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Impertinences
Impertinences
September 2006 - Messages
28 septembre 2006, 1:36
Rappelons-nous des défusions...
Comme ça, Jean Charest et son parti Libéral remontent dans les sondages? Est-ce possible que le Québec l'ait détesté trop fort trop vite et que cette énergie s'épuise maintenant? Charest a agi en bon politicien. Il a fait tous ses mauvais coups dès le départ et s'est gardé une marge pour les cadeaux vers la fin. Les réductions drastiques dans les droits de coupe, l'équité salariale, en plus d'une prompte réaction aux propos de miss Wong... Soudain, "libérez-nous des Libéraux" résonne avec un écho plus lointain... Mais rappelons-nous des débuts. Rappelons-nous seulement des défusions. On le constate aujourd'hui, à Longueil et sur l'Île de Montréal, les solutions proposées ont créé un inextricable fouillis qui mécontente tout le monde. Nous prouvant que la promesse de permettre les défusions était un des moves les plus irresponsables des derniers gouvernements. Et je me demande, moi, s'il n'y a pas autre chose derrière les défusions qu'une simple stratégie électoraliste misant sur l'esprit de clocher. Est-ce que Charest, qui, rappelez-vous, a été envoyé au Québec pour sauver le Canada, n'a pas voulu par là donner une base légale aux partitionnistes de l'Ouest de l'Île? En tous cas, j'aimerais qu'on talonne Charest là-dessus. Il a tout à fait le droit d'être fédéraliste, bien sûr. Mais soutenir la partition, ou seulement permettre à ce mouvement de s'installer, c'est travailler contre les intérêts du Québec. Un premier ministre du Québec fédéraliste devrait avoir à coeur, tout de même, que le Québec ne soit pas déchiqueté advenant que l'indépendance se fasse. Et j'aimerais savoir à quelle enseigne M. Charest loge...
28 septembre 2006, 12:00
Michaëlle et moi
J'ai déjà été amoureux de Michaëlle Jean. Secrètement, sans trop me l'avouer. Mais chaque fois que je la voyais aux nouvelles, je poussais un petit "mmmm" attendri. Et puis, comme souvent quand on est physiquement séduit, on trouve vite d'autres qualités. Je la voyais plus militante que bien d'autres journalistes, laissant poindre, il me semblait, une identité très québécoise. Ce qui, provenant d'une immigrante, était d'autant plus réjouissant. J'ai remarqué, entre autres, qu'elle parlait de prisonniers politiques quand elle parlait des ex-felquistes.

D'ailleurs, je l'ai déjà croisée. C'était à l'occasion du 30e anniversaire de L'Osstidcho, au Quat'Sous. Je tenais le rôle d'Yvon Deschamps dans le spectacle L'Osstidcho en rappel. Elle était la présentatrice. On avait jasé en coulisses. De la voir près de moi, en chair et en jambes, m'aidant avec toute sa chaleur et son sourire à surmonter un trac épouvantable (imaginez, incarner Yvon Deschamps devant Yvon Deschamps et tout le gratin artistique...), mettons que ça n'avait rien fait pour m'aider à décrocher. Wow!

Et quand j'ai fait le monologue Nigger black, au moment de dire: "On avait ôté les culottes de sa p'tite soeur pour voir si à l'avait les fesses blanches! Moé, c'est mon frére qui m'avait dit ça, mais c'est pas vrai pantoute, ça...", je me suis tourné vers elle, assise dans la première rangée, lui demandant du regard de confirmer qu'elle n'avait pas les fesses blanches. Elle faisait déjà non de la tête avec un large sourire, comme si elle avait deviné que je me tournerais vers elle, et tout le monde était parti à rire...

Bref, j'ai déjà cruisé l'actuelle gouverneure générale du Canada pendant toute une soirée. Et de nos conversations, du contexte, des amis qu'elle avait dans le milieu et de ce que je savais d'elle, j'étais persuadé qu'elle était indépendantiste. Tellement qu'au moment de la course à la succession de Bernard Landry, lors d'une chronique à Joël Le Bigot, j'avais suggéré son nom comme candidate. C'était à moitié une blague mais il y avait quand même quelque chose là. À défaut d'avoir une vraie chance personnellement, je me disais qu'on pourrait au moins être politiquement proches. J'avais écrit: "... ils seraient mal pris, ceux qui aiment bien accuser le mouvement indépendantiste d'être raciste."

D'après ce que j'ai pu savoir, j'étais loin d'être le seul à la croire "de notre bord". Mais quelques mois plus tard, la claque dans la face: elle acceptait le poste de gouverneure générale du Canada!

Alors là... La déception politique s'est mêlée à la déception personnelle. Je me suis senti floué, trahi, presque personnellement. Tout ça a beau être du domaine du fantasme, je pense que ça explique, symboliquement, la force de la réaction de beaucoup de Québécois aux déclarations de Michaëlle Jean. Imaginez, vous tentez de séduire une fille, elle semble vous ouvrir la porte, vous avez de l'espoir, et soudain, la voilà qui se matche avec votre plus grand rival, qui est en plus votre boss...

Et puis, elle minimise votre flirt, disant à tout le monde que vous n'avez jamais eu aucune chance avec elle. Ça fait mal. Et ça s'aggrave. Si elle s'était contentée de prendre la job pour le prestige et les voyages, vous auriez pu maugréer dans son dos et laisser passer son mandat de mascotte. Mais elle en rajoute, passant son temps à vous faire la morale, dans la limousine du boss, à vous dire que c'est vous qui êtes méchant avec lui, que vous devriez l'accepter, devenir son ami. Tout ça enrobé d'une rhétorique de vendeuse de toutous qui est sans doute ce qui vous déçoit le plus. De vous-même, finalement. Comment avez-vous pu ne pas voir d'avance cette insoutenable légèreté de l'être? Ce mélange d'ambition personnelle et d'hypocrisie politique qui la fait se plonger dans les contradictions comme s'il s'agissait d'un bain de mousse. L'indépendance, c'est bon pour Haïti mais pas pour le Québec. Les "Canadiens qui vivent au Québec" (on n'est même plus des Québécois, remarquez...) devraient s'ouvrir au Canada. Alors que le Canada anglais nous insulte ou nous ignore régulièrement, mais là-dessus, pas un mot.

Et si vous réagissez autrement qu'en cocu content, que vous contestez, que vous laissez paraître votre frustration, vos réactions serviront à nourrir ceux qui, dans son camp, ont intérêt à vous faire passer pour un raciste et un intolérant. Elle qui aurait pu être un symbole de l'inclusivité des indépendantistes ou qui, en restant neutre, aurait au moins illustré le fait que la société québécoise francophone est ouverte à la diversité, la voilà qui sert maintenant de provocation pour faire croire à notre fermeture d'esprit. Le rêve s'est transformé en cauchemar.

Maintenant, chaque fois que je vois Michaëlle Jean parler, ça sort tout seul. Je ne l'écrirai pas ici, mais c'est le mot de tout amoureux éconduit.

Désolé, Michaëlle. Tu m'as trop déçu.


27 septembre 2006, 6:20
Wong et la caricature
Comme ça, il paraît que Jan Wong n'a pas aimé la caricature que Garnotte a fait d'elle dans le Devoir. Elle a trouvé que le dessin lui faisait de trop grosses dents et se moquait de ses traits asiatiques, ce qui était raciste... Décidément, Madame Wong voit du racisme partout quand il s'agit du Québec. Ça prouve qu'elle n'a aucunement l'intention de s'excuser puisqu'elle pense vraiment ce qu'elle a écrit à propos de Kimveer Gill et de la loi 101. Tellement qu'elle en rajoute! Mais à tous ceux qui ont réagi en envoyant des menaces à la journaliste du Globe & Mail, je n'ai pas de félicitations à faire. C'est pas parce que quelqu'un nous caricature de façon choquante qu'on est obligé de se mettre à ressembler à la caricature...
26 septembre 2006, 5:52
Briser les solitudes
C'est la devise de Michaëlle Jean. Elle nous l'a rappelé, récemment, en invitant les Québécois à redécouvrir le Canada. Je veux bien m'ouvrir à l'Alberta mais, comme le dit si justement Lysiane Gagnon aujourd'hui dans la Presse, la géographie fait obstacle. Et le climat. Quand on prend des vacances, tant qu'à payer très cher un billet d'avion ou de train ou de dépenser une fortune en essence, on va aller se chercher du soleil, ou à tout le moins du dépaysement. Et puis, il faudrait que l'intérêt et l'ouverture soit un tant soit peu mutuels. Si, dès que je parle de mes convictions profondes à une nouvelle connaissance de Toronto, ça finit en bataille générale, je vais aller ailleurs. C'est sans doute pour ça que ni Katimavik, ni Culure-Choc, ni les marches d'amour subventionnées, ni tout autre programme de propagande et de nation-building n'a eu pour effet de déclencher un embrasement d'amitié entre le Québec francophone et le reste du Canada. Et n'y changeront rien à l'avenir non plus. Et si l'objectif de briser des solitudes est louable, de toutes façons, les plus désolants clivages qui existent entre différentes communautés sont-ils vraiment ceux qui existent entre les provinces ou les grandes régions du Canada? Il y a, dans l'Ouest de l'Île de Montréal, des anglophones qui n'ont jamais dépassé le stade Olympique vers l'Est et encore, ils se forçaient. Et il y a des Gaspésiens qui ont la trouille de s'imaginer déambuler à Montréal. Des gens de Québec qui n'ont aucune idée qu'il y a des anglophones bilingues et sympathiques. Et que dire de plusieurs communautés issues de l'immigration qui, en dehors de leur quartier de Montréal, ne connaissent rien du reste du Québec et ont l'impression que le français qu'on leur impose est une sorte d'inside joke? Et c'est sans parler des préjugés qu'une bonne part des Québécois entretiennent à l'endroit des autochtones. À l'heure des accommodements raisonnables qui n'en ont pas toujours l'air, il serait peut-être souhaitable de mieux se connaître entre voisins immédiats avant de tenter de donner un semblant de réalité à cette fumeuse théorie d'un Canada uni. Moi, c'est drôle, quand on me parle de mon "pays réel", c'est à ça que je pense. Michaëlle Jean aurait peut-être été utile comme Gouverneure Générale de Montréal. Mais pour le Canada en entier, elle a vraiment atteint son niveau d'incompétence...
25 septembre 2006, 12:20
Le Dr.Z rit de nous
J'haïs quand la pub nous prend pour des imbéciles, ce qui arrive souvent. La dernière qui m'a fait bondir, c'est celle de Chrysler où le fameux Dr. Z, chef de Chrysler, répond à une question d'un groupe d'enfants sur l'aspect environnemental de ses véhicules en leur présentant 3 VUS plein de bouette mais qui fonctionnent avec un moteur qui relâche beaucoup moins d'émanations. Un moteur DIESEL! Même pas hybride. Et ce sont de gros véhicules énergivores qu'on nous présente, pas de petites voitures économiques. Dans la pub, on est censés trouver drôle le fait que les trucks soeint pleins de bouette alors que le moustachu président affirme qu'ils sont les VUS les plus propres que Chrysler ait conçu. À la fin, il dit aux enfants qui le regardent, médusés: "C'est une blague". Mets-en que c'est une blague!
24 septembre 2006, 5:28
machines 17, tueurs fous 1
Vous avez vu l'annonce de la CSST où un gars se fait écraser la main par sa machine? Vraiment épouvantable et pourtant, tellement réaliste. Mais surtout, passé la réaction d'horreur initiale, il y a les chiffres qui m'ont laissé bouche bée. 37 accidents de travail par jour! Tous ne sont sûrement pas aussi graves que celui que montre la publicité mais quand même. Je suis allé voir sur le site de la CSST On y apprend plus de détails, notamment que les accidents de travail font au Québec 17 morts par année. 17 morts! On capote pour un tueur fou qui fait une victime. On a vécu un traumatisme national pour un autre fou qui en a tué 14, une fois. Or les accidents de travail tuent 17 personnes PAR ANNÉE! Et on en n'entend presque pas parler. Sans rien enlever à la souffrance des victimes de ces actes, il y a comme un déséquilibre dans la couverture médiatique, c'est le moins qu'on puisse dire... Et tout ce temps qu'on prend dans les médias à analyser d'où vient cette violence, à théoriser sur les causes sociales qui pourraient la faire surgir, à se demander pourquoi. Pendant ce temps, il y a une violence dont on connaît très bien la cause. C'est l'appât du gain. La course à la productivité. Est-ce que notre fascination pour la violence inexplicable ne sert pas, quelque part, à nous détourner de celle qu'on peut expliquer mais qu'on préfère ne pas voir parce que ça nous remet en question? Le tueur fou est une aberration. On le regarde comme un phénomène de cirque, comme un film d'horreur. Mais l'accident de travail est le dommage collatéral de notre économie. Si on faisait un spécial aux nouvelles chaque fois qu'un travailleur se fait écrapoutir par une machine, les gens finiraient par se révolter contre ceux qui refusent d'investir pour rendre les machines plus sécuritaires. Et ça, ça ralentirait l'économie... Remarquez, on pourrait aussi agir plus positivement. Je sais bien que ça fait des nouvelles qui punchent moins mais le site de la CSST nous fait aussi découvrir les nombreuses innovations apportées par des entreprises québécoises en matière de santé et de sécurité au travail dans toutes les régions du Québec. Dans mon livre à moi, ça fait plus pour me faire apprécier une entreprise que n'importe quelle campagne de publicité. Mais faut fouiller parce qu'on ne nous en parle pas beaucoup.
24 septembre 2006, 4:27
Brave Michaëlle!
Michaëlle Jean doit être restée souverainiste. Elle est une taupe au service de l'indépendance du Québec. Parce qu'à lire les arguments qu'elle a amené pour faire la promotion du fédéralisme, comme son poste de mascotte nationale le lui demande, je me dis qu'il ne peut pas en être autrement. Ainsi, le Québec aurait un peu trop tendance à s'ouvrir sur le monde et à négliger ses liens avec le Canada. On trippe un peu trop Paris, Amsterdam, Londres, New-York, Los Angeles, Katmandou, Bangkok et pas assez Toronto, Vancouver, Halifax, Saskatoon. Le hockey, le football canadien, la météo de Radio-Canada, Katimavik, les minutes du patrimoine et les manuels fédéralistes dans les écoles, ça ne suffit pas. Il faudrait d'autres programmes pour nous détourner de notre intérêt malsain envers le reste du monde et nous recentrer sur le Canada, notre seul "pays réel". Subtilement, la représentante de la Reine fait ainsi échec à tous les fédéralistes qui accusent le Québec d'être une petite société fermée et repliée sur elle-même. Merci. À ce qu'on a pu voir récemment, le Canada a bien besoin de se faire expliquer le Québec par des personnes qui le connaissent bien.
22 septembre 2006, 11:55
Maher Arar
J'ose à peine imaginer ce que Maher Arar a du endurer. De tous les crimes humains, la torture est celui qui me donne le plus de frissons d'horreur. Mais il y a quand même un cas où j'irais presque jusqu'à dire que je suis en faveur de la torture. Chaque personne responsable du fait qu'un être humain a été torturé devrait goûter à exactement la même médecine. Ils y penseraient à deux fois avant de le faire... Et présentement, il y en a, au Canada, qui sont responsables de ça, et que personne n'inquiète. C'est ben beau chiâler contre les américains, Guantanamo et tout ça. Mais un citoyen canadien a été torturé en Syrie et il n'y a pas de marche dans les rues pour demander que les responsables paient pour ça. Il paraît même qu'il y en a un à la GRC qui a été promu! Est-ce que ça aurait été différent si le citoyen s'était appelé Johnson ou Bélanger?
22 septembre 2006, 11:42
L'indigeste Wong
Comme ça, Jan Wong est la fille de Bill Wong? Le scandale politico-journalistique de l'heure se double donc d'une dimension psychotronique. En tous cas, on pourra dire que la famille se spécialise décidément dans l'indigeste... Reste que la publication du torchon raciste de madame Wong dans le Globe & Mail aura créé une vague sur laquelle tous nos politiciens s'amusent à surfer. Charest a été magnifique et aura sûrement scoré bien des points auprès de l'électorat québécois nationaliste mous dans son idignation. Même chose avec les virulents reproches de Harper. On peut tout de même supposer que la réaction était honnête dans le cas de Charest. Pour Harper, ça sent plus l'opportunisme. Le Premier Ministre à la tête de bonhomme Playmobil a déjà été un ardent pourfendeur de la loi 101. L'affaire est allée jusqu'à provoquer une motion de blâme unanime à la Chambre des Communes. Le Canada politique dans son entier prend la défense du Québec. Aussi d'accord puis-je être avec la condamnation des propos de madame Wong, je me demande quand-même si c'est la job du Parlement de condamner les propos d'une citoyenne. Rappelez-vous l'affaire Michaud. Et le Parlement fédéral aura beau pousser les hauts cris à l'unisson, Jan Wong et le Globe & Mail auront beau s'excuser (ce qu'ils n'ont même pas fait!), reste que bien du monde dans son lectorat la croient. Cette façon de penser démontre bien ce qui ne marche pas avec le Canada. Ce pays est artificiellement uni comme l'Allemagne était autrefois artificiellement divisée. Des puissances étrangères avaient tenté de faire croire qu'il y avait deux peuples où il n'y en avait qu'un seul. Ici, on tente de nous faire croire qu'il n'y en a qu'un alors qu'il y en a deux. À coups de commandites, de propagande dans les écoles, de nation-building radio-canadien et de déclarations politiques opportunistes. Mais la duplicité d'une large part des fédéralistes anglophones finit toujours par ressortir. Dès qu'on menace de partir, ils nous disent "On vous aime, vous êtes une composante fondamentale du Canada et le français n'est pas menacé, vous avez la loi 101." Mais une fois que tout est tranquille, qu'est-ce qu'on entend? "Vous êtes une bande de racistes (ce qui est, en soi, une affirmation raciste), vous êtes un mal que seul votre appartenance au Canada peut contenir et si vous pouviez flusher la loi 101 au plus vite, ça irait pas mal mieux." Quelle hypocrisie...
21 septembre 2006, 12:00
De Jan Wong à Benoît XVI
C'est la première fois que je trouve qu'un Pape est "in". Je ne dis pas qu'il a raison; en fait, je ne suis même pas sûr de comprendre ce qui s'est passé pour déclencher pareil déferlement de foules musulmanes en colère. Vous avez lu sa déclaration intégrale à Ratisbonne? Mettons que pour mettre le feu aux poudres à ce point-là avec une analyse théologique si obtuse, il fallait quelqu'un pour souffler sur la flamme, mettre du gaz dessus, et peut-être même y aller d'un petit coup de briquet pour être sûr que ça prenne... Et tout ça jette aussi une nouvelle lumière sur la crise des caricatures danoises.

Et le pire, c'est que le Pape ne peut pas s'excuser. S'excuser, c'est reconnaître qu'on a eu tort et le Pape n'a jamais tort puisqu'il est infaillible, par définition! Il ne peut que regretter, à la limite dire qu'il a été mal cité ou pris hors contexte, donc renvoyer la faute à d'autres, ce qui ne fera qu'empirer la situation. Ça me rappelle cette délirante entrevue avec le Pape qui est sur le disque de Ding et Dong. C'est le numéro d'où vient l'expression "Kin toé!" qui a été dans les années 80 ce que le "Cassé!" de Brice de Nice est aux années 2000. Ding demande au Pape-Dong (je cite de mémoire, je n'ai plus rien pour faire jouer mes vinyles...)

-Comme ça, vu que t'es infaillible, toi, si tu contes une joke, c'est sûr qu'a va être drôle?

-Oui, mais toi, t'es pas infaillible, faque ça se peut que tu la pognes pas.

Évidemment, c'est plus compliqué de dire à des millions de musulmans qu'ils ne savent pas prendre une joke...

Mais pour revenir au discours de Ratisbonne, Benoît XVI y oppose Foi et Rationalité. Et ça, c'est un excellent filon. Mais pas seulement concernant l'Islam. Parce qu'au fond, c'est ça le grand clash de notre ère. Pas celui de "civilisations" ou de la démocratie face à la barbarie, ni même entre des religions à proprement parler. C'est la rationalité qui, de toutes parts, est attaquée par des croyances, comme une Amérique originelle peu à peu conquise par les impérialismes anglais, espagnols, français et portugais.

La foi islamique, la foi capitaliste, et d'autres croyances, se disputent le terrain. Et si je trouve que le Pape a raison d'aborder cette question, ça ne veut pas dire que je pense qu'il est dans le camp des "bons" pour autant. Quand il continue d'interdire l'utilisation du condom, ce qui contribue à la surpopulation et à la propagation du VIH-Sida, je ne crois pas que le Pape mette sa foi bien avant la rationalité. Ça a beau frapper moins fort, ça aussi ça fait des morts.

Il y a aussi des fronts plus locaux. On en a vu un exemple cette semaine quand, en réaction à la tuerie de Dawson, une journaliste du Globe and Mail, Jan Wong, a interprété le fait que, comme les trois dernières fusillades à avoir eu lieu au Québec avaient été le fait d'individus qui ne sont pas des "pures laines", il fallait y voir la preuve d'une aliénation de leur part et que cette aliénation était provoquée par la répression linguistique de la loi 101.

Cette journaliste, comme bien d'autres Canadiens anglophones, a la Foi toute canadienne que son univers culturel est foncièrement bon et que tout ce qui en diffère doit cacher quelque chose de croche. Elle a donc vu ce qu'elle voulait bien voir dans le geste de Kimveer Gill. Si ça avait été un Tremblay-Gauthier qui avait fait feu sur la foule, elle y aurait vu la preuve que le Québec francophone porte le gène de la violence. Mais là, c'est un "non pure laine". Alors c'est encore la faute des méchants francophones qui l'ont "fucké" dans sa tête en l'obligeant à lire "Arrêt" au coin des rues. C'est une démarche intellectuelle complètement irrationnelle, partisane, aveuglée par des mythes qui n'ont aucune base. Ce n'est pas un article de journal, c'est un prêche.

À la blague, entre amis, on se disait pour répondre à l'article que c'était plutôt la preuve que les anglophones et les autres "ethniques" sont plus violents que les pures laines et qu'il faudrait tous les déporter. C'est le même genre d'exercice, sauf que nous, on niaisait.

Moi aussi, quand je vois des musulmans brûler des croix et des effigies du Pape, ça me donne froid dans le dos. Et je me demande si le Pape n'a pas raison de laisser sous-entendre que l'irrationalité menant à la violence fait partie de la religion musulmane. Les images que je vois à la télé semblent le prouver. Mais je me demande aussi si la généralisation qu'on fait à leur endroit est du même acabit que celle que les Jan Wong de ce monde font sur notre dos.

Bien sûr, il faut réagir. Mais en rétablissant les faits, en démontrant l'absurdité du raisonnement, en expliquant encore, une millionième fois, ce que nous sommes. Parce que si on se ramassait tous dans la rue à brûler des Globe & Mail, je ne suis pas sûr qu'on se rendrait service...

20 septembre 2006, 11:23
Complot théologique?
Juste pour le fun, un peu de paranoïa appliquée concernant les réactions de l'Islam face aux déclarations du Pape à Ratisbonne. Jusqu'à maintenant, l'occident catholique embarquait pas mal moins dans la croisade anti-terroriste telle que menée par le gouvernement Bush que les pays anglo-saxons largement protestants. Or cette histoire a tout pour "unifier" les chrétiens contre l'Islam, et vice-versa, ce qui fait le jeu autant des terroristes que des va-t-en-guerre occidentaux. Mais pour que la rue musulmane s'embrase comme si on venait de suspendre 500 Maurice Richard pour une déclaration aussi tarabiscotée, il fallait que quelqu'un la fasse spinner d'ablomp. Ça sent Ben Laden... D'ailleurs, en voyant de tels déchaînements de haine pour des questions de religion, je me dis que les athées devraient être plus actifs. On est là à parler du respect des religions, à s'excuser pour tout ce qu'on a dit ou pensé de travers, à faire de l'accommodement raisonnable avec des croyances et des pratiques qui sont tout sauf raisonnables, qui nient souvent l'égalité de l'homme et de la femme, qui sont même souvent contraires aux valeurs suprêmes de l'humanisme, et il faudrait respecter tout ça sans rien dire? Ni paradis, ni 40 vierges, ni réincarnation dans une caste supérieure. On est tous pognés ensemble ici sur la même planète alors, est-ce qu'on pourrait s'arranger pour que le passage soit le plus agréable possible?
20 septembre 2006, 10:40
Trop?
J'avais écrit que moi aussi j'étais choqué devant le drame qui s'est déroulé au collège Dawson. Et que je comprenais qu'on fasse la une avec ça. Mais je me demandais s'il fallait en parler à ce point là? Est-ce que l'importance qu'on accorde dans les médias à ce genre de geste ne contribue pas à en inciter d'autres? Les tueurs doivent s'imaginer les grands titres dont ils feront l'objet. Ça doit jouer, quand même. C'est comme pour les suicides. À un moment donné, on a arrêté de parler des gens qui se tuaient dans le métro parce que, le lendemain, il y en avait 3 pour répéter le geste. Est-ce que ce ne serait pas la même chose (avec un plus long délai) pour les tueries d'école? Et puis, au moment d'envoyer tout ça sur le blogue, mon texte a disparu et je ne l'ai pas retrouvé. Ça a donné ce blogue vide. Et comme je trouvais déjà que cette histoire prenait trop de place dans les médias, je me suis dit que ce serait ma minute de silence...
15 septembre 2006, 3:00

14 septembre 2006, 12:00
Le courage de nos lâchetés
Montrez-moi une vertu, et je vous montrerai un vice déguisé (des fois, je me prends pour La Rochefoucault...). Comme si, à la base de certaines qualités, il y avait un défaut compensé. Un peu comme une perle se forme par un grain de sable qui irrite la nacre de l'huître. Par exemple, j'avoue que si je suis en faveur d'une plus large utilisation des transports en commun, c'est peut-être surtout, au départ , dû au fait que je déteste profondément conduire en ville. Combien de personnes généreuses sont en fait dépendantes affectives? Comme c'est plus facile d'être contre la chicane quand on ne sait pas se battre. Et que dire de tous ces égoïstes qui enrobent leurs vils appétits de belles théories économiques. Le courage aussi peut masquer quelque chose d'autre.

On en aura vu du courage en cette commémoration du 11 septembre. J 'ai été fasciné par le documentaire diffusé à Radio-Canada lundi portant sur les survivants qui étaient dans le World Trade Center il y a 5 ans. C'est qu'outre sa reconstitution détaillée des gestes de citoyens ordinaires qui se sont révélés être de véritables héros, pour certains au prix de leur vie, le film montrait aussi des aveux de lâcheté, de faiblesse. Comme cet homme qui, la gorge nouée, a avoué avoir foutu le camp plutôt que d'aider deux personnes qu'il entendait crier derrière les flammes, de peur d'y passer lui aussi. Or pour le dire au lieu d'invoquer des excuses, ça prend du courage aussi.

Le courage. C'est drôle, le mot fait un peu vieillot. Mais je sens qu'on va bientôt beaucoup nous en parler dans les mois qui viennent. Pour louer le courage de nos vaillants soldats qui iront au casse-pipe en Afghanistan, par exemple. Personne ne peut être contre le courage, bien sûr. Et personne ne peut nier que les Talibans sont des fanatiques religieux qui méritent d'être combattus. Mais envoyer une armée étrangère est-il la meilleure façon de les combattre? Et si telle est la conclusion du gouvernement américain, est-ce que ça doit automatiquement être la nôtre?

Envoyer des soldats au Moyen-Orient, c'est courir des risques en vies humaines. Mais déplaire au gouvernement américain, c'est courir des risques aussi. Le risque de toutes sortes de bouderies diplomatiques de la part de nos voisins du Sud, de blocages de marché, de tracasseries douanières, voire de fermetures d'usines chez nous. Ce qui entraînerait inévitablement un ralentissement de l'économie. Est-ce qu'on ne serait pas en fait en train de substituer le courage physique de quelques-uns (les jeunes soldats qui, par goût d'aventure ou par besoin de se trouver un avenir, s'engagent dans l'armée canadienne) à notre lâcheté économique collective?

On nous dira que nous n'avons pas le choix, mais c'est faux. Nous avons fait le choix du confort plutôt que celui de l'indépendance. En fait, si on se fie aux sondages, ce sont nos dirigeants qui ont fait ce choix à l"encontre de la volonté populaire. Mais nous n'avons jamais vraiment été mis en face des conséquences des deux choix. Si on embarque, de jeunes personnes iront tuer des gens et plusieurs mourront eux-mêmes. Si on n'embarque pas, bien du monde vont perdre leurs jobs et il se peut qu'on ait tous un peu à se serrer la ceinture. S'il y avait eu un référendum sur la question, êtes-vous sûr de ce que la population aurait choisi? Et de ceux qui auraient choisi de se serrer la ceinture, combien en fait n'en ont même pas? Et de ceux qui aurait choisi d'aller en guerre, combien seraient prêts à y aller eux-mêmes?

Il se peut que le choix du confort soit le plus sage, remarquez. En démocratie, de toutes façons, c'est la majorité qui parle, qu'elle ait tort ou raison. Mais qu'on soit au moins conscient que c'est ça qu'on fait...

Harper tentera de nous vendre les vertus de son courage à lui en nous en montrant aussi les intérêts. Il promettra des emplois dans l'armement, des bases militaires pour revitaliser des régions abandonnées, des investisseurs américains contents de construire une usine dans un pays si loyal. Mais le vrai courage, ne serait-il pas de suivre nos convictions, même si ça déplaît à nos puissants voisins? D'après ce qu'on sait, il y a fort à parier qu'un Québec vraiment libre légaliserait la marijuana demain matin, n'aurait peut-être même pas d'armée, et entreprendrait un vaste programme pour remplacer le pétrole par l'hydrogène ou une forme de moteur électrique partout où c'est possible. Mais dans la réalité, il y aurait un prix à payer pour tous ces choix. En avons-nous le courage?

Moi, je le paierais volontiers mais je ne suis pas un bon exemple, je ne suis qu'un "poteux" qui ne sait pas se battre et qui ne possède aucune action de compagnies pétrolières...


13 septembre 2006, 9:26
C'est fini pour Farley Matchett...
Malgré le blitz de protestations orchestré par Amnistie Internationale, Farley Matchett (voir blogue du 5 septembre) a été exécuté hier, le mardi 12 septembre. C'est une tragédie. Une autre...
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François Parenteau
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