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November 2006 - Messages
30 novembre 2006, 12:00
LA NATION schtroumpf
Voilà, c'est fait, la Chambre des communes vient de reconnaître que "les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni". La boîte de Pandore est grande ouverte et ça revole de partout. On pourra picosser là-dessus à l'infini parce qu'à peu près chaque composante de l'affirmation soulève des questions. Personne n'est certain de ce que "Québécois" veut dire, personne n'est certain de ce que "nation" veut dire, et personne n'est certain de ce que ça veut dire de préciser que tout ça est au sein d'un Canada uni.

Est-ce une simple constatation de l'état de fait actuel ou si c'est une condition? Est-ce que ça veut dire que, mettons qu'on fait l'indépendance, notre statut de nation se dissolverait, ouvrant ainsi la porte à tous les partitionnistes? Si c'est le cas, les Québécois sont donc en liberté conditionnelle. On se demande bien pour quel crime...

Et en plus du fait que tout le monde se demande ce que la résolution veut dire, presque tout le Canada anglais veut être rassuré qu'en réalité, ça ne voudra rien dire. Aussi bien dire que "les Schtroumpfs forment un schtroumpf au sein d'un schtroumpf schtroumpf". Ça aurait au moins le mérite d'être clairement flou.

D'abord, le mot "Québécois" ayant été conservé en français dans le texte anglais, on s'interroge. Ça laisse croire à une définition ethnique de la nation. Comme si le vocable "Québécois" venait remplacer "Canadien français". Les Acadiens ayant déjà été reconnus par le gouvernement fédéral, ça laisse les Franco-Ontariens et tous les francophones de l'Ouest comme étant en fait des "Québécois hors Québec", une forme de diaspora, en quelque sorte. Bizarre alors que beaucoup d'entre eux n'ont jamais mis les pieds au Québec.

La notion de "Canadien français" est pourtant une réalité socioculturelle. Ethniquement, je suis un Canadien français. On a tendance à l'oublier mais notre premier "nous" local, enraciné en Amérique, a été un "nous" canadien. Le mot "Québécois" recouvre en grande partie l'identité canadienne-française mais ce n'est pas un synonyme. Il y a des Canadiens français qui ne sont pas québécois. Et il y a des Québécois qui ne sont pas canadiens-français. C'est une identité politique et non pas ethnique.

Question à débattre: Dans l'éventualité qu'une "Équipe-Québec" puisse participer à la coupe du monde de hockey, pensez-vous que Marc Savard, un Franco-Ontarien, devrait faire partie de cette équipe? Ou pensez-vous que Scott Mellanby, un Montréalais anglophone, devrait s'y joindre?

Mettons que je vive en Chine. Mettons même que je sois né là de mes parents canadiens-français, que je parle chinois parfaitement, en plus du français québécois. Serais-je pour autant considéré comme un Chinois? Sinon, serait-ce une grave preuve de racisme ou de xénophobie à mon endroit? Et les Tibétains? Sont-ils des Chinois? Et s'il y a une nation ou un peuple tibétain, les Chinois qui vivent au Tibet (et Pékin s'assure qu'il y en aura de plus en plus...) sont-ils pour autant des Tibétains?

J'adore écouter la tribune téléphonique de Maisonneuve en direct à la Première Chaîne de Radio-Canada. Ce mardi, le sujet était, bien sûr, la nation québécoise. Avec cette question: Qui est québécois? Il y a eu plein de réponses intéressantes. La plupart faisaient valoir la belle grande définition civique, ouverte et pluraliste de la nation. Mais il y a un auditeur qui a affirmé que pour savoir vraiment qui était québécois, il fallait écouter une personne parler. Selon lui, Normand Brathwaite est québécois mais Dany Laferrière est haïtien. Liza Frulla est québécoise mais Alfonso Gagliano est italien. (Pour ma part, je pense qu'Alfonso Gagliano est d'abord un Libéral...)

Vous savez quoi? Je ne trouve pas ça si fou que ça. Je pense qu'il y a des nuances. L'accent peut être trompeur et il existe des hybrides. Vic Vogel, par exemple, est tout à fait québécois. Joël Le Bigot est un hybride. Personne ne remet en doute le concept de citoyenneté ici, qui est bien sûr ouvert et pluraliste. Il s'agit de définir un ensemble suffisamment cohérent pour former une entité qu'on identifie. Et la langue, la langue française telle que parlée au Canada, est un lien clair.

Or, il y a, dans le territoire de l'actuelle province de Québec, une large majorité de locuteurs de cette langue. Et oubliez la religion, les valeurs, la couleur; les immigrants qui s'intègrent parfaitement sont ceux qui en viennent à adopter cette langue, toute seule ou avec d'autres. Le seul territoire où cette langue a ce pouvoir d'attraction est le Québec. Ça en fait donc une nation, inclusive et légitime. Ça mérite d'être reconnu. Si la résolution de Harper ne fait que le laisser entendre, et même si c'est par pure politicaillerie, c'est déjà ça de pris.

Mais ce ne sera jamais aussi clair que quand nous l'affirmerons nous-mêmes.


23 novembre 2006, 12:00
Charlebois retrouvé
Robert Charlebois est sans doute l'artiste le plus symbolique de l'évolution du Québec des dernières décennies. (En passant, je n'ai pas du tout envie de parler de cette controverse sur ce que Charlebois aurait dit au sujet de la relève musicale au Québec. J'ai l'impression, comme Monique Giroux l'a dit en recevant le chanteur cette semaine, que c'est une balloune prise hors contexte et j'en ai un peu assez de cette mode du déchirage de chemise par médias interposés.)

Charlebois a été le premier chez nous à ploguer sa guitare sur l'Amérique, réveillant chez le public québécois une âme rock'n'roll qui ne s'est jamais démentie par la suite. Il a ensuite été l'un des plus brillants surfers de la vague nationaliste. Puis, il s'est perdu dans la mièvrerie pop des années 80, s'est laissé tenter par la franchouillardise du gros marché de nos cousins, est devenu complètement cynique sur la question nationale, s'est lancé en affaires en faisant mousser les ventes de bières à forte teneur en images patrimoniales pour ensuite vendre la business à un Ontarien et revenir à ses premières amours.

En chemin, le Garou original aura donc déçu beaucoup de monde politiquement, musicalement et même... industriellement! Mais le pire, c'est qu'on ne pouvait même pas lui en vouloir parce qu'il nous avait prévenus. Il nous l'avait dit qu'il n'était rien qu'un gars ben ordinaire, et de si belle façon...

Mais le revoilà, reconnecté sur sa bonne vieille drive avec en plus le sain recul face à tous ces détours. Ce qui me réjouit le plus, c'est d'entendre avec quelle candeur il avoue qu'il a dérapé pendant plusieurs années, qu'il a fait du mauvais stock, et de voir qu'il en rit aujourd'hui. Et avec quelle ouverture d'esprit il a travaillé avec la gang de La Tribu, en toute franchise, pour se remettre sur la mappe. On dirait que Charlebois ayant épuisé d'avance toutes les déceptions qu'il pouvait nous faire ressentir, il ne lui reste plus qu'à nous surprendre agréablement. Cette réconciliation est plus que bienvenue.

C'est bizarre mais ça m'a fait penser à Dédé Fortin. Dédé le perfectionniste torturé, qui prenait toutes les causes à coeur sans jamais lâcher. Admirable, certes, mais lourd à porter, on dirait. Et je me demande: si Dédé avait eu le courage de nous décevoir, de traverser un passage à vide, de faire, avec ou sans son groupe, du mauvais stock, d'aller faire minette aux Français, de ne plus être le symbole qu'il a été d'un bout à l'autre, peut-être serait-il encore ici aujourd'hui.

On devrait se dire ça chaque fois qu'un artiste qui nous a déjà fait triper nous déçoit. Attention, ne pas le "flusher" tout de suite, c'est peut-être juste une mauvaise passe...

SALUT, MARTINEAU

Ah, Richard Martineau. Celui que l'on aime détester. Dans mon entourage, peu de personnages médiatiques déclenchent autant les passions. Depuis mon arrivée au Voir, certains lecteurs m'ont même encouragé à jouer des coudes pour prendre sa place. Quelle n'était pas leur surprise quand je leur apprenais que c'était justement lui qui m'avait suggéré comme collaborateur au Voir...

Cela dit, j'avoue que, moi aussi, il m'a souvent fait bondir. Je trouve qu'il simplifie, qu'il caricature, qu'il joue à faire pomper le monde, et que, pour ce faire, il a souvent fait preuve de mauvaise foi. Mais je trouve surtout qu'il a du guts et que c'est rare. Je trouve aussi que c'est un homme curieux de tout, très ludique, et qu'il est un des rares à cultiver le sens du débat quasi sportif qui manque si cruellement ici, y compris dans les émissions de télé censées s'en faire une spécialité. Martineau s'est souvent décrit comme un esprit indépendant, en voulant pour preuve qu'il frappait à gauche comme à droite. Je pense que c'est avant tout une preuve d'agressivité. Mais ce n'est pas plus mal...

Bonne chance au Journal de Montréal. J'aurai désormais une raison de plus pour le lire sans l'acheter...

PRÉCISION SUR L'ENTREVUE DE DOMINIQUE POIRIER AVEC JUSTIN TRUDEAU

La semaine dernière, je déplorais le côté exagéré des emphatiques remerciements de Dominique Poirier à la fin de son entrevue avec Justin Trudeau. J'ai appris que ça tenait en grande partie à un effet de montage. L'entrevue originale était beaucoup plus longue et, dans la première partie, le jeune Trudeau y parlait des problèmes de maniaco-dépression de sa mère. Mais dans la version que j'ai vue, abrégée pour ne garder que l'aspect politique de la discussion, les remerciements sont restés. Hors contexte, ça en beurrait épais pour pas grand-chose, alors que c'était le ton approprié pour quelqu'un qui vient de parler d'un sujet intime et délicat. Ça ne change rien à ce que je pense de Justin Trudeau et de l'attitude des médias à son endroit, mais quand un élément de preuve s'avère ne pas en être un, il faut le retirer du dossier. Voilà qui est fait.

16 novembre 2006, 12:00
Ah nooooooooooon!
Ça me fait le même effet que quand la télé-réalité est arrivée au Québec. Une espèce de "Ah noooooooon!" impuissant. J'avais beau espérer de toutes mes forces que ça flope, au fond, je savais que ça pognerait. Nous le savions tous. Nous savions que nous étions d'ores et déjà condamnés à ce que ces concours de rien à la vacuité clinquante fassent partie de nos vies parce que tout le monde ne parlerait que de ça. Nous le savions que la psycho-pop de magazine pour jeunes filles en viendrait à étendre encore son territoire. Nous le savions que la machine médiatique allait se goinfrer sans vergogne de ce fast-food télévisuel à grands coups de convergence. Nous le savions mais nous ne pouvions rien faire.

Ce sentiment d'impuissance désolée me revient toujours quand survient une nouvelle donne qui va carrément dans le sens contraire de ce que j'aurais souhaité. Ça m'a fait la même chose quand Michaëlle Jean a été nommée gouverneure générale, quand Lynda Lemay s'est mise à pogner en France, quand Garou a signé avec Angélil. C'est la perspective de la lancinance. Comme un orgelet qui commence à se faire sentir sous la paupière. Vous le savez que ça va éclore, que ça va durer des jours, voire des semaines, mais vous ne pouvez rien y faire. Ça s'en vient.

C'est précisément ce sentiment qui m'inonde dès que je vois Justin Trudeau dans les médias. Ah nooooon! Je sais, je vais encore passer pour le séparatiste de service au Voir mais il fallait que ça sorte. Il faut absolument que je partage cet écoeurement anticipé. J'ai l'impression d'être le client d'un chauffeur de taxi incompétent et sourd. Je suis pressé, on prend un bout d'autoroute, je lui dis de prendre la prochaine sortie mais il la rate. Et nous voilà repartis pour un long détour. Je ne peux pas descendre en route. Je ne peux pas l'engueuler au point où il me débarquera au beau milieu de nulle part. Ah nooooooooon! Je ne peux que prendre mon mal en patience en regardant les minutes de retard s'accumuler.

Le jeune homme a déjà pour lui un nom, une gueule de vedette de cinéma, une façon de s'exprimer qui fait bien plus honnête et proche des gens que Boisclair. Et le voilà qui avoue franchement envisager de faire de la politique. Tout l'establishment libéral doit mouiller ses culottes.

Et, si jeune, tout le monde a déjà avec lui la déférence qu'on aurait envers un grand homme. Ce qui le place en situation avantageuse, lui permettant de faire preuve d'un charmant soupçon d'humilité ici et là. Cela ne fait qu'augmenter l'admiration qu'on lui manifeste, bien sûr. À la fin de son entrevue au Point, Dominique Poirier lui a dit: "Merci beaucoup d'être venu nous parler de tout ça. C'est très généreux de votre part." Généreux? Qui est généreux, ici? Le kid se fait offrir une tribune au Point pour torpiller le projet de reconnaissance du Québec comme nation, en profite pour se mettre encore plus sur la mappe et annonce déjà ce qu'il aimerait avoir comme ministère. Moi aussi, je pourrais être généreux comme ça...

Bien sûr, je suis biaisé. Mais au-delà du nom et de la bouille, il y a quelque chose de fondamental dans ses propos que je ne peux pas supporter. Dans bien des débats, et chez nous en particulier dans le débat constitutionnel, s'opposent ceux qui tiennent à réparer les erreurs et les crimes du passé, les effacer, les venger, les exorciser, les vaincre. Et ceux qui voudraient juste qu'on les oublie. En général, ce sont ceux qui ont commis les crimes et les erreurs et/ou qui en ont bénéficié. D'ailleurs, personne n'a le monopole de cette attitude, les Québécois francophones font largement la même chose avec les autochtones.

L'Histoire n'a plus la cote. Il faudrait faire table rase tous les cinq ans. Nouvelle administration. Mais voilà, l'Histoire a des conséquences qui ne s'arrêtent jamais. Elles s'estompent, peut-être, se diluent. Mais les oublier, c'est se condamner à ce que les mêmes crimes et erreurs se répètent.

Le peuple québécois a été conquis, ou en tout cas occupé, puis a été exploité et méprisé. On a ouvertement tenté - et largement réussi - de le minoriser. Les temps ont changé, bien sûr. On ne vit pas en Palestine, et les discours nationaleux qui font comme si c'était le cas me hérissent au plus haut point. Mais être une minorité politique a des conséquences. Sur la façon dont on reçoit nos immigrants, sur la confiance en soi des individus, sur le taux de désespoir, sur les performances des athlètes, sur mille et une choses.

Je crois pour ma part que seule l'indépendance peut mettre fin aux conséquences néfastes de cette Histoire. J'accueillerais volontiers les propos de fédéralistes qui suggéreraient de le faire à l'intérieur du Canada. Mais simplement se faire dire que ce sont de vieilles chicanes et qu'il faut regarder vers l'avenir, c'est simpliste et méprisant. En digne représentant de la presque seule famille véritablement d'identité canadienne au sens trudeauesque du terme, nul doute que le jeune Trudeau se croit quand il avance ses énormités. Et j'ai confiance qu'on verra tôt ou tard que c'est de la poudre aux yeux. Mais quand je vois que nos médias embarquent servilement au service de sa légende naissante, je me dis que ça pourra encore faire illusion un autre 10 ans...

Ah nooooooooooooooon!

9 novembre 2006, 12:00
Crise de foi
Des fois, j'ai le goût de me partir une religion.

Pas pour les économies d'impôts (quoique...), pas non plus pour faire construire des fumoirs au nom de l'accommodement raisonnable. Non, c'est que je me dis que pour contrer l'influence grandissante des religions obscurantistes, passéistes et sexistes, la raison seule ne suffit pas, l'État de droit non plus. C'est trop mou, pas assez partisan, pas assez mobilisateur. Voyons les choses en face: cette intangible chose qu'est l'air du temps semble venter de plus en plus en direction des intégrismes en tout genre. Ce n'est plus l'adage "Faut le voir pour le croire" qui règne, règle d'or du scepticisme. C'est maintenant l'heure du "Faut le croire pour le voir", propre aux Bush comme aux Ben Laden de ce monde. Comme il fallait d'abord croire à la présence d'armes de destruction massive en Irak pour les voir...

De toutes parts, les traditions séculaires reculent devant les exigences communautaristes. Les litanies qu'on entend de plus en plus souvent dans les lignes ouvertes et dans les discussions avec les chauffeurs de taxi ressemblent à celles-ci (il y a deux variantes):

"Au Québec, on a tout laissé tomber de notre tradition catholique, et maintenant, on laisse faire n'importe quoi à des religions bien plus rétrogrades et on n'a plus de base pour résister", dans le cas des nostalgiques du Temps d'une paix qui disent en somme: "Je vous l'avais bien dit" à leurs cadets baby-boomers.

Et on entend aussi: "Au Québec, on s'est battu pour se libérer du joug religieux, pour créer une société égalitaire et inclusive, et on se laisse maintenant imposer des reculs inacceptables sous prétexte d'ouverture à l'Autre", provenant de tous ceux qui auraient souhaité que les valeurs du Québec moderne établissent un creuset plus efficace et qui craignent la montée de ghettos communautaristes qui réduisent peu à peu le territoire du pays qu'ils ont rêvé, avant même qu'il n'advienne.

Mais, sérieusement, on ne pourra pas plus revenir à plus de foi catholique de la part de la majorité qu'on ne pourra exiger moins de zèle des pratiquants d'autres religions. D'où l'idée d'inventer une alternative. Mais pas une secte à la Raël où il faut se regarder l'anus dans un miroir, une vraie religion, nouvelle et améliorée, ploguée sur les valeurs de son temps. Luther l'a bien fait à son époque. Et le Népal a fusionné l'hindouisme et le bouddhisme pour mettre fin à la chicane sur son territoire.

Pourquoi alors ne pas fonder quelque chose de nouveau pour occuper les merveilleuses églises qui jalonnent tout notre territoire au lieu d'en faire des condos? Garder les beaux principes de base de la religion catholique, "scrapper" quelques vieilleries, ouvrir les portes à tous. Ce n'est pas au Bloc que le curé Gravel aurait dû aller. Il aurait dû faire sécession d'avec Rome et partir son affaire...

Il aurait pu s'inspirer des Juifs qui, au-delà des fêtes qui renvoient à la croyance en Dieu, ont des fêtes qui commémorent des moments dans l'histoire de leur peuple. Lors de la fête de Souccot, par exemple, ils font des cabanes sur les balcons pour se souvenir de l'exode dans le désert. Ça, je trouve ça plutôt séduisant. C'est donner vie à l'histoire, se connecter au passé qui nous a façonnés.

Qu'est-ce que ça pourrait donner ici? Je me souviens, pendant les grosses pannes d'électricité du Grand Verglas, d'avoir passé dans un bar une soirée inoubliable. Les chandelles avaient remplacé l'éclairage, on ne servait plus que du fort puisque le frigo ne marchait plus et qu'un bac de glace n'aurait pas suffi à garder la bière au froid assez longtemps, et un client pianiste s'était mis à l'oeuvre pour remplacer le système de son et mettre un peu d'ambiance. C'était vraiment charmant.

Tout à coup, l'électricité est revenue. On a donc rallumé les lumières, le pianiste est retourné rejoindre ses amis et le bar a repris sa vie normale. Mais au bout d'un moment, tout le monde a fait la même constatation: on se privait d'un moment spécial. Le proprio a donc éteint les lumières et le système de son, un autre pianiste s'est installé au piano et la soirée sans électricité a repris son cours.

Pourquoi ne pas reprendre l'idée une fois par année, un jour ou même une fin de semaine complète, de préférence au début de l'hiver pour qu'on s'en rende vraiment compte mais pas dans les grands froids pour pas qu'on souffre trop? D'abord, il y aurait un côté pratique. Ça nous forcerait à avoir des chandelles au cas où une vraie grosse panne surviendrait. Ça jouerait un peu le rôle d'un exercice de feu. Ce serait l'exercice de panne. Mais surtout, ça nous ploguerait sur notre histoire, ça nous ferait comprendre comment vivaient nos ancêtres, comment ils arrivaient à s'amuser. Et c'est ouvert à tous.

Comme ça, au lieu d'en être réduit à demander à d'autres cultures de modérer un peu leurs transports religieux, on pourrait essayer de les convertir...

Mais bon, j'ai beau trouver ça logique, le problème, c'est que je n'y crois pas, moi non plus...

2 novembre 2006, 12:00
Halloween politique
Le débat constitutionnel est revenu! C'est le zombie de la politique canadienne. On le croit mort et il sort de sa tombe pour nous courir après. Et on a beau courir à toute vitesse pour le fuir, dès qu'on se retourne, il est juste là derrière nous. Pourtant, on dirait qu'il n'avance pas, qu'il ne fait que se traîner en perdant des morceaux. Mais il est indestructible.

Ce qu'il y a de nouveau, cette fois, c'est que c'est un libéral fédéral qui a ouvert le cercueil. De la part des conservateurs ou des néo-démocrates, on pouvait comprendre. C'était le nanane qu'ils acceptaient de donner pour percer au Québec. Mais que Michael Ignatieff sente le besoin de recourir à la même stratégie, ça en dit long sur l'état du Parti libéral du Canada au Québec.

En passant, il s'est dit beaucoup de choses sur le passage d'Ignatieff à Tout le monde en parle. Et sur Chevrette aussi. Dans un cas comme dans l'autre, on a accusé Guy A. de manquer de mordant, de ne pas mettre ses invités face à leurs contradictions. Je suis d'accord. Mais permettez-moi d'émettre une hypothèse. Si Tout le monde en parle se forge tout de suite une réputation de tribunal d'inquisition politique, plus aucun politicien le moindrement sur la sellette n'acceptera d'y aller. Et on se retrouvera avec une autre émission de plogues de vedettes. Nos politiciens sont frileux, on ne les contredit pas souvent. Je comprends Guy A. Lepage et son équipe de vouloir d'abord établir l'habitude avant de développer un mode d'échange plus relevé. La technique du pusher, quoi. On commence par accrocher la clientèle avec du petit stock ben doux, et une fois qu'ils ne peuvent plus se passer de la tribune, là, on les coince. Mais malheureusement, le Québec politique n'en est pas encore là.

Tout de même, en faisant l'unanimité sur le plateau de Tout le monde en parle, Ignatieff a déclenché tout un cataclysme au Canada anglais. Reconnaître le Québec comme une nation, quelle idée! Pierre Elliott Trudeau doit tellement se retourner dans sa tombe qu'Hydro-Québec devrait songer à y installer une turbine. D'ailleurs, son cher fiston, qu'on nous mitonne comme le prochain grand Canadien, a été prompt à se prononcer contre l'idée. Tout comme Bob Rae et Stéphane Dion, qui espérait bien pouvoir remettre le Parti libéral sur pied au Québec sans passer par cette stratégie de tous les périls. Mais le processus est maintenant enclenché. Refuser de reconnaître le Québec comme une nation, ce sera perdre des votes au Québec, et ultimement donner du gaz aux souverainistes. Et le faire risque de coûter des votes à l'extérieur du Québec.

Et puis, si on accepte de dire que le Québec forme une nation, un jour, il faudra bien préciser ce que ça veut dire en termes concrets dans le fonctionnement du Canada. Est-ce que ça veut dire qu'il peut avoir sa propre équipe de hockey au Championnat du monde? Et aux Olympiques? Est-ce que ça peut empêcher de brandir la menace de la partition advenant un Oui à l'indépendance? Est-ce que ça peut forcer à régler le déséquilibre fiscal? Si les Québécois y tiennent tant que ça, au statut de nation, ce doit être qu'il y a quelque chose de rattaché à ça... Alors qu'à ne rien dire, à continuer d'y aller à la pièce, on peut aller chercher des votes à chaque élection.

Et c'est drôle comment les premiers à dénoncer le nationalisme quand il s'agit de celui du Québec sont les premiers à le célébrer quand il s'agit de celui du Canada. Comme le beau Justin l'a dit, c'est un débat du 19e siècle. Ben oui, ben oui... Mais l'idée d'un Canada séparé des États-Unis, ça, c'est un concept brillantissime, indiscutable. C'est formidable comment toute rationalisation est acceptable quand il s'agit de justifier ce qui existe déjà. Ça donne à celui qui énonce ces idées la belle image d'être sûr de lui, pondéré, "présidentiable", alors que ça ne tient à aucune logique, au fond.

Mais ça rejoint un peu ce que Jean Charest a dit cet été, en France. Ben oui, le Québec a tout ce qu'il faut pour former un pays. Mais est-ce que ça vaut le coût? Is it worth the trouble? Je suis sûr qu'une majorité très claire de Québécois aimerait que le Québec soit déjà indépendant. On ne veut juste pas être pognés pour faire la job. Mais c'est tout de même une nouvelle étape dans le discours fédéraliste, une sorte d'amincissement de leur territoire. Avant, ils pouvaient faire peur, dire que le Québec s'effondrerait sans le Canada. Maintenant, ils ne peuvent plus dire ça. Le Bloc sauterait sur l'occasion. C'est la politique du trick or treat. Donnez-nous des bonbons ou on va vous faire peur, on va vous voler des votes et vous condamner à former des gouvernements minoritaires jusqu'à la fin des temps.

On peut haïr ça, mais faut quand même reconnaître que ça a marché...

François Parenteau
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