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Les hystériques
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Je n'ai pas vu le docteur Chicoine s'énerver à Tout le monde en parle. Je lisais. John Fante, Demande à la poussière. On en a fait un film, et je voulais me retaper ce bouquin génial pour être mieux déçu par son adaptation cinématographique. Du pur masochisme, quoi. J'avais déjà vu le doc dans une autre émission où il faisait les mêmes hystériques simagrées, anyway. Et le lendemain, j'ai pu lire des extraits de son bouquin que cosigne Nathalie Collard. Des extraits, dis-je... C'était imprimé gros comme ça dans La Presse de lundi, même si, en réalité, ce n'était pas écrit tel quel: Desjardins, comme père, t'es vraiment à chier. Fuck... Ce con est parvenu à me faire filer cheap pendant au moins 10 minutes. Le temps que cela me prend pour mener ma fille à la garderie. Puis, youpelaï yéyé, dans ma radio d'auto, on parle d'élections en Israël, du journaliste emprisonné en Biélorussie, du bientôt défunt zoo, et l'imbécillité concentrée de la politique aspirant ce qui l'entoure comme un trou noir, j'en oublie que je suis un salaud. Parenthèse: vous ai-je dit que ma fille "fréquente" la garderie depuis qu'elle a 1 an, soit 12 mois trop tôt pour Le-Grand-Docteur-Chicoine-de-Sainte-Justine, aveuglant phare de nos consciences? Avec un sens du timing que ne renierait pas la responsable du marketing de Star Académie, ma bestiole furibonde choisit évidemment ce lundi matin pour péter les plombs à la garderie. Pendant des heures. De retour à la maison, re-crise du bébé - mauvaise journée, faut croire -, ma femme tombe sur le journal, toujours ouvert sur la table, il est encore écrit sans que cela soit vraiment écrit: tu es un mauvais parent, ton mari aussi, si vous vouliez avoir une vie et une carrière, z'aviez qu'à pas faire d'enfant. Plus portée sur la culpabilité de par son état de mère - puisque les pères, c'est bien connu, vivent mieux avec leur statut de salauds -, elle rumine en silence et beaucoup plus longtemps que moi ce sentiment d'avoir abandonné son enfant et d'en avoir ainsi fait un monstre. C'est d'ailleurs tout ce qu'aura réussi à faire la crise du docteur Chicoine: culpabiliser les milliers de parents qui envoient leurs enfants à la garderie sans que cela pose problème, les faire passer pour des criminels, montrer du doigt des innocents, faire d'exceptions ramenées au rang de statistiques hautement discutables une autre tare de nos sociétés toujours plus malades de leurs mioches. Nous négligeons nos enfants au profit de notre boulot? Peut-être. Un an, c'est trop jeune pour les domper à la garderie? Ça se peut. La question se pose. Mais tout est dans la manière. Avec une sortie aussi assassine que celle du pédiatre, tout ce que l'on récolte, c'est l'indignation, la culpabilité, le ressentiment, la honte, et mettez-en encore. Bref, tout le contraire de la réflexion que l'on souhaiterait. Alors vraiment, pour l'art de susciter le débat, on repassera. Ce qui m'amène au sujet suivant, incontestablement dérisoire en comparaison des questions familiales et, par extension, sociétales, qui occupent ici le haut du pavé. Cela se passe dans la microsociété de la littérature québécoise. Le 16 mars, Le Monde publie dans son supplément consacré au Salon du livre de Paris un papier de l'écrivain David Homel qui critique la littérature québécoise. Notez que le thème du salon est la francofffonie*, et qu'au moment où plusieurs s'interrogent sur l'arrogance de la France qui s'exclut de cette francofffonie pour mieux régner sur elle, Homel soumet que la littérature québécoise n'est simplement pas exportable, puisque trop tranquille en raison de la paix sociale qui règne dans notre pays. Ajoutez à cela un cours pour les nuls sur la situation politico-linguistique du Québec dans le Canada, une constatation navrante sur le marché littéraire d'ici et une thèse voulant que la seule culture véritablement exportable du Québec soit celle du geste (cirque, danse, théâtre, chanson), puis attendez l'explosion. Explosion qui ne s'est pas fait attendre. "Il est temps que la littérature québécoise soit accueillie partout sur la planète, à commencer par la France. Sinon, sans cette reconnaissance de l'extérieur, elle étouffera. Le temps de l'ignorance et du mépris est terminé", a réagi Madeleine Gagnon dans les pages du Devoir, traitant Homel d' "écrivain mineur", son papier de "minable", et condamnant Le Monde au passage, lui reprochant d'avoir publié un tissu de mensonges. Passons sur le fond, où Homel a parfois raison et d'autres fois tort, et regardons plutôt la réponse. Hystérique, démesurée, dénuée de véritable argument - puisque si on dit que quelque chose est entièrement faux, encore faudrait-il le prouver. Madeleine Gagnon réagit en colonisée alors même qu'elle dit souhaiter sortir notre littérature de ses chaînes. Elle dit l'importance d'exporter nos auteurs, surtout en France, et cela sonne comme une soumission devant l'infinie grandeur de la métropole. Mais pire encore, elle oppose au discours de Homel une défense qui a comme seules forces la colère, la violence inutile, et répond au mépris par le mépris. Ce qui fait sourire plus que réfléchir. Tout ça pour dire que, dans ce cas comme dans l'autre, on évacue le débat au profit du spectacle de nos minables emportements, et donc qu'aussi noble soit la cause, on la défend bien mal. *L'erreur orthographique n'est pas de moi, c'est ainsi que l'on a décidé d'écrire francophonie pour ce salon. Un chroniqueur du Nouvel Observateur supputait en riant que c'est parce que cela fait plus funny.
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Ceci est une pipe
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"Même Hitler n'aurait pas contrôlé les fumeurs jusque dans leur bar préféré", écrit Christine St-Pierre en réaction à ma chronique de la semaine dernière, qui portait sur le mensonge de l'air pur. Désolé de vous contredire, Madame, mais Hitler avait interdit de fumer dans l'Allemagne nazie, dès 1939. Et pourquoi donc? Simplement parce que le Wissenschaftliches Institut zur Erforschung der Tabakgefahren - institut de recherche sur les dangers du tabac - lui avait soumis une étude prouvant la nocivité de l'usage du tabac, et qu'Hitler en avait conclu que sa consommation nuisait à la suprématie de la race aryenne. Ton devoir est d'être en santé, disait-on aux jeunesses hitlériennes. Évidemment, le reste du monde considérait alors cette mesure comme une entorse aux libertés individuelles, une autre infâme contrainte imposée par un régime fasciste. Quelques années plus tard, les mêmes conclusions quant à l'usage du tabac, mais émises par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), seront considérées comme parole d'évangile. Il ne sera plus question de fascisme dans cette volonté d'imposer une hygiène publique. Pourtant... Dans son dernier ouvrage, Le Roi des Juifs, duquel j'ai tiré ce fait historique, Nick Tosches, l'un des plus brillants auteurs de notre époque - et donc, par le fait même, cruellement méconnu -, expose avec brio le degré d'imbécillité - et souvent d'amnésie - dont nous faisons preuve. Aussi, je lui cède la parole afin de poursuivre sur ce dossier qui vous fait littéralement grimper dans les rideaux. "Il existe un vieux gag d'Abbott et Costello. Bud Abbott claque tout ce qu'il leur restait de pèze pour s'acheter un hamburger, ne laissant à Lou Costello que la photo d'un steak découpée dans un magazine. Tandis que Costello bave sur le hamburger qu'il est en train de se farcir, Abbott lui explique que le spirituel passe avant le matériel, et lui dit de bouffer sa page de magazine. D'un geste hésitant, Costello approche la page de sa bouche. Abbott l'encourage, en se plaignant de n'avoir rien d'autre à manger qu'un vulgaire hamburger alors que Costello dispose d'un steak superbe. Costello mastique la page et l'avale." "Nous sommes tous devenus des Costello. Nous nous nourrissons d'illusions alors que nous sommes affamés. Nous mangeons et nous excrétons la "liberté", la "compassion" et la "justice" - les mots, pas leur réalité. Plus Abbott dit "steak", moins le steak est réel. Plus des mots tels "liberté", "libération" et "vérité" emplissent l'air tels des remugles douceâtres de déodorants chimiques, plus la liberté et la vérité sont mises en danger ou tout simplement réprimées. (...) Mais à la différence de Lou Costello, nous en sommes venus à trouver notre repas agréable." Ramenons cela à notre sujet maintenant. Pendant que le gouvernement du Québec nous saoule d'un développement durable qui n'est rien d'autre qu'une chimère, nous permettons à nos dirigeants de laisser la situation de l'air ambiant - et plus largement, de l'environnement - s'envenimer. Au même moment, nous applaudissons l'imposition d'une loi interdisant de fumer À L'EXTÉRIEUR, et qui promet de l'air pur pour tout le monde. Un air pourtant déjà vicié. Un air qui tue pas mal plus que les quelques volutes éparses d'une clope sur une terrasse. Mais le 31 mai, le Québec respirera mieux, promet le slogan officiel du gouvernement. Mensonge qui revient à nous faire inhaler la photo d'un petit nuage rose découpée dans un magazine. Image que nous écrasons sous forme de boulette, et sniffons dans un bonheur béat. Heureusement pour nos dirigeants, un mensonge répété assez souvent devient une vérité, non? Mais je m'en voudrais de ne pas conclure le sujet en proposant l'un des rares messages qui me sont parvenus et qui vont au-delà du: ça pue, la cigarette, ça fait tousser, c'est dégueulasse, et autres évidences indiscutables. Le voici donc, c'est signé Nathalie Langevin, et cela illustre parfaitement l'esprit de l'idée défendue ici. "J'ai fait une chute. Une bonne. Pendant plusieurs semaines, je n'ai senti que ma cheville gauche transpercée de vis qui me donnaient l'air d'un robot pas fini. Je ne vivais que par elle et par le Démérol que de bienveillantes infirmières avaient l'amabilité de m'injecter sans relâche... Ça va mieux maintenant, sauf que j'ai mal au dos en "&(?"/%?"!! Selon mon médecin, la fracture que j'ai au dos ne me fait pas plus souffrir que durant les premières semaines de ma convalescence. La seule différence, c'est que ma cheville fait moins mal... me donnant ainsi toute liberté de sentir mon dos. Cette loi idiote est tout à fait pareille. En diminuant ainsi la fumée secondaire, peut-être pourrons-nous enfin réaliser que, parmi les 80 personnes qui décéderont, 20 habitent près d'un incinérateur, 20 consomment des aliments qui contiennent un additif cancérigène, 20 font du ski de fond près de lignes haute tension et 20 autres se baignent dans une rivière ou un lac pollués. Quand la cheville qu'est la cigarette ne fera plus souffrir personne, peut-être la société que nous formons sentira-t-elle elle aussi son dos?"
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La pureté dans l'air du temps
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La disparition du tabac de tous les lieux publics, y compris bars et restos, nous promet de meilleurs jours, du soleil à l'année, de la fraîcheur et des effluves de brise printanière semblables à ceux que proposent les feuilles de Bounce que l'on balance sans compter dans la sécheuse avec jeans et t-shirts. De l'air pur, on vous le jure. Des p'tits cumulonimbus plutôt que d'épais nuages de nicotine, et des poumons tout roses plutôt que ceux, presque nécrosés, qu'on nous montre sur les avertissements qui enluminent les paquets de clopes. Aussi, il sera interdit de fumer en terrasse, ou à l'entrée des édifices, afin de préserver la qualité de l'air pour tous. Dieu que nous vivons une époque bénie, dites-vous? À Toronto, où l'on a d'ores et déjà interdit la cigarette dans les restos et les bars, le département de la santé publique affirmait en 2004 que la pollution de l'air ambiant provoque un peu moins de 2000 décès, et au moins 6000 hospitalisations par année (source: The Globe and Mail). Les mêmes experts estiment que l'espérance de vie de Torontois souffrant de maladies respiratoires peut être réduite d'une décennie s'ils sont soumis en permanence à l'air vicié de la ville. Alors pendant que l'on évince les fumeurs des lieux publics afin de sauver des vies, des milliers et des milliers de voitures se succèdent bumper à bumper sur les autoroutes à quatre voies qui convergent vers le centre-ville, diffusant monoxyde de carbone et cent mille autres merdes dans une atmosphère déjà alourdie par un smog qu'alimentent les industries environnantes, les systèmes de chauffage, de climatisation, et quoi encore. Au même moment, Blue Flag, un organisme qui conscientise la population de nombreux pays à l'état des plages naturelles, nous apprend que le système d'égouts pluviaux de Toronto ne fournit pas à la demande lors de tempêtes - pour cause d'étalement urbain et de surpopulation -, ce qui provoque le rejet de déchets toxiques à proximité de ses plages. De quoi vous rameuter les Rolling Stones et une pléthore de vieux bands de rock canadiens en moins de deux. Mais revenons chez nous, et à la fumée du diable. Dans tout le Québec, on estime qu'environ 80 personnes par année meurent d'un cancer du poumon à la suite d'une exposition prolongée à la fumée secondaire, et si on en croit les données de recherches américaines, on pourrait aisément multiplier par 10 les victimes de maladies cardiaques mortelles dues à ces mêmes boucanes (source: Agence de la santé et des services sociaux du Québec). Des chiffres parfaitement dérisoires en comparaison de ceux qui concernent les effets de l'air ambiant. Cela dit, la loi interdisant l'usage du tabac dans les lieux publics n'est pas mauvaise en soi. Ce qui agace, c'est l'hypocrisie du discours qui l'accompagne, ou si vous voulez, le mensonge voulant que la disparition de la fumée de cigarette change quoi que ce soit à la qualité de l'air que l'on respire. Cela me rappelle une de ces petites anecdotes dont vous êtes friands, vous qui appréciez que le chroniqueur livre des morceaux de sa vie, ramenant toute l'absurdité du monde à l'échelle de sa minuscule existence. Il y a un peu plus de trois ans, alors que j'étais journaliste spécialisé en musique, je couvrais les FrancoFolies à Montréal, où je séjournais pour une dizaine de jours. Au sortir du bureau de Voir, j'enfilais un short, un t-shirt, et partais faire mon petit jogging quotidien qui me menait jusqu'au parc Lafontaine, dont je faisais le tour quelques fois avant de revenir, sous un soleil aussi assommant qu'une chape de plomb ou une chanson de Dany Bédar. Un 10 kilos tranquille, sans m'énerver. Chaque fois, quelques minutes après m'être assis pour récupérer, sur le perron de l'appartement où je résidais, la même sensation d'irritation, de congestion. Chaque jour, le même caillot de sécrétions brunâtres dans le nez. Un concentré de la merde que tous les citadins respirent quotidiennement, même s'ils ne fréquentent aucun bar ni resto où l'on fume. Posons donc une question qui, dans ce contexte, est parfaitement légitime: alors que les cas de cancer du poumon se multiplient (cause principale de décès au Québec) tandis que le nombre de fumeurs diminue, la chasse sans merci que l'on fait à la boucane secondaire servirait-elle, bien ironiquement, d'écran de fumée? En fait, c'est comme si en invoquant le retour à un air pur qui n'existe tout simplement plus en zone urbaine, les gouvernements, complices de cette dégradation de l'atmosphère, cherchaient surtout à se donner bonne conscience. Un peu comme une pute qui voudrait se refaire une virginité.
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Chronique de morts annoncées
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Édouard Castonguay est inconfortablement assis sur un divan dans l'antichambre de la mort. Savez, la grande faucheuse n'est pas aussi chic que peuvent le laisser croire les salons funéraires, lieux qui témoignent de nos derniers instants dans un luxe et un kitsch atrocement ostentatoires. En réalité, pour ceux qui la précèdent d'un cancer interminable, la mort se procure ses sofas chez Ikea, dans la section el cheapo. La maladie est donc comme ces divans bas de gamme: t'as beau te placer de toutes les manières, essayer toutes les positions, t'es mal. Dans l'antichambre de la mort, donc, une star du country souffre en attendant que vienne sa dernière heure. Mais comment peut-il s'agir d'une star, vous demandez-vous, puisque ce Castonguay, vous n'en avez jamais entendu parler? Demandez aux milliers de personnes qui ont acheté ses disques, ses billets de concert, et ce depuis son premier contrat d'enregistrement chez RCA en 1956, jusqu'à son dernier show, il y a quelques mois. Comme plusieurs vedettes du genre qui ont été écartées du showbiz par la disparition du country des programmes courants à la télé et à la radio, Édouard Castonguay a poursuivi sa carrière dans le seul véritable underground, celui des régions non urbaines. Bas-du-Fleuve, Gaspésie, Abitibi, Côte-Nord... Et partout, des salles combles pour le recevoir, comme si vous y aviez invité Johnny Cash en personne. Des fois, raconte son fils Martin, il me disait: je m'en vais jouer à telle ou telle place, c'était à l'autre bout du monde. Je lui demandais: t'es sûr que ça va marcher? Chaque fois, il me répondait un truc du genre: ben oui, ils me connaissent, j'ai joué là avec Paul Brunelle en 1975. Et chaque fois, il remplissait la salle. À son show d'adieu, il y avait des centaines de personnes dehors qui ne pouvaient pas entrer, il y avait du monde qui scalpait des tickets à la porte. Je croyais pas à ça... Une star, donc. Une étoile qui s'apprête à s'éteindre comme dans un mauvais western, en s'éloignant toute seule vers la ligne d'horizon. Toute seule, dis-je? C'est faux. Son fils Martin, qui partage la scène avec lui depuis l'âge de trois ans, mais qui est mieux connu pour son personnage de bouffon radiophonique, fait la promotion du dernier album de son père avec toute l'énergie que confère le désespoir. Son frère David et lui jouent sur ce dernier disque (de la guitare, les deux, et aussi du piano pour Martin), leurs blondes font de la promo, et leur mère, Anita, qui l'accompagne depuis belle lurette, veille sur lui. Plusieurs choses me touchent dans cette histoire, mais particulièrement la rusticité du bonhomme que je n'ai pu rencontrer, trop mal en point pour donner des entrevues. Je me fie donc à la candeur de sa musique, et des quelques phrases qu'il livre, avec parcimonie, dans le livret de son dernier album, intitulé 1956. L'année de ses débuts pour le disque de sa fin. Dans ce livret, un mot pour sa famille, et un autre pour sa fidèle guitare, une Martin D-18. Et hop, merci la vie. C'est l'essence de la musique country dans toute sa simplicité. Une espèce de pureté qui t'amène directement aux émotions, sans le filtre de l'intellect. Cela indispose ceux qui préfèrent le sirupeux ou le cérébral, et cherchent à fabriquer du sens ou un show avec des sentiments, alors que dans le country, tout est ramené à sa plus simple expression. Le bonheur, c'est le bonheur. Le malheur, c'est le malheur. Des fois, tu te fais péter la gueule par l'existence, tu prends une rasade de whisky, pis tu te relèves. Avec un peu d'aide de Dieu, pour ceux qui y croient, comme c'est le cas d'Édouard Castonguay. Et si vous trouvez que cela manque cruellement de poésie, faudrait peut-être qu'on vous explique deux ou trois choses sur la vie. ooo Tiens, encore la mort. Celle, annoncée, d'à peu près tous les festivals et événements culturels - ou même sportifs - de Québec si cela continue de la sorte. Après les Francos qui viennent jouer dans les plates-bandes du Festival d'été, le Marathon international de Montréal dans celles du Marathon des deux rives (un événement magnifique, hyper bien organisé, auquel j'ai participé il y a deux ans), voici que le Festival de théâtre des Amériques (FTA) annonce que l'entente plus ou moins tacite qui permettait au Carrefour international de théâtre de Québec d'être une biennale, en alternance avec cet événement-frère, ne tient tout simplement plus. Désormais, le FTA aura lieu chaque année, fuck la non-concurrence, et tant pis pour Québec. En plus, on murmure qu'au royaume des festivals du film de guerre - ou est-ce la guerre des festivals du film? -, on voudrait créer un festival panaméricain... comme il s'en fait un ici, celui des 3 Amériques. Vous croyez à de la malveillance de la part de ces institutions montréalaises? Parlons plutôt d'inconscience. Comme le disait Dominique Violette, la directrice générale du Carrefour, en conférence de presse mardi matin: "Il ne s'agit pas d'une guerre entre Québec et Montréal1." Elle n'aurait pas pu mieux dire. Pour avoir une guerre, ça prend au moins deux belligérants. Et pour cela, encore faudrait-il qu'à Montréal, on se souvienne que Québec existe autrement que sous forme de carte postale. 1. Cette citation m'a été rapportée par ma collègue Marie Laliberté, qui assistait à la conférence de presse pendant que je tapais la première partie de ce texte. Merci Marie.
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La connerie n'a pas de sexe
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J'ai passé le plus clair de ma petite enfance dans les jupes de ma mère. Une période dont je ne garde que peu de souvenirs, bons ou mauvais. Rien à voir, donc, avec le traumatisme d'un Proust qui freakait que sa maman ne vienne pas le border, et encore moins avec l'absence d'amour d'un Patrick Modiano qui passera toute sa carrière de romancier à tenter de comprendre le cruel abandon de ses parents. Bien au contraire. Cette absence de souvenirs chez moi, c'est plutôt le signe d'une enfance comblée, d'un petit bonhomme de vie composée de minuscules attentions au quotidien, qui m'ont construit sans que j'en aie conscience. C'est le travail constant de parents amoureux de leurs enfants, et particulièrement d'une mère qui menait les opérations avec une extrême dévotion, avec le sentiment d'accomplir son devoir en éduquant convenablement ses enfants. Parmi ces choses que l'on m'a inculquées sans que je puisse me souvenir d'une phrase précise que l'on m'aurait dite, d'un moment particulier, voire d'une remontrance: le respect des femmes. Pas comme une chose faible et fragile qu'il faudrait préserver, mais comme mes égales. C'est le genre de valeur qui se passe par osmose plus que par les mots, anyway. Ma mère est une femme forte qui n'a jamais eu peur d'afficher ses convictions. Intellectuelle s'intéressant à la littérature, à la politique, elle m'a, avec mon père, à la fois inculqué humanisme et intolérance à la connerie humaine, sans jamais donner le monopole de l'imbécillité ou de la vertu à un sexe en particulier. Pour moi, le destin a donc été providentiel. Je suis bien né, comme on disait autrefois. Mais ç'aurait pu être autrement. Imaginez. J'aurais pu avoir Lise Payette comme mère, par exemple. Et si c'eut été le cas, sans doute m'aurait-elle appris à mépriser mon propre sexe, de peur que je ne devienne un de ces Jean-Paul Belleau qu'elle hallucine en permanence, et plus récemment, dans les pages de sport des quotidiens. "Il s'est trouvé certains commentateurs pour lever le nez sur les médailles remportées par les filles, écrivait-elle le 27 février. Ces médailles-là, selon eux, n'auraient pas la même valeur que celles des garçons, parce que les filles sont en compétition contre d'autres filles, ou, pire, dans le cas du hockey féminin, contre personne, car les autres équipes féminines étaient inexistantes", délire l'ex-politicienne et auteure de téléromans, aujourd'hui chroniqueuse au Journal de Québec et de Montréal, profitant de l'occasion qu'elle a fabriquée de toutes pièces pour dénigrer le genre masculin au grand complet comme elle seule en est capable. Pauvre Madame Payette... Personne n'a levé le nez sur LES médailles remportées par LES filles, mais sur certaines DES médailles remportées par DES filles. Ces mêmes journalistes ont aussi levé le nez sur les médailles des hommes en skeleton, ou en bobsleigh, précisant que la pratique de ces sports étant marginale, et donc sans grande compétition, le mérite qu'on pouvait retirer d'une victoire dans ces disciplines n'avait rien à voir avec celui que l'on retire d'une victoire en patinage de vitesse (on n'y compte plus les médailles des filles, dont cinq à Klassen) ou en ski de fond (Renner, Crawford, Scott, toutes des Canadiennes médaillées), où la compétition est autrement relevée. Quant au hockey féminin, en avez-vous seulement regardé une minute, Madame Payette? Moi, si. Et cela m'a rappelé quand mon père m'amenait voir les Nordiques jouer contre les Whalers de Hartford. À l'époque, Hartford avait une équipe pitoyable. C'était donc joué d'avance: les Nordiques allaient les clancher, leur donner la rince du siècle. Est-ce que cela me faisait plaisir, est-ce que ces victoires avaient autant de valeur à mes yeux que celles qu'ils remportaient contre Saint Louis, Chicago ou Montréal? Ben non, Chose, je trouvais ça plate à mort. Je n'aimais pas moins les Nordiques, cela n'enlevait rien à leur talent, c'était quand même MON équipe. Mais à 10 ans, même si je n'avais jamais entendu ni lu la maxime, j'avais déjà compris qu'à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Parlant d'âge, je google votre nom. 43 100 résultats. Selon votre biographie de l'Assemblée nationale, vous êtes née en 1931. Vous aurez donc 75 ans le 29 août prochain. Oserai-je pour autant vous taxer de sénilité? Mettons que je vous donne le choix: soit vos chroniques témoignent d'une extrême malhonnêteté intellectuelle, d'un désir malsain d'attiser inutilement les conflits entre hommes et femmes en manipulant l'information, soit votre âge vénérable explique que dès qu'il est question de critiquer une femme, même indirectement comme c'est ici le cas, vous perdez les pédales, la notion du temps, et vous croyez revenue à l'époque des Yvettes. Je vous comprendrai de ne pas excuser ma goujaterie, mais comme je l'expliquais plus haut, si on m'a appris à respecter la femme comme mon égale, on m'a aussi inculqué une intolérance viscérale à la connerie humaine. Une connerie qui, cela vous fera plaisir, d'autant que vous en faites à nouveau la preuve, n'a pas de sexe. Ni d'âge d'ailleurs.
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