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October 2005 - Messages
27 octobre 2005, 12:00
Sale temps pour les poulets
Un masque de chirurgie, des gants en latex, une combinaison anti-bactériologique, une bulle de plastique oxygénée identique à celle de Michael Jackson, 2 pintes de son propre sang au frigo, 10 contenants de solution antiseptique de format club avec pompe distributrice, une caisse de Tamiflu et une copie plastifiée de La Peste.

Êtes-vous correctement équipés pour la pandémie de grippe aviaire de type H5N1? Ça s'en vient, paraît-il. Avez-vous la chienne? Votre club sandwich au poulet vous reste-t-il en travers de la gorge quand vous y pensez?

C'est un peu le running gag de l'ère médiatique moderne: faire peur au monde. Pour vendre de la copie, doit-on préciser, et non pas pour informer. Un running gag, et c'est de nous dont on se moque ici, surtout dans les grands médias prétendument sérieux qui, tout en regardant de haut ceux qui carburent au sang, sexe et scandale, tirent pourtant les mêmes sensibles ficelles de la fascination humaine pour les catastrophes. Il s'agit seulement de les replacer à l'échelle nationale ou mondiale pour les ennoblir, en quelque sorte, et hop, on sème la panique inutilement.

Pendant ce temps, on évitera de se préoccuper de la qualité de l'air qui, chez nous, risque de tuer bien plus de gens que la grippe aviaire au cours des prochaines années. Chez nous, dis-je? Regardons plutôt du côté de l'Asie où cette grippe fauchera vraiment, mais où pour chaque mort de ce flu, on pourrait aussi se demander combien on comptera de cancers et de maladies cardiopulmonaires mortelles dus à une pollution galopante. Dans ces pays en développement, l'inaliénable recherche du profit des entreprises s'accorde bien mal avec la santé des individus.

Qu'importe, les "faiseurs" de nouvelles qui renvoient les morts banales à la chronique nécrologique se sont trouvé une marotte qu'ils ne laisseront pas tomber avant l'été prochain. Le temps que reviennent les moustiques, et avec eux, le terrifiant virus du Nil occidental.

Cette dangereuse chose dont on ne calcule plus les ravages, puisqu'il n'y a, comme vous le savez peut-être, rien à compter.

ooo

Des bouchons pour les oreilles, des tableaux de clowns peints par Muriel Millard, un best of d'Alice Cooper, une casquette de "La maudite banlieue", un livre de recettes de Jehane Benoît comme dictionnaire des figures de style et un jeu de cartes pour faire des patiences.

Êtes-vous correctement équipés pour quatre ans de règne d'Andrée Boucher? Ça s'en vient, paraît-il. Avez-vous la chienne? Votre enthousiasme à voir Marc Bellemare mordre la poussière vous reste-t-il en travers de la gorge quand vous y pensez?

C'est un peu le catch 22 de cette élection municipale qui prend des airs de film d'horreur. Genre Alien vs Predator. C'est ce que ça donne quand on choisit de combattre le mal par le mal.

Remarquez, c'est un peu la faute des deux partis "traditionnels" de Québec si nous en sommes rendus là. Deux partis dont les chefs se seront révélés pitoyablement inefficaces devant ces monstres.

D'abord un Claude Larose incapable de se dissocier de son prédécesseur devant des banlieusards se sentant floués au lendemain de fusions où les économies de taxes promises n'ont jamais été au rendez-vous, puis un Pierre-Michel Bouchard qui nous aura montré à quoi ressemble un chef de parti sans mordant, sans âme, sans substance.

Rien pour s'opposer efficacement au groupe Qualinet de la politique municipale dans toute sa splendeur populiste.

On a les politiciens que l'on mérite, dit le cynique dicton. Je veux bien. Mais quelqu'un peut-il seulement m'expliquer ce que nous avons pu faire d'aussi odieux pour avoir à souffrir ainsi pendant quatre ans?

ooo

Si ça peut vous consoler, vous n'êtes pas les seuls à attendre patiemment la fin du monde. Et ceux qui redoutent le plus Andrée Boucher, ce sont encore les employés de la Ville, que la candidate promet de mettre au pas.

Parmi eux, les policiers sont sans doute les plus à plaindre. Elle leur construira peut-être une nouvelle centrale, mais ils ne sont pas dupes et se souviennent du grand ménage qu'avait fait l'ex et future mairesse à son arrivée en poste à Sainte-Foy. À leur place, j'aurais peur que, contrairement à l'Opération Scorpion, ça continusse...

D'autant que la dame promet une administration en santé, et cela, alors que sévit la campagne de peur concernant la grippe aviaire dont je vous parlais plus haut.

Vraiment, sale temps pour les poulets.

20 octobre 2005, 12:00
L'école des femmes
Cent onze femmes appuient la candidature de Pauline Marois à la chefferie du PQ, mais affirment que cela n'a rien à voir avec le fait qu'elle est une femme. Ou si peu.

La preuve? Elles n'appuieraient pas Belinda Stronach, a fait valoir l'une d'entre elles, Hélène Pedneault, dans Le Devoir, avant de remettre ça sur le plateau de Tout le monde en parle dimanche dernier.

Cent onze femmes - des syndicalistes, des artistes, des féministes-activistes - appuient la candidature de Pauline Marois, mais sentent le besoin de défendre cet appui pas-juste-parce-que-c'est-une-femme, ajoutant que de tous les aspirants au plus prestigieux siège péquiste, c'est elle qui a le plus d'expérience, qui loge le plus à gauche.

Une question comme ça: si cela n'a rien - ou si peu - à voir avec son sexe, pourquoi, dans ce prestigieux bataillon de défenseures de Pauline Marois, n'y a-t-il pas un seul homme? Si ce sont principalement ses idées de gauche et son expérience qui les incitent à lui accorder leur vote, ces arguments ne devraient-ils pas séduire des hommes qui partagent les mêmes valeurs? Alors pourquoi ne pas les avoir inclus dans ce groupe sélect qui prend plutôt des airs de gynécée de l'élite québécoise?

Il y a bien un Facal ici, un Joron là, pour venir à la défense de Mme Marois, mais c'est en tant qu'électrons libres qu'ils se prononcent.

Cela laisse croire que, contrairement à ce qu'elles avancent, c'est surtout et avant tout PARCE QUE Pauline Marois est une femme qu'elles lui accordent leur appui. Elles constatent à nouveau que le Québec n'est pas encore parvenu à l'égalité des sexes et croient qu'un petit coup de pouce médiatique ne pourra qu'aider à faire élire la première cheftaine du PQ, et peut-être, qui sait, la première première ministre de l'histoire du Québec.

Cette erreur de jugement tient à ce que ces femmes comprennent mal la défaveur que connaît Pauline Marois dans les sondages, émettant, pour l'expliquer, une série d'hypothèses qui ne sont pas parfaitement erronées, mais qui passent à côté de l'essentiel.

Et la presse "féminine" de prendre le relais, de Lise Payette à Lysiane Gagnon. Cette dernière, de manière atrocement maladroite, tenant à rappeler que tous ces bijoux voyants que porte Mme Marois et qui lui donnent un air snob ne sont qu'un leurre, tel que le suggérerait n'importe quel styliste afin qu'une femme plutôt corpulente (sic) puisse détourner l'attention vers autre chose que sur ses rondeurs. Vraiment, n'importe quoi...

Avant de lever le drapeau du sexisme et du double standard, il faudrait voir que ce qui exaspère vraiment chez Marois, ce ne sont pas ses carrés de soie Hermès, ses ostentatoires breloques, ses airs de Castafiore stoïque, ni même sa tendance à pallier un manque de charisme par l'énumération nauséeuse de ses succès en tant que ministre de l'omnipotence.

Ce qui tanne, ce n'est pas non plus son côté batailleur ni son ambition à devenir première ministre en tant que telle, mais plutôt, l'impression qu'elle cherche à en faire un symbole. À devenir ce symbole, à construire sa propre légende. Et cela, au détriment de tout le reste s'il le faut.

Je vous rappelle qu'il s'agit là d'une impression. Une chose beaucoup plus vaporeuse que des mots, qu'un bilan ou qu'une déclaration, mais qui pèse souvent plus lourd que tout le reste en politique comme dans toute vie publique.

Aussi, ces 111 femmes qui sont venues lui offrir leur appui la semaine dernière ne se doutent pas à quel point elles ont desservi leur candidate.

Plutôt que de mettre en relief les indéniables qualités de Mme Marois, elles en auront fait une martyre, une victime du machisme politique, une icône dont elles ne comprennent pas l'impopularité.

Pire encore, en faisant d'elle la candidate "des femmes", elles ne sont parvenues qu'à galvaniser cette désagréable impression que pour Pauline Marois, le désir de faire avancer le Québec passe au second plan, derrière celui de figurer dans les livres d'histoire, et cela, non pas pour ses grandes réalisations, mais simplement pour ce qu'elle est.

Au fond, ce qu'on lui reproche, ce n'est pas, en tant que femme, d'avoir de l'ambition. Ce qui la rend antipathique, c'est qu'elle donne l'impression que ses ambitions personnelles passent avant celles du Québec.

ooo

Encore une histoire de femmes, mais dans un tout autre registre.

Avez-vous vu cette photo d'Anne-Marie Péladeau dans les bras de sa fille à la sortie du tribunal?

Il y a dans cette image une inversion des rôles tellement saisissante que la chose a presque l'air arrangée avec le gars des vues. Anne-Marie Péladeau, complètement à côté de ses pompes, au lendemain d'une arrestation spectaculaire, réconfortée par sa fille qui a l'air solide comme un roc, mais tendre comme... une mère.

En voyant cela, je me suis dit que cette femme a peut-être raté beaucoup de choses, peut-être même sa vie, mais elle peut se rassurer, au moins, elle n'a pas raté sa fille.

13 octobre 2005, 12:00
Plus vivant
On fait bien mal la promotion du livre, et plus particulièrement, de la littérature.

Plutôt que d'en décliner les nombreuses vertus, comme s'il s'agissait de brocoli ou de poissons riches en oméga-3, on devrait en exposer les dangers, ce qui est nettement plus racoleur.

On parle bien de dangers ici, d'un sport extrême de l'intellect, car il est de nombreux romans et poèmes desquels on ne ressort pas tout à fait indemne. Parfois, ce sont des égratignures, et d'autres fois, des fractures ouvertes. Ils sont autant d'expériences qui, à la longue, tracent un profond sillon dans les esprits jeunes, influençables, et déterminent un parcours de vie difficilement réconciliable avec le conformisme ambiant.

Ça peut commencer avec L'Attrape-cœur, de Salinger, qui fout un cafard du diable, mais qui, surtout, commence d'instiller une forme de doute par rapport à cette vie que l'on traverse parfois en touriste, sans trop savoir si on a envie du forfait tout inclus qu'on nous propose. Puis vient Kerouac et son "madness of the world", auquel il répond par une fuite enfumée, jazzée et sexée à travers l'Amérique. Et vlan, Rimbaud dans les dents, de concert avec Blake, Aldous Huxley et même Jim Morrison, il t'aiguille vers le "dérèglement raisonné de tous les sens", et t'es là, comme un con, à chercher l'illumination dans ce court moment qui précède l'ivresse, un nano-instant dont la durée ne dépasse guère celle de cette lumière mauve qui tapisse le monde avant que ne s'éteigne le soleil mourant.

Un jour, tu finis par comprendre que ce dérèglement des sens se vit aussi à travers les mots, dans le texte, et pas seulement dans l'alcool ou la dope que tu prends. C'est là que tu te rends compte qu'on fait bien mal la promotion de la littérature à laquelle on devrait réserver le traitement alarmiste qu'elle mérite, puisqu'elle devrait être considérée comme ce qu'elle est vraiment: une drogue.

D'ailleurs...

On fait bien mal la prévention en matière de drogues.

Et c'est parce qu'on l'aborde encore avec une posture manichéenne. En prendre, c'est mal. Ne pas en prendre, c'est bien.

On évacue toute notion de plaisir, de découverte, et les rites de passage qui s'y rattachent, comme si, en démonisant la chose, en déposant le germe de la peur dans les consciences, on allait en venir à bout. Des risibles campagnes du reefer madness des années 30 où l'on avançait que la marijuana poussait au meurtre ou au suicide, jusqu'au navrant spectacle télévisuel de flics arrachant des plants de pot dans les champs de maïs, on considère la drogue comme un problème, alors qu'il s'agit plus souvent d'une solution qui se transforme en problème. Un inhibiteur de l'ennui qui finit cependant, si on en abuse, par alimenter le mal de vivre.

Je me demande si ce n'est pas la paresse plutôt que la morale qui nous empêche de tenir un discours sensé à ce sujet? Car au fond, il est bien plus ambitieux et fatigant d'inculquer des notions de responsabilité et de modération que d'interdire, non?

Chose certaine, l'erreur fatale, c'est de croire que l'on peut alimenter le climat de peur et d'ignorance propre à cette interdiction en faisant planer le spectre de la dépendance, de la prison ou de la misère sur des ados qui, puisque c'est de leur âge, se croient au-dessus de tout, même de la mort.

C'est là que la prévention devient un véritable appel à la transgression, un discours qui est à peine plus brillant que celui qui suspend au-dessus de la tête de ces mêmes "invincibles" la menace de maladies cardio-vasculaires pour les encourager à la pratique du sport.

D'ailleurs...

On fait bien mal la promotion du sport.

Et c'est parce qu'on tient ici aussi un discours erroné, soit celui des calculs comptables d'un gouvernement qui voit son système d'assurance maladie craquer sous le poids de la démographie et d'une épidémie d'obésité.

Comme on fait la promotion de l'art pour l'art, il faudra aussi faire celle du sport pour le sport. Pas seulement le sport contre la bedaine, contre les maladies, contre le cholestérol, contre la vieillesse, mais le sport pour le plaisir, pour l'adrénaline, pour le sentiment de s'extraire de la morosité du quotidien autrement qu'en s'effondrant devant la télé.

Le sport pour cette hyper-conscience de soi qui se déploie quand tu arrives au bout de tes forces à la fin d'une longue course à pied, concentré sur ta douleur, sur l'air qui te brûle les bronches, ou quand, en te propulsant à toute vitesse dans un sentier de vélo de montagne, tu entends ta pulsion de mort qui te cogne dans les tempes au même rythme que ton sang, et tu te sens tellement bien que tu ne peux faire autrement que de hurler.

On fait bien mal la promotion du sport dont on devrait nous dire qu'il nous rend plus vivant à force d'innombrables petites morts. Un peu comme certains livres, dans lesquels on plonge, comme en apnée, et dont on émerge en prenant une énorme inspiration.

Vous ai-je dit qu'on fait bien mal la promotion du livre?

6 octobre 2005, 12:00
Le baume de tigre
- Traître! beugle un spectateur, invisible dans la marée noire de la foule.

- Judas! hurle un autre.

Bob Dylan sourit, passe la courroie de sa Telecaster derrière sa tête, et fait claquer les premiers accords de Like a Rolling Stone. Venu entendre le messie américain de la folk pour finalement découvrir que son héros est passé au rock, le public anglais lui crie son mécontentement. Il hue. Il chahute. Dylan se tourne vers ses musiciens et leur balance, toujours avec ce sourire qui lui barre la face: "Play it fucking loud!"

C'est drôle quand même, cela fait un moment que je cherche la bonne manière de répondre à un lecteur qui reprochait aux chroniqueurs "d'humeur" de ne pas toujours traiter de la nouvelle avec le même souci de pureté journalistique que les éditorialistes qui, eux, n'étalent pas leurs états d'âme et se contentent d'une analyse froidement objective des faits.

Ça prenait Bob Dylan pour l'illustrer parfaitement dans cet extrait de No Direction Home, le nouveau film de Scorsese qui lui est consacré.

La chronique, c'est bien sûr l'information passée à travers le filtre de son auteur, mais c'est aussi un coup de poing, un hurlement, un truc viscéral. C'est un véhicule métamorphique qui force son auteur à se repenser et, si possible, à sortir de la track, et surtout de la sienne. À atterrir là où on ne l'attend pas, et même, de temps en temps, à emmerder un peu les lecteurs qui l'aiment le plus passionnément dans ses petites habitudes et dans ses mignonnes pirouettes.

Car "on peut aussi tuer quelqu'un à force de trop de gentillesse", raconte encore Dylan dans ce film, expliquant sa réaction détachée face au rejet des puristes folk qu'il accueillait finalement comme une bénédiction.

Cela m'a rappelé ces lecteurs - en fait, ce sont surtout des lectrices - qui louangent la qualité de l'écriture, mais en oublient jusqu'au sujet des chroniques, tout obnubilés qu'ils sont par la délicate architecture d'une phrase, comme s'il s'agissait d'une finalité. Dès lors, vous le saurez, quand je sacre, que cette chronique sent un peu la robine, la dope ou le cul, c'est un peu pour rappeler à ceux-là que derrière les mots, il y a des gens, des choses, du relief, un tentative de montrer le réel. Et que le réel ne ressemble pas toujours à un bouquet d'oiseaux du paradis.

D'ailleurs, à ces admirateurs béats, je préfère encore ceux qui maugréent, qui m'invectivent ou m'interpellent avec une écœurante familiarité. Eux, au moins, forcent l'imagination. Comme celui qui, la semaine dernière, me garrochait, à propos du débat-spectacle: "Tout est un show, même toi Desjardins quand tu travailles, tu donnes un show." S'il savait... Tous les mardis, je suis debout, en bobettes, derrière mon ordi au bureau. Je me passe les Walkyries de Wagner en hurlant les vertus de l'odeur du napalm au petit matin, et je tape cette chronique à un doigt, en faisant des arabesques, pour le plus grand bonheur de ces dames esthètes qui me lisent, et aussi des filles du bureau qui en profitent pour mater mes cuisses de cycliste et mon cul de joggeur.

Me croyez pas?

Anyway, trois ans maintenant que je fais l'exercice hebdomadaire, trois années au cours desquelles, à quelques reprises, quand l'actualité prend une tournure insupportable, quand le discours devient aussi prévisible et ronflant qu'il l'est actuellement devant tous les Proulx et les Mailloux de ce monde, quand les scandales politiques s'accumulent à la vitesse de pointe d'un Challenger ministériel, quand les politiciens municipaux partagent la même mortifère litanie pour intoxiquer l'électorat, et qu'à ce moment, il m'est, pour des raisons d'hygiène mentale, parfaitement impossible de reprendre ma place dans la chorale éditoriale, je passe en quelque sorte la courroie de ma Telecaster, puis je change de toune... Si j'avais un band, je lui ordonnerais moi aussi: "Play it fucking loud!" Pas pour enterrer les huées, ça, je peux toujours vivre avec, mais plutôt pour vous faire oublier cet acouphène de l'information qui nous vrille l'âme.

ooo

Je lisais, il y a quelques jours, cette citation de Whitman qui disait que le poète doit s'efforcer de "glisser un rire sauvage dans la gorge de la mort"; c'est d'ailleurs précisément ce qu'un Bob Dylan fait.

Le chroniqueur, lui? Je ne peux dire pour les autres, mais précisons que je n'ai surtout pas cette prétention. On ne parle pas d'art ici, bien qu'il y ait une volonté littéraire, ni vraiment de journalisme, bien qu'il y ait une volonté de passer de l'information.

Cette chronique, je la souhaite plutôt comme un médicament pour la congestion médiatique. Ou mieux, comme du Tiger Balm, savez, cette pâte qu'on se met sous le nez ou sur la poitrine pour dégager les voies respiratoires.

Quand je beurre trop épais, ça brûle, ça irrite, c'est certain. Mais les fois où je dose juste, peut-être rarement, je ne sais pas, mais ces fois-là, je voudrais que vous lisiez la dernière ligne et que vous vous sentiez différemment qu'à la première. Comme si, pendant quelques minutes, vous respiriez juste un tout petit peu mieux.

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