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November 2005 - Messages
24 novembre 2005, 12:00
Et ça continue
Deux trucs dans l'actualité qui me font revenir sur des sujets dont je traite avec suffisamment de régularité pour que vous m'accusiez, à tort ou à raison, de toujours cogner sur les mêmes clous.

Tac! Tac! Tac! C'est reparti. Les lacunes en français des futurs profs pour commencer.

Nouvelles statistiques qui nous extraient de celles qui nous confinaient autrefois au désastre de l'Université Laval, et qui, du coup, nous permettent de nous consoler en nous comparant: parmi les étudiants en science de l'enseignement, ils sont 79 % à l'UQAT et 76,8 % à l'UdeM à échouer au test de français, contre 69,1 % à Laval (Journal de Québec, 21 novembre). Comme quoi, au royaume des aveugles...

Inutile de revenir sur la métaphore biblique du berger menant ses troupeaux à travers un pâturage dont il n'arrive pas même à lire le relief. Je vous renvoie plutôt à un sondage (SOM-Radio-Canada), commandé dans le cadre du 50e anniversaire des radios publiques francophones, et qui, lui, nous ramène à l'idée de la langue comme expression de sa culture. Puisque c'est là, semble-t-il, qu'est la véritable nature du problème.

Ce que nous apprend cette étude, c'est que dans la région de Québec, 32 % des répondants auxquels on a demandé quelle langue maternelle ils auraient choisie, s'ils en avaient eu la liberté, ont désigné l'anglais plutôt que le français.

La langue comme expression de sa culture, disais-je, et par culture, j'entends une structure, j'entends une sensibilité particulière, j'entends une manière d'appréhender le monde, j'entends le paysage dans lequel nous évoluons comme humains, comme citoyens.

Ainsi, le tiers des gens de Québec changerait volontiers de décor. C'est là tout le problème de notre langue: son mépris, qui va bien au-delà des piètres performances des futurs profs. Ce n'est pas nécessairement une haine de soi, mais peut-être une dérive de l'ouverture sur le monde, sur les autres cultures, qui nous fait négliger la beauté de la nôtre devant l'exotisme, le fonctionnalisme ou les paillettes de ses voisines.

La langue comme expression de sa culture, la langue comme un paysage, disais-je. Cela me rappelle cette citation que j'avais soulignée dans L'Accident nocturne de Patrick Modiano: "un homme sans paysage est bien démuni."

Alors que dire d'un peuple?

Mais je vous parlais de deux sujets, le second étant autrement sordide.

Comme à peu près tout le monde du milieu de la presse, j'ai reçu ma copie de la "biographie" de Nathalie Simard ou, si vous voulez, de l'atroce récit des abus répétés dont elle fut la victime, avec comme trame de fond le rise and fall de son improbable carrière.

Cela me ramène à un autre de mes habituels refrains: la mise à profit du malheur des autres.

En page 134 du livre de Vastel, le chroniqueur politique recyclé en biographe populiste écrit: "Comme toujours, il [Guy Cloutier] exploiterait ce nouveau filon avec un appétit vorace. En fait, Le Village de Nathalie allait devenir la vache à lait de son entreprise..."

Et ce livre, Vastel, c'est quoi? Et l'entrevue exclusive à Arcand, et la chanson à Star Académie, et les innombrables couvertures de journaux, de revues, c'est pas l'exploitation d'un nouveau filon, ça aussi? C'est pas faire preuve d'un appétit vorace? C'est pas la machine synergique d'un géant médiatique mise au service d'un produit people qui rapporte des masses de fric dont la majeure partie n'ira jamais à l'intéressée?

Comme je l'écrivais déjà quand la triste affaire a éclaté: se pourrait-il que dans cette cacophonie de commentaires indignés, il n'y ait finalement qu'assez peu d'empathie, mais plutôt un vampirisme crasse, souvent parfaitement inepte, qui a très peu à voir avec le désir de faire sortir les loups de leur tanière, mais surtout avec le besoin de faire sortir de la copie?

Aussi, on prévoit vendre des centaines de milliers d'exemplaires de ce bouquin. Tant mieux pour la fondation de Nathalie Simard, qui recevra un dollar par copie écoulée. Tant mieux pour toutes les victimes d'abus que cela encouragera peut-être à dénoncer leur agresseur, même si je n'y crois pas vraiment. Et tant mieux, surtout, pour Michel Vastel qui, en déchirant sa chemise une demi-douzaine de fois, se sera offert une superbe promotion, passant ainsi au rang de vedette du showbiz dont l'image se décline en page frontispice des magazines à potins.

Au fait, reçoit-il une piastre par copie lui aussi? Anyway, pour lui emprunter sa formule, je ne peux pas lui demander, pour la simple et bonne raison que je ne peux pas lui demander...

Et Nathalie Simard, elle? Que retire-t-elle de tout ce battage? En page 143 de son livre, on peut lire: "Nathalie et son Village étaient devenus un "produit" qu'il fallait proposer partout et toujours sous le même emballage."

C'est donc le retour à la normale pour cette chanteuse passée de produit à victime, puis de victime à produit.

Est-ce pour cela que me tenaille l'impression que, d'une certaine manière, son cauchemar continue?

17 novembre 2005, 12:00
La violence normale
C'est Françoise Dolto, la célèbre psychanalyste, qui a popularisé le concept de l'enfant comme individu à part entière. Mais c'est nous qui, dans un mélange de culpabilité et de maladroite interprétation, en avons fait des princes, des princesses, qui ne demandent ensuite qu'à devenir rois et reines.

Dans les allées d'un grand magasin, ils étaient des dizaines de mini-souverains, dimanche dernier, pointant une chose du doigt pour se la faire offrir dans la seconde, ou sinon, hurlant jusqu'à ce que leurs parents cèdent enfin.

Le théâtre de ce triste spectacle que l'on reprend quotidiennement n'est ni un mail pour yuppies friqués ni un commerce de pauvres qui, de toute manière, ne peuvent s'offrir le luxe d'"acheter" la paix. On est ici dans la classe moyenne-moyenne des gens ordinaires-ordinaires, un échantillon de civilisation dans toute sa rutilante culture suburbaine.

Dans une étude sur la violence familiale publiée le lendemain, on apprendra que la plupart de ces gens-là considèrent pourtant les parents trop mous avec leurs enfants. Opinion précédée de statistiques concernant la violence physique mineure (en légère baisse) et la violence psychologique (en légère hausse).

Mais cette étude ne parle pas de ce que les parents semblent considérer comme la pire des violences, puisqu'ils la trouvent à ce point répréhensible qu'ils en sont bien incapables: dire non.

Ce que révèle en fait le document produit par l'Institut de la statistique du Québec, c'est que les parents s'avouent impuissants, complètement fuckés, incapables de s'inscrire en faux devant un discours qui prétend que tous les anciens modèles d'autorité parentale sont caducs, ne suggérant aucune alternative, sinon la discussion, la non-violence à tout crin, la négociation...

À leur décharge, disons que si les parents ont démissionné, c'est probablement parce qu'on leur réclame ce à quoi nul n'est tenu: l'impossible.

"Cette accusation [de démission] passe à côté d'une partie du problème, à savoir l'environnement culturel dans lequel grandissent aujourd'hui les enfants, propose un autre psychanalyste, Gérard Mendel, dans un spécial du Nouvel Observateur sur la paternité, paru en 2002. La marchandisation de la vie quotidienne sape les fondements de l'autorité en inversant les rôles: c'est l'enfant qui, souvent, impose ses modèles à ses parents. Il redoute davantage le jugement de sa classe d'âge que celui de son père. Celui-ci est de surcroît isolé, car il ne bénéficie plus du soutien du système social et religieux qui relayait auparavant son autorité."

Ça, on savait déjà: le boss, c'est l'enfant. À la lumière de cet extrait, ce que montre l'étude de l'Institut de la statistique, mais surtout, la petite morale qu'en tirent les experts en santé publique, c'est que non seulement le système social n'entretient plus le concept d'autorité, mais pire encore, il alimente un flou idéologique où les parents ne se retrouvent tout simplement plus, puisque cette même morale réprouve jusqu'au plus élémentaire coup de pied au cul, jusqu'à la plus essentielle injonction verbale, tout en demandant aux parents d'asseoir une autorité qu'ils ne parviennent pas à justifier autrement.

Alors ils négocient. Encore et encore, sans trop de succès, et se conforment finalement aux désirs de leurs enfants qui ne feront que croître, puisque tous les fondements de notre système reposent justement sur ce besoin d'avoir, de posséder.

Mais attention, ceci n'est pas le procès des parents, ou enfin, pas tout à fait. C'est plutôt celui des tenants de la bonne morale qui interdisent la violence en ne faisant que peu ou pas de distinction entre une tape aux fesses et les monstres des Voleurs d'enfance.

C'est aussi le procès d'une société qui, à force de ne plus savoir dire non, rend les enfants encore bien plus mous que leurs parents, mais ne s'en inquiète pas trop, préférant se conformer à cette nouvelle réalité, à commencer par les écoles où les programmes changent au gré des vents.

C'est le procès d'un phénomène social vieux comme le monde et qui nous pousse à nous dissoudre individuellement dans la "pensée" de la communauté: bonne par définition.

C'est le procès d'une société où la violence prend une autre forme que celles des insultes et des claques sur la gueule.

Celle de la normalité.

10 novembre 2005, 12:00
Pisser dans un violon
J'ai presque envie de changer d'idée. Ce sera pas une première, dites-vous? Z'avez bien raison. Prenez le retour d'Andrée Boucher en politique municipale. Au départ, je trouvais ça marrant. Maintenant, je suis comme pas sûr s'il faut en rire ou juste brailler.

Mais cela n'a rien à voir avec le sujet de cette chronique, qui est en fait un retour sur celle de la semaine dernière qui, elle, traitait des radios commerciales et de la sortie de Pierre Lapointe à leur sujet.

Ces radios, vous disais-je, c'est la même chose que du détergent à vaisselle: il faut que ça sente bon le printemps et la joie de vivre, que dans les focus groups, tout le monde trouve ça génial, parce qu'il faut faire plaisir au plus grand nombre possible pour ensuite faire plaisir aux actionnaires en faisant rentrer le cash. Et la musique n'y est qu'un produit de consommation comme tous ceux qu'on vous y vend pendant les pauses.

Je vous disais aussi que c'est pas très grave. Qu'il existe des alternatives, suffit d'avoir un peu envie de changer d'airs.

Mais là, comme je le laissais entendre en intro, si j'ai presque envie de changer d'idée à ce sujet, c'est surtout la faute à mon dépanneur, à mon épicier, au resto où je commande du poulet, aux centres d'achats: à tous ces endroits où nous sommes captifs, et où on en profite pour nous polluer.

Quelle pollution? Dany Bédar en faisant mon épicerie, Star Ac en payant mon gaz, Joe Dassin en feuilletant des revues, Linda Lemay sur la ligne de mise en attente alors que je veux seulement me faire livrer un hot chicken, Village People en me cherchant un veston pas trop moche.

Remarquez, il y a une logique dans tout cela: la musique et l'objet de consommation, encore tendrement entrelacés. Ainsi, pour pousser la symbolique un peu plus loin, à force d'acheter des bidules, j'ai fini par connaître toutes les paroles de la chanson d'Annie Villeneuve (ou est-ce Suzie? C'est laquelle, la blonde?) sans l'avoir jamais écoutée de mon plein gré. Vous trouvez ça drôle? Ça paraît que c'est pas vous qui vous faites prendre à fredonner inconsciemment l'insipide refrain "tombée à l'eau, tomber de haut".

Donc je change d'idée, ou enfin, je nuance un peu. Comme dirait l'autre: l'homme est par nature un peu toton, mais finalement, c'est parfois la radio qui le corrompt.

Plus sérieusement, certains d'entre vous me reprochent souvent une vision un peu étriquée, pour ne pas dire manichéenne de la culture, comme s'il n'y avait que la bonne et la mauvaise. C'est le cas de l'excellent (je le dis sans sarcasme aucun) Yves Bolduc, qui écrivait sur notre site Internet: "Moi, j'ai beaucoup de difficulté à comprendre pourquoi il faudrait toujours n'être qu'un inculte ou une élite. Moi, j'aime la musique. Des fois, c'est assez mainstream, des fois, c'est plutôt comfort, comme dans comfort food. Des fois, j'ai le goût d'écouter cent fois la même criss de toune, d'autres fois, je ne veux que me faire surprendre. Vous savez, c'est un peu comme dans l'amour. La routine, c'est bien et la nouveauté, ça l'est aussi. Mais est-ce mieux?"

En ce qui concerne la dernière question, je ne répondrai qu'en la présence de mon avocat, mais pour le reste, vous avez bien raison, M. Bolduc. Je l'avoue, je suis un peu facho sur les bords en ce qui concerne la musique. Aussi, vous auriez pu ajouter qu'on peut faire dire à peu près n'importe quoi à n'importe quelle œuvre.

Cela me rappelle le roman de Bret Easton Ellis, American Psycho, où le narrateur discourt avec force détails sur les pires merdes pop des années 80 comme s'il s'agissait d'inoubliables œuvres d'art. Un exemple, à propos de Genesis: "Invisible Touch (Atlantic, 1986) est sans conteste le chef-d'œuvre du groupe. C'est une méditation épique sur l'intangible, qui parallèlement approfondit et enrichit la signification des trois albums précédents. Il possède une qualité de résonance qui ne cesse de hanter l'auditeur, et la musique en est si belle qu'il est presque impossible de s'en arracher, car chaque chanson nous parle, d'une manière ou d'une autre, de l'inconnu, de la distance qui sépare les êtres (Invisible Touch), mettant en cause les rapports de domination et d'aliénation, que ce soit le fait d'amants ou d'états autoritaires (Land of Confusion) ou par la répétition des mots sans signification (Tonight, Tonight, Tonight). [Cet album] est à placer au rang des meilleures créations de rock'n'roll de la décennie..."

Les critiques du All Music Guide, une référence plutôt fiable, ne sont pas de cet avis, laissant simplement entendre que s'il s'agit "de leur meilleur vendeur, sa valeur artistique est pour le moins discutable (...), sachant ce dont ce groupe est capable".

Tout ça pour vous dire à quel point ce débat est parfaitement vain, et que, comme me le reprochait un autre lecteur la semaine dernière, ma chronique, comme la sortie de Lapointe, tenait finalement de la luthomiction.

Pour votre culture, la bonne: lutho, c'est pour violon, et miction, c'est pour pisser dedans.

3 novembre 2005, 12:00
Les cruches
C'est une lapalissade: la radio commerciale n'ose pas. C'est pire encore lorsqu'il s'agit de grands réseaux où chaque musique jouée en ondes doit être marquée du sceau d'approbation d'un directeur de la programmation, le plus souvent terré dans un bureau du centre-ville de Montréal. Vous avez bien compris: les succursales régionales des conglomérats radiophoniques sont branchées à une sorte d'ordinateur central dans lequel sont inscrites toutes les pièces qui peuvent être passées, toutes sélectionnées par la direction, et cette playlist reflète le parfait conformisme de la plupart de ces postes.

Au dernier gala de l'ADISQ, alors qu'il venait quérir une kyrielle de trophées amplement mérités, Pierre Lapointe s'en indignait, soulignant l'immense pouvoir de diffusion de ces radios. L'intention était peut-être noble, mais il faudra lui dire qu'en se plaignant ainsi, il aura surtout gaspillé sa salive.

Car si, pour les radios commerciales, la "chanson" n'a d'autre valeur que celle du marché, la même logique s'applique à plusieurs autres sphères du milieu de la musique, toutes aussi coupables de la propagation de cette vision réductrice.

Souvenez-vous, il y a deux ans, à ce même gala, quand Guy A. Lepage s'était lancé dans un monologue à propos du piratage, il avait alors comparé la musique à des petits gâteaux. En substance, il disait: si je peux télécharger gratuitement une chanson dans Internet, alors je veux pouvoir entrer dans un dépanneur, prendre un petit gâteau et quitter sans payer. Tout le monde a applaudi.

J'avais alors écrit que tant que nous considérerons la musique sous l'unique angle de l'objet de consommation, que nous omettrons de parler de la création, de toute sa dimension émotive, du rapport existentiel qui nous y attache, il ne faudra pas s'étonner de l'ampleur du phénomène du piratage. Un ado ne peut pas télécharger sa nouvelle paire de runnings Puma, ni ses jeans Diesel, ni son t-shirt Volcom, ni son trio chez McDo. Mais s'il le pouvait, il le ferait. La seule différence avec la musique réside donc dans la POSSIBILITÉ d'y avoir accès gratuitement, puisqu'il la considère comme une distraction parmi tant d'autres.

Dans la même lignée idéologique, pour les radios commerciales - et là, je parle encore des grands réseaux qui dominent le paysage des ondes hertziennes au Québec -, la musique est justement ramenée à cet état de pur objet de consommation. Pire encore, c'est un leurre. Un leurre qui cache un hameçon. Personne dans ces boîtes n'a pour mission de vous faire découvrir quoi que ce soit, même lorsqu'ils le prétendent. Leur seul objectif, c'est de vous garder scotché à leur fréquence le plus longtemps possible et de faire grimper leurs cotes d'écoute pour vendre plus de publicité, plus cher. Point barre.

On ne joue pas de la musique sur les ondes de ces radios, on vous propose un environnement sonore confortable, en terrain familier. On vous repasse la même nouveauté trois ou quatre fois par jour afin qu'après une semaine, vous ayez l'impression de l'avoir toujours connue. On vous régurgite de vieux succès, du rock classique (quelle antinomie!), de la chanson sirupeuse: tout dépend du public qu'on vise et du décor dont a besoin ce même public pour se sentir à son aise. Cela s'appelle un format.

Est-ce bien ou mal? Là n'est pas la question, c'est juste comme ça, et ni moi ni Pierre Lapointe n'y changerons quoi que ce soit. Ainsi va le monde...

Appelez ça de l'élitisme culturel si vous voulez, mais il existe deux sortes de musique: de la musique pour la musique et de la musique pour vendre. Ce qui rend tout cela un peu flou, ce sont les transfuges, des petits miracles du triomphe de l'art sur la marchandisation. C'est le cas de Pierre Lapointe, des Cowboys Fringants, des Trois Accords ou de Jean Leloup, pour en nommer quelques-uns.

Et qu'est-ce qui fait la différence? Qu'est-ce qui leur permet de passer du réseau confidentiel des radios publiques, universitaires et communautaires à l'explosion de diffusion des radios commerciales?

Outre les manigances qu'on imagine, les deals qu'on se figure, il y a bien sûr la qualité du matériel que ces artistes proposent, mais surtout, il y a nous, les auditeurs. Ceux qui réclament ces chansons et changent un peu la donne, parfois.

Attaquer les radios commerciales, c'est donc prendre le problème à l'envers, puisqu'elles ne font qu'exploiter notre paresse. Parce que découvrir de la nouvelle chanson, ça demande de l'attention, de l'effort. Il faut se sortir de son plein gré de sa petite zone de confort, il faut fréquenter d'autres fréquences.

Et elles sont là, ces quelques rares stations privées indépendantes, et les nombreuses radios plus underground qui débroussaillent, qui découvrent, qui osent.

Ce n'est donc pas le manque de courage des directeurs de programmation -pour la plupart des tatas de marketing et non des critiques musicaux - qu'il faut questionner, mais plutôt l'inquiétante indolence des auditeurs qui se laissent si docilement remplir.

Sauf qu'en révélant la véritable nature de ce problème, qui en est surtout un de valeurs à l'échelle occidentale, nous risquerions d'être choqués par ce très douloureux constat de ce que la société de loisirs a fait de nous, et avec notre bénédiction: des cruches.

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