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Le plaisir des sadiques
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Même les cheerleaders de la droite le disent maintenant: c’est assez! Assez de cette suffisance. Assez de cette pontifiante assurance, surtout devant l’instabilité croissante de l’économie américaine, et même mondiale. Peu à peu, même les partisans les plus féroces de Harper et autres chantres d’un marché qui se régulerait tout seul comme un grand se convertissent à un interventionnisme qu’ils considèrent désormais nécessaire. Comment faire autrement? Surtout lorsque, à quelques kilomètres d’ici, on patche le navire avec des rustines portant le sceau du Trésor national afin d’éviter que le vaisseau ne coule par le fond. Même les meneuses de claques médiatiques des conservateurs ont cessé d’applaudir depuis quelques jours devant la confiance quasi jovialiste d’un premier ministre qui semble croire que le seul fait d’être canadiens pourra nous préserver de la catastrophe. On a envie de crier: enfin! Et d’applaudir à notre tour, tiens. C’est qu’on n’y croyait plus, au réveil des adeptes de la doctrine du jusqu’ici tout va bien, du Québec qui prend des forces, prêts qu’ils semblaient à subir les manœuvres électoralistes les plus tordues. Comme si tous les détournements, demi-vérités et contorsions intellectuelles étaient acceptables. Parmi ces manœuvres douteuses, décriées autant par les partis adverses que par les journalistes: cette politique de campagne voulant qu’on enterre les candidats sous des pierres, espérant gagner l’élection sur le seul terrain des médias nationaux. Et aussi grâce aux quelques resplendissants candidats-vedettes qui bénéficient non seulement du droit de parole, mais aussi de l’incroyable courroie de transmission médiatique que leur offrent quelques porte-voix béats. Dans le genre, le portrait paru dans le Journal de Québec de Josée Verner qui, la nuit venue, sanglote sur son oreiller, est un véritable morceau d’anthologie. Le human interest au secours du vide intellectuel en une seule leçon. Plus amusant encore, il y a l’ironie de ce revirement soudain chez les pom-pom girls des bleus. Les défenseurs du laisser-faire qui réclament une intervention, un changement de plan, une nouvelle approche. La droite économique qui demande à l’État de mettre sa grosse patte dans la caisse commune du jeu de Monopoly. Ceux-là mêmes qui célébraient cette persistance chez Harper à tenir tête aux autres, à suivre la ligne qu’il s’était fixée sans jamais y déroger, mais qui réclament désormais qu’il reconsidère sa position: tout cela a quelque chose d’absolument savoureux. C’est plus fort que moi. Quand je vois cela, c’est un peu comme quand je regarde George W. Bush se faire dire par ses copains que sa manœuvre à 700 milliards est pur scandale, et relève du flirt indécent avec le socialisme. Impossible, alors, de ne pas laisser échapper ce léger gloussement qui trahit le plaisir des sadiques à voir les autres se pendre avec leur propre corde.
C’EST QUI LE NAÏF? – Je m’en souviens comme si c’était hier. Sommet des Amériques, la première journée, avant le grand bordel. Tout le monde marchait, scandait des slogans. Y’avait des couleurs, de l’animation, et de l’électricité dans l’air. La conviction que quelque chose de gros se tramait, sans qu’on sache exactement quoi. Et moi? Je marchais avec eux, je prenais des notes, des photos, et je faisais des entrevues. Je me souviens d’images, mais aussi d’un sentiment qui m’habitera tout au long de l’événement. Une ambiguïté, disons. D’abord, une sorte d’admiration pour le côté très romantique de la révolte, pour la beauté du geste en même temps que celle de l’idéal d’égalité, de justice sociale. Ensuite, le petit cynisme de celui qui a vu neiger et qui se dit qu’ils sont bien naïfs, ceux-là, qu’ils portent leurs idéaux surannés comme on enfile un t-shirt du Che, et que bon, le marché est désormais une machine parfaitement huilée qu’ils n’arriveront jamais à faire vaciller un peu, même en essayant très fort. Je veux justement en venir à cette image que je me faisais du marché: insubmersible, qui pourrait se sortir indemne de toutes les crises. Comme s’il m’apparaissait impossible qu’autant de gens soient pris d’une telle cupidité qu’ils en viennent à pousser la poule aux œufs d’or au suicide. Tout cela pour dire que je lisais encore d’autres nouvelles économiques en fin de semaine quand me sont revenus ces souvenirs du Sommet, instantanément suivis par cette question à moi-même: c’est qui le naïf, maintenant?
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Métaphysique du vélo de montagne
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Comme cela arrive souvent l’automne, un nuage s’était accroché à la montagne; une étreinte entêtée qui durait depuis la veille. À la hauteur de Château-Richer, on devinait déjà que cette masse de soupe aux pois distribuait, sans discontinuer, un crachin suffisamment abondant pour transformer les sentiers en étroites et sinueuses cliniques de thalassothérapie. Le vélo de montagne tremblait dans le coffre de mon bazou, le rythme de sa vibration imposé par les cahots. La voiture roulait un peu trop vite et j’écoutais… Vous ne devinerez jamais quoi… du Metallica – l’album …And Justice for All – à en faire fendre le plastique des portes de ma familiale vert Sprite. Pourquoi Metallica, ce jour-là? Sais pas trop exactement. Pour l’énergie, sans doute. Je n’avais pas écouté ce disque depuis au moins 15 ans, mais me souvenais parfaitement des paroles, de leur violence (see your mother, put to death…), de tout ce qui séduit, à l’adolescence et même plus tard, dans cette musique de mort qui vous fait vous sentir en vie. Et Dieu que je me sentais en vie. C’était dimanche, et j’avais un sourire un peu niais dans la tête. Ou si vous préférez: la conviction que la journée serait parfaite, et cela, depuis l’instant où j’étais parti de la maison en étirant un peu les au revoir, content de m’en aller en sachant que je serais encore plus heureux de revenir. Une journée parfaite, tandis que j’approchais d’un de mes moments favoris, celui de la rencontre. Les amis et les amis des amis qui se pointent au lieu de rendez-vous, les vélos qui tournent en rond avec impatience sur l’asphalte, sorte de chaste prélude d’échauffement avant d’enfin pénétrer l’orée de la forêt. Une journée parfaite avec de la boue de la tête aux pieds, avec des racines sur lesquelles les pneus du vélo dérapent avant de retrouver prise, ou pas. Parfaite avec des ponts emportés par la tempête et des rivières à traverser, le vélo dans une main, les pieds un devant l’autre sur un 2 X 6 imbibé d’eau, glissant à mort. Le cul, la mort: le vélo de montagne est un sport métaphysique à tendance plutôt freudienne, au cas où vous l’ignoriez. Mais comment expliquer? Comment traduire ces improbables bonheurs à celui, mais encore plus souvent à celle qui lit ces dernières lignes dans un état de stupeur mêlé d’incompréhension, et demande: pourquoi? Pourquoi se donner tant de mal? Quel plaisir trouve-t-on à se faire souffrir de la sorte? Plus qu’un plaisir, répondra-t-on, c’est une satisfaction. Analogue à celle d’avoir aimé convenablement, même dans les moments difficiles. Parce qu’aimer le vélo de montagne en août ne demande guère d’effort et parce qu’il est autrement ardu de trouver des charmes à une forêt lorsqu’elle est détrempée, cruelle, froide, et parfois trompeuse aussi. Surtout quand elle étend des tapis de feuilles sous lesquels nous guettent d’innombrables pièges à touristes. Sinon, comment expliquer tel plaisir dans des conditions parfaitement rédhibitoires? En spécifiant que toute l’année converge ici, maintenant. Un hiver de jogging, de séances de spinning et de musculation que l’on pratique comme on fait ses gammes, avec entêtement, mais rarement avec plaisir. Presque 3000 kilomètres sur la route, dont certains sont d’extraordinaires occasions de dépassement physique ou de bonheurs de chemins de traverse, mais que l’on s’impose le plus souvent par respect de la discipline. Ajoutez à cela, cette année, une blessure qui m’a empêché de rouler en forêt la moitié de l’été… Toute cette douleur, toute cette posologie sportive, tout cela est tourné vers ce moment-ci. Tout cela pour atteindre une forme physique qui permet d’apprécier les frissons et la douce exaltation d’une journée parfaite comme ce dimanche gris, ni chaud ni froid, où le temps se pétrifie pour se livrer en une série de tableaux. Ici, les traces d’un orignal venu boire il y a quelques heures, ou peut-être même quelques minutes, et plus loin, une découverte. Un sentier de ski de fond abandonné où plus personne ne va l’hiver, et où presque plus personne ne roule, sauf ce bon vieux Yvon, locomotive cinquantenaire qui connaît la montagne par cœur et nous rabat vers ce chemin qui se refait chaque jour une quasi-virginité en se couvrant d’herbes, de feuilles et, par endroits, d’un luxuriant tapis de mousse fluorescente. Tout au long, nous suivons une petite rivière qui caracole entre les rochers. Juste au-dessus d’elle lévite un voile de brume. Ça sort tout seul: crisse que c’est beau! Puis, à ces images d’élégance bucolique et aux charmes parfois glauques de l’automne succède un flou. Des couleurs que l’on traverse au lieu de les observer. Ça va vite, toujours plus vite. Le décor est maintenant hors champ, kaléidoscopique, tandis que les yeux se rivent au sol, quelque quatre ou cinq mètres devant. J’appuie sur les pédales, prends encore de la vitesse. Anyway, on risque moins de tomber si l’on va plus vite. Vite, toujours plus vite, en s’approchant du point de rupture, critique. J’entends le vélo de mon ami Pat derrière moi, le dérailleur et la chaîne qui tressautent sous les impacts successifs. Les cailloux lèvent derrière ma roue, les crampons crissent sur le sable des grosses pierres mouillées que nous franchissons. La chose est d’une violence inouïe quand on y pense. Mais c’est aussi d’une beauté incomparable. Un moment d’une divine perfection. Les deux index tirent sur les leviers de frein, juste assez, une courbe serrée entre deux arbres, puis une autre encore, le rythme est parfait, grisant. On se sent en marge du monde, de l’actualité, des contingences du quotidien. Il n’y a plus de campagne électorale, plus de ménage à faire, plus de sujet de chronique à trouver, plus de solde famélique au compte en banque. Il n’existe plus rien, sauf maintenant. Ou de manière plus prosaïque, disons-le sèchement: c’est moins bien que le sexe, mais bien mieux que la dope. Mieux qu’un buzz, et presque un orgasme. Vous comprenez mieux, maintenant? Cette douleur à l’entraînement, tous ces kilomètres parcourus, tout ce temps consacré à la préparation concentrés en une journée parfaite, pure. Et cette chronique de rien du tout, elle aussi en marge du monde, juste pour vous dire cet étrange bonheur de rouler. Pour raconter ce que l’on s’impose parfois pour mériter quelques fragments de beauté. Mais aussi comment on dit fuck you à la mort en l’embrassant sur la bouche.
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Plus débile que 110%
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Dans le genre épais, bruyant, émaillé d'insultes cheaps qui se perdent dans le fouillis sonore alors que les intervenants parlent tous en même temps, j'ai trouvé encore mieux que 110% au bulletin de 18h00 de la SRC .
Il y a d'ailleurs une des participantes qui me fait penser à Jean Perron. Mêmes commentaires creux, mais avec un plus beau brushing, cependant.
Je vous laisse deviner laquelle.
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La guerre à l’intelligence
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Je n’aime pas la tournure qu’est en train de prendre cette campagne électorale qui se déroule sous le signe du malaise. Malaise, d’abord, dans cette exploitation populiste que font les conservateurs de la haine de l’intellectuel et de l’artiste. Cela n’a rien de nouveau. On se méfie toujours des gens qui prennent le temps de réfléchir sur l’état du monde en d’autres termes que ceux qui nous sont familiers: les obligations, le fric, la famille, le travail, la sécurité. Avoir le loisir d’analyser et de mettre les choses en perspective est généralement suspect. Pour plusieurs, même, aller au-delà de ces considérations relève du luxe. Un luxe que l’on refuse de payer aux autres, puisqu’on n’a pas le loisir de se le payer soi-même. D’où ce sentiment de justice rendue quand il est question de couper les vivres à la culture, ce qui profite bien plus que cela ne nuit aux conservateurs. Rien de nouveau, disais-je. L’anti-intellectualisme a le même âge que la civilisation. Cela ne rend pas moins détestable cette posture racoleuse de la droite qui séduit le public en se plaçant à son niveau le plus haïssable, à la hauteur du petit mépris et de la mesquinerie, aussi bas que l’idiotie des commentateurs radio qui vomissent leur ignorance pour mieux s’en régaler par la suite. Un infect réflexe canin. Malaise, aussi, dans le recyclage qu’en font les autres partis qui n’ont que faire de la culture, à moins bien sûr que leurs opposants ne s’y attaquent. Et voilà le cortège des Duceppe, Dion et Layton qui reprennent la même chanson: nous rétablirons les fonds qui ont été coupés. Et voilà Assurancetourix Coderre devenu le barde de la diffusion culturelle. Cela n’a rien à voir avec les convictions, mais avec la récupération. Rien à voir avec un quelconque programme, mais avec la tentative plus ou moins désespérée de rallier les votes de ceux qui regardent, médusés, leurs compatriotes se frotter les mains tandis que le milieu culturel multiplie les faux pas ou les déclarations dont la bêtise est parfois aussi mortifiante que celle qu’on tente de dénoncer. À en voir aller quelques-uns, on se dit que c’est un peu comme si on leur mettait un couteau sur la gorge et qu’ils levaient le menton un peu plus haut pour donner de la latitude à la lame. Malaise, toujours, devant l’absence de débats. Devant cette guerre rangée d’idées toutes faites. Encore là, ce n’est pas nouveau, mais il me semble qu’on vise désormais des sommets. Comme si le marketing politique atteignait son apogée, imposant avec une efficacité inégalée le remplacement des arguments par des slogans et des clips. Ce qui explique le suicide assisté que s’inflige en ce moment le Parti libéral où Stéphane Dion, complètement décalé, surestime un électorat qui préfère de loin les insultes et les attaques vicieuses à des explications complexes sur un projet aussi controversé que la taxe sur le carbone. Résultat, il parle tout seul, tandis que les médias analysent son changement de look. Un autre malaise, qui est un peu l’ascendant des précédents, dans ce clivage qui s’opère dans la population. Celui-là se prépare depuis un moment. Je n’avais d’abord cru qu’à une position économique, une droite qui souhaite un certain recul de l’État dans les affaires courantes. Mais voilà que la morale s’en mêle de plus en plus. Voilà que le pire qu’on craignait sans vouloir y croire se matérialise. Des questions qui étaient l’apanage de la politique américaine deviennent des enjeux ici aussi. Lobbys religieux, droits du fœtus, répression de la criminalité. Des questions, surtout, qui auraient autrefois horripilé les Québécois, mais dont on est prêt à discuter tout à coup, prouvant que les deux solitudes ont migré, en quelque sorte. Il ne s’agit plus d’une question de langue, d’identité culturelle, de nation. Ce qui divise le Canada, désormais, c’est la droite et la gauche. Plus inquiétant encore, rarement s’est-on permis de s’éloigner à ce point du centre et de récolter un appui aussi important. Il s’en trouve plusieurs pour croire que ce n’est rien de grave. Enfin, rien de pire que ce que pouvait provoquer la question nationale à l’époque où les Québécois rêvaient de souveraineté. Je n’en suis pas si sûr. Il y a là un malaise qui se cristallise dans la population, d’un océan à l’autre. Un tissu social qui s’étire jusqu’à la déchirure. Plus qu’une envie de changement. Une haine sourde, une violence, en même temps qu’on répète, et c’est le paradoxe de la situation, que cette élection intéresse peu les gens, vu l’absence d’enjeux. Je n’aime pas cette campagne électorale, disais-je, parce que dans l’indifférence la plus totale, on y piétine sans être même agacé certains fondements du vivre ensemble, des questions qui vont bien au-delà des considérations nationalistes. En fait, mon principal malaise vient de cette conviction que se joue en ce moment un des chapitres les plus tristes de la politique canadienne. Celui d’un assaut final mené contre l’intelligence, dans une guerre que cette dernière est en train de perdre. Le plus désolant, c’est qu’il ne se trouve plus grand monde pour la défendre.
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La culture du mépris de la culture (sur un air connu)
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Sans doute un des trucs les plus intéressants publiés à ce jour au sujet des coupures en culture : la chronique d’Odile Tremblay dans Le Devoir* de samedi et dimanche.
Ce qui dit Mme Tremblay, en gros? Notre vision de la culture en est désormais une de paillettes, de flashes de caméras, de tapis rouges. La plupart des quotidiens sérieux n’accordent plus qu’une infime partie de leur espace culturel à autre chose qu’au vedettariat. Elle s’appuie sur le Festival du film de Toronto, duquel elle revient tout juste, pour éclairer son propos.
Le résultat est simple : la confusion s’impose dans la conception du public de ce qu’est la culture, puisque la seule culture qu’on lui présente est celle des vedettes, qui sont en effet pleines aux as. Et qui entend-on se plaindre de ces coupures sur la place publique, dans des galas fréquentés par l’élite? Encore des grosses vedettes, qui sont loin de manger leurs bas, et qui mettent leurs gros sabots.
Bref, M. Tout-le-monde regarde ça, et il se dit : fuck, pourquoi je paierais pour eux, moi? Pourquoi je paierais pour financer leur party? M. Tout-le-monde comprend mal la situation, mais est-ce tout à fait de sa faute?
Remarquez, par ailleurs, il y en a d’autres dont la situation fait vraiment leur bonheur. Les abrutis de l’anti-culture, les convaincus que tout ce que nous produisons n’est que de la merde pour intellos finis. Ceux-là mangent une solide volée sous la plume de Lagacé. Jouissif.
Deux papiers qui permettent de mieux cerner la situation. À lire pour mieux comprendre. Et se défouler un peu, aussi.
*Je voudrais bien vous fournir un lien pour lire la chronique sur Internet, mais Le Devoir, encore convaincu que c’est une bonne idée de réserver ses principaux contenus aux abonnés, a verrouillé le texte de Mme Tremblay. By the way, très chers boss du Devoir, presque tous les journaux, grands et petits (dont, récemment, le New York Times), ont constaté, après l’essai des deux formules, qu’il est préférable de rendre ses contenus gratuits en ligne. Qu’attendez-vous pour en faire autant?
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Y’a un truc pourri au royaume de l’école
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La semaine dernière, un enseignant de la rive-sud de Québec a été acquitté d’une accusation de voies de faits portée contre lui par un élève.
En gros, l’élève reprochait au prof de l’avoir agrippé par le cou tandis qu’il tentait de quitter la classe avant la fin du cours.
Et quelle mesure l’école a-t-elle trouvée pour que ce genre de chose n’atterrisse plus devant les tribunaux? "Dorénavant, les enseignants de cette école auront comme directive de laisser partir un étudiant qui souhaite à tout prix quitter la salle de classe avant le son de la cloche", nous apprend Le Soleil. Bref, rendu-là, aussi bien dire qu’à l’école, les enfants peuvent bien faire ce qu’ils veulent. Ils sont maintenant rois partout. Tout cela pour dire que les bras m’en tombent… Est-ce la faute à la popularité de l’école privée qui force le public à séduire et à faire des courbettes, est-ce la faute à l’époque en général? Je n’en sais rien. Mais cette vague de clientélisme qui déferle sur nos écoles est absolument ahurissante, non? Et d’où vient ce mépris du prof? Dans le cas qui nous intéresse, il semble que les parents du jeune n’ont jamais contacté le professeur pour obtenir sa version des faits. Petit ange tant aimé nous a dit qu’on lui avait fait bobo, et on a couru jusqu’au tribunal pour ruiner la carrière du prof sans trop poser de questions.
Vous l’ai-je dit? Les bras m’en tombent.
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Comme une odeur de morgue
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– Ce qui m’écœure le plus, c’est qu’on m’a fait passer pour une cochonne. Les yeux de Nathalie Filion quittent la rue qu’ils scrutaient depuis une minute pour me fixer tandis qu’elle laisse tomber ces mots qui la font ensuite rire, même si cela n’a rien de drôle. La propriétaire de la boutique Caseus sur la 3e Avenue à Limoilou fait partie des 300 commerces qu’a vidés le MAPAQ quelques jours plus tôt. Une véritable job de bras à forte teneur politique qui trahit l’état d’hystérie qu’ont provoqué quelques cas de listériose au Québec pour lesquels des fromages artisanaux ont été tenus responsables. Je répète: une job de bras. Un acte extrême et désespéré qui démontre, comme on l’a déjà noté, la folie furieuse qui anime ce ministère où, en se cachant derrière l’épouvantail de la santé publique, on achève sans vergogne des commerçants, des producteurs. Sur les étals réfrigérés du commerce spécialisé en fromages fins, il ne reste plus rien. Le MAPAQ s’est présenté un samedi midi. On a fait asseoir Nathalie Filion, puis on lui a expliqué ce qui allait se passer. Elle a commencé à trembler puis s’est carrément sentie mal quand elle a compris ce qui se tramait. Aucun appel possible, 90 % des produits allaient être détruits sur-le-champ, sans même qu’on sache s’ils pouvaient ou non contenir la fameuse bactérie, sans même qu’on fasse un seul prélèvement sur les lieux. Ne restaient que quelques charcuteries, mais on ne demeure pas ouvert pour un morceau de jambon, comme l’indique la commerçante. – Il n’y a rien qui prouve que j’étais contaminée. Il me semble que leur protocole est pas mal draconien. J’ai dû tout jeter et je ne sais même pas si j’avais quelque chose à me reprocher. C’était d’un pathétique… J’ai pris mes meules, une à une, je les ai pesées, puis jetées au conteneur. Je les ai toutes pleurées. Puis l’inspectrice du MAPAQ a versé de l’eau de Javel dans le conteneur, et c’en était fini. Quand nous nous rencontrons, le commerce est fermé depuis 10 jours. Que fait Mme Filion depuis ce temps? «Je dors… et je bois, confie-t-elle en riant. Mais ça, c’était la première semaine. Après l’abattement du début, là, je me sens d’attaque.» Dehors, une affiche explique les raisons de cette fermeture, laissant planer le doute quant à la réouverture éventuelle de la fromagerie ouverte depuis maintenant quatre ans et qui peut être considérée comme une pierre d’assise du renouveau de la 3e Avenue. Scandalisé, le quartier se mobilise. Au coin de la rue, dans le club vidéo, une pétition s’étale sur le comptoir, un fonds d’aide a été lancé par les gens du coin. «C’est vraiment très touchant, je sens que j’ai vraiment ma place ici», affirme Nathalie Filion, qui a aussi appris que son assureur consent à lui verser l’équivalent de 60 % du montant des produits perdus. – Pour le moment, par contre, je reste sur mes gardes et me fixe la première semaine d’octobre pour la réouverture. À l’Épicerie européenne, ils ont eu deux descentes, si on peut appeler ça comme ça. La sagesse est de mise. Je n’aime pas donner des chiffres parce que je ne trouve pas cela très représentatif quand on regarde les sommes que les commerces plus gros que moi ont perdues, mais disons les choses telles qu’elles sont en réalité: j’ai perdu cinq mois de salaire. Je ne survivrai pas à une seconde destruction de mes stocks. Pire que tout cela, selon celle qui détient un certificat en production fromagère en plus d’avoir une formation de nutritionniste, c’est un lien de confiance qui vient d’être rompu. Celui qui lie le commerçant et le producteur, le respect mutuel nécessaire à une sorte de synergie afin de promouvoir le produit, d’en faire une mise en marché en accord avec l’esprit artisanal de cette nourriture qu’on tente de ramener au Québec après la longue disette de l’industrialisation de la bouffe. – Je ne vais pas commencer à exiger des certificats prouvant qu’ils ont fait tous les tests, ça n’a pas d’allure, s’insurge Nathalie Filion. Mais en même temps, je comprends que ceux qui ont perdu beaucoup plus que moi dans l’aventure vont vouloir avoir des preuves que tout est en règle. Dans certains cas, en effet, les pertes s’élèvent à quelques centaines de milliers de dollars. Une fortune. Si ce n’est pas la première fois qu’on entend le milieu de l’alimentation artisanale pester contre le MAPAQ, on constate maintenant de quel bois se chauffe un ministère contre lequel on ne peut jamais argumenter, puisqu’il sauve des vies. Enfin, c’est ce qu’il prétend. Et cette mini-crise – dont les chiffres nous disent finalement qu’elle n’a rien d’alarmant – risque pourtant de lui donner raison. Car on peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres. Surtout lorsqu’on y associe des vies humaines. On a déjà fait freaker le monde de la même manière avec le virus du Nil, la salmonellose, la grippe aviaire, la maladie du hamburger et que sais-je encore. Les années passent. Les périls changent au gré des obsessions du moment. Des épidémies? Il n’y en a eu aucune. Ce qui n’empêche pas les crises d’apoplexie collectives, alimentées par les médias. On a droit à une ou deux par année, en attendant l’apocalypse qui ne vient évidemment jamais. Ici, le MAPAQ aurait tout aussi bien pu mettre les fromages en quarantaine et effectuer des prélèvements chez Caseus afin d’éviter à Mme Filion qu’elle frôle la ruine. Mais non, on tire dans le tas. On détruit tout. Plus pour parer au scandale qu’autre chose, a-t-on envie de dire. Plus pour sauver la face que des vies, finalement. Un jour, peut-être, vivrons-nous dans un monde lisse, lisse, lisse, véritable rêve humide des inspecteurs du MAPAQ et de tous les freaks de la prévention outrancière. Un monde où l’on ne sortira plus sans sa moustiquaire sur la tête, le corps recouvert de vêtements anti-UV. Un monde où l’on se rincera la bouche à l’antiseptique avant de s’embrasser. Et après. Un monde où l’on sera électrocuté si on sacre devant des enfants, où tout ce qu’on mange aura été bouilli deux fois. Un monde où il faudra présenter son dossier médical avant de baiser. Et alors, dans ce monde sans risque, nous traînerons tous la même haleine fétide. Comme une odeur de morgue et de Singles de Kraft.
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Le pouvoir d'achat
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Le bonheur de la classe moyenne est-il soluble dans le fric? C’est la première question qu’on est tenté de poser en faisant le tour du sondage Léger Marketing avec lequel les quotidiens de Quebecor et sa filiale télévisuelle faisaient leurs unes cette semaine. Mon confrère Martineau en a d’ailleurs profité pour se porter à sa défense, pôvre classe moyenne, victime de nos plaisanteries mesquines, enfermée qu’elle est dans un imaginaire de banlieues beiges et de centres d’achat devenus les temples d’une surconsommation élevée en religion. Des clichés? Certainement. Mais des clichés pleins de vérité. Je le sais pour en faire partie de cette classe moyenne, pour avoir vécu dans ses banlieues. Cela dit, si la classe moyenne en a assez d’être le souffre-douleur par excellence, il faudra qu’elle cesse de prêter le flanc en se plaignant le ventre plein, bien au-delà de la frontière du ridicule. Comme en faisant porter aux gouvernements l’odieux de la croissance de son taux d’endettement. La nouvelle voiture? Oui. La télé plasma avec les nouveaux divans et le cinéma maison? Certainement. La maison hors de prix mais tellement jolie et dans un quartier tranquille en plus? Oh que si. Mais l’augmentation de l’assurance médicaments? Non. De l’électricité? Voyons donc. Du permis de conduire? Ne me faites pas rire. Pourtant, 94 % des répondants au sondage blâment les gouvernements pour leur appauvrissement. Vous avez bien lu, 94 %. Ils se sentent négligés par les élus, qui n’en font pas assez pour eux. Serait-ce parce qu’il n’y a rien à faire? Ou enfin, qu’on en fait déjà beaucoup? Est-ce la faute des gouvernements si les ménages québécois sont de mauvais gestionnaires de leurs actifs? Les élus sont-ils responsables de nos comportements d’une insatiable gourmandise en ce qui concerne la consommation de divertissements et d’articles de luxe, devenus gages de bonheur dans nos cocons dorés? On m’accusera d’insensibilité, de ne pas comprendre la détresse des Québécois étranglés par leurs finances précaires, ou pire encore, d’être un avatar postcommuniste en voie de se faire pousser la barbichette et d’aller mener des cortèges de gauchistes enragés dans les rues. Pensez ce que vous voulez, mais vous ne me ferez pas pleurer. La classe moyenne peut bien ruer dans les brancards, elle peut bien blâmer qui elle veut et menacer les gouvernements de ce qui lui plaît. Elle voudrait bien qu’on s’occupe d’elle et qu’on lui dise ce qu’elle veut entendre: nous baisserons vos impôts, les taxes, il y aura plus de services gratuits encore… Mais c’est de vérité qu’a besoin la classe moyenne. D’un coup de pied au cul. D’un reality check. Et commençons donc par une mise au point. Soit qu’il ne faut pas confondre augmentation du pouvoir d’achat et justice sociale. Autrement, il y a quand même un truc qui me chicote avec cette enquête, et qui stigmatise bien plus la classe moyenne que toutes les jokes sur la banlieue ne pourraient le faire. Soit de réduire tout ce beau monde à son fric. À des préoccupations qui s’arrêtent là. Point. C’est bien beau, apprendre ce que ces gens ont dans les poches. Maintenant, est-ce qu’on pourrait aussi savoir ce qu’ils ont dans la tête?
LÉGUMES AVEC VUE – J’ai fait deux fois le tour de l’île d’Orléans à vélo cet été. Si on excepte le pont, véritable honte routière digne de la banlieue de Kaboul où les automobilistes s’arrêtent pour vous insulter si vous ne roulez pas sur un trottoir encore plus dangereux que la chaussée vérolée, voilà sans doute un des plus beaux décors pour rouler dans la région. Avec certains coins de Portneuf, dont un que j’ignorais jusqu’à tout récemment et que m’a fait découvrir ma blonde, entre Pont-Rouge et Sainte-Catherine. Mais revenons à l’île, qui est très bien pour rouler à vélo, mais aussi pour rouler le touriste. Peut-être pas partout. Peut-être pas tout le temps. Mais quand même. T’arrêtes au bord de la rue devant le kiosque d’une ferme. Les framboises tardives? 6,50 $ pour un casseau moyen. Ouch! Les fèves vertes? 4,50 $. My God! Comme on est là, comme on s’en va souper, on achète quand même, un peu dégoûté. Puis j’entre dans une épicerie en ville quelques heures plus tard. Dans la section des légumes, les fèves vertes y sont à la moitié du prix pour le double de la quantité. Elles ne viennent pas du Mexique, mais d’ici. À peine plus loin que l’île, en fait. Et elles sont aussi belles. Je sais que l’été pluvieux n’a pas fait de cadeau aux agriculteurs, qui essaient de se refaire un peu. Mais à ce point? À moins que les fruits et légumes répondent aux mêmes impératifs que l’immobilier, et que lorsqu’on les achète, on doive aussi payer pour la vue? Meuh non, sots. C’est sûrement la faute au gouvernement.
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Minoritaires? Yeah, right!
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J’écoutais encore ce matin Josée Verner répéter le nouveau mantra des Conservateurs : nous serons encore minoritaires après cette élection. J’écoutais, et qu’est-ce que je me bidonnais.
Pour ceux qui ne l’auraient pas pognée encore, voilà : les gens veulent bien voter pour la gang à Stephen, mais ils en ont un peu peur, quand même. C’est pas moi qui le dis, ce sont les sondeurs qui l’affirment. Pour tous ces bleus frileux, un gouvernement minoritaire, c’est l’assurance que la gang à Stephen n’aurait pas carte blanche aux Communes pour faire passer toutes les lois et tous les budgets qui lui chantent. Ce qui forcerait un éventuel gouvernement Conservateur à naviguer plus près du centre que de la droite.
Tous ces gens pourront donc voter Conservateur sans arrière-pensée, puisque les Conservateurs eux-mêmes le disent, ils seront encore minoritaires… À moins que tout le monde embarque dans leur petit jeu de dupe qui, avouons-le, risque fort bien de fonctionner.
Anyway, sont déjà majoritaires dans les intentions de vote. C’est pas moi qui le dis, ce sont les sondeurs qui l’affirment.
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L'attrait du vide
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Il y a des jours comme ça. Je me réveille, et tout paraît normal. À la fenêtre de la cuisine, la lumière qui baigne la cime des arbres est identique à celle d’hier. La ville vrombit toujours en sourdine, sa clameur motorisée étouffée par les édifices, les parcs. J’ai encore cette désagréable sensation de raideur dans le genou droit. Des gens meurent un peu partout, certains s’aiment, d’autres pas, un ouragan terrorise la Louisiane et la nouvelle égérie républicaine se retrouve dans l’eau chaude. Business as usual, le monde me paraît relativement sensé malgré son apparent chaos. Puis, petit à petit, cette impression de normalité s’érode à force d’événements minuscules, jusqu’au point de rupture. Soudain, je me sens en marge. Complètement largué. Déconnecté du reste du monde. Le plus frustrant, c’est que je n’y comprends rien. Cela débute avec un courriel, reçu à la suite de la parution de ma plus récente chronique. Courriel qui provient d’une connaissance avec laquelle je me chicane plus ou moins gentiment de temps à autre, selon le sujet. Lui est férocement à droite, et moi, au centre-gauche, disons. Lui est croyant, moi athée, et ainsi de suite. Reste que c’est un garçon d’une intelligence redoutable, à la culture encyclopédique, et j’aime bien recevoir ses missives auxquelles je ne réponds d’ailleurs pas toujours. Par manque de temps plutôt que par manque d’intérêt. Mais voilà ce garçon que je considère comme brillant qui me dit en substance: toi et ta gang de bien-pensants des médias, ne serait-ce que pour vous faire chier, je serai bien aise de donner mon vote aux conservateurs. J’avoue que cela m’a scié. Pourquoi ce désir de vengeance? Et pour se venger de quoi au juste? Quelques heures plus tard, j’accusais toujours le choc quand m’est revenu en tête quelque chose que j’avais lu. Un truc glané chez Lagacé à propos de la clique du Plateau. Tandis que les artistes-qui-vivent-supposément-au-crochet-de-nos-impôts manifestaient dans la rue, le journaliste y allait d’une impression, une sorte d’intuition qui lui laissait dire qu’une importante fraction du public se félicitait plutôt de ces coupures. Qu’il y avait même là, en quelque sorte, un incitatif pour ces gens-là à voter bleu. Un beau gros fuck you à la clique des artistes subventionnés, à une élite intellectuelle ou culturelle qu’on se plaît à mépriser pour des motifs généralement nébuleux, et qui tiennent le plus souvent à leurs positions politiques, nettement plus à gauche et souverainistes que la moyenne, disons. Il faut croire qu’il misait dans le mille. Sauf que cette position d’une bonne part de l’électorat nous place en équilibre au bord d’une sorte de gouffre idéologique. D’où ma sensation de vertige, de rupture avec un monde que je ne comprends tout simplement pas. Pas que je ne saisis pas son mécontentement. Et je ne veux même pas discuter de la légitimité de cette colère. Ce qui me stupéfie complètement, c’est la facilité avec laquelle ces gens se laissent si facilement récupérer. Comment peut-on s’attaquer avec autant de véhémence à une certaine classe sociale ou politique et se laisser si sagement endormir par une autre? Cela me dépasse. Comprenez-moi bien, ce n’est pas nécessairement contre la droite que j’en ai ici, mais contre le vide. J’en ai contre des politiciens qui proposent de passer la chainsaw dans les modèles québécois ou canadiens sans jamais expliquer clairement ce par quoi ils comptent les remplacer. Je ne crains pas le changement. J’ai peur du noir, de l’inconnu, des approximations, du flou délétère, de la manipulation. Pire encore, j’ai peur d’un public qui, écœuré des faux bonds que lui fait le système, saute à pieds joints dans ce vide. Comme si le statu quo était à ce point révoltant que n’importe quelle solution de rechange puisse faire l’affaire. Mais le comble, c’est bien ceux qui se félicitent de faire chier une poignée minuscule de donneurs d’opinions, d’artistes et d’intellectuels en votant pour le premier arriviste venu. En votant pour du vide, je le répète. Pour moi qui crois encore aux idées, cette stigmatisation de quelques individus dont on fait les poupées vaudou de l’immobilisme politique renvoie à une bêtise insondable, parfaitement inexplicable. Mais bon… Il y a des jours comme ça. Je me réveille, et tout paraît normal. À la fenêtre de la cuisine, la lumière qui baigne la cime des arbres est identique à celle d’hier. La ville vrombit toujours en sourdine, le monde vit et meurt, business as usual. L’univers me paraît sensé. Puis la réalité sonne à la porte. Quand j’ouvre, elle m’envoie un solide jab en pleine gueule, me rappelant je suis parfois d’une épatante naïveté.
ÇA SE DISCUTE – Histoire d’enfoncer le clou, j’écoutais mardi matin le conseiller municipal Marc Simoneau babiller sur les ondes du 93 à l’émission d’humour – euh, pardon, d’opinion – qu’anime Sylvain Bouchard. Questionné à propos de son silence dans le dossier de la pluie de roches provenant de la carrière Unibéton qu’ont subie des citoyens de l’arrondissement Beauport, le conseiller, visiblement surpris et irrité, s’est même demandé, en direct sur les ondes, si ce secteur faisait partie de son district ou non. Il a fallu environ 30 secondes au journaliste Hugo Langlois pour lui confirmer que c’est bien le cas. Comment a-t-on résolu cet insondable mystère aussi rapidement? En allant vérifier sur le site Internet de la Ville, tiens. Juste comme cela, je vous rappelle que Marc Simoneau a été élu démocratiquement, bien que ses plus prestigieux faits d’armes soient d’avoir animé une tribune téléphonique sur le sport à CHRC et d’avoir milité en faveur d’une loi interdisant qu’on puisse tondre son gazon la fin de semaine à l’heure du souper. Le moins pire des systèmes, la démocratie, disait Churchill? Disons que dans certains cas, ça se discute.
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Mario Dumont, l’école et les émeutes de Montréal-Nord
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Désolé, je réagis un peu tardivement à celle-là…
Alors voilà : selon Mario Dumont, les émeutes de Montréal-Nord s’expliquent par une faillite de l’école. Rien que ça.
Plus précisément, l’école ne parvient pas à éviter le décrochage et est en voie de devenir une pépinière à gangs de rue parce que :
A- Il n’y a pas assez de discipline
B- On n’y porte pas l’uniforme
C- On ne revêt pas fièrement le blouson de l’équipe sportive de son école comme dans les high schools américains
D- La ministre Courchesne a mis tous ses efforts dans la restructuration des commissions scolaires au lieu de s’attaquer aux vrais problèmes…
Bon, on peut bien penser ce que l’on veut du souhait de Dumont d’éradiquer les commissions scolaire, reste le chef de l’ADQ doit être salué pour avoir réussi cette impensable contorsion intellectuelle lui permettant d’associer l’effort que fait le gouvernement pour tenir en vie ces commissions à une émeute à Montréal-Nord.
Avouez que c’est fort.
Autrement, je serais tenté d’ajouter un truc ou deux. D’abord, qu’on peut reprocher plein de choses à l’école, mais pas cela. C’est juste… Trop gros, trop tiré par les cheveux, et tellement simpliste que c’en est navrant.
Enfin, disons aussi que la discipline, ça ne commence pas à l’école, mais un peu, beaucoup, énormément à la maison. Et ça, avec ou sans commissions scolaires, équipe de football ou costumes obligatoires.
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Leloup se moque de nous
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Quoi? Ça, un concert? Une fête? Un pow wow? Une farce, plutôt. Mais elle n’a rien de drôle. Surtout lorsqu’on a, comme une bonne part du public, dans le début de la vingtaine, et que c’est le premier concert de Leloup auquel on assiste. Avec les attentes que cela sous-tend quand on connaît le génie créateur du bonhomme et qu’on a pu écouter ce dont il était capable avant de mourir une première fois. Car samedi soir, au Colisée Pepsi, Leloup s’est à nouveau fait hara kiri.
Intro d’amateur, jam sessions interminables, danseurs aux chorégraphies qui au mieux avaient l’air de parodies amérindiennes, paroles escamotées, chansons tronquées, ou cruellement mises à mort devant public, Leloup n’avait visiblement aucune envie d’être là. Il ne lui aura pas fallu vingt minutes avant qu’il vitupère, qu’il se plaigne du public trop criard à son goût… Même son groupe, mené par Steve Hill, avait l’air gêné d’être là.
Jamais assisté de ma vie à un concert aussi médiocre. Rarement vu un artiste mépriser son public à tel point. Au bout d’une heure et demie de cette indécence, nous en avons eu assez et sommes partis. Ce qu’une bonne part du public aurait sans doute aussi fait si elle n’avait pas payé si cher sa place, si elle n’avait pas espéré tout au long que l’hurluberlu retombe enfin sur ses pieds. Les autres, plus excités, tentaient sans doute de se convaincre qu’ils passaient du bon temps, qu’ils ne s’étaient pas fait avoir.
En revenant, je songeais à Dylan. À la mise à mort successive des différents personnages qu’il a incarné, à ses performances moins qu’approximatives pendant de longues années. Puis à son retour en grâce, inespéré.
Mais pour le moment, difficile d’envisager Leloup autrement qu’à travers le prisme de l’incompréhension et de la colère. Fuck, il se moque de nous.
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Le produit d'une époque
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Silence. Alors qu’il s’agira sous peu, pour des motifs électoraux, de dresser le bilan d’un premier mandat de Stephen Harper à la tête du pays, c’est le mot qui devrait le mieux résumer ces quelques mois d’une politique sous-marine qui nous fait presque regretter l’arrogance verbeuse de Jean Chrétien. Une arme redoutable, ce silence. Une fabuleuse parade qui place systématiquement les partis d’opposition dans une situation hors de la zone de confort, en dehors de la logique habituelle des choses, les obligeant presque toujours à avoir le premier mot, nettement plus risqué que le dernier, vous en conviendrez. Et comme on est dans le flou total au volet du contenu, tout est dans la manière chez les conservateurs. Tout est dans cette façon de laisser tomber la nouvelle d’une coupure budgétaire ou d’un projet de loi controversé en évitant savamment d’épiloguer sur la question (quand il ne suffit pas tout simplement d’enterrer le détail incriminant sous une montagne d’autres détails), laissant le soin aux opposants de déchirer leur chemise pour ensuite mieux les rouler dans la farine. Ou de se taire et laisser l’embryon de scandale s’éteindre, le plus simplement. Ce silence frustrant qui réfute toute critique puisqu’il permet de ne jamais prêter le flanc, les conservateurs ne le ponctuent généralement que de slogans. Autre arme efficace en cette époque qui préfère de loin les campagnes de peur, d’insultes ou de vente aux débats d’idées. Mais c’est bien d’idées qu’il s’agit quand un ministre remet publiquement en question l’éthique des médecins en faveur de piqueries supervisées dont l’efficacité n’est plus à prouver, non? Même chose lorsqu’un projet de loi considère de jauger le degré de moralité d’un film pour le juger apte au financement, n’est-ce pas? Pourtant, si on demande à la ministre du Patrimoine de s’expliquer (voir son entrevue avec Marc Cassivi dans La Presse, 15 août 2008), elle prétend sans ciller que la morale ne devrait jamais guider les décisions politiques. Comme si la main gauche ignorait ce que fait la droite (s’cusez-la). Heureusement, il y a toujours l’increvable slogan du fric que l’on peut appeler à la rescousse, y allant de cette même question: est-ce à cela que l’on doit dépenser les deniers du contribuable? À des films de peu de vertu? Pour soigner des junkies? On n’a qu’à entendre les publicités anti-Dion-et-sa-taxe-sur-le-carbone pour constater que la rhétorique conservatrice relève d’une manipulation simpliste où la politique se résume désormais à une seule chose dans l’esprit de l’électeur: son rapport d’impôts. Il y a évidemment mille raisons de condamner cette manière de faire qui nous laisse devant un banc de brouillard quant aux intentions du gouvernement qui ne révèle que trop rarement ses véritables motifs et dont on devine mal l’idée qu’il se fait du pays duquel il est à la tête. Mais d’un point de vue purement stratégique, il faut saluer l’intelligence de ce parti où, même lorsque le jupon dépasse, on parvient à ignorer jusqu’à l’existence du jupon en question. Suffit de faire comme si ce jupon n’existait pas, et hop, il est parti. Mieux, il n’a jamais même existé. Et c’est là que réside toute la puissance de ce gouvernement: dans sa manière de distiller l’information au point où l’on peut faire passer des décisions idéologiques pour du gros bon sens appuyé par des arguments économiques qui savent viser juste dans un imaginaire collectif miné par la surconsommation et l’endettement. C’est là tout le génie marketing de la politique de la droite. Transformer un débat d’idées en un concours publicitaire. Ce qui me fait dire que Stephen Harper est probablement le plus redoutable politicien à avoir «régné» sur Ottawa, même s’il est à la tête d’un gouvernement minoritaire. Tout dans sa technique de l’esquive, du slogan et de l’embrouille nous prouve que cet homme est plus qu’un politicien ordinaire, et que son succès doit autant, sinon plus encore à son intelligence marketing qu’à la faiblesse politique de ses adversaires. En fait, cet homme est probablement l’un des plus purs produits de son époque. Qui est la nôtre aussi, je vous le rappelle, au cas où l’envie vous prendrait de fanfaronner.
CAS DE CONSCIENCE – J’écrivais en février 2006 que les gens de Québec n’avaient pas voté pour les conservateurs pour des motifs qui relèvent de la morale. Et le statut minoritaire du gouvernement aurait d’ailleurs dû nous permettre d’éviter les dérives, si seulement les partis d’opposition prenaient la peine de lire les projets de loi en entier avant de se prononcer en leur faveur. Bref, je crois toujours que vous n’avez pas voté contre l’avortement ni contre le mariage gai, pas plus que vous ne partagez cet esprit de pseudo-valeurs familiales qui anime nos compatriotes de l’Ouest qui ont un peu trop soif de vertu. Tout cela pour dire que maintenant, par contre, vous savez. Vous savez ce qui se cache derrière la politique de financement du cinéma, vous devinez aussi ce qui se trame derrière cette volonté de changer le statut du fœtus en cas de meurtre. Si toutefois l’envie vous prenait de voter pour la même bande une autre fois, que grâce à vous elle obtienne un statut majoritaire qui lui donnerait le champ libre et que le droit se mette soudainement à reculer au profit de la morale, sachez une chose. Ce douloureux pincement au cœur qui pourrait vous indisposer à la lecture des journaux n’a aucun fondement médical. N’appelez pas le docteur. Anyway, que pourrait-il faire pour apaiser votre conscience?
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Chronique du bout du monde
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À chaque retour de vacances, c’est la même histoire. Je me retrouve devant l’écran, voûté, presque tordu, comme un point d’interrogation devant la même liste de questions. Pourquoi je fais cela? Pourquoi j’écris? Pour qui? Pour vous? Pour moi? C’est l’avantage en même temps que l’inconvénient d’écrire une chronique qui tire dans tous les sens depuis quelques années – bientôt six, avec des boss assez gentils pour me laisser dire n’importe quelle niaiserie: la liberté. Totale, même. Avec en plus, cette impression que les gens n’ont que peu d’attentes puisque la chronique en question relève souvent plus de l’exercice de style que de la prise de position systématique sur un sujet d’actualité. Comme il m’arrive souvent de n’avoir aucune opinion sur de nombreux sujets et que le rôle de polémiste de service m’ennuie à mort, cela tombe plutôt bien. Une semaine, je peux varger sur un animateur de radio, un politicien, la présidente du Conseil du statut de la femme, ou je peux prendre l’opinion la plus répandue à rebrousse-poil. La semaine suivante, je peux m’attendrir devant un paysage, me questionner sur l’absurdité de l’existence et me demander si tout va toujours un peu mieux, ou si tout va toujours un peu plus mal, sans trop savoir quoi répondre au juste. La liberté, donc, qui est bien sûr illusoire. Car même lorsqu’on patauge dans ce que les politologues du dimanche considèrent comme du gaspillage d’encre trahissant certaines velléités philosophico-littéraires douteuses, on a des attentes. Et les miennes, si vous ne le saviez pas encore, sont monstrueusement démesurées. Reviennent donc toujours les mêmes questions, auxquelles s’ajoute: pourquoi je m’inflige telle torture? Les encouragements n’y changent d’ailleurs rien. Même qu’ils empirent la situation. En fait, j’ai moins de difficulté avec les insultes et les plaintes qu’avec la gentillesse des lecteurs. Avec ceux qui te détestent ou qui ne sont simplement pas d’accord, tu peux toujours t’engueuler, ce que je fais plutôt bien. Mais avec les compliments, je suis nul. Je sais jamais quoi dire. Je fonds, je minimise, je baisse les yeux. Ce n’est même pas de la fausse modestie. Une gêne authentique, un malaise. Tenez, ma mère revenait l’autre jour de funérailles, et me disait comment les gens sur place avaient tenu à me transmettre félicitations et encouragements, qu’ils me lisent aussi souvent que possible, et tout le toutim. Que voulez-vous faire avec cela, sinon y voir d’autres attentes que vous refusiez même de soupçonner: celles des autres, écrasantes, et souvent aussi désespérantes puisqu’elles ne rencontrent pas toujours les vôtres. Y a-t-il une manière d’expliquer à quelqu’un qui a adoré une chronique que vous, vous la trouvez nulle, sans toutefois avoir l’air d’un insatisfait pathologique, ou plus simplement, d’un ingrat? À l’inverse, ce courriel d’un lecteur courroucé qui me traite de cave pour avoir, il y a trois semaines, banalisé la blague de Mike Ward à propos de la petite Cédrika me galvanise. Plus étrangement encore, ce toton patenté me donne l’impression que j’écris plus pour lui et sa gang que pour ceux qui m’aiment. C’est con, non? Peut-être pas tant que ça... Car généralement, les gens se révèlent plus éloquemment lorsqu’ils vous insultent que lorsqu’ils vous couvrent de louanges. Les détracteurs intelligents, eux, vous reconduisent vers une humilité nécessaire, alors que ceux qui vomissent leur haine font irradier toute leur bêtise, exposant leur insondable crétinisme, et du coup, vous vous sentez vraiment mieux. Pourquoi j’écris, me demandais-je? Pour le plaisir, pour la douleur, pour la beauté du geste, pour sa futilité, pour le sentiment de faire ce que je fais le mieux, mais aussi, pour me coucher, le soir, tout bêtement content d’être moi plutôt qu’eux.
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Autre syndrome de vacances, je pars toujours content de laisser le travail, mais suis instantanément pris d’une envie d’écrire pendant les vacances. Sans doute parce que je m’y sens vivre autrement que lorsque je suis pris dans la roulette de hamster du quotidien, et que me viennent alors d’autres tableaux, d’une extrême simplicité. Et l’envie de les partager. Le corps de sa blonde, chaud, inerte, doucement bercé par le sommeil tandis qu’on épluche un polar gros comme ça jusqu’au milieu de la nuit. Les paysages de terres qui vallonnent, s’entortillent autour des collines et vont paisiblement mourir dans le fleuve. Sa petite fille, les lèvres bleues d’avoir pataugé dans un lac glacé, que l’on enroule dans une serviette sur laquelle est dessiné un immense tigre orange, ne laissant dépasser qu’une tête au sourire mouillé et des pieds couverts de sable. Des parties de cartes au chalet pendant que la petite dort. Des «je t’aime» qui vous font fondre le cœur. Et des questions d’enfant auxquelles on ne sait trop comment répondre. – Papa, c’est où le bout du monde? – Je sais pas c’est où, bébé, mais je pense que c’est maintenant.
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Dites bonjour aux vautours
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J’ouvre La Presse ce matin : deux pleines pages sur le meurtre d’une montréalaise de 17 ans dont on a retrouvé le corps derrière une remise, quelques heures après que son beau-père, la dernière personne à l’avoir vue vivante, l’ait fait monter dans sa voiture pour la ramener chez elle.
Le beau-père en question est le suspect numéro un dans l’affaire. Et ce matin, Le Presse nous propose une entrevue avec le fils. Le chum de la p’tite fille assassinée. Il a 19 ans.
Malaise.
Il s’agit d’une enquête en cours, d’un cadavre qu’on vient tout juste de trouver. Le suspect numéro un n’a pas encore comparu au moment d'écrire l'article. Son fils, lui, est invité à raconter sa version de l’histoire, assez sordide merci. « Il voulait l’avoir pour lui, ben il l’a eue », dit-il.
Re-malaise.
C’est juste moi, ou publier ce genre de commentaire a quelque chose d’absolument répugnant? Je veux dire, on est dans la colère, la stupeur, l’incompréhension, l'horreur, et on ne semble même pas avoir encore assez de donnée pour faire le portrait de l’affaire, mais on parle à un ti-gars de 19 ans complètement mêlé, flabbergasté, qui dit un truc aussi étrange et brutal que cela, et on le publie. Est-ce vraiment nécessaire? Où se situe la limite entre le droit à l'information et la décence?
Mieux encore, j’apprends chez Rappaz qu'une journaliste (qui ne signait pas l'entrevue avec le jeune homme) aurait créé un groupe Facebook pour trouver des amis de la jeune fille assassinée, histoire de témoigner de sa vie, de son passé, de raconter son histoire.
Si tout cela est authentique (le groupe existe bel et bien sur Facebook, mais j'ignore jusqu'ici s'il s'agit bien d'un groupe lancé par la journaliste ou d'une mauvaise blague ), re-re-malaise. Limite nausée.
Enfin, tout cela pour dire que je ne pourrai jamais couvrir les faits divers. Faut croire que j’ai le cœur trop sensible.
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