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February 2007 - Messages
22 février 2007, 12:00
Même pas mort
Une oraison funèbre. Un requiem. Si vous me demandez de résumer l'impression que laisse derrière elle la précampagne électorale du PQ, c'est à cela que je pense. Des prières et de la musique pour macchabées. Ce sinistre air de clairon que jouent les militaires quand on enterre un des leurs.

Pliez le drapeau, valeureux soldats, et remettez-le à la veuve éplorée qu'on nomme indépendance.

- On ne parle que de Mario Dumont dans mon entourage, me confiait cette semaine un confrère. Cela a bien le temps de changer, me disais-je, tandis que cet ami m'annonçait, un brin péremptoire, que le Parti québécois allait sans doute subir sa plus cuisante défaite à ce jour.

Il n'est pas le seul.

Ces jours-ci, on ne se lasse pas de prédire la mort du PQ et de constater qu'il pourrit de l'intérieur, rongé par les guerres intestines que se livrent ses différentes factions. Un combat que s'y mènent idéalistes et tenants de la realpolitik qui soutiennent qu'il faut faire comprendre pour convaincre, qu'il faut convaincre pour conquérir.

Ce qui nous ramène à cette hypothétique veuve: l'indépendance.

Est-ce juste moi, ou avez-vous aussi remarqué que l'insistance avec laquelle André Boisclair parle de l'indépendance tient plus de la posture que de la conviction? Je veux dire qu'il ne paraît pas y croire une seule seconde, que le martellement du mot ressemble bien plus à une technique incantatoire pour rallier les purs et durs à sa cause, que cette attitude tient bien plus de l'unification du parti que de la séduction des masses.

Et ce mantra qui sonne creux risque justement d'indisposer les électeurs qu'il doit pourtant convertir.

Parce que suffit pas de répéter pour que la magie opère. Faut expliquer, et de long en large s'il vous plaît. Faut convaincre les gens de s'extirper de leur petit confort duveteux pour entreprendre une aventure risquée. Ce n'est pas une mince affaire, elle demande force, courage, arguments solides et une bonne dose de témérité.

Mais surtout, faut au moins donner l'air d'y croire.

C'est dans ce trou béant, dans ce souverain bobo que ses adversaires ne manqueront pas de triturer que réside toute la faiblesse de Boisclair. Bien pire que ses histoires de poudre et son homosexualité, plus dommageable que son absence de charisme et ses tirades ampoulées, cette faiblesse du discours et l'absence de conviction sont un talon d'Achille qui risque de lui coûter cette élection.

Attendons tout de même un peu avant de faire livrer les couronnes d'oeillets, cette séance de pugilat politique ne fait que commencer. Pour le meilleur, et surtout pour le pire.

LE CLIENT - Il m'arrive parfois ici de me moquer de lecteurs un peu nonos, ce qui ne m'empêche pas d'en trouver d'autres très bons, puisqu'ils me font rebondir, qu'ils m'amènent plus loin dans la réflexion. Comme Steve Boudrias qui revenait, il y a deux semaines, sur mes propos concernant cette tendance des médias à prêter le micro au citoyen en nous faisant croire à une pseudo-démocratisation de l'information, mais surtout, de l'opinion médiatique.

"Il est très simple de résumer la dérive actuelle: depuis l'effondrement des rêves politiques et collectifs ayant forgé le caractère actif des nations, nous assistons progressivement à une mondialisation économique qui transforme le monde entier en société globale de consommation.

Exit le citoyen. Welcome the client-king!

Mais si l'info-spectacle donne l'impression de donner la parole aux gens, elle ne donne en fait que la parole à des clients."

J'ajouterai deux choses à propos du citoyen devenu ze client. D'abord, que la plupart des trucs que l'on confond à tort avec des accommodements raisonnables, puisqu'il est impossible de se sortir du débat, ce sont avant tout des problèmes qui relèvent du clientélisme. La faveur accordée par la SAAQ aux membres de la communauté hassidim en est un parfait exemple.

Mais plus encore. Le problème du multiculturalisme à la canadienne, c'est peut-être aussi qu'il verse dans le clientélisme. On veut l'immigrant, on cherche à le séduire. C'est à qui offrira le plus de bénéfices au client pour l'attirer dans sa shop. Ce qu'on dit à Immigration Canada, c'est: pas de trouble, ici, tu fais comme chez toi.

Pis quand il se pointe avec son éléphant au rayon des porcelaines, secteur auquel on lui interdit soudainement l'entrée, on se surprend qu'il courre se plaindre au service à la clientèle.

UN MACHIN POUR LA FIN - C'est une tranche de vie à la Josée Blanchette, je m'en excuse d'avance, mais la cause est bonne. Parce que trouvez-en, vous, des bons bouquins pour les enfants qui ne vous ennuieront pas. Cherchez-en, des p'tites histoires qui plairont autant à une fille d'un peu plus de deux ans qu'à son papa, tous deux passés maîtres dans l'art de râler.

Ben j'ai trouvé. Ce sont les aventures de Rita et Machin, chez Gallimard Jeunesse. Rita est une petite fille caractérielle, un brin tyrannique, Machin le chien est son indolent pitou. Ensemble, ils se font un peu chier, ils s'embêtent, mais ils s'aiment très fort. Les dessins sont admirables dans leur minimalisme faussement enfantin, les textes à la fois drôles et mignons. Cela fait mille fois que ma fille et moi en regardons le premier tome ensemble, que je lui lis et qu'elle répète, nous ne nous en lassons pas.

Quand je suis allé quérir un autre volume de la série (Le dimanche de Rita et Machin) chez Pantoute, à la caisse, on m'a avoué que tout le monde dans la librairie l'avait lu, et avait adoré. Je comprends donc.

Je suis revenu au bureau, le livre sous le bras. La neige tombait en gros flocons obèses. Dans la vitrine d'un resto sur Charest, une fille, la jeune vingtaine, regardait dans le vide. Je me suis surpris à la dévisager en me demandant pourquoi je trouvais tant de charme à ce joli visage affligé. Pourquoi je vois de la beauté dans le malheur et la tristesse.

Elle a tourné les yeux vers moi, nos regards se sont croisés, j'ai sursauté. Elle s'en est rendu compte, et s'est fendue d'un sourire. Elle n'était plus belle, elle était splendide.

J'ai pensé à ma fille.

Toi aussi, ma loutre, t'es bien plus jolie quand tu souris. Alors, on se le retape ce bouquin du chien Machin ou t'aimes mieux aller regarder c'te conne de Dora?


15 février 2007, 12:00
Le cul ne fait que suivre
Karine devait avoir dans les 23 ans, pas plus. Visage rousselé, la peau lisse et blanche presque diaphane. Même de loin, sous les néons, on distinguait la complexe circuiterie de son système veineux. Et un peu ses vergetures aussi.

Quand elle parlait, buvait, fêtait ou dansait toute nue sur la scène, trémoussant paresseusement son cul et ses seins, Karine traînait derrière elle, comme un parfum âcre, une sorte de lassitude. Pas de la tristesse. Pas une blessure. L'ennui ordinaire du fonctionnaire le vendredi après-midi, l'emmerde de la réceptionniste du bureau d'avocats, le coup au moral du temps qui s'étire indûment dans un boulot mortel, peu importe sa nature.

À l'opposé, il y avait Vanessa, l'exaltée qui, du haut de ses 20 ans, faisait exploser sa sexualité comme le pétard qu'elle était, enflammant le spectateur d'un seul regard, juchée sur ses jambes interminables du haut desquelles elle faisait cracher leur cash aux plus timorés, aux plus radins de tous les assoiffés de cul qui remplissaient la place.

Entre Karine et Vanessa, une panoplie de travailleuses du sexe de tous les genres: la poudrée, la mère de famille, celle qui veut retourner à l'école, celle qui va à l'école pour vrai, l'alcoolo, l'abusée farouche, la businesswoman qui compte son fric sans arrêt, celle qui roule sa bosse depuis trop longtemps, la rompue par la vie, la junkie, celle qui fait parfois la pute, l'intellectuelle qui intellectualise sa job et d'autres qui étaient un peu de tout cela. Ou qui allaient le devenir.

Et moi? J'avais l'âge de Karine environ. Plus une cenne, pas de job. On venait de me virer de la précédente où je vendais des godasses. Je suis passé devant le bar en me disant, un peu désespéré: why not? J'ai fait demi-tour, suis entré, j'ai remis mon CV au gérant.

-T'as de l'expérience comme DJ?

-Pas mal, oui.

Il m'a engagé sur-le-champ. J'ai donc bossé dans le même bar que ces filles-là pendant trois mois.

Trois mois à regarder les mêmes femmes, soir après soir, reprendre leur routine sur la scène comme on fait le ménage dans ses courriels. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Trois mois à leur parler, à écouter leurs histoires, à m'engueuler avec elles, à les voir racoler, extorquer, se saouler.

Trois mois, donc, à emmagasiner de l'information pour finalement m'en servir maintenant, presque 10 ans plus tard. Pourquoi? Pour répondre à cette lectrice courroucée qui m'écrivait à propos de ma chronique d'il y a trois semaines sur la nouvelle pudibonderie:

"M. Desjardins, vous avez habitué vos lectrices et lecteurs à une prose bavarde et à un manque sérieux d'esprit critique, mais là, vous atteignez des sommets. Dans votre esprit, la pornographie n'est qu'une simple manifestation, naturelle et inoffensive, du désir de séduction. Mais sur quelle planète vivez-vous, bon sang! La pornographie est une INDUSTRIE, une industrie qui fait des milliards sur l'exploitation du corps des femmes. Ai-je besoin de vous apprendre que dans la porno, les femmes-marchandisées sont les objets et les hommes-consommateurs sont les sujets? Il n'y a aucune place pour le désir des femmes dans ce rapport, il ne s'agit pas de sexualité (qui repose sur le désir mutuel) mais de domination. Avez-vous déjà ressenti le désir de tourner autour d'un poteau pour séduire votre compagne? Je gagerais que non. Ce n'est pas de la "pruderie", c'est de la sociologie, et, oui, c'est une analyse féministe."

Ce qui me frappe le plus souvent avec la sociologie, c'est sa capacité à relever des évidences pour les déguiser en analyses savantes. Ah oui? L'industrie de la porno fait des milliards? Pas vrai! Sérieux? On y transforme les femmes en marchandises et les hommes y sont les clients? Meuhh!?! J'vous crois pas.

Trêve de sarcasmes: vous seriez surprise, Madame Chose, de comment ce rapport peut parfois s'inverser dans les bars de danseuses. De comment les victimes deviennent aussi parfois les bourreaux, de comment tout est beaucoup plus flou que vous ne le voudriez, car cela simplifierait tellement les choses.

Mais ce qui m'intéresse dans votre révolte face à l'industrie de la porno, c'est la difficulté que nous avons à nous extraire de la morale pour regarder le phénomène froidement. Pour constater comment certaines femmes ont retourné les idées du féminisme comme on retourne un gant.

Prenez Karine à qui j'ai dit, un soir qu'on prenait une bière après le shift: pourquoi tu vends ton cul de même? T'es pas conne, tu pourrais faire la job que tu veux, non?

-Pour l'argent, tapon. Je suis pas exploitée comme t'as l'air de penser. Je peux faire 500 $ par soir. Pas d'impôts. Les belles idées sur le féminisme, tsé, ça paye pas mon train de vie. Et puis c'est mon corps, j'en fais ce que je veux.

Retourner le message comme un gant, vous disais-je. Comme la fille au bureau à côté du vôtre qui s'habille sexy pour se faire payer des verres au bar.

La réappropriation du corps comme on récupère, tel que vous le diriez justement, une marchandise qui nous appartient. Je le signale en toute absence de jugement moral, je répète ce que j'ai entendu, je rapporte ce que j'ai vu. Et contrairement à vous, je ne suis pas dans la théorie, mais dans le réel.

Et dans le réel, notre idéal de société, c'est de faire le plus de fric possible le plus rapidement possible. Votre morale est donc d'autant plus vaine qu'elle s'écrase sur cette amoralité ambiante qui a érigé l'argent facile en ultime vertu.

Le cul, comme d'habitude, ne fait que suivre.


8 février 2007, 12:00
L'art de dire des conneries
J'aurais voulu changer de disque. Juré, si je remets encore le même qui est un peu scratché, c'est pas faute d'avoir essayé de faire autrement.

En fait, puisqu'il a dérapé à la première courbe un peu hasardeuse, j'aurais préféré que ce débat devienne une sorte de musique d'ascenseur. Qu'à l'instar de ceux qui l'ont précédé, il se transforme en un bruit de fond qu'on peut aisément ignorer, une mélodie qui se délite rapidement dans le brouhaha de la nouvelle jetable et de l'éternel recommencement médiatique.

Ben non. Au contraire, l'écho dont je parlais la semaine dernière s'amplifie. Et par moments, c'en est carrément insoutenable. Au point où je ne peux même plus souffrir l'expression accommodement raisonnable tellement il se profère d'imbécilités à ce sujet.

Mais je vous disais que je n'arrive pas à changer de disque, et c'est bien sûr la faute à la surenchère médiatique, mais aussi à de récentes lectures qui, passées à travers le filtre de l'actualité, agissent comme une sorte de révélateur, au sens photographique du terme.

Des observations de cette époque où le citoyen contrôle supposément l'information et qui sont autant d'explications au vacarme provoqué par l'affaire de Hérouxville.

La première est tirée de Parlons travail, un recueil d'entretiens conduits par le romancier américain Philip Roth en compagnie de quelques éminents consorts. Parmi eux, Milan Kundera conclut la discussion en nous tendant un miroir qui met en évidence ces inclinations de l'esprit qui nous font halluciner des crises nationales et délirer des appels à l'aide au premier ministre sur un plateau de télé.

"La bêtise des hommes vient de ce qu'ils ont réponse à tout, tranche Kundera. Le romancier apprend au lecteur à appréhender le monde comme question. Il y a de la sagesse et de la tolérance dans cette attitude. [...] [Mais] il me semble qu'à travers le monde, les gens préfèrent aujourd'hui juger plutôt que comprendre, répondre plutôt que demander, si bien que la voix du roman peine à se faire entendre dans le fracas imbécile des certitudes humaines."

Comme s'il cherchait à prolonger la pensée de Kundera, Harry G. Frankfurt, un prof de philo de Princeton, termine son essai De l'Art de dire des conneries en expliquant les origines de ce fracas: "Le baratin devient inévitable chaque fois que les circonstances amènent un individu à aborder un sujet qu'il ignore. La production de conneries est donc stimulée quand les occasions de s'exprimer sur une question donnée l'emportent sur la connaissance de cette question. [...] Des exemples très semblables naissent de la conviction répandue dans les démocraties qu'il est de la responsabilité du citoyen d'avoir une opinion sur tout, ou du moins sur l'ensemble des questions liées à la conduite des affaires de son pays."

Bref, on multiplie les plateformes où l'on invite le citoyen à s'exprimer (lignes ouvertes, courriers du lecteur, blogues, etc.), mais le citoyen n'est que rarement appelé à poser des questions ou à réfléchir. Ce qu'on réclame de lui, c'est une opinion. Peu importe qu'elle soit fondée sur un ramassis de préjugés, d'histoires tronquées, d'informations erronées, le citoyen s'exprime et c'est tout ce qui importe.

Des sujets aussi éloignés que la piètre performance du Canadien et le respect de la charte des droits et libertés sont ainsi traités de la même manière, avec la même désinvolture, trahissant le principal souci médiatique de faire un bon show tout en se cachant derrière l'idée, fallacieuse, d'une démocratisation de l'information.

En cette ère de communications, nous n'avons jamais eu accès à autant d'info, nous n'avons jamais eu pareille possibilité de nous faire entendre. Mais nous vivons aussi une époque où l'éducation a choisi des visées essentiellement productivistes, cherchant à former des travailleurs efficaces plutôt que des citoyens éclairés auxquels on aurait donné les outils - philosophiques, historiques et culturels - leur permettant de profiter de cette voix qui leur est offerte afin de commenter les affaires de "la cité".

En résulte cet explosif mélange de démocratie participative et d'ignorance duquel émane bien du boucan, trop souvent provoqué par l'affligeant spectacle de notre bêtise.

Ou si vous préférez, comme l'écrit avec humour un journaliste du webzine Salon, il ne faut pas se surprendre si, son amplificateur poussé au maximum, l'expression de la conscience collective sonne parfois comme une mauvaise toune de Motley Crüe.


1 février 2007, 12:00
Bruit blanc
L'écho, comme vous le savez, c'est la réflexion du son.

En grandissant, comme pour le reste, on s'habitue à ce phénomène physique et cela entre dans l'ordre des choses de la nature auxquelles on prête rarement attention. Mais les enfants qui découvrent l'écho, eux, en profitent comme des p'tits fous. Avec la même ardeur qu'ils mettent à faire splasher les trous d'eau à pieds joints, lorsqu'ils trouvent l'endroit propice, ils peuvent gueuler comme des perdus à s'en casser la voix, juste pour voir si l'écho va se tanner avant eux.

Le plus souvent, ils le découvrent dans une église, pendant des funérailles ou un mariage, ou alors pendant que vous en visitez une, genre cathédrale monstrueuse aux confins de l'Europe, et là, vous devez sortir après que tout le monde vous ait fait les gros yeux. Même si le groupe de touristes allemands derrière vous beugle plus fort encore.

Tout cela pour dire que l'affaire de Hérouxville et son code de vie, c'est un peu comme l'écho.

Un écho lointain, faut-il spécifier.

Depuis leur village, les élus de Hérouxville ont entendu parler des accommodements raisonnables, des demandes ridicules de quelques illuminés concernant les sapins de Noël, et les voilà qui répondent. Mais comme c'est souvent le cas du son d'origine et de son écho, la nature des inquiétudes provenant principalement de la métropole a subi une profonde distorsion dans le processus de réflexion des ondes.

Ainsi, la défense de certains droits fondamentaux devant les demandes de communautés culturelles et/ou religieuses est devenue pure niaiserie alimentée par l'ignorance, pour ne pas dire la bigoterie.

Et comme si ce n'était pas assez, ce pénible écho se mêle à quelques autres.

L'écho opportuniste de Mario Dumont qui reprend l'idée pour en faire un cheval de bataille électoral. L'écho populiste de quelques animateurs de radio. L'écho médiatique d'une journaliste affublée d'une burqua qui nous la joue "témoignage depuis le terrain".

Puis il y a l'écho de l'écho. Les courriers de lecteurs qui affluent dans les quotidiens, et qui félicitent les gens de Hérouxville "de se tenir debout", de "mettre leurs culottes", ou qui annoncent, sans craindre le ridicule: "Je déménage à Hérouxville", en spécifiant sous leur signature qu'ils viennent de ce haut-lieu de la mixité culturelle qu'est Granby.

Ce vacarme frauduleusement déguisé en exercice démocratique ne vous donne pas mal à la tête, vous?

Bon, je vous vois venir, vous allez me dire que les élus de Hérouxville sont comme des enfants qui gueulent dans la cathédrale des tenants de la Vérité, et qu'on les tire par le bras vers la sortie. Justement, oui, des enfants. Et qui hurlent des gros mots sans toutefois comprendre ce qu'ils signifient. Ils répètent. C'est l'écho, je vous disais.

Aussi, il ne s'agit pas de gronder, mais d'expliquer. Expliquer que, oui, on parle ici du "vivre chez nous", mais aussi du "vivre ensemble". Que les deux ne sont pas nécessairement incompatibles. Faut juste trouver le mode d'emploi, comme je l'ai déjà écrit ici, et ce mode d'emploi, je ne le vois nulle part dans ce "code de vie" dont on parle depuis quelques jours.

Je n'y vois que peur, réaction démesurée, et surtout, une profonde incompréhension de l'autre qui n'est jamais très loin du racisme. Se tenir debout et faire un bras d'honneur, c'est pas exactement la même chose, savez.

Sauf qu'en attendant, les autres, tous ces échos à l'écho, vous pourriez pas vous la fermer deux secondes et réfléchir un peu avant de dire des conneries et d'en rajouter?

Anyway, pour l'instant, je ne vois pas comment vous pourriez arriver à penser convenablement avec tout ce bruit.

Une sorte de bruit blanc.

ooo

Parlant de bruit, je ne pensais pas en provoquer autant avec mes deux dernières tartines. La première sur le film L'Illusion tranquille, la seconde sur le néopuritanisme.

Seulement avec les courriers et les réactions en ligne des semaines passées, je pourrais vous concocter au moins une dizaine de chroniques consacrées à vos réponses. N'ayez crainte, on y viendra. En attendant, la suite d'une histoire dont je vous parlais avant Noël. Vous savez, celle de ce survivant du cancer qui s'est retrouvé sans le sou pour recevoir sa famille aux Fêtes.

Eh bien non seulement a-t-il trouvé un peu d'aide -notamment grâce à deux lecteurs que je tiens à remercier pour leur don -, mais en plus, il me raconte cette courte histoire qui parviendra peut-être à apaiser les quelques coincés du cul qui m'écrivent des bêtises depuis une semaine.

C'est tout simple, il n'y a rien à ajouter. Je le laisse donc raconter.

"Une dizaine de jours après Noël, je suis allé prendre une bière dans un petit bar du Vieux-Québec. Il y avait là une joyeuse bande de femmes de Charlevoix. J'étais le seul mâle dans la place. J'ai dansé, chanté, et j'ai trouvé une belle amie de 60 ans, Mireille. Pour la première fois, depuis si longtemps, j'ai osé faire l'amour et redécouvert le parfum et la douceur du corps d'une femme. Le cancer m'avait tellement éloigné de la vraie vie. Je l'ai revue à Charlevoix et chez moi. Je revis."


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