|
|
|
Des nouvelles du front
|
|
Je l'entends de plus en plus souvent. Ça vient de vieux comme de jeunes... "Coudon, c'est rendu plein d'Anglais sur le Plateau..." C'est un sujet tabou. On n'a pas le droit de dire ça, ni de le penser, ni de le constater. La bataille pour le français est censée avoir été gagnée. On ne veut pas retomber dans la crainte. On ne veut pas avoir à rejouer dans des mesures légales qui vont nous faire accuser d'être des fascistes. Et pourtant, suffit qu'on signale un mauvais numéro et qu'on tombe sur quelqu'un qui semble ne même pas savoir quelle langue on parle, suffit de se faire interpeller en anglais dans son quartier traditionnellement francophone pour qu'on finisse par se demander si le visage français de Montréal n'est pas qu'un décor de cinéma avec plus rien derrière. Ouais, c'est vrai, j'ai remarqué moi aussi... Il m'arrive d'avoir parfois des soubresauts d'insécurité linguistique. Mais c'est très difficile de se faire une idée claire de la situation. Les statistiques ne sont pas très utiles. On a l'impression que ça prend tellement de temps à compiler les données qu'on a un portrait très en retard, que la réalité est déjà ailleurs. Et puis, selon que l'étude aura été publiée par des chantres du wishful thinking à lunettes roses ou d'éternels inquiets de la survivance, on aura des conclusions diamétralement opposées. D'un côté, la loi 101 a fonctionné à merveille et le Québec est plus francophone que jamais. De l'autre, la digue est pleine de fissures et on est en train de se faire inonder. Et comme on est trop pissous ou trop "Roger Bontemps" pour réagir, le caractère français du Québec serait en voie de disparition. Mais ce n'est peut-être pas si simple. D'abord, je pense qu'il y a eu du brassage social et que c'est très sain. Avant, les anglophones qui s'aventuraient à l'est de Saint-Laurent étaient rares. Aujourd'hui, ce n'est plus à leurs yeux la terre barbare que ça représentait auparavant. Le Plateau est in, ils ont du fun. Et même s'ils se parlent en anglais entre eux dans la rue, si on s'adresse à eux en français, ils vont pouvoir comprendre et répondre. C'est pas ça qu'on voulait? Et puis, on ne le remarque pas, mais certains quartiers sont moins anglophones qu'ils ne l'étaient. C'est plein de francophones à Westmount. Même chose au centre-ville ouest. Ça n'a pas toujours été le cas. Je sais bien qu'il y a des quartiers à forte concentration d'immigrants où entendre parler français n'est pas seulement rare, ça ne semble même pas bienvenu. Mais il ne faudrait pas que ça nous aveugle sur nos victoires. Ces descendants d'immigrants avec qui je converse en québécois, ils n'existaient pas il y a 20 ans. Oui, la madame du dépanneur parle encore beaucoup mieux vietnamien que français. Mais quand ses enfants ne sont pas contents de devoir transbahuter les bouteilles vides, ils sacrent en québécois. Moi, la seule chose qui me désole, c'est l'abdication. Quand je vois un francophone s'adresser d'emblée à un immigrant en anglais, juste parce qu'il a un look exotique. On ne peut pas faire de loi contre ça, c'est la responsabilité de chacun. Il ne s'agit pas d'engueuler quiconque nous parlerait en anglais, il s'agit d'abord de parler en français à tout le monde. De tenir sereinement son bord, de ne pas "switcher" à l'anglais dès qu'on perçoit " une petite accent ". D'accepter qu'une conversation soit peut-être un peu plus lente en français maintenant pour éviter que toutes les conversations se fassent en anglais un jour. Depuis quelques semaines, j'ai souvent croisé un gars qui vend des cartes de souhaits artisanales. Je le croise sur Mont-Royal et Saint-Denis. Il s'adresse à tout le monde en français, avec un accent bien québécois: "S'cusez-moi, je fais ça au lieu de quêter, c'est des créations que je peins moi-même." Cette semaine, je le croise sur Saint-Laurent. "Would you like to buy my homemade cards?" Pour lui, donc, à partir de Saint-Laurent, c'est déjà décidé, c'est l'anglais. Et ce que je constate, c'est qu'il est loin d'être le seul. Et ça, ça me gosse. Parce que ce qu'on a à "vendre" en tant que francophones, c'est pas mal plus important que des cartes de souhaits... Sur ce, je prends congé de Voir pour faire la tournée avec les Zapartistes et pour aller me promener sur Crescent et dans NDG et commander en français... Je vous retrouve le 3 août. Enjoy the summer!
|
|
|
|
Le doute et la conviction
|
À Richard Martineau qui, dans sa chronique de cette semaine, dit qu'il est d'accord avec moi sur le fait qu'il faille douter (ma chronique de la semaine dernière se portait à la défense de ceux qui n'écartent pas du revers de la main toute théorie de complot) en précisant qu'il faut aussi douter de la gauche. Bien d'accord aussi. Et c'est vrai que la tendance à voir la paille dans l'oeil du voisin mais jamais la poutre dans le notre est bien enracinée, réduisant trop souvent les débats à des guerres de clans qui n'avancent à rien. Mais il y a néanmoins un réflexe qui m'agace, c'est de faire tout s'équivaloir. Y'a des crosses à gauche comme à droite, bien sûr. Y'a des conflits d'intérêts et de la démagogie aussi chez les écolos. Le PQ n'a pas été exemplaire dans son financement. Al Gore a des liens avec l'industrie du sucre. Mais est-ce une raison pour se dire que tous les politiciens sont des pourris et ne plus voter, ne jamais manifester ?
Si on cherche la pureté, on va chercher longtemps. Et le cynisme n'a jamais rien fait changer. En bout de ligne, c'est peut-être triste à dire, on a la responsabilité de choisir le moins crosseur. Ou, pour être plus précis, le crosseur qui nous rendra collectivement le plus grand service.
Qui est le plus dangereux, celui qui organise une manifestation contre le Suroît et qui a des parts dans une compagnie d'éoliennes, ou celui qui nous dit qu'il faut scrapper Kyoto parce que ça ne marche pas et qui a des parts dans une compagnie pétrolière ? J'ai lu quelque part qu'au Brésil, ce qui a fait la différence en faveur de la fin de l'esclavage, ce fut le lobbying de fabricants de tracteurs. Eh oui, des fois, pour tirer une belle idée, ça prend le tracteur de l'intérêt personnel...
Cela dit, gardons l'oeil ouvert. Et le bon.
|
|
|
|
Un Zapatero pour le Canada ?
|
Pendant qu'à Montréal, les moteurs de formule 1 enterrent la St-Jean, Stephen Harper est à Québec avec son conseil des ministres. Ça aussi ça fait du bruit. La dernière fois qu'un chef anglophone s'était ainsi invité dans la citadelle, c'était Wolfe, ou presque. Et si à Montréal, on entend les moteurs, à Québec, on entend les freins.
En conférence de presse, le chef conservateur a refusé d'affirmer que le Québec est une nation. Parce que Boisclair et les séparatistes pourraient s'en servir pour briser le Canada. Le Québec est donc une nation conditionnelle. Si elle promettait de ne pas aspirer à plus, ça pourrait aller. Mais tant qu'il y aura la trace d'un rêve d'indépendance, niet.
Pendant ce temps, en Europe, les Catalans ont voté Oui. À 73%. Bon, ce n'est pas pour l'indépendance, ils ont aussi leurs purs et durs là-bas et ceux-ci sont plutôt frustrés par le résultat qui donne une autonomie accrue à la Catalogne à l'intérieur de l'Espagne, ce qui leur coupe un peu l'herbe sous le pied. De plus, la participation a été faible, environ 50%, ce qui prouve que la question ne soulève pas en Catalogne le même psychodrame qu'ici.
N'empêche, le président espagnol José Luis Zapatero s'est personnellement investi dans cette proposition d'autonomie. Il a clairement parlé de la Catalogne comme d'une nation. Chez nous, Harper a beau jouer la carte de l'ouverture au Québec, ça ne va pas aussi loin. Ça reste dans les ententes à la pièce. Et ce n'est pas que le fait des conservateurs. Les politiciens du Canada anglais qui soutiennent devant un auditoire canadien-anglais que le Québec est une nation sont aussi rares que les Montréalais qui disent s'ennuyer du baseball.
Bien sûr, la comparaison ne peut qu'être boiteuse. Le catalan n'a pas en Catalogne l'importance du français au Québec et le mouvement séparatiste y demeure plus marginal que chez nous. Mais ce développement récent dans le rapport entre la Catalogne et l'Espagne renforce une impression que j'ai depuis un bon bout : pour que le Québec devienne indépendant un jour, il faudra des Canadiens pour appuyer la démarche.
Pierre Bourgault s'est souvent questionné publiquement sur l'unanimité canadienne contre le projet d'indépendance du Québec. Il n'avait pas complèment tort, mais il existe quelques exceptions. Sur le site Internet de l'Aut'Journal, l'auteur Robin Philpot nous en présente une, l'urbaniste Jane Jacobs, décédée en avril dernier.
http://www.lautjournal.info/default.asp
Philpot cite madame Jacobs:
Dans son livre de 1979 elle avait écrit : « En somme, Montréal ne peut se permettre de se comporter comme d'autres villes régionales au Canada sans causer un tort énorme au bien-être de tous les Québécois. Montréal doit devenir un centre économique créateur en soi. (.)
Or, il n'y a probablement aucune chance que cela se produise tant que le Québec demeurera une province du Canada. Les banquiers, politiciens et fonctionnaires canadiens, captifs de l'enchantement de l'exploitation des ressources naturelles, des succursales clé en main et des projets technologiques grandioses, ne pourront pas répondre aux demandes économiques très différentes de Montréal. Les croyances et les pratiques partagées au Canada ne changeront pas seulement parce qu'une ville, Montréal, et une province, le Québec, ont un besoin criant de changement. (...)
Comme nous le savons, écrit-elle, la dépendance est débilitante. Sa contrepartie est parfois aussi vraie. C'est-à-dire que parfois l'indépendance libère des efforts de tous genres, dégage des sources d'énergie, d'initiative, d'originalité et de confiance en soi jusque-là inexploitées. C'est l'expérience, par exemple, de la Norvège quand elle s'est séparée de la Suède au début du XXe siècle.
Jane Jacobs a été une exception. Pourquoi ? Je pense que ça a à voir avec l'insécurité identitaire du Canada. Plus cachée, elle est encore plus grande que celle du Québec. Le Canada a encore besoin de nier l'existence du peuple québécois pour se sécuriser. Je reviendrai sûrement là-dessus bientôt. Mais je crois que, pour susciter d'autres Jane Jacobs au Canada, ce n'est plus le temps de déchirer sa chemise à chaque scandale. Ce n'est plus le temps de chercher la discorde. Elle fouette le sens patriotique un moment mais, ultimement, elle implique des conséquences qui font peur. Le moment est venu pour les souverainistes québécois de dire au Canada, en sous-texte : «Allez, tu seras mieux sans moi, sans toutes ces querelles qui n'en finissent plus. T'en fais pas, mon grand, ça va bien aller.».
|
|
|
|
La maniacodépression souverainiste
|
|
La série finale de la coupe Stanley mettant aux prises les Oilers d'Edmonton et les Hurricanes de la Caroline nous aura fait passer par une montagne russe d'émotions - et de prédictions. À 2-0 Caroline, c'en était fait des Oilers, les journalistes couvrant la série nous rapportaient le doute décelable dans le coin de l'oeil des joueurs d'Edmonton: c'était fini pour eux. Sauf que ça ne s'est pas passé comme ça... Et quand les Oilers ont égalisé la série, là, c'était différent. Le momentum avait viré capot et c'était maintenant les Hurricanes qui allaient assurément se faire battre... Sauf que... Le seul dossier où l'on a vu autant de revirements dernièrement, c'est la perspective de l'indépendance du Québec. Il n'y a pas si longtemps, on était en plein scandale des commandites, et l'indépendance semblait sur le point d'arriver comme tombe un fruit mûr. En novembre, le Parti Québécois se donnait un nouveau chef qui avait le vent dans les voiles. Boisclair incarnait la jeunesse, le renouveau tant attendu. Aux élections fédérales, en janvier, le Bloc se lançait dans la course en envisageant de récolter 50 % des votes au Québec. Ça sentait la coupe... Sauf que... Non seulement le Bloc a-t-il perdu quelques pourcentages de votes, mais c'est, contre toute attente, le Parti conservateur qui y allait d'une percée lui permettant de former un gouvernement minoritaire qui a maintenant toutes les allures d'un gouvernement majoritaire tant les partis de l'opposition ne sont pas prêts à se lancer dans de nouvelles élections. L'électorat non plus d'ailleurs. Beau risque, prise 2 ou coup de barre passager? L'effet du scandale des commandites est loin et les Libéraux ne sont plus au pouvoir. Les chemises qu'il y avait à déchirer ont toutes déjà été déchirées. Le "mystère de Québec" semble se consolider. On se demande si le Bloc est encore pertinent à Ottawa. Duceppe est sur la défensive. Derrière le sourire, le chef péquiste a l'air de se chercher. Les vieux combattants de l'indépendance, ne se sentant plus désirés, quittent le navire. Et ça grouille à gauche avec la formation de Québec Solidaire. De plus, on apprend d'un côté que l'homosexualité d'André Boisclair ne passe pas en région, et de l'autre, que plusieurs dans la communauté gaie lui reprochent de ne pas assez s'affirmer en tant qu'homosexuel. Damned if you do, damned if you don't... Les chicanes internes reviennent. Boisclair a de plus en plus l'air d'une duchesse de carnaval sur un char allégorique avec un flat. Et là, on assiste à ce phénomène tellement fréquent, tellement répétitif à travers notre histoire que, si on réussissait à y harnacher une centrale électrique, on aurait une énergie renouvelable à peu de frais. C'est le découragement des indépendantistes. Suivi, on l'oublie toujours, par une reprise de confiance fiévreuse. Les indépendantistes québécois sont des maniacodépressifs. Un jour, c'est dans la poche, c'est le début d'un temps nouveau, la veille du grand soir, et puis pouf, c'est l'étiolement des forces, la fermeture définitive de la fenêtre d'opportunité, la résignation, voire l'assimilation lente et inexorable dans l'américanité anglophone. Présentement, tout est noir. À entendre parler plusieurs souverainistes, Boisclair et sa gang de jeunes apparatchiks téteux vont précipiter la disparition du Parti Québécois. Le Bloc ne saurait lui survivre. Faute d'espoir de victoire, une bonne part de l'électorat souverainiste baisse pavillon. Ils ne veulent plus de référendum, ils ont trop peur de le perdre. Et, ne se sentant plus la force d'y croire, ils remettent en cause la légitimité de leur rêve (ce qui ne se fait étrangement jamais quand il semble sur le point de se réaliser...). Pourtant, le premier devoir des indépendantistes, c'est d'y croire encore. Sûrement que bien des fans des Hurricanes se sont dit que c'était fini après que leur équipe eut perdu le sixième match 4 à 0. Qu'est-ce que ça leur a donné? En fait, peu importe qui ils appuyaient, les fans qui auront cru en leur équipe même quand elle semblait finie auront eu pas mal plus de fun au bout du compte... Ce n'est pas tant d'un nouveau grand chef historique que les forces indépendantistes ont besoin. C'est plutôt d'une dose de lithium... Là-dessus, bonne Saint-Jean!
|
|
|
|
Blogue à part...
|
Plusieurs d'entre vous ont témoigné être ben tannés du sujet de la cigarette. Ce n'est pas tant de la cigarette que je voulais parler que d'utilser cette loi qui ne laisse personne indifférent pour aborder d'autres questions. Et je me disais que ça pourrait être bien, dans un blogue, de fouiller un sujet plus longtemps. Apparamment, ça énerve plus que d'autre chose... Je prends note...
|
|
|
|
On se coupe du monde
|
Comme beaucoup de gens, présentement, je suis la coupe du monde de soccer. Mais ce n'est pas tant l'excitation du jeu comme tel qui m'intéresse dans cette immense manifestation sportive. Même si j'ai beaucoup aimé jouer au soccer étant jeune, j'avoue que ce n'est pas le sport que je préfère regarder. Ce qui me fait tripper, à la coupe du monde, c'est justement que c'est le monde qui y joue. Les pays du monde, avec leurs personnalités, leurs styles, leurs forces et leurs faiblesses transposés sur le gazon.
Pierre Thibault, dans le Ici de la semaine dernière, a fait un très bel article sur tout le fun qu'on peut avoir dans une ville comme Montréal à suivre le Mundial. C'est vrai, on peut supporter l'équipe qu'on veut, il y a des communautés pour tous les pays présents. Suffit de trouver un resto brésilien, un bistro français, un pub anglais, un café italien et nous voilà en voyage.
Mais imaginez qu'on puisse un jour y participer. Je ne parle pas du Canada, ici, je parle du Québec. Imaginez qu'au lieu d'appuyer l'équipe de leur pays d'origine, les Portugais, les Grecs, les Haïtiens et les Équatoriens des quartiers de Montréal pouvaient supporter une équipe du Québec où on trouverait toute cette diversité. En tous cas, pour les 3 matches du premier tour.
Puisqu'il s'agit de football (on peux-tu dire « football » une fois pour toutes ? C'est tellement plus logique que pour le football canadien et américain !), ce serait fort probablement de ces multiples communautés montréalaises, où ce sport est plus enraciné, que proviendrait la majorité des joueurs de l'équipe nationale du Québec. Et tout ce beau monde porterait un chandail avec des fleurs de lys. Ça vaut bien la nappe à carreaux rouges et blanc des Croates, non ? Et il n'y aurait pas que les joueurs, il y aurait les fans qui se croiseraient, qui se feraient voir dans les stades du monde avec leurs drapeaux. On existerait à la face du monde. Et ce que ça ferait pour le sentiment d'appartenance au Québec, aucun autre programme gouvernemental ne pourra jamais le faire.
C'est tout con, c'est hyper basic, voire infantile. N'empêche, ça me semble une des meilleure raison de faire l'indépendance. Pour que tout le monde au Québec puisse être derrière la même équipe une fois de temps en temps.
Ce qui ne nous empêchera pas de célébrer le Mexique, l'Allemagne, la Côte d'Ivoire ou les Pays-Bas si c'est eux qui gagnent.
|
|
|
|
Complots et manigances
|
|
Cette semaine, la télé jouait chez moi, à PBS, l'excellente émission d'affaires publiques NOW. On y recevait le réalisateur d'un film parlant de l'étrange disparition de l'automobile électrique aux États-Unis (Who Killed the Electric Car?). Et ce qu'il décrivait ressemblait fort à un complot, du moins à une collusion, entre l'industrie automobile et les pétrolières pour faire croire que c'est le public qui rejetait l'idée de voitures électriques, et ainsi scraper ce véhicule d'avenir pour mieux conserver leur lucratif et polluant oligopole. Voir à ce sujet la bande-annonce du film: www.sonyclassics.com/whokilledtheelectriccar/. Pourtant, le gars (Chris Paine) n'était pas en camisole de force. Il avait même des éléments de preuve plutôt convaincants. Et l'animateur lui parlait normalement, lui permettait d'exposer sa théorie, le traitait comme une source crédible. Comme quoi, l'idée de complot n'a pas à être considérée d'emblée comme une hérésie. C'est un sujet qui est revenu souvent ces derniers mois dans les médias. La plupart du temps, ce fut pour rabrouer ceux qui soutiennent les thèses contenues dans le documentaire Loose Change, réalisé par Dylan Avery, qui soulève de sérieux doutes sur la version officielle que nous ont servie les médias à propos des attentats du 11 septembre. Le document a fait un hit sur Internet, où l'on peut le visionner gratuitement (suffit de faire une recherche avec Loose Change). Richard Martineau, Patrick Lagacé, et maintenant Lysiane Gagnon et Mario Roy ont tous écrit des papiers qui laissent supposer que tous ceux qui prêtent foi à quelque théorie du complot que ce soit sont des illuminés qui ne devraient surtout pas briguer les suffrages. Tout de suite, on sort les ovnis... La première victime a été Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal, qui a écrit dans un livre récent qu'il ne croyait pas que c'était un avion qui avait percuté le Pentagone le 11 septembre. Puis, ce fut au tour d'Amir Khadir d'y goûter. Dans son cas, c'est encore plus sournois puisque, quand on lit l'article de Katia Gagnon dans La Presse du 7 juin, on découvre qu'il ne soutient pas personnellement la thèse voulant que les attentats aient été une mise en scène, mais qu'il considère qu'une enquête publique serait la bonne chose à faire. Y'a comme une différence, non? Nous en parlons d'ailleurs sur le site des Zapartistes (www.leszapartistes.com). Pourtant, ça se peut, un complot. Il y en a déjà eu. Pourquoi pensez-vous que les militaires entourent leurs opérations de secret? Pourquoi y a-t-il des espions? Il y a eu l'incendie du Reichstag, mis en scène par les nazis pour soulever la vindicte populaire contre les Juifs. Il y a eu le canular de l'Homme de Piltdown, le faux chaînon manquant, qui a pourtant mystifié les chercheurs pendant des années. Il y a eu les supposés bébés tués par des soldats irakiens lors de la première guerre du Golfe. C'est donc arrivé que le grand public ait cru, pendant un moment, à une version de la réalité qui s'est plus tard révélée fausse. Il faut accepter que ça se peut. Souvent, quand ça a l'air d'être de la marde, que ça sent la marde, que ça goûte la marde, c'est parce que c'en est... Beaucoup de gens croient que le 11 septembre était "arrangé". Pour ma part, je n'en écarte pas la possibilité. Je ne dis pas que j'appuie cette thèse, je crois juste qu'elle mérite d'être considérée. En fait, je trouve que refuser de la considérer ouvre justement la porte à se faire monter d'énormes bateaux dans l'avenir. Je ne crois pas la version Bush. Je ne crois pas plus la version qui dit que c'est la CIA et le Mossad qui sont derrière tout ça. Je ne crois personne, là-dedans. Je doute. Et si je n'ai pas le droit de douter, si c'est "Crois ou meurs" ou sa version moderne "Fais au moins semblant de croire pour être du bon bord ou tu croupiras dans les miasmes de la marginalité sulfureuse", ça m'inquiète. Voilà Khadir associé subtilement à la mouvance islamiste, ce qui discrédite son parti de gauche qui tentera de faire une percée aux prochaines élections provinciales. Idem pour Richard Bergeron au municipal. On dirait que quelqu'un, quelque part, essaie de discréditer tout ce qu'il y a de gauche au Québec. Suffit de voir aussi avec quelle virulence et quelle fréquence les médias véhiculent les thèses de Michel Kelly-Gagnon et autres qui affirment sans rire que c'est le milieu communautaire qui est le frein principal au développement du Québec. Quand on subodore le filtre partisan qui oriente le choix du courrier des lecteurs de La Presse, on finit par se demander: Coudon, y aurait-il un complot? Je me le demande...
|
|
|
|
Brèves de cendrier
|
Juste pour rigoler, et pour témoigner de l'Histoire, voici quelques réactions du peuple fumeur glanées ici et là dans le grand fumoir, c'est-à-dire dehors. La frustration fait parfois fuser les traits d'esprit. Les vôtres sont les bienvenues.
On va tellement faire du bruit dans les rues que c'est les résidants qui vont finir par demander d'abolir la loi.
Y'a tellement de botches à terre que j'ai peur que le cancer du poumon augmente chez les itinérants.
Ils auraient dû laisser les débuts de semaine (dimanche soir, lundi, mardi et mercredi) fumeurs et les fins de semaines non-fumeurs. Au début de la semaine, c'est juste les vrais sorteux qui sortent dans les bars. Et les vrais sorteux fument.
Une place sur une terrasse, avec l'interdiction de fumer à l'intérieur, c'est rendu une rareté, même quand il ne fait pas si beau que ça. C'est comme une job steady : tu la lâches pas. En plus, par solidarité, on devrait se les passer entre fumeurs. Ils veulent qu'on fume dehors? Ben qu'ils restent en-dedans, y'aura plus une place de libre, dehors!
Dans le fond, ça fait mon affaire que les bars deviennent non-fumeurs. Je vais moins claquer d'argent à boire dans les bars.
Moi, je continue de fumer pour protester. Le jour où ils vont permettre les fumoirs, j'arrête !
|
|
|
|
Privilèges à éteindre.
|
Le 1er Juin, le Point nous apprenait qu'il existait toujours des fumoirs à l'Assemblée Nationale, qui seront tolérés encore deux ans. Ainsi donc, il faudrait que tous les fumeurs de la population s'abstiennent de fumer dans les lieux publics immédiatement alors que les élus, eux, profiteront encore un moment d'un petit coin fumeur dans leur lieu de travail. Deux poids, deux mesures. Ce sont des détails comme ça qui alimentent le cynisme envers les politiciens. Si ça vaut pour nous, ça vaut aussi pour vous.
|
|
|
|
Derniers mégots
|
Je constate une chose, c'est que pendant longtemps, les fumeurs ont été complètement insensibles aux plaintes des non-fumeurs. Je ne m'en rendais même pas compte, j'avoue, quand on fume, on ne sent pas la fumée, et les fumeurs ont longtemps mis les critiques à propos de la fumée sur le dos d'une certaine moumounerie. Dans le triomphe souvent arrogant des non-fumeurs, il y a aussi une bonne part de vengeance.
On sait maintenant que la fumée secondaire est un vrai problème, argument que même la plupart des fumeurs avouent maintenant ne pas pouvoir réfuter. C'est d'ailleurs le point qui fait la différence avec toute forme de malbouffe. Si mon voisin mange un hamburger aux hormones avec une tranche de gras et de la sauce au sucre, ça ne m'affecte pas du tout.
Certains d'entre vous ont fait valoir qu'on aurait pu quand même avoir des fumoirs séparés. Le problème qui se pose ici est celui des employés. Aucun employé ne doit être contraint à respirer de la fumée. Faudrait donc des employés qui signent comme quoi ils acceptent ce risque, ce qui créerait un précédent. C'est vrai que c'est compliqué. Il faudrait des scaphandriers de fumeurs.
Mais je ne peux pas supporter non plus le ton intransigeant de ceux qui jugent la dépendance à la cigarette pathétique justement parce que c'est une dépendance et ordonnent péremptoirement d'y mettre fin. Justement, une dépendance a en général ceci de particulier qu'on s'y attache. Aussi néfaste puissent-elles être, nos dépendances, nos petits vices structurent souvent nos vies, deviennent des rituels. Je ne suis pas Zen, ne plus être attaché à rien, ce n'est pas mon truc.
Imaginez qu'on interdise le café. Ça aussi c'est une drogue entraînant la dépendance (je ne peux parler à personne avant mon premier café, ça vous dit quelque chose ?) Ça aussi c'est produit par de méchantes multinationales qui exploitent le tiers-monde. Mais je m'égare car je ne veux pas qu'on se mette ici à comparer la nocivité du café par rapport à la cigarette, ce n'est pas le propos (et d'abord, il n'y a pas de « gorgées secondaires »). Je propose juste le parallèle aux non-fumeurs qui seraient caféinophiles pour qu'ils comprennent.
Du jour au lendemain, plus aucun café en public, plus de pause-café, rien. Ça vous frustre ? Voyons, ce n'est qu'une dépendance qui taxe votre système nerveux, augmente vos chances de cancer du foie, vous donne mauvaise haleine, tache vos dents et nourrit les multinationales. Lâchez ça tout de suite au lieu de vous plaindre de la loi.
Mais je me suis demandé s'il y avait eu par le passé une interdiction aussi controversée, une restriction majeure de ce qui avait autrefois été permis et avec laquelle j'ai été d'accord. Et il y a bien un exemple, un grandiose exemple, en fait. La loi 101. Pour le bien commun de la vivacité du français, l'État du Québec a décidé de baliser l'usage d'autres langues que le français. On n'a plus eu le droit d'afficher en anglais. On a exigé que les espaces de travail soient francisés. Ça a bousculé bien des habitudes. Ça a frustré bien du monde. Et je crois que ce fut une des lois les plus importantes du Québec. Ce n'est qu'aujourd'hui, dans mon rôle de fumeur, que je peux un petit peu comprendre la réaction de nombreux anglophones.
Je peux donc enfin admettre que, même si elle me fait considérablement chier, la loi anti-tabagisme est peut-être une bonne chose. J'espère juste qu'elle sera appliquée avec autant de vigueur que la loi 101.
|
|
|
|
Écraser ou s'écraser?
|
|
Je suis fumeur. Or, voilà qu'à partir de déjà, je n'ai plus le droit de fumer dans un lieu public fermé. Je devrai m'abstenir de faire une des choses qui me plaisent le plus au monde, c'est-à-dire flâner dans un restaurant ou un café, à siroter une bière, à regarder le monde vivre et à fumer des cigarettes pour faire des virgules dans l'espace-temps. Mon idée d'un bel après-midi. Pfuit, envolée dans l'air pur. C'est un changement majeur. Mon cerveau est splitté en deux sur cette question. Comme celui qu'on nous montre sur les paquets pour illustrer les méfaits du tabagisme. C'est qu'une partie de moi n'en revient pas et bucke complètement. Je n'y vois qu'une offensive de bien-pensants plates en mal d'une croisade politiquement correcte. Je me dis que ça va avec le party que d'un peu se crisser de sa santé, d'un peu se suicider en se disant que comme on ne sait jamais ce qui peut se passer demain, vaut mieux tout savourer maintenant. Ce n'est pas pour rien qu'ils veulent interdire toute section fumeurs et qu'on devra reléguer les irréductibles à d'infâmes cabanons pas de confort, pas de drinks, pas de musique. C'est parce qu'ils savent très bien que s'il y a une section fumeurs permise et qu'elle est le moindrement agréable, c'est là que le party va être... Et qu'ils ne pourront donc plus dire que c'est à la demande générale qu'ils font leur loi de zélés. Est-ce vraiment la protection des non-fumeurs que vise cette loi ou n'est-ce pas plutôt la répression des fumeurs? Parce qu'on aurait très bien pu exiger des lieux séparés, aérés, et mesurer les particules de fumée en suspension pour s'assurer que la cloison est efficace. Ça s'est fait ailleurs (je ne me rappelle plus où, j'ai vu un documentaire à TV5 là-dessus). Les bars qui ne veulent rien savoir de cet investissement seraient devenus complètement non fumeurs et les autres auraient pu accueillir des fumeurs. Il y aurait eu un peu plus de liberté pour tout le monde... Je sais bien que c'est mauvais de fumer. Pour moi, pour les autres, pour la société. Mais c'est légal. Le bien n'est pas obligé. C'est cette obligation au bien qui m'énarve. Ça nie une part essentielle de l'humain. Je sais, il y a bien le port de la ceinture de sécurité qui est maintenant passé largement dans les moeurs malgré de virulents débats à l'époque. Mais la différence, c'est que je m'en sacre de mettre une ceinture... Qu'on me dise qu'il faut qu'aucun non-fumeur ne soit désormais exposé à la fumée secondaire, je suis bien d'accord. Mais qu'on me dise qu'il faut que j'écrase, et j'ai soudain des envies de résister, de désobéir, voire d'immigrer. J'ai le goût de me partir une religion, les Disciples de René Lévesque, et de me rendre jusqu'en Cour suprême pour exiger l'accommodement raisonnable de fumoirs confortables un peu partout pour pouvoir fumer mes 24 cigarettes rituelles par jour... Je me dis: Come on, gang, we gotta fight for the right to paaaaaaartyyyyy! Je sais, je sais... c'est la drogue en moi qui parle. La nicotine me manipule. Mais il y a quand même une autre partie de mon cerveau qui essaie d'y voir du positif, entre deux poffes. Cette loi renforcera les conditions pour m'aider à me départir d'une dépendance néfaste. Je devrais lâcher prise et en profiter pour essayer d'arrêter, du moins ralentir, trouver d'autres rituels. Il faut choisir ses batailles et celle-ci, qui profite à des empoisonneurs qui n'ont eu de cesse de nous mentir, n'en vaut pas la peine. Et il paraît qu'aux États-Unis, plusieurs bars font la preuve qu'on peut avoir ben du fun sans fumer. Je me dis surtout qu'au moins, l'État ne se gêne pas ici pour intervenir et faire considérablement chier une minorité de gêneurs dans l'intérêt public. Même si cela entraîne des pertes économiques importantes à long terme pour toute une catégorie d'industries et de commerces, on avance. Alors, si on peut mettre les cigarettiers dans la rue pour le bien public et frustrer les fumeurs, pourquoi accepterait-on le port méthanier à Rabaska? Désormais, qu'est-ce qui nous empêche de légiférer contre les VUS, de nuire un peu à l'automobile dans le but de vraiment favoriser le transport en commun? Pourquoi tolérer le bruit des skidoos? Ça crée de l'emploi? La cigarette aussi. Ça fait trop partie des habitudes? La cigarette aussi. Que les fumeurs doivent souffrir pour le bien public, je veux bien, même si je trouve qu'on aurait pu procéder autrement. Mais au moins, qu'ils ne soient pas les seuls!
|
|
|
|
Dossier fumant
|
Décidément, le dossier de l'interdiction de la cigarette dans les lieux publics suscite beaucoup de réactions. C'est le genre de petit sujet symbolique qui touche à plein de valeurs. Liberté, tolérance, santé, culture, Droit. À travers tout ça, je précise une chose : le lobby anti-tabac a tout à fait raison quand il souligne que les non-fumeurs ne devraient nulle part avoir à respirer dans un endroit fermé la fumée des fumeurs. Je sais que fumer et respirer de la fumée secondaire est mauvais pour la santé. Personne n'a à me convaincre de ça, come on ! Il ne s'agit pas pour les non-fumeurs de jouer à la maman avec tout fumeur frustré, ici. La question, c'est de savoir s'il est sain et légitime de ne plus avoir le choix.
On identifie de plus en plus deux clans bien distincts, là-dedans. Le peuple fumeur et le peuple non-fumeur. Les non-fumeurs trouvent que les fumeurs puent, polluent et font dur avec leur pathétique dépendance à la cigarette. Les fumeurs trouvent les non-fumeurs plates, obsédés par la propreté et incapables de vraiment faire le party. Les rétentifs anaux de la santé radieuse contre les barbares puants aux dents pourries. Entre les deux, il y a quelques fumeurs culpabilisés qui se disent que la loi est une bonne chose qui devrait les aider à arrêter, et quelques non-fumeurs compatissants qui se disent que la loi va trop loin et que ça commence à ressembler à une chasse aux sorcières.
Mais en gros, on voit deux clans qui se détestent discrètement. Les uns avaient le champ relativement libre auparavant mais un bouleversement soudain vient de renverser la situation en faveur des autres. Les non-fumeurs sont les Sunnites. Les fumeurs sont les Chiites. Et c'est l'Irak dans les bars.
En grande majorité, le peuple non-fumeur a présentement la victoire arrogante. Le Bien étant de leur côté, pas de pitié pour les vaincus. « Allez vous étouffer chez-vous, nous on fera la fête en croquant dans des fruits et en embrassant des bouches qui sentent bon jusqu'à ce que vous compreniez votre stupidité et changiez d'allégeance en écrasant. ». La machine s'installe : amendes sévères entraînant la répression vigoureuse et même la délation des insoumis.
Le peuple fumeur plie mais ne se rend pas. Il a son maquis, le devant des bars, les ruelles, les terrasses. J'ai vu un spectacle, hier, où près de la moitié de la salle était dehors à fumer. Les gens votent avec leurs pieds. Et c'était clairement la moité la plus le fun à mon goût. Le trottoir était un véritable cendrier et les vélos barrés devenaient des stools de bar. C'était comme dans les partys où tout le monde se retrouve tassé dans la cuisine, les fesses à deux pouces du rond de poële, la bière sur la laveuse. On était mal mais c'est là que c'était le fun. Et pour les fumeurs, de toutes façons, une bouche de fumeur ne goûte pas la cigarette, elle ne goûte au moins pas l'oignon ou je ne sais trop quoi. Alors ce n'est pas près d'arrêter. La loi pourrait avoir toutes sortes d'effets secondaires : bruit dans les rues, baisse de fréquentation, baisse des ventes d'aclool. Certains fumeurs vont jusqu'à prédire de plus catastrophiques conséquences : hausse des dépressions et du suicide. Faudra tenir les statistiques. Mais l'hiver arrivera un jour, et la résistance passive ne sera alors plus possible. On verra.
Je vous propose cette semaine quelques cas de figure pour appréhender la question sous d'autres angles. Voici mon premier flash.
Mettons qu'une étude sérieuse démontre un jour que ceux qui croient en Dieu vivent plus longtemps que les athées (il me semble d'ailleurs avoir déjà lu ça quelque part). On en vient à la conclusion que que la foi est bonne pour la santé. Pas de problème, les gens peuvent croire comme ils veulent, à quoi ils veulent, ça ne dérange personne, et les athées peuvent continuer librement à ne croire en rien jusqu'à leur décomposition finale. Mais voilà, certains athées se moquent des religions, tentent de convaincre que Dieu n'existe pas, écrivent des livres sur cette imposture et dénigrent la foi. Et parfois, ils réussissent à semer le doute chez quelques brebis égarées, leur coupant ainsi quelques années d'espérance de vie avant la mort. Que faire donc, dans l'intérêt commun ? Interdire toute remise en question publique de l'existence de Dieu ?
Revenez bientôt, j'en ai d'autres.
|
|
|
|
Je fume et je boude...
|
On est vendredi soir et je n'ai pas vraiment le goût de sortir.
Je boude. C'est que je suis fumeur. Je n'ai pas encore goûté aux nouvelles soirées non-fumeurs dans les bars. Le 30, j'ai fini ça en beauté par un fumothon entre amis. Le bar où on était a permis à sa clientèle de fumer jusqu'à sa fermeture. Il y en avait d'ailleurs beaucoup qui étaient là pour ça, pour assister à cette date historique, cette grande dernière. Les serveurs donnaient des cendriers pour s'en débarasser. Comme l'industrie du tabac tente par tout les moyens de nous garder accrocs à sa dope sans qu'on ne contrevienne à la nouvelle loi, elle essaye de remettre la chique à la mode. Les cendriers disparus, devra-t-on ramener les crachoirs ?
J'ai même amené ma caméra vidéo pour documenter le moment. Et c'est seulement là que ça m'a frappé : tous ces gestes associés aux bars, à la fête, aux rencontres, à la cruise, et qui mettent en vedette la cigarette, je les voyais pour la dernière fois.
Cette jolie fille, là, si élégante avec sa cigarette encadrant nonchalamment son visage.
Ce gars expressif qui fait des virgules passionnées avec son tison au bouts des doigts.
Ce couple qui semble tout nouveau et qui se synchronise en s'allumant toujours ensemble.
Cette autre fille qui prend la pose pour expulser la fumée de façon on ne peut plus vamp.
Bien sûr, on peut continuer de fumer. Mais la cigarette sera désormais confinée à la sphère privée des partys, clandestine, bannie, presque honteuse. C'est d'innombrables scène de films qui deviennent d'un seul coup anthropologiques d'une autre époque, c'est tout une façon de socialiser qui disparaît sous le coup d'une loi. On a beaucoup encouragé tout le monde a accueillir avec enthousiasme la nouvelle époque de l'air pur, beaucoup de gens ont applaudi l'entrée en vigueur de la loi. Mais elle me plaisait, moi, cette tradition de l'enfumé, du néfaste assumé, de la cigarette comme ponctuation sociale. Et j'ai l'impression que, tout l'accent étant mis sur la joie de ceux qui y voyaient le début d'un temps nouveau et meilleur, les fumeurs n'ont pas eu l'occasion, en fait, même pas le droit, de faire leur deuil.
Fini d'offrir une cigarette, d'allumer quelqu'un, de replacer un cendrier pour créer subitement un espace commun. Fini les notes gribouillées sur les paquets. C'est tout un body language qui s'éteint. Et un langage qui s'éteint, c'est une culture qui se perd.
Peut-être que c'est le meilleur choix pour plus de santé, plus de plaisir, plus de bonheur en bout de ligne. Mais qu'on ne vienne pas me dire qu'on n'y perd rien.
|
|
|
|
Un petit détail qui me chicote...
|
Tiens tiens.
Je ne voulais pas y revenir mais, des fois, l'actualité ramène de vieilles histoires à l'avant-plan. Après que la direction de Radio-Canada eût juré que mon congédiement n'avait rien de politique, voilà qu'on voit poindre des fissures dans la façade.
La craque est venue de Guy Fournier, le président du Conseil d'Administration de la SRC, qui a déclaré que Radio-Canada avait nui à la cause de l'unité nationale au cours des deux dernières décennies en manquant parfois d'objectivité dans l'information qu'elle diffusait.
Il enchaînait même en disant :
Je crois que la SRC peut faire ce que le chemin de fer a fait lors de la fondation de ce pays. Je crois qu'elle peut unifier le pays. C'est le rôle qu'un diffuseur public doit jouer Sans doute qu'en souverainiste avoué qui a (trop) longtemps profité d'une tribune à la radio d'État, je ne fittais pas dans les plans d'avenir de M. Fournier. Pourtant, j'ai toujours été un chaud partisan du train.
Dans ce dossier, le papier le plus jouissif que j'ai lu est venu de Nathalie Petrowski, de la Presse, en partie parce que, par la passé, madame Petrowski et moi nous sommes quelque fois retrouvés à l'opposé dans nos opinions. Voici ce qu'elle écrivait le 31 Mai (J'en met un long extrait parce que c'est crissement bien envoyé) :
"N'en déplaise à Guy Fournier, ce n'est certainement pas en débitant de telles inepties que le président du conseil d'administration de la SRC va unir qui que ce soit. Quant à ses amis de la direction générale qui défendent si noblement l'objectivité du personnel des services français, je leur concède une chose: la plupart des journalistes qui travaillent au service de l'information de la SRC sont objectifs ou du moins subjectivement honnêtes, comme le disait si bien Pierre Bourgault pour qui l'objectivité n'existait pas.
En revanche, pour ce qui est de leurs patrons, ceux qui, en bon français, câllent les shots, décident des affectations, définissent la ligne éditoriale, les mandats et les missions, disons que l'objectivité les étouffe moins que leur loyauté libérale ou leur penchant prononcé pour le fédéralisme fédérateur.
D'aussi loin que je me souvienne, les patrons à Radio-Canada n'ont pas souvent été des méchants "séparatisses". Plutôt le contraire. Encore aujourd'hui, je connais peu de patrons aux Infos n'ayant pas, un jour ou l'autre, été, qui une ex-attachée de presse ou un ex-chef de cabinet de ministre libéral, qui un conseiller politique, qui un grand ami de la famille libérale.
D'ailleurs on n'a même pas besoin de descendre les étages et les échelons de la SRC pour y trouver le plus grand promoteur de l'unité canadienne. Suffit de cogner à la porte du PDG Robert Rabinovitch, ex-mandarin du Parti libéral sous Trudeau, ex-adjoint du secrétaire d'État Gérard Pelletier, ex-numéro 2 de Claridge, le holding montréalais des Bronfman et enfin, ex-trésorier de la Fondation Bronfman qui a produit Les Minutes du patrimoine.
Même sans prononcer un mot ni passer la moindre commande, le seul fait que M. Rabinovitch soit le patron de la SRC, en dit long sur les allégeances politiques de la maison.
Quant à l'indépendance journalistique qui serait au coeur de la mission radio-canadienne, je veux bien. Mais expliquez-moi où était cette indépendance quand un patron a ordonné à Normand Lester de cesser son enquête sur le financement occulte des Minutes du patrimoine avant de le congédier? Et puis, où était cette extraordinaire liberté d'expression, raison d'être de la SRC, quand l'humoriste souverainiste François Parenteau a été viré de la radio de Radio-Canada?
Bref, au royaume l'objectivité, Radio-Canada ne lave pas toujours plus blanc. Même que certaines taches plus rouges et plus résistantes que les autres auraient intérêt parfois à être javellisées." Et vlan ! Et pour aller plus loin, voir l'article du Québécois sur le sujet: www.lequebecois.org
Je sais bien que les théories de complot rendent bien des gens méfiants de ceux qui les énoncent mais, quand même, soyons « subjectivement honnête », ça fait du bien de voir du monde qui fouillent aux bonnes places.
|
Page suivante »
|