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Impertinences
Impertinences
December 2006 - Messages
21 décembre 2006, 8:09
Congé de Noël
Cher amis, étant présentement en marathon d'écriture pour la revue de l'année des Zapartistes, le Zap 2006, le break de blogue devra s'étirer encore un peu. Je vous souhaite de Joyeuses Fêtes, Puissiez-vous profiter de notre nation dans la joie, la fraternité et l'accommodement raisonnable...
21 décembre 2006, 12:00
Nos pères Noël
Quelle étrange icône culturelle que le père Noël. Il a beau n'avoir aucune valeur religieuse et n'être en fait, dans la version moderne qu'on en connaît avec barbe blanche et habit rouge, qu'une image popularisée par les publicités de Coca-Cola, qu'importe, il est bien installé maintenant et trône parmi les autres symboles de Noël comme le véritable roi de la fête. Avec le lapin de Pâques et la citrouille d'Halloween, entre autres, il compose en quelque sorte un nouveau panthéon païen et commerçant. Comme quoi le polythéisme finit toujours par revenir.

Ce qui est bizarre, c'est qu'à part les enfants en bas âge, personne ne croit que ce bonhomme existe avec son traîneau volant tiré par des rennes et son atelier de lutins au pôle Nord. Mais on prend tout de même bien soin d'entretenir son mythe, de le réinterpréter, de s'amuser avec son image rassurante et rituelle. Ça nous inspire, alors on se fait des accroires pour le fun.

Même s'ils savent que ça ne durera que quelques années, des parents racontent cette histoire à leurs enfants et sont ravis de les voir embarquer, tout émerveillés, comme s'il s'agissait d'un entraînement à la foi.

Mais quand un enfant n'y croit plus, c'est toujours perçu comme une étape importante dans son développement intellectuel. C'est mignon le temps que ça dure, mais n'importe quel parent serait fort perplexe de voir son ado de 15 ans poser un verre de lait et des biscuits sur le bord de la cheminée la veille de Noël...

Et s'il n'y avait pas que pour le père Noël qu'on agit ainsi? Et si on se faisait des accroires sur autre chose, mais qu'on ait fini par oublier que c'était d'imaginaire qu'il s'agissait, de wishful thinking?

Je pense surtout à ces économistes et gens d'affaires qui croient encore que la mondialisation capitaliste est la solution à tous les maux de la planète. Ils y ont cru tellement fort que bien des sceptiques de prime abord leur ont néanmoins emboîté le pas. Comme certains enfants doutent mais finissent par suivre quand ils voient d'autres enfants embarquer à fond dans les histoires de père Noël.

Remarquez, pour les premiers, c'était d'autant plus facile d'y croire qu'ils étaient du côté de ceux qui en bénéficieraient assurément. Ont-ils vraiment cru les fumeuses théories du trickle-down economics si chères à Reagan, qui statuaient que si on laissait les riches faire librement ce qu'ils font de mieux, c'est-à-dire s'enrichir, ils finiraient par utiliser cette richesse pour consommer plein de choses et créer de l'emploi, ce qui redistribuerait cette richesse, tout naturellement?

N'ont-ils pas plutôt inventé cette idée parce qu'elle conférait une noblesse à leur idéologie, pour ensuite finir par y croire vraiment? À part quelques rares cyniques de haut vol, je crois que c'est le cas de la majorité.

On dit que la gauche est utopiste, qu'elle se nourrit d'illusions et de rêves irréalistes. Et si c'était la droite qui croyait encore au père Noël? Je sais, vous me direz que la gauche et la droite, ça n'existe plus. N'empêche, il y a encore des gens pour dire qu'il faut créer de la richesse (comme si ce n'était pas croire en la magie, déjà...) avant de la redistribuer.

Comme s'il n'y avait pas déjà des amoncellements records de richesse chez les riches. Mais elle ne retombe pas. C'est clair, maintes fois prouvé, et pourtant il y a encore des André Boisclair pour y croire et tenter de nous le faire croire. Il n'est pas le seul, loin s'en faut, mais provenant d'un chef du PQ censé être "progressiste", c'est encore plus désolant.

C'est que, de temps en temps, il y a quelqu'un, quelque part, qui se déguise en père Noël économique juste assez bien pour faire illusion. Comme un mononcle désigné pour l'occasion qui aurait la bedaine naturelle et le gros rire chaleureux, et qu'on affublerait d'une fausse barbe. Il distribue quelques bébelles en temps opportun et voilà, ça marche!

Regardez aller Jean Charest. Il en avait gros dans son sac. Déjà, l'équité salariale et les cadeaux aux forestières en sont tombés cet été. Mais là, c'est la grande distribution: de l'aide aux femmes victimes de violence, l'inauguration d'un train de banlieue vers Saint-Jérôme et une hausse du salaire minimum. Ho! ho! ho!

Ce sont là de bien beaux cadeaux, assurément. Mais à l'heure où il y a de plus en plus de pauvres et qu'ils le sont de plus en plus, où les guignolées et autres oeuvres de charité doivent répondre à des besoins sans cesse grandissants, est-ce une raison pour croire encore au père Noël?

Des fois, je me dis que nous sommes collectivement comme un ado de 15 ans qui poserait du lait et des biscuits sur le bord de la cheminée...

Mais ce n'est pas parce que je ne crois plus au père Noël que je ne peux pas vous souhaiter un Joyeux Noël quand même. Grands enfants...


14 décembre 2006, 12:00
Arrêtons de sous-estimer Stéphane Dion, ça lui rend service!
Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada! On aurait dit ça il y a à peine quelques mois que tout le monde serait parti à rire. À l'annonce de sa candidature, plusieurs analystes chevronnés de la scène politique disaient qu'il n'avait aucune chance et qu'il n'y allait que pour faire valoir ses idées au sein du parti. C'étaient les mêmes qui annonçaient la mort du Bloc Québécois avec l'arrivée de Paul Martin, qui allait rétablir la paix constitutionnelle. Comme quoi en politique, ces dernières années, on va de surprise en surprise...

Et l'ex-rat de Chapleau promu maintenant au rang de castor en chef pourrait continuer de surprendre. Quand j'ai vu le commentaire de Bernard Landry à son sujet, comme quoi son arrivée à la tête des libéraux fédéraux était presque une condition gagnante pour la souveraineté, ça m'a tout de suite fait grincer des dents. Arrêtez de l'haïr! Arrêtez de le sous-estimer, il s'en sort toujours grandi!

D'abord, en rétrospective, il était très imprudent de ne pas le considérer dès le départ comme un gagnant potentiel. On est au Parti libéral du Canada, for Christ's sake, le parti qui a rapatrié la Constitution unilatéralement, qui a torpillé l'accord du lac Meech, qui a voté la loi sur la clarté référendaire et tout le plan B visant à faire peur aux souverainistes mous.

Et parmi les candidats qui avaient une chance, Dion représentait clairement cette vision. Bob Rae avait peut-être une chance. Mais Ignatieff? Oubliez ça. Reconnaître la nation québécoise? Au Parti libéral du CANADA? C'est déjà beau qu'il se soit rendu si loin.

Il y a aussi le manque de charisme de Stéphane Dion, cette raideur de premier de classe fendant qui l'a fait passer sous le radar des observateurs. C'est vrai que ce gars-là donne l'impression d'avoir toute sa vie tété les profs pour être nommé responsable du ballon dans les récréations, pour ensuite imposer ses règles à tout le monde. Pas très sexy comme image.

Mais regardez Stephen Harper. On est loin de Trudeau. Même Mulroney et Paul Martin avaient plus d'éclat. Il ne faut pas non plus oublier que le politicien moderne qui a mené le plus souvent son parti à la victoire, au Québec, c'est Robert Bourassa. Faudrait peut-être se rendre à l'évidence que le charisme en politique, du moins au Canada et au Québec, c'est aussi important que d'être beau pour un gardien de but...

En fait, j'ai même l'impression que Stéphane Dion n'a pas gagné MALGRÉ son absence de charisme, mais bien un peu GRÂCE à ça. Michael Ignatieff a la gueule d'un winner audacieux, ce qui donnait à la part de ses idées qui déplaisait à une majorité de libéraux une brillance qui dérangeait. Bob Rae a dans la face une suffisance de politicien de carrière un peu drabe mais tellement classique qu'on a le goût de lui rentrer dedans.

Mais Stéphane, ce pauvre petit pigeon déplumé à qui personne n'accordait la moindre chance, ce courageux fétu de paille ballotté par ses puissants rivaux, ce pur que même la tornade des commandites a épargné de ses souillures, on ne peut pas lui en vouloir (pas quand on est un militant libéral, on s'entend...). Dès que Kennedy est arrivé derrière lui au premier tour, c'était joué.

Bien sûr, il a travaillé fort. Il a joué la carte de l'environnement à fond, a ramené à l'avant-scène les valeurs libérales face à la guerre et aux relations internationales. Reste que Dion vient de remporter une course à la direction qui a largement été un concours de circonstances. D'ailleurs, les militants libéraux eux-mêmes ne semblaient plus trop sûrs de celui qu'ils venaient d'élire, à la fin du congrès. Il fallait voir les délégués applaudir au cours du discours victorieux du successeur de Paul Martin. À mesure qu'ils constataient la piètre maîtrise de l'anglais de leur nouveau chef (ça faisait vraiment dur!), on aurait dit que les libéraux se regardaient entre eux en se disant: "C'est ça qu'on vient d'élire?"

C'est sûr, Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada, c'est du bonbon pour un humoriste ou un caricaturiste. Mais les souverainistes devraient se retenir de s'en servir comme d'une tête de Turc. Stéphane Dion est très intelligent. Il va confronter les indépendantistes à leurs contradictions et à leur mollesse, il va parler d'environnement, il va s'entourer du charisme qui lui manque avec Justin Trudeau, il va donner à la jeunesse québécoise qui rêve de l'indépendance du Québec pour faire un pays plus vert, plus gentil, plus pacifique et démocratique toutes les occasions de s'imaginer que, finalement, ça peut être le Canada.

Toute une frange du mouvement indépendantiste s'en trouvera décontenancée. Et si, pour répliquer, on se contente de ridiculiser Stéphane Dion, de se laisser aller aux claques qu'il donne envie qu'on lui donne, il va se passer quelque chose de très grave. Si on est trop méchant avec lui, Stéphane Dion va se mettre à faire pitié. Et ça, au Québec, ça peut rapporter très gros...


7 décembre 2006, 12:00
Politique et spectacle
RETOUR SUR BROKEBACK MOUNTAIN

Qui eût cru qu'André "le technocrate bionique" Boisclair pouvait être aussi cabotin? En tout cas, il avait l'air de s'amuser ferme dans son caméo de dérangeur de cow-boys sous la tente. Le sketch des Justiciers Masqués n'était peut-être pas un moment d'anthologie mais la référence est actuelle et c'était quand même rigolotement baveux.

Mais j'avoue que toute cette affaire me déçoit moi aussi. Sauf que ce n'est sans doute pas pour les mêmes raisons que la majorité de ceux qui ont déchiré leur chemise comme la Bombardier. (D'ailleurs, ça doit lui coûter cher de chemises par année, celle-là.)

Deux choses me choquent là-dedans. D'abord, que des humoristes invitent des politiciens à faire partie de leurs sketchs. C'est tellement clair que les politiciens s'en servent pour se rendre plus cool. Et c'est rare que ça leur pète dans la face. Je comprends donc tout à fait qu'ils embarquent là-dedans. Ce que je comprends moins, c'est qu'on les invite.

Quand un politicien de haut niveau accepte de participer à un numéro d'humour, on peut s'attendre à ce que le sketch en question ne soit pas trop méchant à son endroit. Au pire, il aura droit à un rappel de certaines maladresses, mais elles s'en trouveront grandement amoindries du fait qu'il accepte d'en rire. Les humoristes, que ce soit au Québec ou au Canada anglais, seront forcément moins féroces en face du gars que s'ils faisaient un gag sur lui ou qu'ils l'imitaient sans qu'il ne soit là. C'est humain.

Le seul humoriste qui, à ma connaissance, a réellement dérangé les politiciens qu'il rencontrait a été Pierre Brassard dans son personnage de Raymond Beaudoin, du temps des Bleu Poudre. Il était d'ailleurs loin d'être le bienvenu dans l'entourage des hommes et des femmes politiques, ce qui à mon sens est une belle preuve de pertinence. Jean-René Dufort peut aussi faire preuve d'un sarcasme dévastateur. Mais pour le reste, on reste la plupart du temps très gentil...

Et je trouve que c'est là abdiquer tout le potentiel corrosif de l'humour. À la limite, c'est se prêter au jeu de la propagande. Or, les politiciens ne manquent pas de tribunes pour vendre leur salade. Et quand ils profitent de temps d'antenne dans une émission d'humour, ils empiètent dans le champ de la critique. En tout cas, moi, ma ligne est claire: j'inviterai un politicien dans un show dont je fais partie le jour où le même politicien m'invitera à prendre la parole à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des communes. Kif-kif.

L'autre chose qui me dérange, c'est avec quelle désinvolture André Boisclair s'est excusé. J'aurais préféré voir l'aspirant premier ministre du Québec dire que lui, il avait trouvé l'idée drôle, qu'il regrettait si ça choquait certaines personnes mais qu'il trouvait ça important de ne pas toujours se prendre au sérieux, n'importe quoi pour minimiser l'importance de la chose ou pour faire connaître son angle là-dessus. Mais dire si facilement que si c'était à refaire, il n'accepterait pas l'invitation, c'est avouer qu'il prend des décisions importantes à la légère. Les Québécois peuvent accepter qu'un leader n'aille pas toujours dans le sens qu'ils souhaitent. Mais le faire sans conviction, ça ne passe pas.

Mais qu'il ait accepté, come on, y'a rien là. Kim Campbell a posé nue et c'était une formidable preuve d'ouverture d'esprit et d'audace. Bob Rae a plongé tout nu dans l'eau et c'était charmant. Boisclair joue en veston-cravate dans un sketch où Harper et Bush sont caricaturalement mis en bobettes et c'est un scandale. Y'aurait pas un peu d'homophobie dans la réaction?

DU GROS FUN DE DELEGUES

Vous ne trouvez pas qu'ils ont eu l'air de s'amuser ferme, les délégués libéraux en congrès à Montréal? Ils étaient là à se faire courtiser par tous les camps, à apprendre à connaître des frères d'idéaux provenant des quatre coins du Canada, à refaire le monde autour de quelques bières jusqu'aux petites heures du matin. Si ça se trouve, Stéphane Dion doit peut-être son nouveau statut à une tournée de shooters! C'est beau, la démocratie.

N'empêche qu'il faut reconnaître que cette formule pour élire un chef est pas mal plus sexy que la formule par courrier adoptée par le Parti Québécois. Il me semble que les jeux d'alliances, la présence physique, l'électricité dans l'air, tout ça a manqué au PQ lors du couronnement de Boisclair. C'était comme suivre une course de chevaux en ne regardant que le départ et l'arrivée.

En fait, je n'aime pas quand les politiciens envahissent le domaine du spectacle. Mais quand eux-mêmes en donnent un, je trouve que ça ne fait pas de tort...


François Parenteau
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