me référant aux votes valides exprimés mais à l'ensemble des électeurs inscrits (donc, des "droits de vote"). Et le portrait change considérablement.

Cette année, étonnamment pour une élection aussi "excitante", le taux de participation n'a été que de 71,28 %. Il s'agit d'un des plus bas taux dans l'histoire des élections au Québec. Et si les abstentionnistes avaient été réunis en un seul parti, lundi soir, pour la première fois, ils auraient gagné les élections. Leur chef inexistant serait aujourd'hui premier ministre d'un gouvernement abstentionniste minoritaire. 1 617 098 Québécois sont restés chez eux, lundi dernier. C'est plus que les 1 313 780 électeurs qui ont voté pour le Parti libéral.

Pour faire un portrait total, ça donne ceci (en pourcentage des électeurs inscrits):

Abstentionnistes: 29 %

Libéraux: 23 %

Adéquistes: 22 %

Péquistes: 20 %

Verts: 3 %

Solidaires: 3 %

On notera au passage que si les deux partis ouvertement indépendantistes, le PQ et Québec Solidaire, avaient formé une coalition, ils seraient arrivés avant l'ADQ... Et que si cette coalition avait reçu l'appui de l'ensemble des abstentionnistes, le Oui serait à 52 %...

Bien sûr, cet exercice est une pure fiction. Il y a une grande proportion de gens dans ce lot d'abstentions qui ne votent jamais, des anarchistes plus ou moins soft et d'autres qui s'en foutent complètement, et c'est leur droit. Mais au dernier référendum, le taux de participation a été de 95 %. Il y en a donc là-dedans qui savent tout de même comment mettre un X dans un cercle.

Ces électeurs-là ne sont pas disparus. Ce sont des Québécois qui existent encore, et qui ont le droit de vote. Ils se sont abstenus, certes, mais ils pourraient revenir.

Dans cette perspective, on ne peut pas conclure à la déchéance de l'option souverainiste. Ni, il faut le dire, à sa montée en sourdine sous la bannière rassurante de l'autonomisme de l'ADQ et l'abstention stratégique de péquistes pour protester contre le leadership d'André Boisclair. Mais il se peut qu'un grand nombre de souverainistes aient choisi de se taire et de laisser aller les choses.

On dira que le Québec a mis le gouvernement Charest sous surveillance. Pourtant, je n'ai vu aucune case "mettre le gouvernement Charest sous surveillance" sur mon bulletin de vote. Cette situation de gouvernement minoritaire est un résultat, un effet secondaire de la division du vote, pas une intention unanime du peuple. Jean Charest et les fédéralistes me font bien rire quand ils disent que les référendums divisent le Québec. Ils ne font que révéler une division qui existe déjà. Et elle existe aussi, cette élection le prouve, sur beaucoup d'autres fronts.

Ce qu'il y a sûrement aussi, c'est que dans un monde où l'on entend partout crier "À droite, toute!", ceux qui pensent différemment finissent peut-être par se dire qu'on ne les écouterait pas de toute façon, et choisissent de se taire.

Si les débats des prochaines années pouvaient contribuer à leur faire retrouver la parole aux prochaines élections, encore une fois, l'Histoire aura eu raison.


22 mars 2007, 12:00
Déséquilibres
Ce fut la semaine des déséquilibres. D'abord le déséquilibre éditorial entre le Québec et le Canada anglais dans l'affaire des "yeux bridés" de Boisclair - j'y reviendrai -, qui a prouvé une fois de plus que les deux solitudes sont loin d'être réunies. On a aussi vu le Doc Mailloux prouver qu'il ressemble de plus en plus à un déséquilibré mental. J'y reviendrai sûrement aussi. Mais nous sommes en campagne électorale et le déséquilibre qui a eu le plus d'impact, c'est bien sûr le fiscal.

La stratégie politique entraîne parfois de bien drôles d'alignements. Lors du dépôt du budget fédéral, Stéphane Dion s'est offusqué d'y trouver une réponse insuffisante à un problème (le déséquilibre fiscal) que lui-même ne reconnaît pas! Et c'est Gilles Duceppe qui se retrouve (encore une fois) à sauver les conservateurs. En partie parce que c'est un pas dans la bonne direction (expression consacrée dans tous les cas où un adversaire fait un bon move - à compléter en ajoutant que "c'est bien peu mais on va le prendre"). Mais surtout parce que le Bloc n'est pas du tout prêt à mener une campagne électorale.

C'est l'exercice d'un gouvernement minoritaire qui crée ce genre de situations. À chaque budget, à chaque dépôt d'une loi importante, les partis de l'opposition, majoritaires, se demandent si ça vaut la peine de faire tomber le gouvernement là-dessus. Le prix à payer, c'est de devoir assumer devant l'électorat la responsabilité des élections qui en découleront. Si le Bloc avait voté contre un budget qui corrige, au moins pour un temps, le déséquilibre fiscal au Québec, il se serait assurément fait varloper au cours de l'élection subséquente. Les Québécois veulent de cet argent et il leur revient enfin. La faiblesse des mesures environnementales et le gros "lousse" laissé aux exploitants des sables bitumineux n'auraient pas pesé bien lourd dans la balance.

Les observateurs sont nombreux à se moquer de la position pour le moins inconfortable de Duceppe face à ce budget. Mais on ne peut pas réclamer la correction du déséquilibre fiscal pendant des années et dire non quand une mesure concrète vise enfin à atténuer le problème. Les souverainistes n'ont eu de cesse de dire au fédéral "T'es pas game! T'es pas game!" et finalement, Harper a été game. Il faut le reconnaître. Mais il faut aussi reconnaître que Harper a habilement utilisé ce défi à son avantage.

Dans l'esprit des souverainistes, régler le déséquilibre fiscal, ça voulait dire récupérer des points d'impôt (ou la TPS). Au lieu de jouer la "politique du pire" (qui est la "pire des politiques", comme se plaît souvent à le rappeler Gilles Duceppe) et déchirer leur chemise à chaque refus, les souverainistes jouaient là un jeu "gagnant-gagnant". Si le gouvernement fédéral, de quelque parti qu'il soit, refusait de reconnaître le problème (qui pourtant saute aux yeux), ça prouvait que le gouvernement fédéral nuisait au Québec et ça nourrissait l'argumentaire indépendantiste.

Si, par contre, un gouvernement acceptait de régler le problème pour de bon par le transfert de points d'impôt, les souverainistes avaient au moins réussi à rendre le Québec un petit peu plus indépendant d'avance. Ça rendait la marche moins haute pour le grand soir. En effet, le fédéral ne peut pas faire du chantage en menaçant de retenir de l'argent qu'il ne reçoit pas. Bien pensé.

Sauf que ça ne s'est pas passé comme ça. Harper s'attaque au problème, mais en modifiant les paiements de transferts et la péréquation. L'argent a beau régler en partie le déséquilibre, il passe toujours par Ottawa. Et, bien sûr, le gouvernement en profite pour y attacher quelques ficelles de contrôle au passage. Harper a choisi la charité fiscale plutôt que la justice. Et la charité a toujours pour effet de maintenir son bénéficiaire dans la dépendance. Ce n'est sûrement pas un hasard.

Pour l'instant, bien sûr, il fallait prendre cet argent. Sauf que Charest a été carrément malhonnête en s'en accordant tout le crédit. Tout ce blabla sur la bonne entente entre le fédéral et un gouvernement fédéraliste à Québec vise à cacher une réalité essentielle: si le PQ et le Bloc n'avaient pas été là pour identifier le déséquilibre fiscal et rappeler l'importance de le régler, jamais le budget Flaherty ne s'y serait attaqué. Et ça, tous les Québécois, y compris les fédéralistes, devraient au moins le reconnaître.

Mais le plus beau pour Harper, là-dedans, c'est que si le Québec se met à péter le feu économiquement, il ne recevra plus de paiements de péréquation, il en donnera! Tout ça donne du poids à une des rares bonnes idées de Mario Dumont: que le gouvernement du Québec soit le seul à percevoir des impôts sur son territoire et qu'il envoie ensuite à Ottawa ce qui lui revient pour oeuvrer dans ses champs de compétence. Autrement dit, renverser le courant de l'argent. En tout cas, si Boisclair se retrouve à la tête d'un gouvernement minoritaire lundi prochain, c'est une idée de l'ADQ qu'il ferait bien d'aller leur piquer...


15 mars 2007, 12:00
Les vrais perdants
À voir les premières réactions au débat, je me dis que je suis décidément un marginal. Faudrait peut-être que je me tape un long voyage hors Montréal pour me mettre au diapason de la population. Ce matin, j'ai l'impression que je n'ai pas vu le même débat que tout le monde. Et un peu que j'habite un autre pays.

Dumont gagnant? Come on! Bien sûr, il a eu quelques répliques assassines. Et il a le ton juste du bon petit gars plein de bon sens qui se tient debout, du gendre idéal, du cousin sympathique. Mais tout ça avait l'air d'une façade bien fragile. Mario Dumont me donne souvent l'impression d'un gagnant de concours oratoire du Club optimiste gonflé à l'hélium. Un champion de parlement jeunesse qui continue le même jeu dans la cour des grands. Bon, en expliquant que, de toute façon, l'exercice du cadre financier sera à refaire par les autres partis au lendemain du budget fédéral, il s'en est tiré un peu. Mais à mon avis, sa "bombe atomique" avec l'histoire du viaduc, elle lui a pété dans la face. Je dois donner l'avantage à Charest, là-dessus.

De Boisclair, j'espérais quelque chose de plus costaud, des coups qui portent, des dénonciations plus virulentes du fédéralisme complaisant et paternaliste qui tient le Québec en dépendance. Au lieu de ça, il a utilisé son jab tout le long du débat. Il interrompait tout le monde et lançait des chiffres d'un air agressif. Il ne s'est pas planté mais il n'a pas prouvé qu'il avait une vision claire et rassembleuse.

Et je ne m'expliquerai jamais pourquoi Boisclair n'est pas revenu sur le "lapsus" de Charest à propos de la partition. Charest a clairement laissé planer le doute sur la partition. Et un premier ministre du Québec qui laisse cette idée prendre des assises ne travaille pas pour le Québec. Boisclair aurait pu le talonner là-dessus. Sans doute que le chef péquiste estime que même évoquer la question lui nuit puisqu'elle attache à l'idée d'indépendance toutes sortes de visions apocalyptiques. Mais joueur peureux comme ça, Boisclair n'a aucunement fait avancer le débat alors que c'était le temps de le faire.

Ce qui fait que Charest a eu l'air de s'amuser à ce débat, alors qu'il avait pourtant un bilan pas très reluisant à défendre. Il avait l'air d'un gros matou s'amusant avec deux petites souris. Les souris ne sont pas mortes mais le chat ne s'est pas trop fait mal non plus...

Mais c'est clairement Montréal qui a le plus perdu hier. La seule grande ville du Québec n'a jamais été évoquée. Exit. Déjà partitionnée du reste du Québec politique. Stratégiquement, le clivage à Montréal est clair. Il y a l'Ouest, indécrottablement libéral, et le Montréal francophone qui, je serais porté à dire "par résistance", vote PQ. L'ADQ demeure ici une espèce d'aberration. Preuve supplémentaire que Montréal est désormais sur une autre planète que le reste de la province, c'est Québec solidaire qui pourrait éventuellement brouiller les cartes dans quelques comtés.

Aucun parti n'ayant quoi que ce soit à gagner en terre montréalaise, c'est dans les régions que ça se jouera. Ce sont donc les régions qu'on chouchoute. Je ne dis pas qu'il n'y a rien à proposer pour revitaliser les régions, mais quand même! Il y a une limite au mépris de Montréal. Dans un prochain débat, il faudra avoir un bloc de discussion portant sur Montréal. En fait, ça prendrait peut-être même un parti montréaliste. Et, pourquoi pas, ce parti pourrait proposer l'indépendance de l'île. Je me demande si le reste du Québec organiserait une grande marche d'amour?

LES VRAIS GAGNANTS

J'ai regardé le débat d'hier avec une gang de Québec solidaire qui se réunissait pour suivre les échanges à La Place à côté, avenue Papineau. Sans être un militant, je suis un sympathisant. (Typiquement Plateau, n'est-ce pas? J'assume...) Mais je ne suis pas un inconditionnel.

Après le débat, à TQS, Dutrizac recevait Françoise David, de Québec solidaire et Scott McKay, du Parti vert, question de les faire participer au débat dont ils avaient été écartés. J'avoue que McKay a eu l'air d'un chef unidimensionnel qui surfe sur la vague verte et qui patine (plutôt mal) sur toutes les autres questions. Mais Françoise David a été impeccable. Elle avait réponse à tout, avait des chiffres réalistes et le ton juste. Pour tous ceux qui ont eu l'idée de regarder cette émission post-débat, elle a clairement été la gagnante.

Mais pour moi, les vrais gagnants là-dedans, ce furent TQS et Dutrizac qui ont eu la bonne idée de sortir des sentiers battus des spécialistes, des sondeurs et des spin doctors, ces cheerleaders en tailleur et ces mascottes en veston-cravate. À défaut d'avoir un mode de scrutin qui favorise les idées alternatives, ce sont les médias qui doivent compenser. Surprise, c'est TQS qui s'y colle! Bravo!


8 mars 2007, 12:00
Du mensonge comme sport national
BIENVENUE, JOSEE!

Quand Christophe Bergeron, le rédacteur en chef, m'a annoncé que je reprendrais ma place de chroniqueur "montréalais" et qu'on me remplacerait à la chronique "nationale" où j'assurais l'intérim, j'avoue que j'ai eu un petit pincement au coeur. L'idée que moi, grande gueule de ce Plateau si souvent honni hors Montréal, je puisse rejoindre des lecteurs de partout au Québec pour brasser des idées me plaisait beaucoup, même si c'est arrivé comme une surprise et que ce statut n'était que temporaire.

Mais comme j'ai su en même temps que la personne qui deviendrait la chroniqueuse nationale serait Josée Legault, j'étais aussi très heureux. Je me retrouve collègue d'une journaliste que j'aime beaucoup, qui a des convictions sans être aveugle, et dont les propos m'ont souvent inspiré. Je me réjouis de la direction que prend Voir et je suis fier d'en faire partie. Bienvenue, Josée.

L'AFFAIRE KOVALEV: LES MENSONGES D'UN ATHLETE

Le sport est une usine à métaphores. Et la fameuse "affaire Kovalev" qui secoue les Canadiens en est une puissante. Pour résumer de quoi il retourne à quiconque sort d'une grotte ou zappe automatiquement dès qu'il est question de sport, voici ce qui est arrivé. Alex Kovalev, un joueur des Canadiens débordant de talent mais qui ne l'exprime qu'un match sur dix, a livré ses états d'âme à une journaliste russe, pays d'origine de la Ferrari avec un sabot de Denver.

Sauf que voilà, La Presse a découvert l'article et en a traduit les propos. En gros, ça dit que l'équipe est dirigée par un "twit" qui n'aime pas les Russes, que les joueurs francophones forment une clique de grosses têtes et autres gentillesses.

Kovalev a donné une conférence de presse pour dire que ce n'était pas vrai, qu'il avait accordé une brève entrevue à la journaliste mais qu'il n'avait jamais dit ces choses-là. Le ton était calme. Le gars paraissait sûr de lui. Carbonneau (le coach twit) a publiquement appuyé la version de son joueur. Et plusieurs joueurs ont ensuite renchéri. Guillaume Latendresse, qui était visé par les propos présumés du Russe en tant que joueur québécois, a déclaré avec un bel aplomb que ce n'était pas le genre de Kovalev de déblatérer dans le dos de ses coéquipiers.

De l'avis de presque tout le monde, journalistes et amateurs, le mensonge est cousu de fil bleu-blanc-rouge. La journaliste s'est rétractée depuis qu'elle a reparlé à Kovalev et la bande sonore de l'entrevue a mystérieusement disparu. Ça sent la Russie de Poutine et la censure journalistique à plein nez.

Tout le monde sait que Kovalev ment, que Carbonneau fait semblant de croire à ce mensonge pour sauver la face et ce qu'il reste d'esprit d'équipe dans son club, que les autres joueurs suivent avec discipline la ligne officielle de l'organisation comme un plan de match médiatique. Personne n'est dupe. Mais il semble qu'on consente à ce mensonge "pour le bien de l'équipe". Sinon, c'est la catastrophe. Il faudrait renvoyer un des seuls joueurs talentueux de l'équipe alors que les Canadiens luttent désespérément pour une place dans les séries.

D'ailleurs, les journalistes le reconnaissent presque candidement. Réjean Tremblay a encensé le charisme et la solidité de Kovalev au cours de sa conférence de presse. Mario Langlois a souligné la performance "convaincante" de Guillaume Latendresse. Comme si, une fois l'histoire révélée, la seule façon d'éviter le pire était de mentir le mieux possible, et qu'il fallait juger tout ce cirque non pas sous l'angle moral mais sur son efficacité à aider les Canadiens. Comme si c'était un dégagement en désavantage numérique ou une "bonne" pénalité à prendre. Et c'est juste si on n'applaudit pas.

LES ATHLETES DU MENSONGE

Mais croyez-vous qu'il n'y a que dans l'organisation des Canadiens que le mensonge soit érigé en une telle vertu quand les circonstances l'exigent? Nous sommes en campagne électorale. Des athlètes du mensonge sont à l'oeuvre. Ils sont en séries et ça joue dur.

Jean Charest dit que le Québec va mieux depuis qu'il est au pouvoir, alors que s'il était dans l'opposition, on sait bien qu'il ferait de la même conjoncture un portrait catastrophique. Il parle de consensus pour la privatisation du mont Orford, il lance de la bouette à ses adversaires. Boisclair joue les vierges offensées pour devenir victime dans l'histoire du sketch de Brokeback Mountain et distribue des poignées de main aux syndicalistes qu'il voulait remettre à leur place il y a quelques mois. Dumont fait plein de promesses alors qu'il ne sait foutrement pas ce qu'il pourra faire.

Si on s'arrête à ça, il y a de quoi se décourager complètement. Ne devrait-on pas juger les politiciens sur l'utilité de leurs mensonges, eux aussi? Quand Bill Clinton a nié avoir eu une relation sexuelle avec Monica Lewinsky, il mentait. Mais il espérait par ce mensonge mettre fin à une affaire téléguidée qui n'avait aucun rapport avec ses politiques et qui minait sa présidence. J'aurais fait la même chose à sa place (sauf que je me serais peut-être arrangé pour ne pas salir la robe...). Ne devrait-on pas faire du discernement entre un mensonge frauduleux et un mensonge constructif?

Parce que peu importent les mensonges que peuvent nous raconter les politiciens, c'est toujours pour le bien de l'équipe, eux aussi...


1 mars 2007, 12:00
Il nous faut un mode de scrutin proportionnel
Dimanche dernier, je ne voulais absolument pas manquer Tout le monde en parle. Bernard Drainville du Parti Québécois, Christine St-Pierre du Parti libéral et Amir Khadir de Québec solidaire étaient parmi les invités. À défaut de voir un représentant de Québec solidaire au débat des chefs, c'était une rare occasion de voir les "partis traditionnels" croiser le fer avec la nouvelle formation de gauche.

Je n'ai pas été déçu. Khadir a livré une solide performance. Il était bien préparé, relax, et connaissait ses dossiers. Tout ce qu'on pouvait lui reprocher, au bout du compte, c'est que son parti n'avait aucune chance de faire élire qui que ce soit, pas même lui dans Mercier, et que la structure bicéphale et participative de Québec solidaire est un peu trop marginale au goût de plusieurs. C'est fort peu pour un parti qui stagne dans les sondages en dessous du Parti vert. Car pour le reste, il faut avouer que c'est Khadir qui a déclenché les plus vives approbations, de la part du public présent en tout cas.

En prime, les deux autres politiques présents ne se sont pas plantés pour autant. Christine St-Pierre a bien paru aussi mais elle n'avait pas grand-chose à dire. Comme son parti d'ailleurs. Drainville est apparu plus rafraîchissant. Le ton qu'il a pris quand il a parlé d'indépendance me semble être en phase avec la population. L'idée a beau ne pas être la préoccupation numéro un des électeurs, c'est le rôle du Parti Québécois de rappeler que l'indépendance (en plus, il a choisi ce mot) est une évidence à laquelle il faut bien se rendre si on veut mettre fin aux problèmes récurrents de financement des programmes, de déséquilibre fiscal, de la place du Québec sur la scène internationale. Pas de déchirage de chemise ou de grandes promesses lyriques. On en est là.

Le moment jouissif, c'est quand Khadir a parlé de la politique qu'il propose pour faire baisser le prix des médicaments en négociant avec les fabricants pharmaceutiques. Drainville a ensuite dit candidement: "Ben oui, mais qu'est-ce qu'on fait si les usines ferment?" Ce qui prouve que nous vivons le chantage de ces compagnies, du grand capital. Tôt ou tard, il faudra en tirer des conclusions. Québec solidaire est le seul parti à soulever ce problème de fond. Ne serait-ce que pour ça, il faut se réjouir de sa présence.

Il ressortait de cette émission que ce qui ferait le plus de bien à notre démocratie, c'est un scrutin proportionnel. Ça permettrait à Québec solidaire d'être présent là où ça compte, à l'Assemblée nationale, sans que ça nuise au camp souverainiste, sans qu'on perde son vote, sans qu'on soit otages. Il serait temps.

OÙ PRENDRE L'ARGENT?

C'est la question qui vient immédiatement après la promesse d'un nouveau programme social. Qui va payer?

Chez les libéraux, on fait dans la pensée magique. L'économie va aller mieux grâce à nous, les coffres de l'État vont se remplir de cette bonne économie, on fait un peu de coupe sélective dans du gras de fonctionnaire, on camoufle un peu et bingo! budget bouclé, déficit zéro. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simpliste? En prime, tous les fédéralistes provinciaux vous diront que le Québec bénéficiera de ses bonnes relations avec Ottawa.

Ce qu'ils omettent de souligner, c'est que ces bonnes relations ne prennent jamais la forme d'une correction permanente, structurelle, des déséquilibres entre les responsabilités et les revenus au fédéral et au provincial. De la péréquation, certes, mais de cadeaux qui entretiennent la dépendance et de fragiles arrangements ponctuels. Comme ça, si on veut continuer à recevoir ce qui aurait dû être à nous dès le départ, il faudra toujours montrer patte blanche et canadienne. Il ne faut jamais oublier que c'est précisément pour ça que Charest a accepté de faire le saut en politique provinciale. Il a beau s'être donné de belles allures de chef d'État, des fois, le jupon dépasse. Il l'a démontré la semaine dernière en ressortant les épouvantails.

Chez les péquistes, c'est un peu la même chose mais il s'ajoute ici que l'argent est à Ottawa et que ça prend un gouvernement prêt à se battre pour les intérêts du Québec pour aller le chercher. Ça a beau être vrai, rien ne dit que ça va marcher, ni que ce sera suffisant. C'est ici qu'il faut parler d'indépendance. Ça, ce serait une solution permanente. Boisclair tient un discours équilibré là-dessus, et on ne peut pas dire qu'il cache son option. Il la réchauffe tranquillement...

À l'ADQ, Mario a au moins le mérite d'afficher ses couleurs: il va couper. Sa technique est simpliste (comme tout son programme, d'ailleurs): identifier un secteur gouvernemental impopulaire, comme les commissions scolaires, et dire qu'on va couper ça, sans trop se soucier des conséquences.

Du côté de Québec solidaire, bien sûr, il faut faire payer les riches. Ça semble couler de source. C'est là qu'est l'argent, cette richesse qu'il faudrait créer avant de la redistribuer, mais qui existe déjà. Sauf que les riches ont cette capacité de s'en aller, de fermer des usines et de faire des menaces. On ne peut pas prendre ça à la légère. Mais qu'enfin un parti ose proposer ces solutions-là (comme son projet de taxer le capital des banques qui accumulent les profits records), qu'il ose s'interroger sur les conséquences de donner la priorité au paiement de la dette par-dessus tout, qu'est-ce que ça fait du bien!


François Parenteau
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